Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

son dans le Littré

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1son adj. m. poss. (son, l'n se lie : so-n ami)

  1. 1Il détermine le nom, en y ajoutant une idée de possession. Son père. Sa mère. Ses cousins.

  2. 2Dans des cas rares, où un verbe à l'infinitif donne quelque chose de général à la phrase, on peut mettre son, sa, ses, bien que le verbe principal ne soit pas à la 3e personne.

    • Je trouve fort triste de vivre et de mourir sans son archevêque Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 24 oct. 1700
    • Dans des cas encore plus rares et qui ne sont pas à imiter, son se rapporte à un possesseur vague qui n'est pas nommé. Il faudrait : qui soit notre domaine.

      • Le meilleur de tous les biens, s'il y a des biens, c'est le repos, la retraite et un endroit qui soit son domaine La Bruyère, De la cour
  3. 3Dans le langage familier, son, sa, ses, joint au verbe sentir, équivaut à l'article.

  4. 4Posséder son Homère, son Cicéron, ses auteurs anciens, connaître bien Homère, Cicéron, les auteurs anciens, etc.

    • On dit de même : il possède bien son arithmétique.

      • Pontchartrain était appliqué, sachant bien sa marine, assez travailleur Saint-Simon, 305, 233
  5. 5Quelquefois son, sa, ses a une signification méprisante et de reproche.

    • M. Burnet me passe tous les faits que j'ai rapportés sur la réforme anglicane et sur son Cranmer, aussi bien que sur ses autres héros, sans en contredire aucun Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 31
  6. 6Son, sa, ses, placés devant les adverbes comparatifs, forment un superlatif. Son plus riche habit. Sa moins belle robe.

  7. 7Son, quoique masculin, se dit au féminin devant un nom commençant par une voyelle ou une h muette : son âme, son épée, son héroïne. Ce solécisme, qui est passé dans l'usage, n'était pas commis par nos aïeux, qui disaient en élidant l'a comme dans l'article : s'ame, s'espée ; ce n'est qu'au XIVe siècle qu'il a commencé à s'introduire.

Remarque

1. La règle générale est d'employer l'adjectif son, sa, ses, lorsqu'on parle des personnes ou des choses personnifiées, c'est-à-dire auxquelles on attribue des vues et une volonté. Hors ces cas, il vaut mieux employer en. Au lieu de dire : Le soin qu'on apporte au travail empêche de sentir sa fatigue ; dites : d'en sentir la fatigue. Cependant ce n'est point une loi grammaticale qui y oblige, c'est la clarté et l'élégance, et plus d'une fois les écrivains s'en sont départis. 2. Pour l'emploi de son, sa, ses avec chacun, voy. CHACUN, Rem. 1.

Étymologie

Poit. seun ; picard sin ou sen devant une voyelle, chin, son, che, sa ; provenç. ses, son, au fém. sa ; au plur. siei, sei ; au fém. sas ; cat. sos, son ; espagn. suyo ; ital. suo : du lat. suum ; comparez le grec σφέος, et l'allem. sein. Dans l'ancienne langue, ses était le nominatif, son le régime, au sing. masculin ; si le nominatif pluriel, ses le régime pluriel.

Supplément

1. SON. - REM. Ajoutez : 3. Cet adjectif possessif peut se dire avec un substantif composé.

2son s. m. (son)

  1. 1Résidu de la mouture des grains, qui est principalement composé des débris de leur écorce.

    • Le porc à s'engraisser coûtera peu de son La Fontaine, Fabl. VII, 10
    • C'est trop d'honneur que vous me faites ; et, si j'avais su ça tantôt, je n'aurais pas manqué de les laver [mes mains] avec du son Molière, Festin, II, 2
    • Le son lui forme [au cheval] un aliment très rafraîchissant et d'une facile digestion Mme de Genlis, Mais. rust. t. I, p. 199, dans POUGENS
    • Fig.

    • Fig. Moitié farine et moitié son, se dit de choses mêlées, et aussi moitié de gré, moitié de force.

    • Son gras, celui dans lequel il reste beaucoup de farine.

    • Eau de son, eau dans laquelle on a mêlé du son.

  2. 2Populairement, taches de rousseur. Elle a du son plein la figure.

  3. 3Nom que les enfants donnent à la sciure qui remplit les poupées.

  4. 4Terme de meunerie.

    • Les sons trois cases, les derniers sons, les plus gros Journ. offic. 24 juin 1872, p. 4260, 1re col.
  5. 5Vinaigre de son, eau dans laquelle on a laissé séjourner du son, jusqu'à ce qu'elle soit devenue acide.

Étymologie

Diez dit que son est l'anc. franç. son ou som, sommet : ce qui reste sur le haut du tamis ; et il cite l'espagn. soma, qui signifie fleur de farine. Il n'y a guère d'historique ; mais on ne peut écarter le bas-lat. seonnum, son, qui se trouve dans un texte du XIIIe siècle, et qui, appartenant à un document français, nous montre que l'ancienne forme était seon. Seon peut conduire à secundum (voy. l'Hist. de SELON) : ce serait donc la seconde mouture.

3son s. m. (son)

  1. 1Ce qui frappe l'ouïe, par l'effet de mouvements vibratoires rhythmiques et pendant quelque temps semblables à eux-mêmes, par opposition au bruit, où les mouvements sont confus, de durée et d'intensité inégales.

    • Sans être étourdi ni par le son des trompettes, ni par le bruit des canons, ni par le cri des blessés Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Ces esprits frivoles Que tout flatteur endort au son de ses paroles Boileau, Ép. IX
    • Quelques-uns dansaient au son du chalumeau Fénelon, Tél. XVII
    • Jusqu'au son de sa voix, tout me pénètre en elle Piron, Métrom. III, 2
    • J'entends de tous côtés les clameurs des soldats,Et les sons de la guerre, et les cris du trépas Voltaire, Adél. du Guesclin. I, 1
    • Les longues phrases ont une expression, les courtes en ont une autre ; et l'expression est la plus grande, lorsque les mots y contribuent, non seulement comme signes des idées, mais encore comme sons CONDILL., Harmonie du style, 3
    • Ces causes réunies rendaient les sons remarquablement faibles sur la cime du Mont-Blanc ; un coup de pistolet n'y fit pas plus de bruit qu'un petit pétard de la Chine n'en fait dans une chambre SAUSSURE, Voy. Alpes, p. 338, dans POUGENS
    • Le son parcourt plus de 325 mètres par seconde FOURCROY, Conn. chim. t. I, p. 116
    • Non toutefois que l'évêque de Clermont n'ait en partage que la tendresse du génie ; il sait aussi faire entendre des sons mâles et vigoureux Chateaubriand, Génie, III, IV, 3
    • Sons de combinaison, sons que l'on entend lorsqu'on produit simultanément deux sons de hauteur différente, intenses et soutenus ; sons de différence, sons caractérisés par ceci que leur nombre de vibrations est égal à la différence des nombres de vibrations des sons primaires ; sons de sommation, sons ayant un nombre de vibrations égal à la somme des nombres de vibrations des sons primaires (dénominations dues à Helmholz).

    • Le son d'un écu, le bruit de l'argent.

      • Et tenez celles-là trop indignes de vous, Que le son d'un écu rend traitables à tous Corneille, le Ment. I, 1
    • Fig. Prendre les lièvres au son du tambour, ne pas faire une chose avec tout le secret qu'elle demande.

    • Son, par opposition à ce qui est effectif.

      • Quand on tient de pareils discours, où il n'y a qu'un son éclatant et des couleurs spécieuses.... Bossuet, Avert. Repr. idolâtrie, 9
      • Il [un orateur] aurait beau faire de longues périodes ; ce seraient des sons contre des vérités Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. 8 mars 1738
  2. 2Particulièrement. Le son considéré au point de vue musical.

    • Les propriétés du son les plus remarquables sont deux, savoir, ses différences considérées par rapport au temps ou à la durée, et par rapport à la force ou à l'intensité du son considéré en tant que grave ou aigu Descartes, Musique, objet.
    • Lévites, de vos sons prêtez-moi les accords Racine, Ath. III, 7
    • Ce n'est point proprement par les sons que nous sommes touchés ; c'est par les rapports qu'ils ont entre eux, et c'est uniquement par le choix de ces rapports charmants, qu'une belle composition peut émouvoir le cœur en flattant l'oreille J.-J. Rousseau, Dissert. sur la mus. mod.
    • Sons filés sans art, mais enflés avec âme, sons enchanteurs et pénétrants, vrais soupirs d'amour et de volupté, qui semblent sortir du cœur et font palpiter tous les cœurs GUÉNEAU DE MONTB., le Rossignol
    • Sons harmoniques, voy. HARMONIQUE.

    • Sons antiphones, ceux qui, à la distance d'une ou plusieurs octaves, font consonnance entre eux.

    • Sons ouverts, sons bouchés.

      • Le cor ne donne comme sons justes que ceux de l'accord parfait, ut, mi, sol ; c'est ce qu'on nomme les sons ouverts. Pour obtenir les autres bien justes, il faut mettre la main droite dans le pavillon de l'instrument ; c'est ce qu'on appelle les sons bouchés ; ils sont moins clairs que les autres. Après la difficulté d'attaquer les sons avec netteté et celle d'exécuter les traits avec facilité et volubilité, il n'en est pas de plus grande que d'égaliser la force des sons ouverts et des sons bouchés FÉTIS, la Musique à la portée de tout le monde, ch. XVIII
    • La langue des sons, la musique.

  3. 3Il se dit des articulations d'une langue.

    • Ne faire aucun son, ne pas être prononcée, en parlant d'une lettre.

      • Nous prononçons l's de quatre diverses manières : tantôt nous l'aspirons comme en ces mots peste, chaste ; tantôt elle allonge la syllabe, comme en ceux-ci paste, teste ; tantôt elle ne fait aucun son, comme à esblouir, esbranler, il estoit ; et tantôt elle se prononce comme un z, comme à présider, présumer, Théât. de P. Corneille, édit. de 1682, Préface
  4. 4Terme de médecine. En plessimétrie, son fémoral, la matité absolue, comme celle que donne la percussion de la cuisse.

    • Son humorique, celui que donne une cavité remplie d'humeur.

    • Son intestinal, celui que rend l'intestin contenant des gaz.

    • Son jécoral, la matité du foie.

Étymologie

Prov. son, so ; catal. so ; esp. son ; portug. som ; ital. suono ; du lat. sonus ; comparez le gaél. soin, sian ; kimry, sain ; sanscrit, svana.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander