1tenter v. a. (tan-té)
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1Mettre en usage quelque moyen pour faire réussir ce qu'on désire, ce qu'on entreprend.
- Il est beau de tenter des choses inouïes,Dût-on voir par l'effet ses volontés trahies Corneille, Sertor. IV, 2
- J'ai tenté les moyens d'acquérir son suffrage La Fontaine, Fabl. V, 1
- Dans l'âme, elle est du monde, et ses soins tentent toutPour accrocher quelqu'un, sans en venir à bout Molière, Mis. III, 3
Les nations septentrionales, qui habitaient des terres froides et incultes, attirées par la beauté et par la richesse de celles de l'empire, en tentent l'entrée de toutes parts
Bossuet, Hist. III, 7La mort se déclare, on ne tente plus de remède contre ses funestes attaques
Bossuet, le Tellier.[Un homme] qui se mesure avec ses forces, qui entreprend les choses difficiles, et ne tente pas les impossibles
Fléchier, Turenne.Ils eurent fait en peu de jours trois mille barques, et tentèrent le passage en divers endroits
Fléchier, Hist. de Théodose, III, 63- D'abord il a tenté les atteintes mortellesDes poisons que lui-même a crus les plus fidèles Racine, Mithr. V, 4
L'admission de M. Diderot à l'Académie ne me paraît pas du tout impossible ; mais, si elle est impossible, il la faut tenter
Voltaire, Lett. d'Alembert, 24 juillet 1760Nous sommes dans un temps où l'on tente les ouvrages les plus singuliers, mais non pas où ils réussissent
Voltaire, Mél. litt. Obs. sur Tristram Shandy
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Tenter de, avec un infinitif.
Que la fortune ne tente donc pas de nous tirer du néant
Bossuet, Duch. d'Orl.
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On le construit quelquefois avec à.
Est-ce un crime de tenter à sortir d'esclavage ?
Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 3
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Tenter la fortune, tenter fortune, voy. FORTUNE, n° 1 et 2.
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2Hasarder, mettre au hasard.
Peut-être que je [moi sceptique] pourrais trouver quelques éclaircissements dans mes doutes.... mais... en traitant avec mépris ceux qui se travailleront de ce soin, je veux aller sans prévoyance et sans crainte tenter un si grand événement [la mort, la vie future]
Pascal, Pens. IX, 1, éd. HAVET.[Il] laisse sa destinée éternelle entre les mains du hasard, et va tenter mollement un si grand événement
Massillon, Carême, Vérité d'un avenir.Le czar, incertain s'il tenterait le lendemain le sort d'une nouvelle bataille
Voltaire, Russie, II, 1
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3Dans le langage soutenu, tenter un lieu, essayer d'y pénétrer ; tenter une route, la suivre au loin.
- L'autre fit cent tours inutiles....Partout il tenta des asiles,Et ce fut partout sans succès La Fontaine, Fabl. IX, 14
- Pourquoi tenter si loin des courses inutiles ? Racine, Mithr. III, 1
- C'est Dieu, pensais-je, qui m'emporte....Quels cieux ne tenterons-nous pas ? Lamartine, Harm. III, 9
Je tentai du désert les routes incertaines
Casimir Delavigne, le Paria, III, 4
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4Dans le style de l'Écriture, éprouver la foi, la fidélité.
Dieu tenta Abraham et lui dit : Abraham, Abraham
Saci, Bible, Genèse, XXII, 1Ils souffrent ; mais la même main qui les éprouve les soutient, et ils ne sont pas tentés au delà de leurs forces
Massillon, Carême, Dégoûts.
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Absolument.
Il y a bien de la différence entre tenter et induire en erreur ; Dieu tente, mais il n'induit pas en erreur
Pascal, Pens. XXIII, 10
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Tenter Dieu, lui demander des miracles, de nouveaux effets de la toute-puissance.
Vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu, comme vous l'avez tenté au lieu de la tentation
Saci, Bible, Deutéron. VI, 16
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Fig. Tenter Dieu, se jeter dans des périls, dans des embarras dont on ne peut sortir sans miracle.
- Quoi ! monsieur, vous voulez tenter Dieu ? quelle audace ! Molière, le Dép. v, 4
Savez-vous qu'un si grand retardement donne le temps à tout le royaume de parler, et que c'est tenter Dieu et le roi que de vouloir conduire si loin une affaire si extraordinaire ?
Mme de Sévigné, 12- La Providence est la commune mère ;Fiez-vous-y, mais ne la tentez pas LAMOTTE, Fabl. II, 16
- Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu ;Suspendez votre marche, il ne faut tenter Dieu ALFRED DE VIGNY, le Cor.
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On dit de même en parlant des païens : tenter les dieux.
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5Solliciter au mal, au péché.
- Et les occasions tentent les plus remis Corneille, Poly. III, 5
Alors Jésus fut conduit par l'esprit dans le désert pour y être tenté par le diable
Saci, Bible, Evang. St Matthieu IV, 1Que nul ne dise, lorsqu'il est tenté, que c'est Dieu qui le tente ; car Dieu est incapable de tenter, et de pousser au mal
Saci, ib. St Jacq. Épît. cath. I, 13
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Avec de et un infinitif.
Ils méprisèrent l'argent et toutes les richesses artificielles, qui ne sont richesses que par l'imagination des hommes, et qui les tentent de chercher des plaisirs dangereux,
Fénelon, Tél. XIX
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6Essayer de séduire.
Il y en a même qui ont pris cette occasion de tenter ma fidélité ; vous ne sauriez croire, monseigneur, quels avantages on m'a offerts pour me faire promettre de quitter votre parti cet hiver
Voiture, Lett. 82Comme on ne lui laissait argent ni pierrerie, Le geôlier fut fidèle, elle eut beau le tenter
La Fontaine, Coupe.On tenta le gouverneur hollandais, qu'on savait avare ; le marché fut conclu, et il introduisit l'ennemi dans la ville en 1641
Raynal, Hist. phil. II, 14
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7Mettre à l'épreuve, en parlant de la patience, de la colère.
- J'ai cent fois, dans le cours de ma gloire passée,Tenté leur patience et ne l'ai point lassée Racine, Brit. IV, 4
- Et tenter un courroux que je retiens à peine Racine, Phèdre, IV, 2
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Essayer de faire impression sur.
Tenter sa pitié, à mesure qu'il était plus inexorable
Montesquieu, Lett. pers. 157
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8Donner désir, envie.
Cependant un sanglier, monstre énorme et superbe, Tente encor notre archer, friand de tels morceaux
La Fontaine, Fabl. VIII, 27Je suis tentée de sa proposition [de Mme de Vins, l'invitant à aller chez elle], de sorte que j'ai la mine de ne m'en aller que dimanche à la messe de Livry
Mme de Sévigné, 21 août 1676La fausse gloire ne le tentait pas
Bossuet, Louis de Bourbon.- Combien le trône tente un cœur ambitieux ! Racine, Bajaz. V, 4
Pour fixer de certaines gens, il est bien aussi sûr de les tenter que de leur plaire
Marivaux, Marianne, 2e part.Espérant tenter les gens par le bon marché, en me mettant à leur discrétion
J.-J. Rousseau, Conf. II
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Tenter de, avec un substantif.
Les millions ne me pouvaient tenter d'une mésalliance, ni la mode, ni mes besoins me résoudre à m'y ployer
Saint-Simon, 15, 167
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Tenter de, avec un infinitif.
Quand j'irai en province, je vous tenterai de revenir avec moi et chez moi
Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 21 juin 1671
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Se laisser tenter, céder.
Vous m'avez trop écrit, ma très chère ; vous vous laissez tenter à l'envie de causer
Mme de Sévigné, 2 fév. 1680
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9Inspirer des désirs amoureux.
Le cœur se gagne, on tente, on est tentée
Voltaire, Prude, II, 6
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Sa peau ne me tente guère, sa personne ne me plaît pas, ne me touche pas le cœur.
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas, Que toute votre peau ne me tenterait pas
Molière, Tart. III, 2
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10Terme d'escrime. Faire un tentement.
Étymologie
Wallon, temmté, tourmenter ; provenç. temptar ; espagn. tentar ; ital. tentare ; du lat. tentare. On a cru que tentare était un fréquentatif de tenere ; mais, d'après les dernières recherches des érudits, il paraît que la forme certifiée par les manuscrits et les inscriptions est temptare, ce qui exclut soit tenere, soit tendere. Cependant Corssen, Auspr. I, 123, 2e édit. maintient tentare, regardant temptare comme une très ancienne faute d'orthographe.