Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

soupçon dans le Littré

1 article· 27 citations· rimes· synonymes

soupçon s. m. (sou-pson)

  1. 1Au sens actif, action de soupçonner. Un cœur exempt de soupçon.

  2. 2Au sens passif, état d'une personne soupçonnée. Une conduite exempte de soupçon.

    • De nos faux monnoyeurs l'insupportable audace Pullule en cet État d'une telle façon, Qu'on ne reçoit plus rien qui soit hors de soupçon Molière, l'Ét. II, 6
    • Il n'y a pas le moindre soupçon d'erreur dans ceux que vous en avez accusés Pascal, Prov. XVIII
    • Le courage du chevalier de Lorraine est hors de tout soupçon Mme de Sévigné, 28 juill. 1682
    • Je parle à des âmes pures et sincères qui ont horreur du soupçon même de la vanité et du mensonge Fléchier, Duch. de Montaus.
    • Ceux qui ont écrit leurs propres actions sont tombés ordinairement dans le soupçon ou de les avoir relevées par orgueil, ou d'en avoir diminué la gloire par modestie Fléchier, Vie de Commendon, préf.
    • Les jésuites restent sous le soupçon d'avoir dirigé sa main [de Ravaillac] Diderot, Opin. des anc. phil. (Jésuites).
  3. 3Simple conjecture, simple opinion. Ce n'est pas une certitude, c'est un soupçon.

    • Pour moi je n'en ai qu'un léger soupçon Bossuet, Lett. Corn. 86
    • Mme la duchesse de Berri est en soupçon de grossesse Mme de Maintenon, Lett. au duc de Noail. 19 juin 1710
    • Il y a des soupçons sur une grossesse [de la reine d'Espagne] Mme DE VILL., Lett. 27 déc. 1679
    • Moi : J'ai peur que vous ne deveniez jamais riche. - Lui : Moi, j'en ai le soupçon Diderot, Neveu de Rameau.
  4. 4Apparence légère. Il y a quelque soupçon de petite vérole dans ce canton.

    • Cela ne vous offense point ; il ne tombe entre lui [votre père] et vous aucun soupçon de ressemblance Molière, Scapin, II, 7
    • De ce pouvoir prétendu du peuple et de cette souveraineté qu'on veut lui attribuer naturellement, il n'y en a aucun acte ni aucun vestige, et pas même le moindre soupçon dans toute l'histoire sainte Bossuet, 5e avert. 43
    • Certaines vues d'honneur qui lui faisaient craindre [à M. de Montausier] jusqu'aux moindres soupçons de changement et d'inconstance.... étaient autant d'engagements qui le liaient à sa communion Fléchier, Duc de Mont.
    • J'ai eu, il y a quelque temps, un petit soupçon d'apoplexie Voltaire, Lett. la Vallière, 21 févr. 1767
    • Un malade ou un médecin du bel air se sera avisé de dire qu'il a eu un soupçon de fièvre, pour signifier qu'il a eu une légère atteinte ; voilà bientôt toute la nation qui a des soupçons de haine, d'amour, de ridicule Voltaire, Dict. phil. Langues.
  5. 5Familièrement. Quantité si minime qu'on se demande si elle existe. Donnez-moi un soupçon de cette liqueur.

    • Un excès d'aigreur ou d'amertume, dans les liqueurs, nous les rend odieuses ; une pointe, ou ce qu'on appelle un soupçon de l'une ou de l'autre, pique, éveille et flatte le goût Marmontel, Œuvr. t. XVIII, p. 223
    • Rien que de l'eau chaude avec un soupçon de thé et un nuage de lait A. DE MUSS., Un caprice, 6

Synonymes

SOUPÇON, SUSPICION. Soupçon est le terme vulgaire ; suspicion est un terme de palais. Le soupçon roule sur toutes sortes d'objets ; la suspicion tombe proprement sur les délits. Le soupçon fait qu'on est soupçonné ; la suspicion suppose qu'on est suspect.

Étymologie

Prov. sospeisso ; it. sospezione ; du lat suspicionem, qui vient de suspicere, regarder, considérer, et de là soupçonner, de susum, en haut, et spicere, voir (voy. SPECTACLE) : soupeçon ou soupçon est la forme française ; il était correctement féminin ; suspicion a été refait sur le latin.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander