Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

sou dans le Littré

1 article· 33 citations· rimes· synonymes

sou s. m. (sou)

  1. 1Sou d'or, monnaie de l'empire romain.

    • Monnaie employée en France sous la première race. La taille de ces sous d'or était de soixante et douze à la livre.

    • Sou d'argent, le vingtième de la livre d'argent.

      • Nous appelions, du temps de Charlemagne, une monnaie courante, faisant la vingtième partie d'une livre, un solide, du com romain solidum ; c'est ce solide que nous nommons un sou Voltaire, Pol. et lég. Observ. sur Lass, Melon et Dutot.
      • Supposé qu'une ville de France dût à une autre, au temps de Charlemagne, cent vingt sous ou solides de rente, soixante-douze onces d'argent ; elle s'acquitterait aujourd'hui de sa dette en payant ce que nous appelons un écu de six francs Voltaire, Mœurs, 19
  2. 2Anciennement. Monnaie de compte, la vingtième partie de l'ancienne livre, valant douze deniers (l'ancienne livre avait d'abord valu effectivement une livre d'argent ; mais, de réduction en réduction, elle en était venue à ne valoir qu'un peu moins d'un franc).

    • La monnaie de cuivre qui avait cette valeur. Un sou bien marqué.

    • Un petit sou, manière des enfants de demander en aumône un sou.

    • Un gros sou, pièce de monnaie valant deux sous.

      • Les pièces de deux sous, dont l'empreinte est presque effacée, sont un objet perpétuel de disputes MERCIER, Tabl. de Paris, ch. 535
      • La cour des monnaies a voulu que la pièce de deux sous, marquée ou non marquée, eût son cours ; tout vendeur s'était obstiné à vouloir la réduire à six liards, de sa propre autorité ; à cet effet, on les rayait d'une croix, pour désigner celles qui s'étaient usées ; on s'égosillait pendant vingt minutes avant de pouvoir fixer le taux d'une pièce MERCIER, ib.
    • Terme d'ancienne pratique. Sou tournois, sou de douze deniers. Sou parisis, sou de quinze deniers.

    • Sou marqué, ancienne pièce de cuivre valant quinze deniers.

      • Ils composaient un trésor pour un homme qui n'avait jamais eu que des sous marqués dans sa poche Marivaux, Pays. parv. 1re part. ch. 536
    • Au sou la livre, au prorata de ce que chacun a mis de fonds dans une entreprise. Cette expression vieillit. On dit habituellement : au marc le franc, ou mieux au centime le franc.

    • Le sou pour livre, profit d'un vingtième.

      • Je me contente de la livre pour sou, je veux dire du sou pour livre ; grâces au ciel j'exerce rondement ma profession Lesage, Gil Bl. I, 15
    • Avoir un sou dans une affaire de finance, y être pour un sou, pour deux sous, y avoir un vingtième, un dixième. Ces phrases ont vieilli.

    • Ancien terme de finances. Avoir un sou en dehors, avoir le droit de lever, outre la somme principale, un sou par livre pour les frais de recouvrement. On a un sou en dedans, lorsqu'on a, pour profit, un sou par livre de la somme principale.

    • Sou pour livre, se disait de certains droits additionnels qu'on payait en sus de la taxe ou du prix convenu ; c'est ce qu'on nomme aujourd'hui centimes additionnels.

  3. 3Aujourd'hui, la vingtième partie du franc, et valant cinq centimes.

    • Une pièce de cent sous, une pièce de cinq francs.

    • Propre comme un sou, très propre.

  4. 4Familièrement. Il n'a pas un sou, pas le sou, il n'a sou ni double, ni sou ni maille, il n'a pas le sou vaillant, il n'a pas d'argent.

    • Le roi rend à M. de Nevers toutes ses charges ; de sorte que cette belle, qui n'a pas un sou, lui vaut mieux que la plus grande héritière de France Mme de Sévigné, 8
    • Toute la cour est pleine de joie et de plaisirs pour le mariage de Monsieur de Chartres et de Mademoiselle de Blois ; il y aura un grand bal, où tous ceux qui disent qu'ils n'ont pas un sou, font des dépenses de deux ou trois cents pistoles Mme de Sévigné, à Bussy, 27 janv. 1692
    • Ni la maison, ni moi n'avons un sou Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 1er avr. 1718
    • Cela est résolu ; il faut aujourd'hui même, quoique je n'aie pas le sou, que je me donne un habit neuf BRUEYS, Avoc. Pat. I, 1
    • Nos Français sont en pleine paix, et nous n'avons pas le sou Voltaire, Lett. à Cath. II, 14 janv. 1772
    • Je voudrais être assez riche pour pouvoir disposer de tous les exemplaires ; ce serait une demi-publicité qui me conviendrait fort, mais je n'ai jamais un sou Paul-Louis Courier, Lett. I, 277
    • Ne pas avoir le premier sou, n'avoir aucun argent disponible, prêt pour une dépense.

      • La plus incroyable chose du monde, c'est la dépense que font ces dames sans avoir le premier sou Mme de Sévigné, 322
    • N'en avoir pas le premier sou, en parlant d'une entreprise, d'un payement, n'avoir pas la moindre somme pour commencer une entreprise, une opération, ou effectuer un payement. Je dois rembourser cette semaine dix mille francs, je n'en ai pas le premier sou.

    • Sans un sou, sans le sou, pas le sou, sans un sou comptant, sans argent.

      • Mis dehors, pas le sou ; ne savoir chez qui vivre BOURSAULT, les Deux Nicandres, I, 10
      • Ce serait un beau mouvement pour les pauvres courtisans qui reviennent sans un sou Mme de Sévigné, 295
      • Vous êtes né gentilhomme, mais sans un sou Mme de Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 23 mai 1681
      • Il est un petit homme.... Qui sans un sou comptant Vit content Béranger, le P. homme gr.
      • Bonheur étrange, Je bois et je mange, Sans un sou comptant Béranger, Voy. au pays de Coc.
    • Ne pas pouvoir disposer d'un sou, n'avoir pas d'argent disponible.

      • Je vis au milieu de l'éclat de la fortune, et je ne puis disposer d'un sou Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.
    • N'avoir pas un sou de quelque chose, n'en retirer aucun argent.

      • Il [d'Andilly] n'a jamais eu un sou d'aucun de ses livres Mme de Sévigné, 74
    • Il n'a pas un sou de bien, il n'a aucune propriété.

      • Heureux ceux qui n'ont pas un sou de rente viagère ! MERC., Tabl. de Paris, ch. 652
    • Ne pas laisser un sou, se dit de celui qui trompe l'espoir de son héritier, soit qu'il ne laisse rien, soit qu'il dispose de ce qu'il laisse en faveur d'autres personnes.

      • J'aimerais mieux voir mes biens au fond de la mer que de leur laisser jamais un sou A. DUVAL, les Hérit. 15
    • Populairement. Il a mangé ses quatre sous, il a mangé son peu de fortune. Je veux conserver mes quatre sous.

  5. 5Familièrement. Cette terre vaut cent mille francs comme un sou, elle les vaut amplement.

    • Ce coquin-là vaut vingt mille livres de rente comme un sou, à un enfant de famille Regnard, Retour imprév. 6
  6. 6Mettre sou sur sou, épargner sur les plus petites choses pour amasser.

  7. 7Sou à sou, sou par sou, par petites sommes.

  8. 8Fig. Un sou, un peu.

  9. 9Soudenier, sorte d'ancien impôt.

    • Ces divers droits.... sou-denier, travers.... BOISGUILLEBERT, Factum de la France, X

Proverbes

Il a fait de cent sous quatre livres et de quatre livres rien, il a mangé son avoir en mauvaises affaires. Un sou amène l'autre, dans un commerce, à force de vendre de petits articles, on finit par gagner de l'argent.

Étymologie

Bourguig. sô ; provenç. sol ; espagn. sueldo ; portug. et ital. soldo ; du lat. solidus, pièce d'or, proprement pièce entière, solide (voy. SOLIDE). Un sol qui se prononce un sou, comme un fol un fou, des ACCORDS, Bigarrures, t. I, p. 121, Paris, 1662.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander