séparer v. a. (sé-pa-ré)
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1Désunir ce qui était joint, ce qui formait un tout ou était considéré comme tel. Séparer la tête du corps. Séparer les chairs d'avec les os.
- Elle qui de la paix ne jette les amorces,Que par le seul besoin de séparer nos forces Corneille, Sophon. I, 4
Il était juste de la haïr [la mort], quand elle séparait une âme sainte d'un corps saint ; mais il est juste de l'aimer, quand elle sépare une âme sainte d'un corps impur
Pascal, Lett. sur la mort de son père.
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Fig.
- Ainsi Rome n'a point séparé son estime ;Elle eût cru faire ailleurs un choix illégitime Corneille, Hor. II, 1
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2Ôter les unes d'à côté des autres des choses qui étaient mal rangées.
Voilà des livres qu'on a mis pêle-mêle ; il faut les séparer et les ranger par ordre de matières
Dict. de l'Acad.
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3Mettre à part les uns des autres des objets de différentes espèces. Séparer dans la cave le vin vieux du vin nouveau.
- Sépare tes présents, et ne m'offre aujourd'huiQue ton fils sans le sceptre, ou le sceptre sans lui Corneille, Héracl. I, 2
- Séparez le soldat d'avec le citoyen MAIRET, Sophon. III, 1
- Quelquefois du bon or je sépare le faux Boileau, Art p. IV
Quand Dieu viendra juger les vivants et les morts, Et des humbles agneaux, objet de sa tendresse, Séparera des boucs la troupe pécheresse
Boileau, Ép. XIOn mettait non-seulement la mauvaise Sophonisbe de Corneille, mais encore les impertinentes pièces d'Alcionée et de Marianne à côté de ces chefs-d'œuvre immortels [Andromaque et Britannicus] ; l'or est confondu avec la boue pendant la vie des artistes, et la mort les sépare
Voltaire, Louis XIV, Écrivains, Racine.
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Se séparer quelque chose, mettre quelque chose à part pour soi.
Ce grand Dieu.... au milieu de la corruption, commença à se séparer un peuple élu
Bossuet, Hist. I, 3
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4Diviser un espace au moyen de quelque chose qu'on place entre ses parties. Séparer une cour en deux par un mur. Séparer une chambre en trois par des cloisons.
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5Former, être une séparation entre deux choses. Le mur qui sépare ces deux maisons. Un sentier sépare ces deux propriétés.
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Fig. La ligne qui sépare le sublime du boursouflé.
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6Il se dit des obstacles naturels qui sont interposés entre des pays. Cette rivière sépare ces deux provinces. Les Pyrénées séparent l'Espagne de la France.
- J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe Racine, Phèdre, I, 1
- Ne vous figurez pas que de cette contréePar d'éternels remparts Rome soit séparée Racine, Mithr. III, 1
Le mont Pindus au levant et le golfe d'Ambracie au midi séparent en quelque façon l'Épire du reste de la Grèce
Barthélemy, Anach. ch. 36
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7Mettre une certaine distance entre.
- Un long chemin sépare et le camp et Byzance Racine, Baj. I, 1
- Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ? Racine, Bérén. IV, 5
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Il se dit aussi de la distance dans le temps.
Je parle des cent ans qui se sont écoulés depuis ce temps-là, à peu près comme je parlerais de deux mille ans qui nous séparent des Grecs
Fontenelle, Vie de Corn.
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8Il signifie quelquefois simplement diviser. Séparer les cheveux sur le front.
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Terme de manége. Séparer les rênes, en prendre une dans chaque main.
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Terme de vénerie. Séparer l'empaumure, se dit d'un cerf dont les andouillers commencent à paraître.
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9Couper les communications entre.
Son industrie [d'Alexandre] fut de séparer les Perses des côtes de la mer, et de les réduire à abandonner eux-mêmes leur marine, dans laquelle ils étaient supérieurs
Montesquieu, Esp. X, 14
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10Faire que des personnes, des animaux, des choses ne soient plus ensemble. Séparer des chevaux en différentes écuries.
- Ensemble nous cherchons l'honneur d'un beau trépas :Vous vouliez nous unir, ne nous séparez pas Corneille, Cinna, V, 2
- Joignez à ces raisons qu'un père un peu sur l'âge....Ne saurait se résoudre à séparer de luiDe ses débiles ans l'espérance et l'appui Corneille, Méd. II, 6
Le vent en a égaré et séparé cinq ou six [des vaisseaux du prince d'Orange]
Mme de Sévigné, 20 oct. 1688On croit que la récolte pourra séparer toute cette belle assemblée [les révoltés bretons] ; car enfin il faut bien qu'ils ramassent leurs blés
Mme de Sévigné, 24 juill. 1675La mort ne la sépare de rien, parce que la foi l'avait déjà séparée de tout
Massillon, Avent, Mort du péch.Il me semble que la vertu, l'étude et la gaieté sont trois sœurs qu'il ne faut pas séparer
Voltaire, Lett. au pr. royal de Prusse, juillet 1737Le sort pourra bien nous séparer, mais non pas nous désunir
J.-J. Rousseau, Hél. I, 11Oswald soupirait en admirant Corinne, comme si chacun de ses succès l'eût séparée de lui
Mme de Staël, Corinne, VI, 1
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11Renvoyer des troupes militaires.
On n'a point encore séparé ce régiment de noblesse
Mme de Sévigné, 24 juill. 1689On va séparer la noblesse [appelée sous les armes en Bretagne] ; voilà un air un peu tranquille
Mme de Sévigné, 6 août 1689
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12Séparer des hommes, des animaux qui se battent, faire cesser leur combat en les éloignant les uns des autres. La nuit sépara les combattants.
- De nouveau l'on s'efforce, on crie, on les sépare Boileau, Sat. III
- Ceux qui l'ont séparé d'avec son adversaire,Disent qu'il s'y prenait en brave cavalier Piron, Métrom. IV, 1
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13Fig. Entretenir l'inimitié.
Trop de haine sépare Andromaque et Pyrrhus
Racine, Andr. II, 5
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Séparer deux amis, faire cesser leur amitié.
- Le sang les avait joints ; l'intérêt les sépare La Fontaine, Fabl. IV, 18
Je n'ai pu encore savoir de Mme de Lesdiguières ce qui les a séparés [elle et M. Trouvé]
Mme de Sévigné, 20 avr. 1683
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Il se dit, dans un sens analogue, des intérêts.
Pendant qu'à Rome la guerre réunissait d'abord tous les intérêts, elle les séparait encore plus à Carthage
Montesquieu, Rom. 4
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14Terme de jurisprudence. Séparer de biens un mari et une femme, ordonner en justice qu'il n'y aura plus entre eux communauté de biens.
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Les séparer de corps, ordonner en justice qu'ils n'habiteront plus ensemble.
Je ne me suis fait séparer de corps et de biens d'avec mon pénultième mari, que parce qu'il m'étourdissait tous les jours de quelque barbarisme du palais
Dancourt, la Femme d'intrig. I, 7
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Il se dit aussi d'une séparation non judiciaire.
Je vous prie de me séparer d'un mari avec lequel je ne saurais plus vivre
Molière, G. Dand. III, 14
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15Prononcer une sentence d'interdiction.
Le conjurant au nom de Jésus-Christ de ne les point séparer des sacrements, sans leur expliquer le crime pour lequel on les en séparait
Racine, Hist. Port-Roy. 2e part.
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16Fig. Considérer à part, mettre à part.
M. Le Tellier s'appliqua à séparer les formalités nécessaires d'avec ces procédures obliques et ces malignes subtilités....
Fléchier, le Tellier.On dit mille fois à M. de Montausier qu'il y avait à la cour un art innocent de séparer les pensées d'avec les paroles
Fléchier, M. de Mont.- Séparant Genseric de ce qui l'environne,Il ne s'est attaché qu'à ma seule personne DESHOUL., Genseric, II, 3
- En un mot, séparez ses vertus de mon crime Racine, Baj. V, 4
Or, je vous demande, et je vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre
Massillon, Petit nomb. élus.
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Séparer à deux, partager entre deux.
Cette duplicité d'action particulière ne rompt point l'unité de la principale ; mais elle gêne un peu l'attention de l'auditeur, qui ne sait à laquelle s'attacher, et qui se trouve obligé de séparer aux deux ce qu'il est accoutumé de donner à une
Corneille, Ex. du Ment.
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17Rendre distinct. La raison sépare l'homme de tous les animaux.
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18Terme de chasse. Séparer les quêtes, distribuer aux valets de limier une forêt par cantons pour y aller détourner un cerf.
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19Se séparer, v. réfl. Être séparé, disjoint. L'écorce de cet arbre s'est séparée du bois.
Au lieu de m'abandonner à un ennui, qui ne se peut pas séparer de la sueur [à Vichy]
Mme de Sévigné, 28 mai 1676M. le comte de Guiche a fait une action dont le succès le couvre de gloire..... vous voyez bien que son bonheur et sa valeur ne se sont point séparés
Mme de Sévigné, 3 juill. 1672
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Être partagé en, divisé en. À cet endroit le chemin se sépare en deux. La rivière se sépare en plusieurs bras.
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20En parlant des personnes, s'éloigner l'une de l'autre. Après avoir causé quelque temps, ils se séparèrent. Il est tard, il faut nous séparer.
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Il se dit d'une multitude qui se disperse.
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En parlant d'une compagnie régulière, cesser de tenir ses séances etc. L'assemblée s'est séparée en tumulte.
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L'armée se sépara, elle cessa de tenir la campagne, et les différents corps retournèrent à leurs cantonnements.
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21Terme de vénerie. Le cerf cherche par des bonds à se séparer de sa voie, ou, simplement, à se séparer, à interrompre la trace, les émanations odorantes qui dirigent les chiens.
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On dit encore, lorsqu'un cerf quitte les bêtes dont il est accompagné, qu'il se sépare ; et, si alors les chiens abandonnent le change pour suivre sa voie, on dit qu'ils l'ont bien séparé.
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22Cesser de se battre, d'être aux prises.
Messieurs, messieurs, si vous ne vous séparez, je frapperai sur l'un et sur l'autre, et je vous séparerai à bons coups de canne
Dancourt, Déroute du pharaon, sc. 25
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23Cesser de vivre en commun.
Faute de cela [un gouvernement qui les réglât], Abraham et Loth ne peuvent compatir et sont contraints de se séparer
Bossuet, Polit. I, III, 1Alcippe, tu crois donc qu'on se sépare ainsi ? Pour sortir de chez toi, sur cette offre offensante, As-tu donc oublié qu'il faut qu'elle [ta femme] y consente ?
Boileau, Sat. X
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Terme de jurisprudence. Se séparer de corps ou de biens, se dit d'époux qui obtiennent en justice la séparation de corps ou de biens.
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24Subir une séparation.
Le moment où l'on se retrouve et celui où l'on se sépare sont les deux plus grandes époques de la vie, comme dit le grand livre du Zend
Voltaire, Zadig, 18
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Se quitter l'un l'autre.
- Nous séparer ! qui ? moi ? Titus de Bérénice ! Racine, Bér. III, 3
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Quitter quelqu'un.
- Je pense être aux enfers et souffrir leurs supplices,Lorsque je m'en sépare une heure seulement Malherbe, V, 6
Jésus-Christ : je m'en suis séparé, je l'ai fui, renoncé, crucifié
PASCAL, Amulette.- Partez, séparez-vous de la triste Aricie Racine, Phèdre, V, 1
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25Rompre des liens qui nous attachent à quelqu'un.
La conduite réciproque de tous les trois, quand notre commerce eut cessé, peut servir d'exemple de la manière dont les honnêtes gens se séparent, quand il ne leur convient plus de se voir
J.-J. Rousseau, Confess. X- Sois-moi fidèle, ô pauvre habit que j'aime !....Mon vieil ami, ne nous séparons pas Béranger, Mon habit.
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Rompre les liens qui nous attachent à quelque chose.
Ils ne se peuvent séparer des affaires, pour les regarder avec quelque liberté de jugement
Guez de Balzac, De la cour, 5e disc.Malheur à la créature qui ne se voit point en Dieu, et qui, se fixant en elle-même, se sépare de la source de son être, qui l'est aussi par conséquent de sa perfection et de son bonheur !
Bossuet, Concupisc. 24Séparons-nous du monde, avant que le monde se sépare de nous
Bourdaloue, Serm. 17e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. IV, p. 73
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Se séparer de soi-même, cesser d'être soi, d'être homme.
Lorsque mon premier maître eut formé le cruel projet de me confier ses femmes, et m'eut obligé, par des séductions soutenues de mille menaces, de me séparer pour jamais de moi-même
Montesquieu, Lett. pers. 9
Étymologie
Provenç. sebrar, separar ; espagn. separar ; ital. separare, du lat. separare, de se indiquant séparation, et parare, disposer, arranger (voy. PARER). Séparer a été refait sur le latin au XIVe siècle ; la forme ancienne et française était sevrer (voy. ce mot).