Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

sourde dans le Littré

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1sourde s. f. (sour-d')

  1. Petite bécassine.

2sourd, sourde adj. (sour, sour-d' ; le d ne se lie pas : sour et muet ; au XVIe siècle, Palsgrave, p. 14, dit qu'on prononce sour)

  1. 1Qui ne peut entendre par suite de quelque vice ou obstruction de l'organe de l'ouïe.

    • Fig.

      • Vous savez que le siècle où l'on vit est sourd, que la voix du compatriote est faible Buffon, Rép. à la Condamine.
    • Familièrement. Sourd comme un pot, très sourd.

      • Dites donc comment vont vos yeux ; je perds les miens, et je deviens sourd comme un pot Voltaire, Lett, d'Argental, 21 fév. 1763
    • On dit dans le même sens : Sourd à n'entendre pas Dieu tonner.

  2. 2Qui, sans être sourd, n'entend pas pour une raison quelconque.

    • Êtes-vous sourd ? se dit à une personne qui, sans être sourde, n'entend pas ou n'écoute pas.

      • êtes-vous sourd, monsieur Blaise ? elle vous dit que non Marivaux, l'Épreuve, sc. 18
    • Faire la sourde oreille, faire le sourd, ne pas vouloir entendre à quelque proposition, écouter une prière, une remontrance.

      • Le roussin d'Arcadie Craignit qu'en perdant un moment Il ne perdît un coup de dent ; Il fit longtemps la sourde oreille ; Enfin il répondit La Fontaine, Fabl. VIII, 14
      • Il [Napoléon en 1815] temporisait, ménageait même les traîtres, détournait volontairement la vue, faisait sourde oreille et attendait le canon VILLEMAIN, Souv. contemp. Les Cent-Jours, x.
  3. 3Fig. Inexorable, inflexible, insensible.

  4. 4Qui est peu sonore, peu retentissant. Ce violon est sourd. Une voix sourde.

    • Un appartement sourd, appartement où la voix, la musique, etc. manquent de sonorité, et aussi appartement d'où le bruit intérieur ne s'entend pas au dehors.

      • Cette petite chambre est sourde Mme de Sévigné, 26 ayr. 1680
    • Consonnes sourdes, consonnes telles qu'on les fait entendre en parlant bas et avec la glotte ouverte ; ce sont k, l, p, t, f, s.

  5. 5Qui se fait peu entendre. De sourdes rumeurs. Un bruit sourd.

    • Nous écoutâmes, le maréchal [de Bellefonds] et moi, cette tragédie [Esther], avec une attention qui fut remarquée, et certaines louanges sourdes et bien placées qui n'étaient peut-être pas sous les fontanges de toutes les dames Mme de Sévigné, 21 févr. 1689
    • Je n'entendrai plus le bruit sourd des vagues de cette mer Fénelon, Tél. X
    • Il y a des gens qui ne savent être émus que par des cris et des pleurs ; les longs et sourds gémissements d'un cœur serré de détresse ne leur ont jamais arraché des soupirs J.-J. Rousseau, Ém. IV
  6. 6Fig. Qui jette peu d'éclat.

    • Terme de peinture. Teintes sourdes ou tons sourds, couleurs mates, vagues et sans éclat.

      • Ce tableau est sombre, il est terne, il est sourd Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 167, dans POUGENS
    • Terme de joaillier. Pierre sourde, pierre qui a quelque chose d'obscur, de brouillé.

    • Lanterne sourde, voy. LANTERNE.

  7. 7Fig. Vague, mal caractérisé.

    • Je ne savais pas même lui cacher ce pressentiment sourd qui m'inquiétait et ne me rendait que plus maussade J.-J. Rousseau, Conf. x.
    • Au physique. Douleur sourde, douleur qui ne se fait pas sentir d'une manière aiguë.

  8. 8Fig. Qui ne se manifeste pas, qui est sans bruit, qui ne fait pas d'éclat.

    • Il est des moyens sourds pour lever un obstacle Corneille, Perthar. III, 3
    • Nous découvrîmes quelque temps après un obstacle plus sourd, mais aussi plus dangereux Retz, Mém. t. I, liv. I, p. 79, dans POUGENS
    • Il est certain que M. de Turenne est mal avec M. de Louvois ; mais cela n'éclate point ; et, tant qu'il sera bien avec M. Colbert, ce sera une affaire sourde Mme de Sévigné, 29 déc. 1673
    • Il avait agi d'une manière sourde et insensible Montesquieu, Esp. VI, 13
    • Il y eut toujours une guerre sourde entre l'empire et le sacerdoce Voltaire, Mœurs, 126
    • Si tout ce que l'auteur a écrit eût été entassé comme pêle-mêle, qu'il n'y eût eu que dans l'esprit de l'auteur un ordre sourd, son livre eût été.... plus agréable.... Diderot, Réfl. sur l'Esp.
    • La sagacité des hommes a donné au temps une voix qui les avertit de sa fuite sourde et légère ; mais à quoi bon l'heure sonne-t-elle ? Diderot, Lett. à Mlle Voland, 18 oct. 1760
    • Le brigandage des gouverneurs, qui commandaient dans les provinces, n'avait ni le fracas, ni la rapidité de ces dévastations ; il était sourd et lent, mais il était continu Condillac, Hist. anc. Lois, ch. 8
    • De ses sourdes douleurs j'ai vu la violence Ducis, Abufar, IV, 1
  9. 9Ancien terme de mathématiques. Nombres sourds, nombres irrationnels. Racines sourdes, racines carrées ou cubiques des nombres qui ne sont ni des carrés ni des cubes.

    • Quand nous n'avons pas pour une quantité une expression exacte, nous la nommons sourde, parce qu'alors elle échappe comme un bruit sourd qu'on distingue mal CONDILL., Lang. calc. II, 13
  10. 10Terme de marine. Lame sourde, lame qui se porte sur un point où l'on ne ressent pas le vent qui l'a soulevée.

  11. 11Terme de corroyeur. Couteau sourd, sorte de plane peu tranchante, qui sert à préparer les cuirs.

  12. 12Substantivement. Un sourd, une sourde.

    • Fig.

      • Ces sourds spirituels à qui Jésus-Christ n'a pas encore ouvert l'oreille Bossuet, 2e avert. 13
    • Frapper comme un sourd, faire beaucoup de bruit en frappant, parce qu'un sourd ne se rend pas compte du bruit qu'il fait ?

      • Que diable ! à si bonne heure Vous frappez comme un sourd Régnier, Sat. X
    • Frapper comme un sourd, signifie aussi frapper quelqu'un sans ménagement ni pitié, parce qu'un sourd, n'entendant pas les cris de sa victime, ne se rend pas compte du mal qu'il fait.

    • Fig.

      • Nous entendîmes, après dîner, le sermon du P. Bourdaloue, qui frappe toujours comme un sourd, disant des vérités à bride abattue, parlant contre l'adultère à tort et à travers [en présence des adultères du roi Louis XIV] Mme de Sévigné, 29 mars 1680
    • Crier comme un sourd, crier très haut (à cause que les sourds, qui ne s'entendent pas eux-mêmes, élèvent d'ordinaire beaucoup la voix).

  13. 13Sourd-muet, sourde-muette, celui, celle qui est privée de la faculté d'expression orale par la surdité de naissance due à un vice du développement de l'oreille interne.

    • M. Rodrigue Pereire, Portugais, ayant cherché les moyens les plus faciles pour faire parler les sourds et muets de naissance, s'est exercé assez longtemps dans cet art singulier pour le porter à un grand point de perfection Buffon, Hist. nat. hom. Œuvr. t. IV, p. 491
    • Quand on n'a pas vécu avec les sourds-muets, il est trop difficile de se faire une juste idée de leur triste existence SICARD, Instit. Mém. litt. et beaux - arts, t. I, p. 40
    • Le sourd-muet qui saura écrire, pourra accepter lui-même ou par un fondé de pouvoir ; s'il ne sait pas écrire, l'acceptation doit être faite par un curateur nommé à cet effet Code civ. art. 936
    • L'institution des Sourds-muets (avec une S majuscule).

    • Il est aussi adjectif. Il est sourd-muet.

Synonymes

SOURD ET MUET, SOURD-MUET. La première expression désigne un individu muet en même temps qu'il est sourd, mais chez lequel le mutisme est indépendant de la surdité ; la seconde indique qu'il est muet parce qu'il est sourd de naissance. Voilà pourquoi on doit dire : l'Institution des Sourds-muets, et non l'Institution des sourds et muets. Du temps de Buffon, on ne faisait pas cette distinction.

Proverbes

Il n'est pire sourd, il n'est point de pire sourd que celui qui ne veut point entendre, se dit d'un homme qui entend très bien ce qu'on lui dit, mais qui, ne voulant pas répondre, fait semblant de ne pas entendre. Autant vaudrait parler à un sourd, se dit de celui qui ne veut rien faire de ce qu'on lui propose.

Étymologie

Berry, sord, sorde ; prov. sord, sort ; esp. et ital. sordo ; portug. surdo ; du lat. surdus.

Supplément

1. SOURD. Ajoutez : - REM. On a dit que la locution sourd comme un pot pouvait s'expliquer ainsi : sourd comme un pot qui a des oreilles et n'entend pas ; on disait les oreilles d'une écuelle, d'un pot. Mais voy. au Supplément au mot POT une meilleure explication.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander