1torrent s. m. (tor-ran)
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Amas de matières étrangères qui traversent un bloc d'ardoise.
Amas de matières étrangères qui traversent un bloc d'ardoise.
1Courant d'eau très rapide, soit permanent et produit par la grande déclivité du terrain dans les montagnes, soit peu durable et produit par des orages ou des fontes de neige.
Comme il n'y a point de fontaine dont la course soit si tranquille, à laquelle on ne fasse prendre par la résistance la rapidité d'un torrentBossuet, Sermons, Bonté et rigueur de Dieu, 2
Un torrent débordé qui, d'ur cours orageux, Roule plein de gravier sur un terrain fangeuxBoileau, Art p. I
L'Arveiron est un torrent considérable, qui sort de l'extrémité inférieure du glacier des Bois par une grande arche de glaceSAUSSURE, Voy. Alpes, t. III, p. 1, dans POUGENS
Un torrent est un cours d'eau qui affouille dans la montagne et dépose dans la valléeSURELL, Étude sur les torrents, dans Journ. des sav. mai 1870, p. 262
Fig.
Le discours du P. Bourgoing se répandait à la manière d'un torrentBossuet, Bourgoing.
Par exagération. Pleuvoir à torrent, pleuvoir avec une force et une abondance extraordinaires.
2Par extension, il se dit de certaines choses, eu égard à leur abondance, à leur impétuosité. Un torrent de bitume.
Un torrent de larmes, des larmes très abondantes.
J'ai vu Mme de Fontenilles, qui a perdu sa mère ; c'étaient des torrents de larmes ; elle est abîmée dans sa douleurMme de Sévigné, 8 oct. 1688
Deux torrents de larmes amères coulaient de mes yeux, et le doux sommeil leur était inconnuFénelon, Tél. IX
3Il se dit de ce qui coule abondamment en paroles ou en écrit. Un torrent de paroles.
Dans ces torrents d'injures [contre Corneille], il [l'abbé d'Aubignac] fut secondé par les mauvais auteurs ; ce que l'on croira sans peineVoltaire, Comm. Corn. Rem. Sertor. Préf.
4Fig. Guerrier, conquérant que rien n'arrête.
Personne qu'on ne peut contenir, diriger.
5Fig. Il se dit des multitudes qui se précipitent.
Une infinité de nations inconnues sortirent du Nord, se répandirent comme des torrents dans les provinces romainesMontesquieu, Lett. pers. 131
6Fig. Ce qui s'écoule, ce qui se presse avec la rapidité et la force d'un torrent.
Les torrents de l'iniquité m'ont rempli de troubleSaci, Bible, Psaum. XVII, 5
Ainsi le torrent du monde s'écoule, quelque soin qu'on prenne à le retenir ; tout est emporté par cette suite rapide de moments qui passent ; et par ces révolutions continuelles nous arrivons souvent, sans y avoir pensé, à ce point fatal où le temps finit et l'éternité commenceFléchier, Duch. d'Aiguillon.
Dieu seul est toujours le même.... les torrents des âges et des siècles coulent devant ses yeuxMassillon, Bénéd. des drapeaux du rég. de Catinat.
Ce fut là le premier avantage qu'eut le roi Auguste, dans le torrent de sa mauvaise fortune, contre les armes victorieuses de son ennemiVoltaire, Charles XII, 3
Je suis si pressé par le temps que j'en ai la vue éblouie ; le torrent de l'avidité des libraires m'entraîneVoltaire, Lett. en vers et en prose, 54
L'homme, entraîné lui-même par le torrent des temps, ne peut rien pour sa propre duréeBuffon, Quadr. t. I, p. 5
Le torrent des affaires, leur grand mouvement.
La pitié [pour la famille Calas] pénétra jusqu'au ministère, malgré le torrent continuel des affaires, qui souvent exclut la pitiéVoltaire, Pol. et lég. Traité sur la tol. Hist. abr.
7Première impétuosité des sentiments, premier mouvement, premier emportement.
La belle [une veuve] avait un père, homme prudent et sage ; Il laissa le torrent couler ; à la fin, pour la consoler....La Fontaine, Fabl. VI, 21
Il me semble que vous avez peur que je ne sois ridicule, et que je ne me répande excessivement sur le sujet [le chagrin de l'absence de Mme de Grignan] ; non, non, ma bonne, ne craignez rien ; je sais gouverner ce torrentMme de Sévigné, 5 juin 1675
Mme la duchesse de Bourgogne pleurera ; mais il faudra des raisons, non des larmes ; qui les produira contre ce torrent [soulevé contre son mari] ?Saint-Simon, 195, 113
8Influence de l'exemple, de la mode, des événements, force des choses.
Elle [la disgrâce de Pompone] ne sera pas sitôt oubliée de beaucoup de gens ; car, pour le torrent, il va comme votre Durance quand elle est endiabléeMme de Sévigné, 8 déc. 1679
Pour arrêter le torrent des mauvaises mœursBossuet, Bourgoing, 2
Malheur à toi, torrent de la mauvaise coutume des hommes, disait autrefois saint Augustin ; qui te pourra résister ?Fléchier, Sermons, 2e dim. de l'avent.
Ne nous laissons pas emporter au torrent de la coutumeMme de Maintenon, Lett. à Mme de la Viefville, 4 mars 1706
Et ce qu'il y a de terrible, c'est qu'en cela vous ne faites que suivre le torrent ; vos mœurs sont les mœurs de presque tous les hommesMassillon, Carême, Élus.
Provenç. torrent ; espag. et ital. torrente ; du lat. torrentem, torrent, qui se précipite avec rapidité, de torrere (voy. TORRIDE), au sens de se dessécher : un cours d'eau qui se dessèche l'été.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander