1torturé, ée part. passé (tor-tu-ré, rée)
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Et sous nos yeux l'innocent Calas torturé par les bourreaux n'eût point péri sur la roue
J.-J. Rousseau, Lett. à l'archev. de Paris
Et sous nos yeux l'innocent Calas torturé par les bourreaux n'eût point péri sur la roueJ.-J. Rousseau, Lett. à l'archev. de Paris
1Action de tordre, contorsion.
Ce sont apparemment ces bizarres attitudes et ces tortures naturelles qui ont anciennement frappé les yeux de la superstition, quand elle adopta cet oiseau [le torcol] dans les enchantementsBuffon, Ois. t. XIII, p. 129
2Tourment, supplice.
La Providence nous met quelquefois à la torture, en y employant la pierre, la gravelle, la goutte, le déchirement d'entrailles, les convulsions, et autres exécutions des vengeances de la ProvidenceVoltaire, Dict. phil. Torture.
3Particulièrement. Tourment auquel on soumettait un accusé pour en obtenir des révélations ; question. La torture a été abolie en France par Louis XVI en 1780.
Quoiqu'il y ait peu d'articles de jurisprudence dans ces honnêtes réflexions alphabétiques, il faut pourtant dire un mot de la torture, autrement nommée question ; c'est une étrange manière de questionner les hommes ; ce ne sont pourtant point de simples curieux qui l'ont inventéeVoltaire, Dict. phil. Torture.
Il [un conseiller de la Tournelle] se donne le plaisir de l'appliquer [un accusé] à la grande et à la petite torture, en présence d'un chirurgien qui lui tâte le pouls, jusqu'à ce qu'il soit en danger de mort, après quoi or recommence ; et, comme dit très bien la comédie des Plaideurs, cela fait toujours passer une heure ou deuxVoltaire, ib.
Les Romains n'infligèrent la torture qu'aux esclavesVoltaire, ib.
En quoi était-il nécessaire qu'on coupât la main et la langue au chevalier de la Barre, qu'on l'appliquât à la torture ordinaire et extraordinaire, et qu'on le brûlât tout vif ?Voltaire, Dict. phil. Supplices.
Il est aussi absurde d'infliger la torture pour parvenir à la connaissance d'un crime, qu'il était absurde d'ordonner autrefois le duel pour juger un coupableVoltaire, Dict. phil. Question
On prétend qu'en faisant donner la torture aux accusés, il [Louis XI] était caché derrière une jalousie, pour entendre les interrogatoiresDuclos, Œuv. t. III, p. 358
On les mettait [les esclaves] à la torture pour la moindre faute ; ils pouvaient être punis de mort sans l'intervention du magistratRaynal, Hist. phil. XI, 24
4Fig. Peine vive, tourment.
Ce qui m'est un sujet d'éternelle torture, C'est de voir....Molière, D. Garc. III, 2
5Par exagération. Embarras, effort pénible.
Mettre quelqu'un à la torture, lui causer un embarras pénible ou une vive impatience.
On dit dans le même sens : être à la torture.
Mettre son esprit à la torture, donner la torture à son esprit, se donner la torture, être à la torture, s'occuper de quelque chose avec une grande contention d'esprit.
Nicias, qui ignorait la ruse et la tromperie d'Alcibiade, ne pouvait concevoir un changement si étrange, et se donnait la torture pour en chercher la raisonRollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 605, dans POUGENS
J'ai beau donner la torture à mon esprit, je ne devine point le sujet de plaintes que vous pouvez avoir contre moiLesage, Crisp. riv. de son maître, sc. 12
6Fig. Action de fausser quelque chose.
Il est question présentement de la volonté de Dieu et de la vôtre [pour un voyage à Paris], ma fille, ne lui donnez point la tortureMme de Sévigné, 30 oct. 1676
Particulièrement. Violence faite aux textes, aux mots.
Ces auteurs ont corrompu tous les sens et donné la torture à tous les passagesMontesquieu, Lett. pers. 134
Prov. esp. et it. tortura ; du lat. tortura, de tortum, supin de torquere, torturer et tordre.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander