Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

tenter dans le Littré

2 articles· 50 citations· rimes· synonymes· conjugaison

1tenter v. a. (tan-té)

  1. 1Mettre en usage quelque moyen pour faire réussir ce qu'on désire, ce qu'on entreprend.

    • Tenter de, avec un infinitif.

      • Que la fortune ne tente donc pas de nous tirer du néant Bossuet, Duch. d'Orl.
    • On le construit quelquefois avec à.

      • Est-ce un crime de tenter à sortir d'esclavage ? Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 3
    • Tenter la fortune, tenter fortune, voy. FORTUNE, n° 1 et 2.

  2. 2Hasarder, mettre au hasard.

    • Peut-être que je [moi sceptique] pourrais trouver quelques éclaircissements dans mes doutes.... mais... en traitant avec mépris ceux qui se travailleront de ce soin, je veux aller sans prévoyance et sans crainte tenter un si grand événement [la mort, la vie future] Pascal, Pens. IX, 1, éd. HAVET.
    • [Il] laisse sa destinée éternelle entre les mains du hasard, et va tenter mollement un si grand événement Massillon, Carême, Vérité d'un avenir.
    • Le czar, incertain s'il tenterait le lendemain le sort d'une nouvelle bataille Voltaire, Russie, II, 1
  3. 3Dans le langage soutenu, tenter un lieu, essayer d'y pénétrer ; tenter une route, la suivre au loin.

  4. 4Dans le style de l'Écriture, éprouver la foi, la fidélité.

    • Dieu tenta Abraham et lui dit : Abraham, Abraham Saci, Bible, Genèse, XXII, 1
    • Ils souffrent ; mais la même main qui les éprouve les soutient, et ils ne sont pas tentés au delà de leurs forces Massillon, Carême, Dégoûts.
  5. 5Solliciter au mal, au péché.

    • Et les occasions tentent les plus remis Corneille, Poly. III, 5
    • Alors Jésus fut conduit par l'esprit dans le désert pour y être tenté par le diable Saci, Bible, Evang. St Matthieu IV, 1
    • Que nul ne dise, lorsqu'il est tenté, que c'est Dieu qui le tente ; car Dieu est incapable de tenter, et de pousser au mal Saci, ib. St Jacq. Épît. cath. I, 13
    • Avec de et un infinitif.

      • Ils méprisèrent l'argent et toutes les richesses artificielles, qui ne sont richesses que par l'imagination des hommes, et qui les tentent de chercher des plaisirs dangereux, Fénelon, Tél. XIX
  6. 6Essayer de séduire.

    • Il y en a même qui ont pris cette occasion de tenter ma fidélité ; vous ne sauriez croire, monseigneur, quels avantages on m'a offerts pour me faire promettre de quitter votre parti cet hiver Voiture, Lett. 82
    • Comme on ne lui laissait argent ni pierrerie, Le geôlier fut fidèle, elle eut beau le tenter La Fontaine, Coupe.
    • On tenta le gouverneur hollandais, qu'on savait avare ; le marché fut conclu, et il introduisit l'ennemi dans la ville en 1641 Raynal, Hist. phil. II, 14
  7. 7Mettre à l'épreuve, en parlant de la patience, de la colère.

    • Essayer de faire impression sur.

      • Tenter sa pitié, à mesure qu'il était plus inexorable Montesquieu, Lett. pers. 157
  8. 8Donner désir, envie.

    • Cependant un sanglier, monstre énorme et superbe, Tente encor notre archer, friand de tels morceaux La Fontaine, Fabl. VIII, 27
    • Je suis tentée de sa proposition [de Mme de Vins, l'invitant à aller chez elle], de sorte que j'ai la mine de ne m'en aller que dimanche à la messe de Livry Mme de Sévigné, 21 août 1676
    • La fausse gloire ne le tentait pas Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Combien le trône tente un cœur ambitieux ! Racine, Bajaz. V, 4
    • Pour fixer de certaines gens, il est bien aussi sûr de les tenter que de leur plaire Marivaux, Marianne, 2e part.
    • Espérant tenter les gens par le bon marché, en me mettant à leur discrétion J.-J. Rousseau, Conf. II
    • Tenter de, avec un substantif.

      • Les millions ne me pouvaient tenter d'une mésalliance, ni la mode, ni mes besoins me résoudre à m'y ployer Saint-Simon, 15, 167
    • Tenter de, avec un infinitif.

      • Quand j'irai en province, je vous tenterai de revenir avec moi et chez moi Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 21 juin 1671
    • Se laisser tenter, céder.

      • Vous m'avez trop écrit, ma très chère ; vous vous laissez tenter à l'envie de causer Mme de Sévigné, 2 fév. 1680
  9. 9Inspirer des désirs amoureux.

    • Le cœur se gagne, on tente, on est tentée Voltaire, Prude, II, 6
    • Sa peau ne me tente guère, sa personne ne me plaît pas, ne me touche pas le cœur.

      • Et je vous verrais nu du haut jusques en bas, Que toute votre peau ne me tenterait pas Molière, Tart. III, 2
  10. 10Terme d'escrime. Faire un tentement.

Étymologie

Wallon, temmté, tourmenter ; provenç. temptar ; espagn. tentar ; ital. tentare ; du lat. tentare. On a cru que tentare était un fréquentatif de tenere ; mais, d'après les dernières recherches des érudits, il paraît que la forme certifiée par les manuscrits et les inscriptions est temptare, ce qui exclut soit tenere, soit tendere. Cependant Corssen, Auspr. I, 123, 2e édit. maintient tentare, regardant temptare comme une très ancienne faute d'orthographe.

2tenter v. a. (tan-té)

  1. Couvrir d'une tente.

    • Les pêcheurs couchent presque toujours dans leurs chaloupes après les avoir tentées, c'est-à-dire combiné avec les mâts et les voiles une tente qui les abrite parfaitement Journal officiel, 15 oct. 1869, p. 1349, 1re col.

Étymologie

Tente 1.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander