sujétion s. f. (su-jé-sion ; en vers, de quatre syllabes)
-
1Domination qui subjugue.
Il [un conquérant] mettra tout sous sa sujétion
Pascal, Proph. 26, éd. FAUGÉRE.Il gouverna sa province avec beaucoup de prudence, et y bâtit Carthage la neuve, qui tenait l'Espagne en sujétion
Bossuet, Hist. I, 8Rendre pour jamais l'Italie indépendante de l'Allemagne, après sept cents ans de sujétion, ou d'esclavage, ou de soumission
Voltaire, Mél. hist. Mens. imprimés, test. Alberoni.
-
2État de celui qui est sujet d'un prince, d'un chef.
Le prince veut-il que je sois son sujet, quand je ne retire rien de la sujétion ?
Montesquieu, Lett. pers. 76Il [l'individu] devenait sujet, sans qu'on pût donner une époque de sa sujétion
Montesquieu, Rom. 6
-
3État de celui qui est astreint, obligé. Il est dangereux de se faire des habitudes, elles deviennent des sujétions. Il s'est fait une sujétion de se lever tous les jours à la même heure.
Sitôt que l'âge me permit de sortir de la sujétion de mes précepteurs
Descartes, Méth. I, 14Je crois que le mois d'août sera encore plus long, puisque ce sera le temps des états ; n'en déplaise à la bonne compagnie, c'est toujours une sujétion pour moi d'aller les trouver à Vitré, ou de craindre qu'ils ne viennent ici
Mme de Sévigné, 71L'esprit d'orgueil qui le domine, n'a pu supporter la moindre sujétion, ni la moindre humiliation
Bourdaloue, Instruct. Humilité de la foi, Exhort. t. II, p. 392Quelque désagrément qu'on ait à se trouver chargé d'un indigent, on goûte à peine les nouveaux avantages qui le tirent enfin de notre sujétion
La Bruyère, IVL'homme ne se propose le repos que pour s'affranchir de la sujétion et du travail
VAUVENARGUES, Max. CXCIX.Avec une valeur brillante.... il [le duc d'Orléans] eût été général, si le roi [Louis XIV] lui eût permis de l'être ; mais il fut toujours en sujétion à la cour et en tutelle à l'armée
Duclos, Œuvr. t. v, p. 196
-
4L'assiduité qui est exigée ou nécessaire auprès d'une personne. C'est un homme auprès duquel il faut une grande sujétion. La sujétion d'un domestique auprès de son maître, d'une garde auprès d'un malade, d'une femme auprès de son mari.
-
5Assiduité exigée par une charge, par un emploi.
Et voilà, en l'état où je suis, toute la cour que je fais, et la seule sujétion que je m'oblige de rendre
Guez de Balzac, liv. III, lett. 7Les dames du palais sont dans une grande sujétion
Mme de Sévigné, 5 janv. 1674Les dames du palais sont réglées à servir par semaine.... si la maréchale d'Humières boude, elle fera mal sa cour ; car le roi veut de la sujétion
Mme de Sévigné, 8 janv. 1674L'affaiblissement de ma santé, les visites à rendre ou à recevoir, la sujétion des académies auxquelles malheureusement ma subsistance est attachée, me rendent la vie de Paris insupportable
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 21 déc. 1765
-
6Incommodités, servitudes auxquelles une maison est sujette. C'est une maison où il y a de grandes sujétions.
Étymologie
Prov. subjection ; esp. sujecion ; ital. suggezione ; du lat. subjectionem (voy. SUJET 1).