Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

sublime dans le Littré

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1sublime adj. (su-bli-m')

  1. 1Au sens latin et propre, usité seulement en termes d'anatomie et de médecine. Muscles sublimes, muscles plus superficiellement situés que leurs congénères que l'on désigne alors par le nom de profonds.

  2. 2Fig. Qui s'élève à une grande hauteur intellectuelle ou morale, en parlant des personnes. Un génie sublime.

    • Il faudrait, Xénoclès, une âme plus sublime Corneille, Agésil. v, 5
    • Saint Augustin, un si sublime docteur, un théologien si exact.... Bossuet, Avert. repr. d'idol. 5
    • Je ne me pique, mon cher et illustre maître, d'être ni aussi sublime que Platon, s'il est vrai qu'il soit aussi sublime qu'on le prétend, ni aussi obscur qu'il me paraît l'être ; vous me faites donc trop d'honneur de me comparer à lui D'Alembert, Lett. à Volt. 7 août 1763
    • Sénèque est ici grand moraliste, excellent raisonneur, et de temps en temps peintre sublime Diderot, Claude et Nér. II, 45
    • Maître puissant par qui tout génie est formé,Public, sublime auteur qu'on n'a jamais nommé ! THÉOPHILE GAUTIER, Prol. de réouverture de l'Odéon
  3. 3Il se dit, dans le même sens, des choses intellectuelles et morales.

    • L'hérésie des béguards, qui, se glorifiant d'une sublime et perpétuelle communication avec Dieu.... Bossuet, Ét. d'orais. x, 1
    • Ses ouvrages [de Juvénal], tout pleins d'affreuses vérités, étincellent pourtant de sublimes beautés Boileau, Art p. II
    • Il n'y a personne qui ne sente la grandeur héroïque qui est renfermée dans ce mot, qu'il mourût, qui est d'autant plus sublime qu'il est simple et naturel Boileau, Longin, Sublime, Préf.
    • Il faut savoir que par sublime Longin n'entend pas ce que les orateurs appellent le style sublime, mais cet extraordinaire et ce merveilleux, qui frappe dans le discours, et qui fait qu'un ouvrage enlève, ravit, transporte Boileau, ib.
    • Tu n'es qu'un conjuré paré d'un nom sublime Voltaire, Brutus, v, 2
    • L'éloquence ne consiste point, comme tant d'auteurs l'ont dit d'après les anciens, à dire des choses grandes d'un style sublime, mais d'un style simple ; car il n'y a point proprement de style sublime, c'est la chose qui doit l'être ; et comment le style pourrait-il être sublime sans elle, ou plus qu'elle ? D'Alembert, Mél. litt. Œuv. t. III, p. 243
    • Ce tableau de la plus sublime des sciences naturelles [astronomie], toujours croissant au milieu même des révolutions des empires, pourra consoler des malheurs dont les récits remplissent les annales de tous les peuples LAPLACE, Exp. v, préface
    • Style sublime, voy. STYLE.

  4. 4S. m. Ce qu'il y a de grand, d'excellent dans le style, dans les sentiments, dans les actions.

    • Le sublime se peut trouver dans une seule pensée, dans une seule figure, dans un seul tour de paroles Boileau, Longin, Sublime, Préf.
    • Le sublime est une certaine force de discours propre à élever et à ravir l'âme, et qui provient ou de la grandeur de la pensée et de la noblesse du sentiment, ou de la magnificence des paroles, ou du tour harmonieux, vif et animé de l'expression Boileau, ib. Réfl. 12
    • Et je hais un sublime ennuyeux et pesant Boileau, Art p. III
    • Le sublime ne peint que la vérité ; mais, en un sujet noble, il la peint tout entière dans sa cause et dans son effet ; il est l'expression ou l'image la plus digne de cette vérité La Bruyère, I
    • Qu'est-ce que le sublime ?.... tout genre d'écrire reçoit-il le sublime, ou s'il n'y a que les grands sujets qui en soient capables ?.... ou plutôt le naturel et le délicat ne sont-ils pas le sublime des ouvrages dont ils font la perfection ? qu'est-ce que le sublime ? où entre le sublime ? La Bruyère, I
    • On distingue plusieurs sortes de sublime ; il n'est pas toujours véhément et impétueux Rollin, Traité des Ét. III, 3
    • Le sublime doit être dans le sentiment ou dans la pensée ; et la simplicité, dans l'expression D'Alembert, Disc. Acad. franç.
    • En général, le ridicule touche au sublime ; et, pour marcher sur la limite qui les sépare, sans la passer jamais, il faut bien prendre garde à soi Marmontel, Œuv. t. v, p. 188
    • Savez-vous ma définition du sublime oratoire ? c'est l'art de tout dire sans être mis à la Bastille, dans un pays où il est défendu de rien dire L'ABBÉ GALIANI, cité par Sainte-Beuve, Causeries, t. I, p. 44
    • On n'arrive point au sublime par degrés ; des distances infinies le séparent même de ce qui n'est que beau Mme de Staël, Corinne, IV, 3
    • Voyons l'homme non pas qui se complaît à peindre les pieuses douleurs et le sublime de la vertu, mais qui pénètre dans une âme perverse et mobile et la dévoile tout entière VILLEMAIN, Litt. franç. XVIIIe siècle, 1re leçon
  5. 5Terme de beaux-arts. Le beau à un degré très éminent en un sujet grave. Si au sublime du technique l'artiste flamand avait réuni le sublime de l'idéal, on lui.

    • élèverait des autels Diderot, Salon de 1767, Œuvr. t. XIV, p. 498
  6. 6Ce qu'il y a d'exalté dans l'âme et la spiritualité.

    • Fénelon vit Mme Guyon, leur esprit se plut l'un à l'autre, leur sublime s'amalgama Saint-Simon, 31, 107
  7. 7Familièrement. Ce qu'il y a de mieux.

    • Le sublime de l'administration est de connaître quelle est la partie du pouvoir que l'on doit employer dans les diverses circonstances Montesquieu, Espr. XII, 25
  8. 5Ajoutez :

    • Le grand, dans ce sens figuré [dans le langage de l'art], s'il n'est pas exactement synonyme de sublime, peut être considéré, du moins, comme le terme positif dont sublime serait le superlatif BOUTARD, Dict. des arts du dessin, au mot grand
  9. 8S. m. Dans l'argot des ouvriers parisiens, sublime, nom que se donnent certains ouvriers qui ne font rien d'utile, mais se livrent à la boisson, contractent des dettes qu'ils ne paient pas, et se font gloire de leurs vices et de leur paresse.

    • On a créé, par surcroît, le mot sublimisme pour désigner ce type.

Étymologie

Lat. sublimis, Sublime s'est dit pour sublimé :

2sublimé, ée part. passé (su-bli-mé, mée)

  1. 1Qui est le produit de la sublimation.

    • On y verra les matières calcaires calcinées, le fer et les autres métaux sublimés en safran, en litharge Buffon, Min. t. III, p. 72
    • Chercher dans les crevasses, si elles renferment des cristallisations métalliques ou pierreuses que l'on puisse considérer comme sublimées SAUSSURE, Voy. Alpes, t. VIII, p. 300
  2. 2S. m. Terme de chimie. Le produit de la sublimation.

    • Il se dit surtout de certaines préparations de mercure. Sublimé doux, le calomel ou protochlorure de mercure ; le sublimé corrosif, deutochlorure de mercure.

      • Comme on a presque toujours préparé ces sels [deutochlorure et protochlorure de mercure] en chimie par la voie sèche, on a nommé les produits sublimés corrosif et doux FOURCROY, Conn. chim. t. v, p. 333

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander