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ténèbres dans le Littré

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ténèbres s. f. pl. (té-nè-br')

  1. 1Obscurité, absence de lumière.

  2. 2Obscurcissement de la vue, qui se manifeste dans les défaillances.

    • D'épaisses ténèbres lui couvrent les yeux ; les mains lâchent les rênes ; il tombe de son cheval Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 424, dans POUGENS
    • Les ténèbres de la mort, l'obscurité qui s'empare du mourant.

      • Aussitôt ses beaux yeux noirs s'éteignirent et furent couverts des ténèbres de la mort Fénelon, Tél. XX
  3. 3En termes de l'Écriture, la sombre malfaisance des démons.

    • Les temps de trouble arrivaient ; c'était l'heure de la puissance des ténèbres ; les apôtres étaient déjà comme au milieu de ces troubles Bossuet, Méd. sur l'Év. la Cène, 78e jour.
    • Ces esprits lumineux [les anges tombés] devinrent esprits de ténèbres Bossuet, Hist. II, 1
    • Qu'a fait le démon, ce prince des ténèbres, ennemi de Dieu et jaloux de sa gloire ? Bourdaloue, Myst. Pent. t. I, p. 444
    • Et l'enfer, couvrant tout de ses vapeurs funèbres,Sur les yeux les plus saints a jeté ses ténèbres Racine, Esth. Prol.
    • Fig.

      • Œuvre de ténèbres, œuvre aussi méchante que les œuvres du diable, Cet ouvrage de ténèbres [Histoire du ministère du cardinal de Richelieu], plus flétri sans doute par le mépris public que par l'arrêt qui le condamne Voltaire, Mensonges impr. test. Richel. IX
      • Cette production de ténèbres est l'ouvrage ou d'un diable en trois personnes ou d'une personne en trois diables D'Alembert, Lett. à Voltaire, 10 oct. 1764
    • J. J. Rousseau a dit dans un sens analogue : L'immense édifice de ténèbres qu'ils ont élevé autour de lui, ne suffit pas pour les rassurer, 3e dial.

  4. 4Dans le langage biblique, les ténèbres extérieures, la perdition, la damnation.

    • Liez-lui les pieds et les mains, dit le roi [dans la parabole de l'Évangile], ôtez-lui la liberté dont il a fait un si mauvais usage, jetez-le dans les ténèbres extérieures Bossuet, Méd. sur l'Évang. La dern. sem. du Sauveur, 34e jour.
    • Ah ! si le serviteur inutile est jeté dans les ténèbres extérieures.... Massillon, Avent, Jugem. univ.
  5. 5Fig. Ce qui est comparé aux ténèbres.

    • Prenez garde que Dieu ne vous laisse dans les ténèbres Pascal, Prov. II
    • Jésus-Christ même se voyait contraint de chercher d'autres voiles et d'autres ténèbres que ces voiles et ces ténèbres mystiques dont il se couvre volontairement dans l'eucharistie Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Ce fait nous montre de quelles ténèbres la prétendue sagesse des païens était accompagnée Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 311, dans POUGENS
    • Comme le monde entier est dans l'erreur et dans les ténèbres sur les devoirs de la foi Massillon, Carême, Inconstance.
    • L'homme plein de ténèbres et de passions depuis le péché Massillon, Carême, tiéd. 1
    • Des systèmes établis dans des temps de ténèbres doivent disparaître dans notre siècle Voltaire, Lett. Prost de Royer, 1er oct. 1763
    • Il [Fréret] avait fait dans les langues orientales et dans les ténèbres de l'antiquité autant de progrès qu'on en peut faire Voltaire, Mél. litt. Lett. au prince de ***, 7, Fréret.
    • Ténèbres de l'entendement humain, quelle main téméraire osa toucher à votre voile ? J.-J. Rousseau, Ém. III
    • Souvent aussi cette lumière de l'Église [Bossuet] porte la clarté dans les discussions de la plus haute métaphysique ou de la théologie la plus sublime ; rien ne lui est ténèbres Chateaubriand, Génie, III, IV, 4
  6. 6Dans la liturgie catholique, matines qui se chantent l'après-dînée du mercredi, du jeudi et du vendredi de la semaine sainte (il s'écrit avec une majuscule).

    • J'ai trouvé de la douceur dans la tristesse que j'ai eue ici ; une grande solitude, un grand silence, un office triste, des Ténèbres chantées avec dévotion.... Mme de Sévigné, 26 mars 1671
    • L'autre.... Pense être au jeudi saint, croit que l'on dit Ténèbres Boileau, Lutr. IV
    • Jeudi saint 19 avril 1685 : à Ténèbres la roi entendit pour la première fois Quare fremuerunt de Lulli, qui fut fort loué DANGEAU, I, 157

Étymologie

Provenç. tenebras ; espagn. tinieblas ; ital. tenebra, tenebria ; du lat. tenebrae. L'ancienne langue avait formé un substantif tenebror, beaucoup plus usité que ténèbres. Tenebrae est rattaché par les étymologistes au sanscr. tamas, obscurité, avec m changé en n à cause du b suivant.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander