Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

tomber dans le Littré

1 article· 283 citations· rimes· synonymes· conjugaison

tomber v. n. (ton-bé)

  1. 1Aller de haut en bas, en vertu de son propre poids. Voilà la pluie qui tombe.

    • Impersonnellement.

      • Oh ! oh ! dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc, S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde ? La Fontaine, Fabl. IX, 4
      • Tomber à bas, tomber par terre.

      • Par extension. Tomber à bas de, être renversé de.

      • Sa tête tomba sur l'échafaud, il eut la tête tranchée.

      • Faire tomber une tête, faire périr quelqu'un, surtout par la main du bourreau.

      • Tomber d'épilepsie, du haut mal, être épileptique, chaque accès causant la chute du malade.

      • Fig. Tomber de la poêle en la braise, tomber d'un mal dans un pire.

      • Familièrement. Cet homme est tombé les quatre fers en l'air, il est tombé sur le dos, et, figurément, il est frappé d'étonnement.

      • Tomber mort, tomber raide mort, mourir tout d'un coup en tombant.

        • Judas lui-même tomba mort, et tous les autres s'enfuirent Saci, Bible, Machab. I, IX, 18
        • J'aime bien le bon naturel de ce fils qui tombe mort en voyant son pauvre père pendu ; cela fait honneur aux enfants : il v avait longtemps que les pères avaient fait leurs preuves Mme de Sévigné, 411
      • Tomber de son haut, de toute sa hauteur, tomber, étant debout, par terre.

      • Fig. Tomber de son haut, être dans le plus grand étonnement.

      • Tomber de bien haut, être saisi d'un profond étonnement.

      • On dit de même : tomber d'étonnement.

        • Ce monsieur qui m'a apporté cette robe de chambre a pensé tomber d'étonnement de la beauté et de la ressemblance de votre portrait Mme de Sévigné, 270
      • Dans le même sens : Les bras m'en tombent, ou me tombent.

        • À cette nouvelle [les bâtards déclarés princes du sang], les bras me tombèrent Saint-Simon, 359, 241
      • Fig. Tomber des nues, être très étonné.

        • Ce qui s'appelle tomber du haut des nues, c'est ce qui arriva hier au soir aux Tuileries [rupture du mariage de Mademoiselle et de Lauzun] Mme de Sévigné, 19 déc. 1670
      • En un autre sens. Cet homme semble tomber des nues, il est embarrassé de sa contenance, il ne sait à qui s'adresser dans la compagnie où il se trouve.

      • Tomber des nues, signifie aussi n'être connu ni avoué de personne.

        • Qu'on juge de celui qui tombe là des nues ! il lui est presque impossible de parler une minute impunément J.-J. Rousseau, Confess. III
      • Cet homme est tombé des nues, il est arrivé sans être attendu.

      • Par extension. Tomber des nues, être mal amené, mal préparé, en parlant d'un incident, d'un personnage dans un ouvrage d'imagination, d'un sujet dans une conversation. Ce dénoûment tombe des nues.

        • Cette matière avec elle ne peut tomber que des nues Marivaux, le Legs, sc. 3
      • Fig. Tomber du ciel, se dit d'une chose qui arrive inopinément.

        • Elle [la duchesse de Chaulnes] avait une si sincère envie de me faire tomber du ciel ces mille écus.... Mme de Sévigné, 6 nov. 1689
      • Tomber sur ses pieds, tomber debout, tomber de manière qu'on reste debout.

      • Fig. Tomber sur ses pieds, se tirer heureusement d'une circonstance critique, se trouver dans la même situation qu'auparavant. Il tombe toujours sur ses pieds. Il ne peut tomber que sur ses pieds.

      • On dit de même : Il ne peut tomber que debout.

      • Tomber par terre, se dit de ce qui, touchant à terre, tombe de sa hauteur ; ainsi un homme tombe par terre, un arbre tombe par terre.

      • Fig. Tomber par terre, n'avoir aucun effet, se perdre. Tomber à terre, se dit de ce qui, étant élevé au-dessus de terre, tombe d'en haut ; ainsi un couvreur tombe à terre, le fruit d'un arbre tombe à terre.

      • Fig. Tomber à terre, ne pas être relevé, ne pas avoir d'effet.

        • Sans qu'aucune de ses paroles soit tombée à terre Saci, Bible, Josué, XXX, 14
        • Vous voyez que notre aventure ne tomba pas à terre BUSSY-RABUTIN, Lett. t. III, p. 320, dans POUGENS
        • Je ne sais si vous avez celle [intention] de m'écrire des endroits admirables, vous y réussiriez ; mais aussi ils ne tombent pas à terre Mme de Sévigné, 360
        • Le saint-père.... dit... qu'il fallait qu'elle [Mme de Coulanges] vînt à Rome.... cela ne tombera pas à terre Mme de Sévigné, 27 nov. 1689
      • Fig. Les armes tombent des mains, le désir des combats s'apaise.

        • Il fit la paix, et les armes Lui tombèrent de la main Malherbe, II, 2
        • Les Manduriens, si irrités, sentaient que leurs armes leur tombaient des mains Fénelon, Tél. X
      • Faire tomber les armes des mains de quelqu'un, le vaincre, le fléchir, l'apaiser.

      • Fig. La plume me tombe des mains, je n'ai pas le courage d'écrire.

        • J'étais, comme tout le monde, dans une perpétuelle crise, et la plume me tombait des mains dès que je voulais former une pensée et une lettre Mme de Sévigné, à Bussy, 29 juin 1686
        • La plume tombe des mains quand on voit un homme sensé proposer sérieusement de semblables expédients J.-J. Rousseau, Polysyn. Jugement.
      • Faire tomber la plume des mains, dégoûter, décourager d'écrire.

      • Fig. Le livre me tombe des mains, je n'en puis soutenir la lecture.

        • Tous les gens sincères m'ont avoué que le livre leur tombait des mains Voltaire, Cand. 25
      • Fig. Tomber du côté où l'on penche, se laisser aller à son penchant. On finit toujours par tomber du côté où l'on penche.

      • On dit qu'un rhume tombe sur la poitrine, quand, quittant la gorge, il gagne les bronches, le poumon.

      • Terme de marine. Laisser tomber une voile, la laisser aller à son propre poids, lorsqu'on détourne les rabans qui la retenaient pliée contre la vergue.

  2. 2Avec pluie, neige, grêle, brouillard, etc., tomber s'emploie plus ordinairement à l'impersonnel. Il tombe une pluie froide. Il est tombé ce matin beaucoup de grêle. Il tombe de l'eau.

  3. 3Tomber, mourir. (à partir de là on peut distinguer le sens de tomber, suivant qu'il a pour sujet une personne ou une chose.)

  4. 4Succomber.

  5. 5Ne pas pouvoir se soutenir.

    • Trente femmes.... qu'il fallut baiser au milieu de la poussière et du soleil, et trente ou quarante messieurs me fatiguèrent beaucoup plus que le voyage n'avait fait ; Mme de Carman en tombait, car elle est délicate Mme de Sévigné, 550
  6. 6Tomber aux pieds, aux genoux de quelqu'un, s'y jeter poussé par un sentiment de respect ou de crainte.

  7. 7Tomber sur, se jeter sur, à l'improviste, attaquer avec violence. Il tomba sur lui avec fureur et le frappa.

    • Cette place [Ypres] est farcie de gens de guerre, quoiqu'il en soit sorti deux mille hommes pour aller à Bruges, parce qu'on ne sait jamais où le roi tombera Mme de Sévigné, 18 mars 1678
    • Il précipite sa marche pour tomber sur nos soldats épuisés [à Rocroy] Bossuet, Louis de Bourb.
    • Le comte Arbétion, qui commandait ces escadrons ennemis, était prêt à tomber sur Théodose.... Fléchier, Hist. de Théodose, IV, 58
    • Comme les barbares tombaient tout à coup sur un pays, n'y ayant point chez eux de préparatifs après la résolution de partir, il était difficile de faire des levées à temps dans les provinces Montesquieu, Rom. 18
    • C'est ainsi que tout se balançait, et que tous les États tombaient les uns sur les autres, la Perse sur la Turquie, la Turquie sur l'Allemagne et sur l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne sur la France Voltaire, Mœurs, 124
    • Beaumont, maréchal de Bourgogne, à la tête de la noblesse et des milices du pays, tomba sur ces brigands et les défit Duclos, Œuv. t. II, p. 42
    • On dit de même : Jean Bart avec ses vaisseaux tomba sur une flotte marchande. L'armée, après le gain de la bataille, tomba sur telle place.

    • Fig. Tomber sur, attaquer en paroles, blâmer.

      • Je suis bien loin de vouloir tomber sur Mme de Beauvilliers ; mais, entre nous, il me semble qu'elle ne doit point se mêler de la conduite de M. de Beauvais Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Dangeau, t. VII, p. 120, dans POUGENS.
      • Je suis un peu fâché qu'on soit tombé depuis peu si rudement sur Rapin Thoiras.... je regarde cet historien comme le meilleur que nous ayons Voltaire, Lett. Hénault, 12 mai 1754
      • Après avoir traité de la mort et de la brièveté de la vie, il [Sénèque] tombe sans ménagement sur les puérilités de la dialectique de son école Diderot, Cl. et Nér. II, 58
    • On dit dans le même sens, familièrement : tomber sur le corps à quelqu'un, tomber sur sa friperie.

      • Les Frérons et toute la canaille de la littérature vont me tomber sur le corps Voltaire, Lett. Richelieu, 1er févr. 1773
    • Fig. et familièrement. Tomber sur un plat, sur un mets, en manger avidement.

  8. 8Faire rencontre inopinée. Ces navires marchands tombèrent dans une flotte de vaisseaux ennemis. Il tomba au milieu de gens qui lui étaient inconnus.

    • Les fuyards tombaient dans les troupes du roi ; et ceux qui gardaient les chemins en tuaient un bien plus grand nombre que ceux qui étaient envoyés à la poursuite des ennemis Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 227, dans POUGENS
    • Ne tomber que sur, faire rencontre à chaque pas.

      • La Pologne se voit ravagée par le rebelle Cosaque, par le Moscovite infidèle, et plus encore par le Tartare qu'elle appelle à son secours dans son désespoir ; tout nage dans le sang, et on ne tombe que sur des corps morts Bossuet, Anne de Gonz.
    • Tomber entre les mains, dans les mains, aux mains de quelqu'un, devenir son captif, devenir sujet à sa volonté, à son autorité, à son empire.

      • En Afrique, c'était la coutume des rois de porter toujours sur eux du poison très violent, pour s'épargner la honte de tomber vivants entre les mains de leurs ennemis Corneille, Sophonisbe, Exam.
      • Ce vainqueur enflé de tant de titres tombera à son tour entre les mains de la mort Bossuet, Duch. d'Orl.
      • C'est une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant, entre ces mains où tout est action, où tout est vie Bossuet, Anne de Gonz.
      • Dieu fait naître Moïse.... et le fait tomber entre les mains de la fille de Pharaon Bossuet, Hist. I, 3
      • Le sort, dont les arrêts furent alors sui vis, Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils Racine, Andr. I, 2
      • Le cruel dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi ;Je te plains de tomber dans ses mains redoutables Racine, Ath. II, 5
      • J'ignore.... Si la reine est tombée aux mains de l'oppresseur ? Voltaire, Orphel. I, 1
      • Nous sommes tombés, s'écria-t-il, entre les mains de l'ennemi. - Et pourquoi ne serait-il pas tombé entre les nôtres ? répondit le général BARTHÉLEMY, Anach. ch. 1
    • Tomber sous la main de quelqu'un, ou familièrement, sous sa patte, se trouver sous sa dépendance, ou à portée de sa colère, de son ressentiment.

      • Allez, vous êtes une ingrate : Ne tombez jamais sous ma patte La Fontaine, Fabl. III, 9
    • Familièrement. Tomber sous la coupe de quelqu'un, tomber en son pouvoir.

    • Tomber sous les lois, sous la dépendance, sous le joug, perdre sa liberté devenir assujetti. tre jeté dans, fortuitement, ou malgré soi. Tomber dans une embuscade, dans un piége. Tomber dans les fers.

  9. 10Arriver à l'improviste chez quelqu'un.

    • Marquez-moi à peu près le jour de votre arrivée, et venez tomber chez moi : vous y trouverez votre chambre prête J.-J. Rousseau, Lett. à Moultou, Corresp. t. VI, p. 31, dans POUGENS.
    • Tomber sur les bras, attaquer, causer du dommage.

      • Il [Datame] s'était posté de telle sorte qu'ils ne pouvaient pas l'envelopper ; qu'au moindre mouvement qu'ils faisaient, il leur tombait sur les bras, et les incommodait considérablement Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IV, p. 342
      • Il le considérait comme un fléau qui allait leur tomber sur les bras ANCILLON, Mél. de litt. t. II, p. 10, dans POUGENS
    • Tomber sur les bras de quelqu'un, arriver inopinément chez lui et l'incommoder.

    • Fig. et familièrement. Tomber sur les bras de quelqu'un, se trouver inopinément à sa charge.

  10. 11Passer d'une rue, d'un quartier dans un autre.

  11. 12Fig. Tomber sur un vers, sur un passage, le trouver sans le chercher.

    • Le feuilletant [un livre de casuistique] avec négligence et sans penser à rien, il tomba sur son cas et y apprit qu'il n'était point obligé à restituer Pascal, Prov. VIII
    • Nous tombons sur le chapitre quinzième [de Bélisaire] ; c'est le chapitre de la tolérance, le catéchisme des rois Voltaire, Lett. Marmontel, 16 févr. 1767
  12. 13Recevoir du hasard telle situation.

    • N'ai-je pas dit à Votre Majesté, en entrant ici, que l'on est tombé dans un temps où un homme de bien a quelquefois honte de parler comme il y est obligé ? Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 367, dans POUGENS
  13. 14Tomber en ou tomber dans, être affecté de telle maladie.

    • Monsieur, j'ai une fille qui est tombée dans une étrange maladie Molière, Méd. m. lui, II, 3
    • Cette nuit Mme la princesse de Conti est tombée en apoplexie Mme de Sévigné, 116
    • La reine, qui se trouva grosse, tomba en langueur ; et tout l'État languit avec elle Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Enfin il tomba dans une apoplexie, dont il mourut le lendemain 2 février, âgé de 43 ans Fontenelle, l'Hôpital.
    • Charles IX, dévoré de remords et d'inquiétudes, tomba dans une maladie mortelle Voltaire, Hist. parl. XXVIII
    • On a dit que j'étais tombé en jeunesse ; mais on n'a pas encore dit que je fusse tombé en enfance Voltaire, Lett. au roi de Pr. 5 avr. 1771
    • Tomber malade, devenir malade.

      • Si je tombais malade ici, ce que je ne crois point du tout assurément, je vous prierais d'y venir en diligence Mme de Sévigné, 278
      • Je trouve que, dès qu'on tombe malade à Paris, on tombe mort ; je n'ai jamais vu une telle mortalité Mme de Sévigné, 73
    • Par extension, tomber amoureux, devenir amoureux.

  14. 15Terme de chasse. Tomber en défaut, se dit des chiens qui perdent la piste de la bête.

    • Tomber en arrêt, se dit du chien qui arrête un gibier. Le chien tomba en arrêt sur une perdrix.

  15. 16Fig. Tomber en, dans, être réduit à, être jeté dans. Tomber dans la pauvreté, dans la misère.

    • Un homme tel que moi voit sa gloire ternie,Quand il tombe en péril de quelque ignominie Corneille, Hor. v, 2
    • Qu'un homme prenne querelle avec un autre, et que, l'ayant tué, il vienne à le reconnaître pour son père ou pour son frère, et en tombe au désespoir Corneille, 2e disc.
    • Il faut demeurer d'accord, à l'honneur de la vertu, que les plus grands malheurs des hommes sont ceux où ils tombent par leurs crimes LA ROCHEFOUC., Réfl. mor. n° 183
    • C'est par là que nous tombons dans la plus basse servitude Bourdaloue, Resp. hum. 2e avent, p. 384
    • Tomber au point de, être réduit à l'extrémité de.

      • Puissent tant de malheurs accompagner ta vie, Que tu tombes au point de me porter envie ! Corneille, Hor. IV, 5
    • Tomber en disgrâce. dans la disgrâce, n'être plus dans les bonnes grâces de quelqu'un, n'avoir plus de part à sa bienveillance, à sa faveur.

      • Depuis que je suis tombé dans la disgrâce, je n'ai jamais osé écrire à Sa Majesté pour me plaindre de mon malheur et lui faire voir mon innocence Scarron, Lett. Œuv. t. I, p. 268, dans POUGENS
    • Tomber dans le mépris, devenir un objet de mépris.

      • Et je tombais dans le mépris des honnêtes gens Lesage, Turcaret, I, 9
    • Faire tomber quelqu'un en confusion, lui causer une grande confusion.

  16. 17Fig. Tomber de.... en, éprouver successivement, passer par.

    • Les esprits, une fois émus, tombant de ruines en ruines, se sont divisés en plusieurs sectes Bossuet, Reine d'Anglet.
    • À chaque expérience, je tombais de surprise en surprise Buffon, Hist. nat. hom. Œuv. t. IV, p. 516
    • La Harpe.... Qui, sifflé pour ses vers, pour sa prose sifflé, Tout meurtri des faux pas de sa muse tragique, Tomba de chute en chute au trône académique GILB., Mon apolog.
    • Tomber de Charybde en Scylla, en voulant éviter un mal tomber dans un autre.

    • Tomber de fièvre en chaud mal, tomber d'un état fâcheux dans un pire.

  17. 18Fig. Tomber en, dans, faire quelque chose qui mérite blâme. Tomber dans le galimatias. Cet auteur tombe dans l'affectation, dans le précieux. Ce peintre tombe quelquefois dans la manière.

    • C'est pour éviter ces miracles et ces prédictions que les impies sont tombés dans toutes les absurdités qui vous ont surpris Bossuet, Hist. II, 13
    • L'incrédulité où elle était enfin tombée Bossuet, Anne de Gonz.
    • Le respect humain fait tomber l'homme dans des apostasies, peut-être plus condamnables que celles de ces apostats des premiers siècles Bourdaloue, Respect hum. 2e avent, p. 391
    • Isocrate, dans son Panégyrique, par une sotte ambition de ne vouloir rien dire qu'avec emphase, est tombé, je ne sais comment, dans une faute de petit écolier Boileau, Longin, Subl. ch. 31
    • On s'aperçoit que c'est le poëte qui parle, et non la princesse ; c'est un défaut dans lequel Corneille tombe toujours Voltaire, Comm. Corn. Rem. Pulchér. Préf.
    • Menacer, m'emporter, quelle imprudence extrême !J'en avertis Ambroise, et j'y tombe moi-même COLLIN D'HARLEV., Vieux célib. IV, 6
    • Tomber en faute, tomber dans le crime, tomber dans le péché, commettre une faute, un crime, un péché.

    • Tomber dans l'erreur, dans la contradiction, en contradiction, se tromper, se contredire.

      • Il [Woodward] tombe, aussi bien que Burnet, dans des contradictions évidentes Buffon, Hist. nat. Pr. th. ter. Œuv. t. I, p. 277
    • Tomber dans le ridicule, dans quelque inconvénient, faire quelque action ridicule, faire quelque démarche qui a des suites fâcheuses.

    • Dans le style de l'Écriture. Tomber dans l'aveuglement, dans l'endurcissement, devenir aveugle, insensible aux vérités de la religion.

  18. 19Fig. Tomber dans, se laisser aller à.

    • Cette conversation nous est si naturelle que nous y tombons insensiblement ; c'est un penchant si doux qu'on y revient sans peine Mme de Sévigné, 43
    • Avouez que le jour ne vous eût jamais jeté dans une rêverie aussi douce que celle où je vous ai vu prêt de tomber tout à l'heure à la vue de cette belle nuit Fontenelle, Mond. 1er soir.
    • Je pleurai d'aise, je criai de joie, je tombai dans des transports de tendresse, de reconnaissance Marivaux, Marianne, 6e part.
    • Bélise ne répondit point ; elle était tombée dans une rêverie profonde et dans un sérieux glacé Marmontel, Contes mor. Scrup.
    • Tomber dans la dévotion, devenir dévot.

  19. 20Fig. Perdre une haute position, possession.

    • Ce désir [du bonheur] nous est laissé, tant pour nous punir que pour nous faire sentir d'où nous sommes tombés Pascal, Pens. VIII, 10, édit. HAVET.
    • Afin qu'ils ne tombent pas d'un si grand bonheur et d'un si grand honneur que Dieu leur a faits Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 6
    • Quand je viens à penser que ces mêmes personnes peuvent.... Être au nombre malheureux des jugés, et qu'il y en aura tant qui tomberont de la gloire.... Pascal, ib. 3
    • Hélas ! qu'elle [l'âme] s'est trompée, et que sa chute a été funeste ! elle est tombée de Dieu sur soi-même Bossuet, la Vallière.
  20. 21Absolument. Pécher. Le juste tombe sept fois le jour.

    • Voici ce que dit le Seigneur : Quand on est tombé, ne se relève-t-on pas ? Saci, Bible, Jérémie, VIII, 4
    • David tombe, devient adultère, il y ajoute l'homicide Bourdaloue, 9e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 149
    • On ne peut rien voir de plus éloquent que son épître [de saint Basile] à une vierge qui était tombée Fénelon, t. XXI, p. 114
  21. 22Fig. Décroître, perdre de ses forces, de son mérite.

    • Je n'admire point l'excès d'une vertu, comme de la valeur, si je ne vois en même temps l'excès de la vertu opposée, comme en Épaminondas, qui avait l'extrême valeur et l'extrême bénignité ; car autrement ce n'est pas monter, c'est tomber Pascal, Pens. VI, 21, édit. HAVET.
    • Elle [l'âme] ne peut pas demeurer en cet état, tout triste qu'il est : il faut qu'elle tombe encore plus bas Bossuet, la Vallière.
    • Sans avoir besoin de ces divinités qui tombent de vieillesse Fontenelle, Sur la poés. en gén. Œuv. t. VIII, p. 297, dans POUGENS.
    • Que verra-t-on par ce commentaire ? que nul auteur n'est jamais tombé si bas Voltaire, Comm. Corn. Rem. Théod. I, 1
    • C'est un homme qui tombe, qui est bien tombé, il est affaibli de corps et d'esprit.

    • Perdre son crédit. Cet homme-là n'a pas été longtemps en crédit, il est bientôt tombé.

  22. 23Absolument. Éprouver une chute au théâtre.

  23. 24Tomber d'accord avec quelqu'un, convenir avec lui.

    • Absolument. Tomber d'accord, avouer, confesser. Je tombe d'accord de cela. Je tombe d'accord que cela est ainsi.

      • Tomber dans le sens, tomber dans le sentiment. de quelqu'un, être de même avis que lui, se ranger à son avis.

        • Vous êtes tombé dans ma pensée ; mais il n'était pas, ce me semble, de la dignité de ma politique de m'ouvrir le premier ST-ÉVREM., Sir Politick, I, 3
      • Ils l'ont fait à la fin tomber dans leur sens, ils lui ont enfin persuadé de se ranger de leur avis.

  24. 25Tomber à quelque chose, s'y conformer, y atteindre.

  25. 26Fig. Tomber dans, être sujet à quelque prescription.

    • François II fut le premier qui tomba dans le cas de l'ordonnance de Charles V [pour la majorité des rois] Bossuet, Déf. Var. 1a disc. 37
  26. 27Tomber, avec un nom de chose pour sujet, ne plus se soutenir. Ces bâtiments tombent de vétusté.

    • Un ouvrage humain pourrait tomber après cent ans, comme après mille ans Bossuet, 1re instr past. 30
    • Quand tout cédait à Louis, quand les murailles tombaient au bruit des trompettes Bossuet, Mar.-Thér.
    • Vous voyez tomber de toutes parts les temples de l'hérésie Bossuet, le Tellier.
    • L'arche qui fit tomber tant de superbes tours Racine, Athal. v, 1
    • Après avoir traversé une très petite pièce qui tombait en ruine Mme de Genlis, Mme de la Fayette, p. 238, dans POUGENS
  27. 28Se détacher, en parlant de parties du corps vivant. Depuis sa fièvre les cheveux de cet enfant tombent beaucoup. La gangrène fit tomber les orteils. L'eschare ne tomba que le vingtième jour.

    • Après avoir dit : je ferai tomber leurs cheveux, je détruirai, poursuit le Seigneur, les colliers et les bracelets Bossuet, la Vallière.
    • Malgré tous mes soins, je n'ai pu empêcher que le troisième doigt du pied ne soit tombé sur la fin de juin Bonnet, 2e mém. reprod. salam.
  28. 29Tomber sur, se dit d'objets qui sont entraînés sur d'autres.

    • Assez souvent, dans le gros temps, ces navires tombent sur les navires voisins, et les entraînent dans des bas-fonds où ils périssent misérablement ensemble Raynal, Hist. phil. XI, 3
  29. 30Être vaincu, se rendre.

  30. 31En parlant des institutions, des empires, des cités, des familles, etc. déchoir, diminuer, périr.

    • Telle fut la mort de Saül et de ses trois fils ; et toute sa maison tomba avec lui Saci, Bibl. Paralip. I, X, 6
    • Babylone est tombée ; elle est tombée cette grande ville qui a fait boire à toutes les nations le vin de sa prostitution Saci, ib. St Jean, Apocal. XIV, 8
    • J'ai vu tomber ton temple, et périr ta mémoire Voltaire, Zaïre, II, 3
    • Je vis tomber l'empire où régnaient mes ancêtres Voltaire, Alz. III, 5
    • Le culte de Tyr et de Carthage est tombé avec ces puissantes villes Voltaire, Philos. Profes. foi théistes.
    • Un seul homme [Pierre 1er], parce qu'il avait un génie actif et ferme, éleva sa patrie ; et un seul homme [le schah de Perse], parce qu'il était faible et indolent, fit tomber la sienne Voltaire, Russie, II, 16
    • Vous avez vu tomber la gloire D'un Ilion trop insulté Béranger, Mon âme.
  31. 32Perdre en autorité, en crédit, en vogue. Cette mode commence à tomber. Cette théorie, ce système tombe devant les faits.

    • Je vois mes honneurs croître, et tomber mon crédit Racine, Brit. I, 1
    • Encore serait-il à souhaiter qu'on laissât tomber le commerce à l'égard de toutes les choses qui ne servent qu'à entretenir le luxe, la vanité et la mollesse Fénelon, Tél. XIX.
    • Vous avez laissé choir le tripot de la comédie de Paris ; je m'y intéresse fort médiocrement ; mais je suis fâché que tout tombe, excepté l'Opéra-Comique Voltaire, Lett. Richelieu, 28 nov. 1767
    • On dit que le grand théâtre tragique Ost tout à fait tombé depuis la retraite de Mlle Clairon Voltaire, Lett. à Marmontel, 21 oct. 1771
    • Les livres qui tombent à Paris sont la fortune des libraires de province J.-J. Rousseau, Hél. 2e préf.
    • Sous l'empire des peuples grossiers les lettres tombèrent, les théâtres furent détruits Condillac, Conn. hum. II, I, 5
    • La culture tomba ; il y eut moins de terres ensemencées, et il survint des années de disette ; le prix du blé fut excessif Condillac, Comm. gouv. II, 12
    • Tomber de haut, éprouver une grande décadence.

      • J'ai été indigné que le siècle fût tombé de si haut Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 23 oct. 1772
    • Cela est bien tombé aujourd'hui, se dit d'une chose qui n'est plus en faveur.

      • Le service, autrefois de tant d'honneur suivi, Est bien tombé IMBERT, Jaloux sans amour, I, 3
    • Ces études sont tombées, on les néglige beaucoup aujourd'hui.

  32. 33En parlant des ouvrages dramatiques, ne pas réussir.

    • On venait de jouer sainte Agnès d'un Puget de la Serre ; elle était tombée ; sa chute donna mauvaise opinion de saint Polyeucte à l'hôtel de Rambouillet Voltaire, Comm. Corn. Rem. Poly. I, 1
    • Zaïre, Oreste, Sémiramis, Mahomet, Tancrède, l'Orphelin de la Chine, tombèrent à la première représentation ; elles furent accablées de critiques, elles ne se relevèrent qu'avec le temps Voltaire, Lett. Richelieu, 27 mai 1767
    • Il [Voltaire] donne la tragédie de Marianne en 1722 ; Marianne était empoisonnée par Hérode ; lorsqu'elle but la coupe, la cabale cria : la reine boit, et la pièce tomba Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr.
    • Le même préjugé qui avait fait tomber le Festin de Pierre, parce qu'il était en prose, avait fait tomber l'Avare Voltaire, Vie de Molière.
    • La musique de Rameau ne saurait jamais tomber Voltaire, Lett. en vers et en prose, 43
    • Cette pièce de théâtre est absolument tombée, on ne la joue plus du tout, on n'en fait plus aucun cas.

  33. 34Cesser, être discontinué, abandonné.

    • Mais un dessein formé ne tombe pas ainsi Corneille, Nicom. v, 4
    • La requête civile tombe quasi toute seule ; après ce jugement, il n'est plus question du Conseil, toute chicane est finie Mme de Sévigné, 531
    • La conversation tombait d'abord qu'on ne buvait plus Hamilton, Gramm. 4
    • Ils étaient également embarrassés et contraints l'un et l'autre, et la conversation tomba plusieurs fois Mme de Genlis, Vœux témér. t. III, p. 82, dans POUGENS
    • Tomber de soi-même, cesser sans intervention étrangère.

      • Il ne s'agit pas de réfuter ces rêveries des platoniciens, qui aussi bien tombent d'elles-mêmes Bossuet, Hist. II, 12
      • Les uns eurent le plaisir de voir tomber de soi-même ce qu'on avait fait sans eux Fléchier, Hist. de Théodose, II, 55
      • Il vaut mieux approfondir une bonne fois ce qui a rapport à la doctrine ; après quon tout le reste tombera de lui-même Mme de Maintenon, Lett. au duc de Beauvilliers, t. II, p. 207, dans POUGENS.
      • Heureusement la plupart des opinions des philosophes tombent d'elles-mêmes, et ne méritent pas qu'on en parle Condillac, Art de pens. I, 12
  34. 35Laisser tomber, ne pas donner d'attention à, ne pas s'occuper de.

    • Je vous quitte, en vous priant.... de faire jaser Pauline, si vous avez envie de répondre à mes causeries ; sans cela, laissez-les tomber Mme de Sévigné, 8 avr. 1689
    • Le banquier ne laissa pas tomber cette parole, et lui demanda en riant si lui et son frère seraient d'humeur à gagner une grosse somme d'argent et à faire fortune Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 501, dans POUGENS
    • Ne laisse rien tomber, pas la moindre parole,Registre tout sur son journal DU CERCEAU, Poésies, Remerc. au roi.
    • Le Cramer que vous voyez à Paris avait offert de donner quarante mille francs du produit des souscriptions et de la vente de l'édition, et ensuite il avait laissé tomber cette offre Voltaire, Lett. d'Argental, 15 févr. 1763
    • Il faut laisser tomber cela, il faut, pour empêcher qu'on n'y fasse attention, paraître n'y pas faire attention soi-même.

    • Ces bruits commencent à tomber, on commence à n'y plus donner autant d'attention qu'on faisait d'abord.

  35. 36Arriver, s'approcher, en parlant de la nuit, du soir. La nuit tombe.

    • La nuit est tombée, il est nuit close.

      • Il faut que je vous quitte, mon ami ; la nuit est tout à fait tombée Mme de Genlis, Vœux témér. t. III, p. 179, dans POUGENS
    • Baisser, approcher de sa fin.

      • Le jour commençait à tomber ; nous ne laissions pas que d'avoir du chemin à faire jusqu'au château Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 188, dans POUGENS
      • Quand le jour tombe, il y a de grandes ombres dans la campagne qui semblent les replis de sa robe traînante Mme de Staël, Corinne, XX, 5
    • Substantivement.

  36. 37S'apaiser, se calmer. La fièvre tombe.

    • J'ai vu de son courroux tomber la violence Racine, Athal. v, 2
    • Croyez-vous que des passions que vous nourrissez depuis l'enfance, qui sont devenues comme votre fonds et votre tempérament, tomberont, s'évanouiront en un instant ? Massillon, Carême, Impén. fin.
    • Il a bien fait de laisser à la haine de ses camarades le temps de tomber Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XV, p. 163, dans POUGENS
    • Son goût pour les tableaux, pour la musique, etc. est bien tombé, il est devenu bien moins vif.

    • Terme de marine. La mer tombe, quand l'agitation en diminue, et que les lames s'abaissent.

      • La mer, comme disent les marins, était tombée, et le ciel s'était éclairci Chateaubriand, Itin. part. 2
    • On dit que le vent tombe, quand il perd de sa force, quand il tend à se calmer.

      • Dès que les vents furent tombés, Bomilcar prit le large pour mieux doubler le cap Rollin, Hist. anc. Œuv. t. x, p. 90, dans POUGENS
  37. 38Terme de marine. Un mât, un navire tombe sur l'avent ou sur l'arrière, lorsque, au lieu de conserver la position verticale, il a une inclinaison du côté de la proue ou du côté de la poupe.

  38. 39Être pendant. De beaux cheveux lui tombent sur les épaules. Son manteau lui tombe sur les talons.

  39. 40On dit que des regards tombent sur quelqu'un, quand on le regarde comme d'en haut.

    • Laisser tomber un regard de pitié sur quelqu'un, prendre intérêt à sa misère, le secourir dans sa détresse.

    • Son regard tomba sur cet objet, sur cette personne, il regarda fortuitement cet objet, cette personne.

  40. 41Terme de marine. Un navire tombe sous le vent d'un point quelconque, lorsque, loin de se rapprocher de ce point, placé plus près que lui de l'origine du vent, il s'en éloigne.

  41. 42Il se dit d'un coup qui vient d'en haut. Le coup lui tomba d'aplomb sur la tête.

    • Fig.

      • M. de Pompone n'était pas de ces ministres sur qui une disgrâce tombe à propos pour leur apprendre l'humanité, qu'ils ont presque tous oubliée Mme de Sévigné, 22 nov. 1679
  42. 43Céder, disparaître.

    • Grand prince, lui dit-il, tout va manquer, et il n'y a que votre présence qui puisse faire tomber les difficultés Massillon, Or. fun. Conti.
    • Fig. Les portes tombent, ce qui empêchait l'accès, l'entrée, disparaît.

      • Mais d'être dans la foule, après avoir vu tomber les portes devant lui, c'est une chose qui le pénètre toujours [Pompone disgracié] Mme de Sévigné, 403
  43. 44Faiblir, manquer.

    • Ces délicats à qui la moindre peine fait tomber le courage Bossuet, 1er sermon sur les démons, 2
    • Ce prince, si intrépide devant ses ennemis, sent toute sa fierté tomber devant le prophète Massillon, Carême, Mélange.
  44. 45Tomber en, dans, arriver à, avec une idée de déchéance, de détérioration.

    • Les lois sans le secours des armes tombent dans le mépris ; les armes qui ne sont point modérées par les lois tombent bientôt dans l'anarchie Retz, Mém. t. I, liv. II, p. 128, dans POUGENS
    • Quelques États, sans avoir reçu d'échec qu'on puisse remarquer, tombent dans une faiblesse dont les voisins sont surpris, et qui étonne les citoyens mêmes Montesquieu, Esp. v, 8
    • Tomber en putréfaction, en pourriture, se pourrir.

    • Tomber en poussière, être réduit en poussière.

    • Tomber en loques, se dit d'un habit qui se déchire partout.

    • Dans le même sens, tomber par pièces.

      • Il avait un habit noir plutôt usé que vieux, et qui tombait par pièces J.-J. Rousseau, Conf. III
    • Tomber en désuétude, cesser d'être en usage.

    • Cela est tombé en oubli, on ne s'en souvient plus.

    • Terme de chimie. Tomber en déliquescence, en deliquium, se dit d'un corps solide qui, au contact de l'air, se remplit d'humidité et se fond.

  45. 46Dégénérer en. Cela tombe dans le maniéré.

    • L'Époux sacré ne dit pas toujours qu'il aime l'épouse ; à la fin, cela tomberait dans le froid Bossuet, Explic. de la messe, 25
    • Cette maison est tombée en quenouille, il n'en reste que des filles.

    • Cette couronne, cette souveraineté tombe en quenouille, les femmes peuvent en hériter.

    • Tomber à rien, se réduire à très peu de chose. Toutes ces grandes promesses sont tombées à rien.

    • Cette dépense tombe en pure perte, elle ne produit rien.

  46. 47Devenir l'objet, la possession.

    • Les biens de cette maison sont tombés dans telle autre par un mariage, ils y sont passés.

      • Antoine de Bourbon.... chef de la branche des Bourbons, ainsi appelée d'un fief de ce nom qui tomba dans leur maison par un mariage avec l'héritière de Bourbon Voltaire, Ess. guerr. civ. France.
    • Tomber dans le domaine public, se dit d'une propriété privée qui cesse de l'être. Cet ouvrage est tombé dans le domaine public.

    • Fig. Tomber dans la conversation, devenir un sujet commun de conversation.

      • Une science vaine, aride, dénuée d'agrément et d'utilité, qui ne tombe point dans la conversation, qui est hors du commerce La Bruyère, 1
  47. 48Échoir.

    • Le sort tomba sur lui, ce fut lui que le sort désigna.

  48. 49Tomber sous la main, se présenter fortuitement.

    • Les papiers me tomberont sous la main quand j'y songerai le moins Bossuet, Lett. abb 217
    • Tomber entre les mains, venir fortuitement en la possession. Le hasard a fait tomber entre mes mains une pièce fort curieuse.

      • Le Poussin, né aux Andelys en 1595, n'eut de maître que son génie et quelques estampes de Raphaël qui lui tombèrent entre les mains Voltaire, Temple du goût.
    • Impersonnellement.

      • Il m'est tombé entre les mains une petite pièce de vers d'un jeune Courlandais ou Courlandois qui est venu dans mon ermitage [une Ode de Voltaire lui-même] Voltaire, Lett à Catherine II, 12 févr. 1772
      • Il nous est tombé entre les mains un exemplaire anglais de Clarisse, accompagné de réflexions manuscrites Diderot, Éloge de Richardson.
  49. 50Tomber dans l'esprit, dans la tête, se présenter à l'esprit.

    • Je pensais être le premier à qui il fût tombé en l'esprit de sanctifier la poésie par un ouvrage si précieux Corneille, Imit. préf. éd. 1651
    • Cette sentence ne pourrait tomber que dans l'âme d'un homme.... Pascal, Prov. X
    • Il ne me tombe jamais dans l'esprit que ce soit votre faute ; je connais votre soin Mme de Sévigné, 228
    • Il n'est pas tombé dans la tête d'aucun dévot qu'elle [l'âme de Turenne] ne fût pas en bon état [au moment où il fut tué] Mme de Sévigné, 16 août 1675
    • Le maître de l'éloquence, accusant un gouverneur de province d'avoir fait crucifier un Romain, représente cette action comme la plus noire et la plus furieuse qui puisse tomber dans l'esprit d'un homme Bossuet, 1er sermon, Exalt. de la croix, préambule.
    • Cela ne me serait jamais tombé dans l'esprit, je ne me serais jamais avisé de cela, je n'aurais jamais conçu un tel soupçon, formé une telle conjecture.

    • Cela ne peut tomber que dans l'esprit, que dans la tête d'un fou, il n'y a qu'un fou qui puisse imaginer telle chose.

    • Tomber au cœur, être imaginé, deviné par le cœur.

      • Vous connaissant comme je fais, il me tomba au cœur que vous ne voudriez point quitter M. de Grignan Mme de Sévigné, 13 nov. 1676
  50. 51Être tourné fortuitement sur un sujet. L'entretien tomba sur un tel.

    • La conversation tomba sur la tranquillité de sa profession Montesquieu, Lett. pers. 61
    • La conversation tombe sur votre ennemi Mme de Genlis, Veillées du château t. II, p. 221, dans POUGENS
  51. 52Tomber sur, avoir son point principal en.

    • On s'étonnera peut-être de ce que j'ai donné à cette tragédie le nom de Rodogune plutôt que celui de Cléopâtre, sur qui tombe toute l'action tragique Corneille, Rodog. préface
    • Être à la charge de. Avoir pour objet.

      • Je souhaite qu'il donne quelque chose à la petite de Lévi, afin que tout ne tombe pas sur le roi Mme de Maintenon, Lett. à Mme de la Viefville, 28 nov. 1705
      • L'interdiction du feu et de l'eau chez les Romains tombait sur des choses nécessaires à la vie ; celle-ci tombe sur tout ce qui peut la rendre supportable J.-J. Rousseau, 1er dial.
  52. 53Tomber sur, être porté sur, attaquer.

    • La haine sur Titus tombera tout entière Racine, Bérén. III, 2
    • C'est sur ceux qui partagent le gouvernement que tombe la rigueur du despotisme Voltaire, Mœurs, 93
    • Les critiques, les sarcasmes, les injures même tombèrent sur lui de toutes parts D'Alembert, Éloges, Moncrif.
    • Le soupçon tomba sur lui, on le soupçonna de la chose dont il s'agissait.

  53. 54Tomber sur, s'appliquer à.

    • Cela [un dire de la princesse de Tarente, qu'elle avait le cœur comme de dire] tombe sur le général ; mais le monde en a fait des applications particulières Mme de Sévigné, 11 déc. 1675
    • J'ai un grand dégoût pour les conversations inutiles qui ne tombent sur rien du tout : des oui, des voire, des lanternes où l'on ne prend aucune sorte d'intérêt Mme de Sévigné, 19 juin 1680
    • Faire tomber sur, rejeter sur, imputer à.

      • Renfermez-vous à faire tomber la tromperie sur l'intérêt Mme de Sévigné, 18 déc. 1689
  54. 55Tomber bien ou mal, arriver heureusement ou malheureusement, à propos ou à contre-temps. Cela tombe bien.

    • Madame de Moreuil.... je vous conjure de lui faire tomber mes compliments à propos Mme de Sévigné, 8 juill. 1685
  55. 56Faire jonction, aboutir. Ce chemin tombe dans tel autre.

    • Le roi descendait le degré qui tombait dans la salle du souper Saint-Simon, 11, 129
    • Le Nil ne reçoit aucune rivière qu'à plus de cinq cents lieues de son embouchure ; la dernière qui y tombe est le Moraba, et, de cet endroit jusqu'à sa source, il reçoit environ douze ou treize rivières Buffon, Hist. nat. preuv. théor. terr. Œuv. t. II, p. 75
  56. 57Coïncider par le temps.

    • Son retour en Espagne doit tomber à l'an 1580, vers la fin de l'été COMTE DE CAYLUS, Mém. Acad. de Troyes, Œuv. t. XII, p. 103
    • Je ne me suis pas aperçu que votre silence tombât précisément au temps de l'arrivée de notre chère sœur Diderot, Lett. à Mlle Voland, 6 sept. 1762
    • Cette cérémonie se fait avec solennité dans la fête des Apaturies, qui tombe au mois pyanepsion, et qui dure trois jours BARTHÉLEMY, Anach. ch. 26
    • Cette fête tombe au jeudi, elle arrive, on la chôme le jeudi.

  57. 58Terme d'imprimerie. Faire tomber les pages les unes sur les autres, faire que la page du recto et celle du verso se correspondent exactement.

  58. 59Tomber sous, appartenir à la classe de.

    • Je ne parle pas ici des vérités divines, que je n'aurais garde de faire tomber sous l'art de persuader Pascal, Art de persuader, édit. FAUGÈRE
    • Tomber sous les sens, être perceptible par les sens.

      • Tous les corps qui tombent sous nos sens BRISSON, Traité de phys. t. I, ch. 2, n° 6
      • Dieu, il est vrai, ne tombe pas sous les sens ; mais il a imprimé son caractère dans les choses sensibles Condillac, Log. I, 5
    • Tomber sous le sens, être évident, incontestable.

      • Les sujets qui tombent sous le sens ou sous le raisonnement Pascal, Vide, Préf.
    • Cela ne tombe pas sous le sens, se dit d'une chose qui paraît absurde, qui blesse le sens commun.

  59. 60Ne pas garder la même élévation, en parlant de la voix.

    • Il fallait pour l'image, qu'après avoir peint la promptitude avec laquelle on fut frappé de cette nouvelle, la voix de l'orateur tombât avec ces mots : Madame se meurt, Madame est morte Condillac, Art d'écr. II, 14
    • Laisser tomber la voix, ne pas la soutenir là où il le faudrait.

    • Laisser tomber ses paroles, parler négligemment, avec indolence.

    • Dans un sens un peu différent : se décider à parler.

    • Terme de musique. Se dit d'une phrase musicale qui finit brusquement, qui n'est pas carrée.

    • Se dit absolument d'un vers dont la césure est défectueuse.

    • La voix tombe, se dit aussi d'une voix qui devient plus faible.

      • Heureux si, averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole de vie les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint ! Bossuet, Louis de Bourbon.
  60. 61Tomber, qui se construit d'ordinaire avec l'auxiliaire être dans les temps composés, peut aussi recevoir l'auxiliaire avoir.

    • Les poëtes disent que Vulcain a tombé du ciel pendant un jour entier ; ce grand courage a tombé tout à coup Dict. de l'Acad.
    • Indépendamment du christianisme, les oracles ne laissaient pas de déchoir beaucoup par d'autres causes, et à la fin ils eussent entièrement tombé Fontenelle, Oracl. II, 5
    • Où serais-je, grand Dieu ! si ma crédulitéEût tombé dans le piége à mes pas présenté ? Voltaire, Orph. II, 3
    • Jamais Voltaire n'avait été plus brillant que dans Alzire, et l'on a peine à concevoir qu'il ait tombé de si haut jusqu'à Zulime LAHARPE, Cours de litt. 3e part. III, 8
    • Le Malheureux imaginaire, comédie en cinq actes de M. Dorat, a tombé depuis le premier acte jusqu'au dernier LAHARPE, Corresp. littéraire, Lett. 56
    • Les pièces du Théâtre italien ont tombé encore plus indécemment LAHARPE, ib.
    • Terme de fauconnerie. L'oiseau a tombé sur la perdrix, il a fondu tout d'un coup sur elle.

    • Bien que l'auxiliaire être soit le plus fréquent, cependant de ces exemples on conclut qu'il est des cas où avoir est absolument nécessaire pour rendre la nuance de la pensée. Cette phrase : mon enfant est tombé, ne peut signifier tout à la fois : mon enfant est par terre, et il a fait une chute tout à l'heure. Il faut dire dans ce dernier cas : mon enfant a tombé.

Remarque

1. Vaugelas condamne la locution tomber aux mains, et veut qu'on dise tomber entre les mains. Il a été réfuté par l'usage des meilleurs écrivains. 2. On ne donne jamais aujourd'hui le sens actif à tomber ; ce qui se faisait dans le XVIe siècle et dans l'ancien français, ce qui est resté dans le langage du peuple, et ce qui revient présentement dans un certain usage : C'est un emploi tiré de l'argot des lutteurs, où l'on dit : tomber son adversaire, le renverser. 3. Tumber était encore en usage au XVIIe siècle :

Proverbes

Quand la poire est mûre, il faut qu'elle tombe, quand les affaires sont venues à un certain point, il faut qu'elles éclatent. Si le ciel tombait, il y aurait bien des alouettes prises, se dit à ceux qui font des suppositions impossibles.

Étymologie

Berry, tomber, tumber, timber ; tomber sur une pierre cornue, être mal avec sa femme ; wallon, toumé : lorrain , teumei ; champ. tumer ; provenç. et espagn. tumbar ; ital. tomare, tomber la tête la première, culbuter. Diez fait deux verbes différents de tumer et tumber ; il rattache tumber au scandinave tumba, tomber la tête en avant, ou bien au latin tumba , tombe qui a signifié aussi monceau. Il rattache tumer à l'ancien haut-allem. tumon ; anglo-saxon, tumbjan ; suédois, tumla ; allem. mod. taumeln ; angl. to tumble, verbes qui signifient tournoyer, trébucher, sauter. Il ne paraît pas qu'on puisse séparer ainsi tumer et tumber ; dans l'ancienne langue c'est tumer seul qu'on trouve, avec le double sens de tomber et de sauter. Plus tard, les deux se disent, et enfin tumber exclut absolument tumer, qui est resté dans quelques patois. Or tumer, par l'intercalation d'un b à coté de l'm, a pu facilement devenir tumber ; mais tumber n'a pu également devenir tumer ; c'est en effet l'ordre que l'historique présente : il faut donc admettre que la source de notre verbe est dans la seconde étymologie indiquée par Diez, qui l'a été aussi par Pott.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander