supposer v. a. (su-pô-zé)
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1Poser une chose comme établie, comme admise, pour en tirer une conséquence.
L'abbé de Molières suppose une portion de matière au centre de chacun de ces globes, ce que le père Malebranche n'a pas supposé
MAIRAN, Éloges, Molières.- L'auteur suppose tout et ne prouve rien Voltaire, Lett. de Lisle de Sales, 25 nov. 1770
Quand on suppose dans les définitions ce qu'on se propose de prouver, il n'est pas bien difficile de faire des démonstrations
Condillac, Trait. des syst. 10
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Supposer que, avec le subjonctif.
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Supposer que, avec l'indicatif.
Supposons que l'esprit de l'homme est comme un miroir où les images de tous les corps voisins viennent s'imprimer
Fénelon, Exist. I, 53
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Absolument.
En mathématique, on suppose ; en physique, on pose et on établit
Buffon, Hist. nat. 1er disc.
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2Former une conjecture, présumer. Vous me supposez un crédit que je n'ai pas.
- Qu'avez-vous dit, madame, et que supposez-vousPour la faire douter du sort de son époux ? Corneille, Perthar. I, 4
Qui désigné-je à votre avis Par ce rat si peu secourable ? Un moine ? non, mais un dervis ; Je suppose qu'un moine est toujours charitable
La Fontaine, Fabl. VII, 3Supposant tout cela vrai, était-ce là l'occasion de le dire ?
J.-J. Rousseau, 9e prom.- Supposez-la sensible, et tout est expliqué LANOUE, Coq. corrig. III, 1
Lorsque je supposai tous les domestiques profondément endormis, je pris une lanterne sourde....
Mme de Genlis, Vœux témér. t. I, p. 200, dans POUGENS
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Supposer de, avec l'infinitif.
Elle [l'âme] est aussi ardente que jamais dans cette recherche [de quelque chose de ferme], et suppose d'avoir les forces nécessaires pour cette conquête
Pascal, Vrai bien, 3, édit. FAUGÈRE
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3Alléguer ou produire pour vrai ce qui est faux. Ses ennemis lui supposaient des projets coupables.
L'ingrat Maximin doit seul être accusé Du forfait qu'à Licine il avait supposé
Thomas Corneille, Maxim. v, 1Mithridate, dans la lettre qu'il écrivit à Arsace, roi des Parthes, accuse les Romains d'avoir supposé un faux testament d'Attale, pour frustrer Aristonic, fils d'Eumène, du royaume de son père
Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. IX, p. 357Mme Oronte : Un galant homme doit-il supposer des lettres ? - Valère : Supposer ? moi, madame ?
Lesage, Crispin riv. de son maître, sc. 21Il [Voltaire] prétend dans ses notes [sur la pièce du Triumvirat] que la conspiration de Cinna n'a jamais existé, que cette aventure est supposée par Sénèque, et qu'il l'inventa pour en faire un sujet de déclamation
Voltaire, Lett. d'Argental, 12 mai 1766
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Supposer à quelqu'un une pièce, la lui attribuer faussement (emploi vieilli).
Les ennemis qu'il avait à la cour, tramant sa ruine par le moyen de quelques lettres qu'ils lui supposèrent, donnèrent de violents soupçons à l'empereur qu'il formait une conspiration contre lui
MÉZER., Hist. de Fr. av. Clovis, III, 4Les jésuites qui, pour se donner la liberté de le déchirer [un écrit], sans paraître toutefois offenser nos personnes, disent qu'ils ne le considèrent pas comme venant de nous, mais comme une pièce qu'on nous suppose
Pascal, 2e factum pour les curés de ParisOn doute justement si tous les écrits qui portent le nom d'Hippocrate sont en effet de lui ; plus justement encore quels sont ceux qu'on lui a supposés
PELLISSON, Mém. pour les gens de lettres, II
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Supposer quelque chose à quelqu'un, le lui dire mensongèrement (emploi vieilli).
- Honteux qu'un homme seul eût triomphé de trois,Qu'il en eût tué deux et mis l'autre aux abois,Phorbas nous supposa ce qu'il nous en fit croire,Et parla de brigands.... Corneille, Œd. III, 2
Il faisait tout ce qu'il pouvait pour retarder l'exécution de cette alliance, jusques à faire intervenir même don Ignigo de Cardenas, ambassadeur d'Espagne, qui supposa à la reine que le roi son maître en désirait le retardement
RICHELIEU, Mém. liv. VI, 1615, dans GODEFROY, Lex. de Corn.
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Supposer un enfant, vouloir le faire reconnaître pour fils ou fille de ceux dont il n'est pas né.
Il [le mari de Mme de Coligny] la menace qu'on dira... qu'elle a supposé son enfant
Mme de Sévigné, 23 fév. 1681
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4Il se dit d'une chose qui exige que quelque autre chose soit ou ait été.
La faveur des princes n'exclut pas le mérite, mais elle ne le suppose pas non plus
La Bruyère, XIISix cent mille hommes en état de porter les armes supposent une multitude d'environ deux millions, en comptant les vieillards, les femmes et les enfants
Voltaire, Dict. phil. Moïse.Pierre des Vignes, tant accusé d'avoir fait le prétendu livre des trois imposteurs, ou du moins d'avoir eu des sentiments que le titre du livre suppose
Voltaire, Ann Emp. Frédéric II, 1220Cela suppose bien de la subtilité dans le renard, bien de la stupidité dans l'outarde, et peut-être encore plus de crédulité dans l'écrivain
Buffon, Ois. t. III, p. 48Tout ce raisonnement suppose que l'image qui se trace dans l'œil à la vue d'un globe, n'est qu'un cercle plat....
Condillac, Conn. hum. sect. 6
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5Terme de chasse, se dit du vieux cerf qui, chassé, essaye d'en substituer un autre.
L'animal chargé d'ans, vieux cerf et de dix cors, En suppose un plus jeune et l'oblige par force à présenter aux chiens une nouvelle amorce
La Fontaine, Fabl. x, 1
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6Se supposer, v. réfl.
Imaginer qu'on est.... Je me supposerai dans le Lycée ayant les Platon et les Xénophon pour juges
J.-J. Rousseau, Orig.
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7Il se dit des choses qui exigent réciproquement qu'elles soient ou qu'elles aient été.
Inquiétudes d'esprit, inégalité d'humeur, inconstance de cœur, incertitude de conduite : tous vices de l'âme, mais différents, et qui, avec tout le rapport qui paraît entre eux, ne se supposent pas toujours l'un l'autre dans un même sujet
La Bruyère, XI
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8Substituer.
Elle [l'Iphigénie en Tauride] n'est fondée que sur cette feinte que Diane enleva Iphigénie du sacrifice en une nuée, et supposa une biche en la place
CORN, Rodog. Avertiss.
Étymologie
Verbe fait du lat. sub, sous, et du franç. poser, à l'imitation du lat. supponere, qu'ont les autres langues romanes : provenç. supponer ; espagn. suponer ; portug. suppor ; ital. sopporre.