succéder v. n. (su-ksé-dé. La syllabe cé prend un accent grave quand la syllabe qui suit est muette : je succède, excepté au futur et au conditionnel : je succéderai)
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1Au sens latin et propre, aller sous, entrer dans.
Tous les corps contigus résistant à l'effort qu'on fait pour les séparer, quand l'air ne peut succéder entre deux
Pascal, Pesant. de l'air, IISi on met le bout d'un soufflet dans l'eau en l'ouvrant promptement, l'eau y monte pour le remplir, parce que l'air n'y peut succéder
Pascal, ib.
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2Par extension, venir après, prendre la place de.
Les psaumes avaient succédé aux cantiques des joies du siècle
Bossuet, Anne de Gonz.- La colère à l'instant succédant à la crainte Boileau, Lutr. III
- L'inimitié succède à l'amitié trahie Racine, Bérén. I, 3
Le plus souvent ce n'est point par hasard qu'un goût succède à un autre ; il y a ordinairement une liaison nécessaire, mais cachée
Fontenelle, Sur l'hist. Œuv. t. IX, p. 376, dans POUGENS- La plus affreuse nuit succède au plus beau jour Voltaire, Henr. IX
On dit qu'aujourd'hui la jeunesse A fait à la délicatesse Succéder la grossièreté
Voltaire, Ép. 19La sagesse d'un règne ne sert jamais de leçon au règne qui lui succède
Condillac, Étud. hist. II, 4
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Se succéder, venir l'un après l'autre. Les révolutions qui se sont succédé en France.
Ainsi vont les opinions se succédant du pour au contre, selon qu'on a de lumière
Pascal, Pens. v, 2, éd. HAVET.Un homme inégal n'est pas un seul homme, ce sont plusieurs ; il se multiplie autant de fois qu'il a de nouveaux goûts et de manières différentes ; il est à chaque moment ce qu'il n'était point, et il va être bientôt ce qu'il n'a jamais été ; il se succède à lui-même
La Bruyère, XINos idées sont trop vives pour se succéder ; elles se présentent toutes ensemble ; elles se nuisent mutuellement
J.-J. Rousseau, Hél. IV, 6
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3Succéder à quelqu'un, posséder après lui une charge, une dignité, etc.
Le plus grand des maux est les guerres civiles.... le mal à craindre d'un sot qui succède par droit de naissance n'est ni si grand, ni si sûr
Pascal, Pens. v. 3Son frère Jonathas succède à sa charge
Bossuet, Hist. I, 9Il fut ami de Cassandre, qui avait succédé à Aridée, frère d'Alexandre le Grand, au royaume de Macédoine
La Bruyère, Disc. sur Théophr.Les rois dont il est parlé dans les différentes dynasties [de l'Égypte] ne se sont pas tous succédé les uns aux autres ; mais plusieurs ont régné en même temps dans des contrées différentes
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 116, dans POUGENSIl fut réglé dans quelques dynasties de la Chine, que les frères de l'empereur lui succéderaient, et que ses enfants ne lui succéderaient pas
Montesquieu, Esp. XXVI, 6Ce sera l'abbé de Condillac qui succédera à l'abbé d'Olivet [dans l'Académie française] ; je crois que nous n'aurons point à nous plaindre de l'échange
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 22 oct. 1768Il est des grands hommes à qui l'on succède, et que personne ne remplace
Ducis, Discours de réception (il succédait à Voltaire)
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Succéder à un royaume à l'empire, à la couronne, parvenir après un autre à la dignité royale, à l'empire, à la couronne.
Les femmes ne succédèrent ni à la couronne de France, ni à l'empire, parce que, dans l'établissement de ces deux monarchies, les femmes ne pouvaient succéder aux fiefs
Montesquieu, Esp. XXXI, 33
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Impersonnellement.
Et il succédera à sa place un homme méprisable et indigne des honneurs de la royauté
Pascal, Prophéties, 26, éd. FAUGÈRE.
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Succéder auprès d'une femme à un amant antérieur.
- Donc vous me succédez ?. - Un peu, sur ma parole,Comme le roi Louis succède à Pharamond Victor Hugo, Marion Delorme, III, 7
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4Succéder à quelqu'un, le remplacer en capacité, en talent, etc.
- Si le grand Annibal n'avait qui lui succède Corneille, Nicom. III, 2
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Succéder au crédit, à la faveur, aux honneurs de quelqu'un, obtenir le même crédit, la même faveur, les mêmes honneurs.
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Succéder au zèle de quelqu'un, déployer le même zèle.
Voyez si.... succédant au zèle et au ministère des apôtres, ils [les ministres animés de l'esprit de Dieu] n'ont pas succédé aussi à leurs tribulations et à leurs opprobres
Massillon, Conf. Zèle contre les scandales
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5Recueillir l'héritage d'une personne par droit de parenté.
Il sortait d'une famille.... où les enfants aiment mieux succéder à la probité qu'à la fortune de leurs pères
Fléchier, Lamoignon.- Madame, c'est un fils qui succède à son père Racine, Brit. III, 3
Pour les filles, comme elles ne succédaient qu'au défaut des mâles, on les mariait plus pour l'alliance que pour les biens
FLEURY, Mœurs des Israél. tit. XIV, 2e part. p. 163, dans POUGENS.Chez les premiers Romains, les femmes succédaient lorsque cela s'accordait avec la loi de la division des terres ; et elles ne succédaient point lorsque cela pouvait la choquer
Montesquieu, Esp. XXVII, 1
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Être habile à succéder, être capable de succéder, être propre à succéder.
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Fig. Il est habile à succéder, se dit d'un homme ardent au gain, prompt à s'emparer du bien d'autrui.
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6Arriver, advenir, sans idée accessoire de bonheur ou de malheur, avec quelque adverbe ou locution adverbiale qui détermine le sens.
- C'est en la paix que toutes chosesSuccèdent selon nos désirs Malherbe, III, 2
De quelque manière que notre libéralité nous succède, ne nous lassons point de la continuer
Malherbe, Traités des bienf. de Sénèque, I, 2Vous répliquez que, si vos vœux eussent succédé à le mettre en peine, ils eussent aussi succédé à l'en tirer
Malherbe, ib. VI, 28- Et que notre artifice ait si mal succédé.... Corneille, Place roy. III, 3
- Notre malheur est grand ; mais, quoi qu'il en succède,La mort qu'on me refuse en sera le remède Corneille, Héracl. v, 6
- Quelque chose de bon nous pourra succéder Molière, Dép. III, 1
Il s'élèvera un roi insolent et fort auquel toutes choses succéderont à son gré
Pascal, Prophéties, 26, éd. FAUGÈRE.- Si ton dessein succède au gré de notre envie,Je veux te rendre heureux le reste de ta vie Regnard, le Légat. IV, 3
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7En un sens particulier, être favorable, réussir.
Il est si beau à l'homme du monde du courage le plus héroïque d'avoir péché par excès de douceur, que ce qui ne lui a pas succédé dans la politique doit être au moins admiré et exalté par tous les gens de bien dans la morale
Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 224, dans POUGENSCes maximes un temps leur peuvent succéder
Molière, D. Garc. II, 1Tout lui succédait
Bossuet, Hist. I, 9Tout leur rit, tout leur succède
La Bruyère, XII
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Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.
Étymologie
Provenç. succedir, succezir ; cat. suceir ; espagn. suceder ; ital. succedere ; du lat. succedere, de sub, sous, et cedere, aller (voy. CÉDER).