Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

sonner dans le Littré

1 article· 34 citations· rimes· synonymes· conjugaison

sonner v. n. (so-né)

  1. 1Rendre un son. Les cloches sonnent. Ce tonneau sonne creux.

    • Faire sonner une montre, se dit d'une montre à répétition dont on pousse le ressort et qui marque les heures par les sons.

      • Alors Sainville, pour toute réponse, tira sa montre et la fit sonner Mme de Genlis, Vœux témér. t. III, p. 53, dans POUGENS
    • Sonner le fêlé, se dit d'un vase que l'on frappe et dont le son indique une fêlure.

    • Faire sonner une pièce de monnaie pour juger si elle est bonne.

  2. 2Sonner du cor, de la trompette, de la trompe, faire rendre des sons à ces instruments.

    • Alors les sept anges qui avaient les sept trompettes se préparèrent à en sonner Saci, Bibl. St Jean, Apocal. VIII, 6
    • Absolument. Ces piqueurs sonnent bien, sonnent mal.

  3. 3Il se dit du son que produisent les lettres, les mots, etc. L'r sonne dans mer.

    • Je n'entends qu'erre partout, en supposant qu'on ne fera pas mal à propos et contre l'usage sonner les s d'airs et de mers, où elles ne sont que signes de pluriel D'OLIVET, Prosod. franç. II, 2
    • Faire sonner une lettre, la faire entendre avec tout le son qui lui appartient.

    • Ne pas faire sonner une lettre, ne pas la faire entendre, ou ne la faire entendre que faiblement.

    • Ce mot sonne bien à l'oreille, le son en est agréable.

      • Olympie sonne mieux à l'oreille que la ville de Reheboth Voltaire, Mœurs, Déluge.
    • Ce vers, cette stance, cette période sonne bien, sonne mal à l'oreille, l'arrangement des paroles y est harmonieux, n'y est pas harmonieux.

    • Fig. Cette action sonne bien, ne sonne pas bien, sonne mal dans le monde, elle est bien, mal reçue du public.

    • Fig. Cela sonne mal, se dit d'un acte qui n'a pas bonne apparence.

      • Une jeunesse comme vous, vendre comme ça toutes ses nippes et en cachette, ça sonne mal Mme de Genlis, Théât d'éduc. la Lingère, I, 2
    • Faire sonner un mot, le prononcer avec emphase.

    • Faire sonner signifie aussi appuyer sur, parler de.

    • Faire sonner signifie enfin répéter à haute voix.

      • Chimène : De qui peux-tu savoir ces nouvelles étranges ? - Elvire : Du peuple qui partout fait sonner ses louanges, Le nomme de sa joie et l'objet et l'auteur, Son ange tutélaire et son libérateur Corneille, Cid, IV, 1
    • Faire bien sonner, faire sonner haut, bien haut, vanter à l'excès, faire beaucoup valoir.

  4. 4Être indiqué, annoncé par quelque son. Les vêpres sonnent à la paroisse.

    • Adieu, ma chère enfant, voilà complies qui sonnent Mme de Sévigné, 209
    • Dès que midi était sonné Mme de Sévigné, 577
    • Si l'heure eût sonné tandis qu'il lisait sa phrase, il eût fermé le livre sans achever J.-J. Rousseau, Conf. VII
    • Sa mort sonne ; une.... deux.... c'est l'instant de frapper Ducis, Macbeth, V, 7
  5. 5Terme de musique. Sonner sur la basse, se dit d'une note qui entre dans l'accord et fait partie de l'harmonie, à la différence des notes de passage.

  6. 6V. a. Tirer du son d'une cloche, d'une sonnette, etc. Sonner les cloches, le tocsin, etc.

    • On ne marchande pas un couvercle de marmite, sans l'avoir sonné pour connaître si le métal est bon Fénelon, Diog.
    • Sonner la cloche, c'est faire que le battant frappe des deux côtés (comparez COPTER).

  7. 7Annoncer quelque office de l'église par le son des cloches. Sonner la messe, les vêpres, le sermon. Sonner un baptême. Sonner le premier coup, le dernier coup de matines, ou, simplement, sonner le premier, sonner le dernier.

  8. 8Dans les omnibus, sonner un voyageur, indiquer sur le cadran, en le faisant sonner, qu'un voyageur a monté.

  9. 9Terme de musique. Sonner un ton, un accord, le faire entendre.

    • Sonner s'est dit des airs de danse que l'on joue.

      • Cela eût duré trop longtemps, si les violons n'eussent vitement sonné une sarabande si gaie, que tout le monde se leva aussi joyeux que si de rien n'eût été Voiture, Lett. 10
  10. 10Terme de chasse. Il se dit des différentes manières de sonner du cor, de la trompe. Sonner le laisser-courre. Sonner du gros ton, sonner du grêle.

    • Sonner un ou deux mots, donner un ou deux tons prolongés avec le cor.

    • Absolument. Faire retirer les chiens.

  11. 11Terme de guerre. Donner avec la trompette différents signaux. Sonner le boute-selle. Sonner la retraite.

    • Sonner à cheval, sonner pour faire monter à cheval la cavalerie.

    • Fig. Il est temps de sonner la retraite, il est temps de se retirer des affaires, du monde.

  12. 12Terme de marine. Sonner le quart, avertir de venir faire le quart.

  13. 13Sonner ses gens, agiter une sonnette pour les faire venir. Sonner la femme de chambre.

    • Absolument. Agiter une sonnette pour appeler, pour se faire ouvrir une porte. J'entends sonner. On sonne à votre porte. Vite, madame a sonné.

      • Drelin, drelin, drelin ! tout comme si je ne sonnais point ; chienne ! coquine ! Molière, Mal. imag. I, 1
  14. 14Fig. et familièrement. Ne sonner mot, ne dire mot, ne prononcer aucune parole.

    • Vous avez raison, je ne sonnerai mot Dancourt, les Trois cousins, I, 7
    • Ne pas sonner mot d'une chose, n'en pas parler.

      • Il [Baronius] a eu tort de dire que les hérétiques en furent si accablés [d'un livre sur la prétendue papesse Jeanne], qu'ils eurent honte d'avoir parlé de cette fable, et qu'ils n'osent plus en sonner mot, Anal. de Bayle, t. II, p. 319
      • Ce billet.... Paraît être daté de deux mois ; et mon maître Pendant tout ce temps-là ne m'en a sonné mot J.-B. Rousseau, Flatt. V, 3
  15. 15Fig. Signifier, en parlant de mots, de paroles.

    • Ainsi on sera toujours en garde contre les expressions de l'Évangile, de peur qu'un chicaneur ne nous vienne dire que vous êtes janséniste, en les prenant avec les saints selon ce qu'elles sonnent ! Bossuet, Avert. sur le livre des Réflex. mor. V
    • Je ne suis pas comme Michel Morin, qui sonne les cloches et qui va à la procession CARMONTELLE, Prov. les Voisins, sc. 7

Remarque

1. Sonner, v. n. se conjugue avec l'auxiliaire avoir, quand on veut marquer l'acte : l'heure a sonné tout à l'heure ; avec l'auxiliaire être, quand on veut marquer l'état : l'heure est sonnée depuis longtemps. 2. On ne dit pas sonner la trompette ; il faut : de la trompette.

Étymologie

Berry, sonner ; saintong. souner ; bourguig. senai ; prov. et esp. sonar ; port. soar ; ital. sonare ; du lat. sonare, qui vient de sonus, son 3.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander