Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

souffle dans le Littré

2 articles· 31 citations· rimes· synonymes

1souffle s. m. (sou-fl')

  1. 1Agitation de l'air causée par le vent. Il ne fait pas un souffle de vent.

    • Fig.

      • Hélas ! l'homme ne peut dire, en naissant, quel coin de l'univers gardera ses cendres, ni de quel côté le souffle de l'adversité les portera Chateaubriand, Gén. I, V, 17
  2. 2Vent que l'on fait en poussant de l'air par la bouche.

    • Quelques restes de feu sous la cendre épandus D'un souffle haletant par Baucis s'allumèrent La Fontaine, Phil. et Bauc.
    • Son souffle [d'un sanglier] se faisait entendre de loin comme le bruit sourd des vents séditieux Fénelon, Tél. XXIII
    • Par exagération. Il est si faible, qu'on le renverserait d'un souffle, du moindre souffle.

    • Fig. et familièrement. Cette objection, ce système, cette intrigue peuvent être renversés d'un souffle, ils sont très faciles à détruire.

    • Fig. Ne tenir qu'à un souffle, être de peu de durée, de consistance.

      • La vie, le bonheur, l'infortune tiennent à un souffle Chateaubriand, Pensées.
    • Le souffle créateur, le souffle par lequel Dieu anima le premier homme.

    • Souffle dans un instrument de musique.

      • Tout ce que j'aurais souhaité, c'est de te mener tout doucement jusqu'au temps où ton souffle saura se donner sans effort G. SAND, Maîtres sonneurs, 15e veillée.
  3. 3Air exhalé par la respiration.

    • Les pharisiens superstitieux, en revenant du marché où ils rencontraient tant de gentils et tant de publicains, dont ils croyaient que l'approche et le souffle même, pour ainsi dire, les souillait.... Bossuet, Déf. trad. comm. I, 1
    • La frayeur de la mort [dans une peste] ne lui fit point abandonner sa maison ; elle voulut assister ce frère mourant, sans craindre ces souffles mortels qui portent le poison dans les cœurs Fléchier, Mme de Mont.
    • Mes esclaves que j'appelle refusent maintenant de m'approcher ; et mon souffle même est devenu une infection, et un souffle de mort pour mes enfants et pour mes proches Massillon, Avent, Mort du péch.
    • Le meurtrier du roi respire en ces États,Et de son souffle impur infecte vos climats Voltaire, Œdipe, I, 3
    • Et les roses, nos sœurs, se disputent entre elles Mon souffle de parfums et mon corps de rayons [d'un sylphe] Victor Hugo, Ball. 2
  4. 4La simple respiration. Retenir son souffle. Reprendre son souffle.

    • Ménager son souffle, ménager sa respiration.

    • Manque de souffle, manque d'une respiration qui tienne, qui se prolonge.

    • Fig. Manque de souffle, se dit d'un écrivain qui n'a pas la force de développer son sujet.

    • Cet homme n'a qu'un souffle de vie, il n'a que le souffle, il est très faible.

      • Je n'ai plus qu'un souffle de vie ; je l'emploierai à vous invoquer en mourant.... Voltaire, Lett. à Catherine II, 31 juill. 1772
    • Il n'a plus que le souffle, il est agonisant.

    • Le souffle de la vie, la vie même.

      • Le souffle de ma vie est à Marianne ; elle peut d'un mot l'anéantir ou l'embraser Alfred de Musset, Capr. de Mar. I, 1
  5. 5Terme de médecine. Bruits de souffle, bruits anomaux qui se produisent dans les cavités du cœur, dans les artères et parfois dans les veines.

    • Bruit de souffle continu, bruit semblable au bruit qu'on entend quand on approche de son oreille un gros coquillage univalve ; il se fait entendre aux vaisseaux du cou, surtout dans les affections anémiques.

    • Souffle placentaire ou souffle utérin, souffle doux, tantôt sonore et grave, tantôt aigu, synchronique au pouls de la mère, entendu ordinairement vers les régions inguinales, à dater du quatrième mois de la grossesse, et dû au passage du sang maternel dans les artères utérines.

    • Souffle bronchique, bruit des bronches que perçoit l'oreille appliquée sur la poitrine.

    • Souffle amphorique, celui qui résonne comme si l'on soufflait dans une amphore. Le souffle amphorique est fréquent dans les épanchements pleurétiques de forme chronique ou latente.

    • Bruit de souffle, se dit aussi du bruit entendu dans la pneumonie au troisième degré.

  6. 6Fig. Inspiration, influence, en bonne ou en mauvaise part. Le souffle malfaisant de la haine, de l'envie.

Étymologie

Voy. SOUFFLER.

2soufflé, ée part. passé (sou-flé, flée)

  1. 1Sur quoi le souffle a passé.

    • Le feu soufflé.... Des hommes inconsidérés qui soufflent sur de la poussière et se jettent de la terre dans les yeux ; ces chicanes raffinées, ces subtilités en vaines distinctions sont véritablement de la poussière soufflée, de la terre dans les yeux... Bossuet, Cornet.
  2. 2Gonflé par le souffle.

    • Le jabot, lorsqu'il est soufflé, est de la grosseur d'une balle de paume Buffon, Ois. t. III, p. 255
    • Il serait difficile de concevoir que cette pâte argileuse et très réfractaire eût été fondue et soufflée, sans que ces porphyres eussent souffert aucune altération SAUSSURE, Voy. Alpes, t. V, p. 423, dans POUGENS
    • Omelette soufflée, omelette faite avec des blancs d'œufs, de la crème et du sucre, et qui renfle en cuisant.

    • Beignet soufflé, sorte de beignet dont la pâte renfle beaucoup.

    • Sucre soufflé, ou cuit à soufflé, sucre qui s'envole en l'air par feuilles sèches, lorsqu'on souffle au travers d'une écumoire qu'on y a trempée. Les massepains et la plupart des conserves se font avec du sucre cuit à soufflé.

  3. 3Bouffi, boursouflé.

    • Ces anges sont des espèces de Cupidons soufflés et transparents Diderot, Salon de 1767, Œuvr. t. XIV, p. 296, dans POUGENS
    • Elle a le front grand et haut, de grosses joues soufflées, des yeux ni grands ni petits Diderot, Princesse d'Askow.
  4. 4Terme de chapellerie.

    • Poils soufflés, poils soumis à la ventilation, à l'effet de séparer les poils légers des poils lourds non susceptibles d'être feutrés, Tarif des douanes, 1869, p. 151
  5. 5Dit bas à une personne qui, en récitant, manque de mémoire.

    • Sa mémoire [de l'archevêque Vintimille] le servit très infidèlement dès les premiers mots ; un souffleur qu'il avait chargé de le suppléer, les lui suggéra ; il ne les entendit pas, le fit répéter, continua encore à dire quelques mots, toujours mal soufflés ou mal entendus, et toujours mal redits D'Alembert, Art. du card. Dubois.
  6. 6Papier soufflé, nom d'un ancien papier de tenture, ainsi dit parce que, le papier étant enduit d'une matière visqueuse, on souffle dessus une poussière de laine hachée.

    • Il existe depuis quelque temps à Rouen une fabrique de papier que l'on nomme velouté, connu aussi sous le nom de papier soufflé ; c'est un papier sur lequel on applique divers dessins de laine hachée, Dict. des arts et m. Papetier
  7. 7S. m. Un soufflé, mets léger formé soit avec du riz, soit avec de la fécule de pomme de terre, soit avec du chocolat, cuits avec du lait ; on ajoute des jaunes d'œufs pour en faire une pâte douce et molle, à laquelle on incorpore les blancs d'œufs battus en neige juste au moment de mettre au four ; cette préparation se sert au moment où elle s'est gonflée.

    • Marguerite [la cuisinière] dit qu'on ne fasse pas attendre, parce que le soufflé va tomber SCRIBE et MÉLESVILLE, Demoiselle à marier, 9
  8. 8Tissu soufflé, tissu qui semble gonflé.

    • Métier à ganse soufflée et autres, Alman. Didot-Bottin, 1871-72, p. 1134, 3e col.
    • S. m. Un soufflé, un tissu soufflé.

      • Métiers à soufflés, ib. 1871-72, p. 1198, 3e col.
      • Machines perfectionnées pour faire le soufflé, la guipure, ib. p. 1134, 3e col.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander