Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

solitude dans le Littré

1 article· 35 citations· rimes· synonymes

solitude s. f. (so-li-tu-d')

  1. 1État d'une personne qui est seule.

    • Il n'y a que lui [Dieu] qui, étant riche de sa propre essence, jouisse d'une solitude bienheureuse et abondante en toutes sortes de biens Guez de Balzac, De la cour, 1er disc.
    • Je n'avais pas voulu que la princesse [de Tarente] vînt ici [aux Rochers] ; je lui avais fait valoir nos dévotions de jeudi [jour de l'Assomption].... j'ai donc été en solitude Mme de Sévigné, 18 août 1680
    • Cette âme qui s'est tant aimée et tant cherchée, ne se peut plus supporter, aussitôt qu'elle est seule avec elle-même ; sa solitude lui fait horreur Bossuet, la Vallière.
    • Il faut savoir se donner des heures d'une solitude effective, si l'on veut conserver les forces de l'âme Bossuet, Mar.-Thér.
    • Ne vous offensez pas, si mon zèle indiscretDe votre solitude interrompt le secret Racine, Bérén. II, 4
    • Laissez-moi, j'ai besoin d'un peu de solitude Racine, Bajaz III, 6
    • Les jeunes gens, à cause des passions qui les amusent, s'accommodent mieux de la solitude que les vieillards La Bruyère, XI
    • À moins d'une extrême piété, l'homme sera toujours malheureux dans une solitude absolue Mme de Genlis, Mères riv. t. I, p. 367, dans POUGENS
    • Fig.

      • Si l'on ne se fait une solitude intérieure, d'où notre opinion sorte bien rarement, et où celle d'autrui n'entre jamais.... Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie.
  2. 2État d'une personne retirée du commerce du monde.

    • Se jeter dans la solitude, se retirer du monde, se faire ermite.

      • Il ne perdra guères de temps à se jeter dans la solitude Mme de Sévigné, 388
  3. 3Isolement de gens qui n'ont point de semblables à eux.

    • Leur solitude [des Frères de Bohême, qui ne trouvaient nulle part des chrétiens semblables à eux], dénuée de la succession et de toute ordination légitime, leur fit tant d'horreur qu'encore du temps de Luther ils envoyaient de leurs gens qui se coulaient furtivement dans les ordinations de l'Église romaine Bossuet, Var. XI, 178
    • Ne trouverai-je pas ici un homme de cœur ? en vérité, quand on en cherche, on est effrayé de sa solitude A. DE MUSS., On ne badine pas avec l'amour, III, 7
  4. 4Fig. Isolement moral, privation d'affection.

    • Cette tristesse vient de la solitude du cœur, qui se sent toujours fait pour jouir, et qui ne jouit pas ; qui se sent toujours fait pour les autres, et qui ne les trouve pas Montesquieu, Ars. et Ismén.
    • Voyez mon malheur et mes larmes, la solitude de mon âme, le vide affreux que vous y avez fait, et l'abandon cruel où vous me laissez ! D'Alembert, Aux mânes de Mlle de l'Espinasse
  5. 5Lieu éloigné de la fréquentation des hommes.

  6. 6Lieu devenu inhabité, dépeuplé.

    • Pourquoi voulez-vous périr et faire de cette ville une solitude ? Bossuet, Hist. II, 8
    • Quoi ! ces tyrans cruels....Qui dépeuplent la terre et dont la barbarieEn vaste solitude a changé ma patrie Voltaire, Alz. II, 2
    • Au concours bruyant qui se pressait sous ces portiques, a succédé une solitude de mort VOLNEY, Ruines, II
    • Rome sommeille au milieu de ces ruines ; cet astre de la nuit, ce globe que l'on suppose un monde fini et dépeuplé, promène ses pâles solitudes au-dessus des solitudes de Rome Chateaubriand, Italie, 3e lettre, promen.
    • Par extension.

      • Les morts ne sont plus de rien, ils n'ont plus de part à la société humaine ; c'est pourquoi les tombeaux sont appelés des solitudes [dans Job] Bossuet, 1er panég. St Franç. de Paule, I
    • Fig. Depuis son départ, depuis sa mort, ma maison n'est plus qu'une solitude.

  7. 7Désert, étendue de pays inhabitée, inculte.

    • Étant sortis de Socoth, ils campèrent à Etham, à l'extrémité de la solitude Saci, Bible, Exode, XIII, 20
    • Ils vous opposeront de vastes solitudes,Des déserts que le ciel refuse d'éclairer Racine, Alex. V, 1
    • Solitude absolue [le Sahara], mille fois plus affreuse que celle des forêts ; car les arbres sont encore des êtres pour l'homme, qui se voit seul, plus isolé, plus dénué, plus perdu dans ces lieux vides et sans bornes Buffon, Quadrup. t. V, p. 14
    • Ces solitudes nues où l'homme n'a jamais respiré sous l'ombrage, où la terre sans verdure n'offre aucune subsistance aux animaux, aux oiseaux Buffon, Ois. t. XIV, p. 42

Étymologie

Lat. solitudinem, de solus, seul.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander