Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

traître dans le Littré

1 article· 26 citations· rimes· synonymes

traître, esse adj. (trê-tr', trè-s')

  1. 1Qui trahit.

    • Traître comme Judas, se dit d'un homme qui, sous le masque de l'amitié, trahit de la manière la plus cruelle.

    • Populairement. Il n'est pas traître à son corps, il ne se refuse aucune commodité.

  2. 2Il se dit des animaux domestiques qui mordent, égratignent ou ruent quand on y pense le moins. Le chat est traître. Prenez garde à ce cheval, il est traître. Un chien traître.

  3. 3Il se dit des choses qui ont le caractère de la trahison, de la perfidie.

  4. 4Il se dit de certaines choses qui sont dangereuses sans le paraître.

  5. 5Familièrement. Il ne m'en a pas dit le traître mot, un traître mot, il ne m'en a pas dit un seul mot. (Cela signifie-t-il proprement : il ne m'en a pas dit un mot qui trahît ce dont il s'agissait ? ou bien traître est-il un simple terme d'injure, comme qui dirait : un chien de mot ?)

  6. 6S. m. et f. Celui, celle qui fait une trahison.

    • Quiconque aime le traître, aime la trahison MAIR., Mort d'Asdrub. II, 3
    • Au travers de son masque on voit à plein le traître ;Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être Molière, Mis. I, 1
    • Philippe aimait la trahison, et n'aimait pas les traîtres Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 59, dans POUGENS
    • Le comte : Quant à moi, j'aime la politesse. - Lisimon : Moi je ne l'aime point, car c'est une traîtresse Qui fait dire souvent ce qu'on ne pense pas DESTOUCH., Glor. II, 15
    • Tous les historiens flétrissent le connétable [de Bourbon] du nom de traître ; on pouvait, il est vrai, l'appeler rebelle et transfuge ; il faut donner à chaque chose son véritable nom : le traître est celui qui livre le trésor, ou le secret, ou les places de son maître, ou son maître lui-même à l'ennemi Voltaire, Mœurs, 123
  7. 7Traître de mélodrame, l'acteur qui, dans les anciens mélodrames, jouait le rôle du traître, et qui exagérait presque toujours ses gestes ; et, par moquerie, l'homme qui affecte un air sombre, une marche cachée, des manières dissimulées.

    • Tout à coup j'avise, rasant les maisons, le nez dans la cravate, sombre et voûté comme un traître de mélodrame, devinez qui ? CH. DE BERNARD, Un homme sérieux, XX
  8. 8En traître, loc. adv. Avec trahison, traîtreusement.

    • Avec un sujet au plur. J. J. Rousseau a dit en traîtres. Aucun d'eux osa-t-il l'attaquer en face ? ils le prirent en traîtres, Lett. à M. de St-Germain, 26 fév. 1770. Il faut écrire en traître ; c'est une locution adverbiale.

Étymologie

Wallon, traitt ; bourg. treite ; provenc. trahire, traire, trahidor, traidor, traitor ; espagn. traydor ; portug. traditor ; ital. traditore ; du lat. traditorem, de tradere (voy. TRAHIR). L'anc. français dit traïtre au nominatif répondant à traditor, et traïtor au régime, répondant à traditorem ; mais, pour que traditor donne traïtre, il faut supposer que les Romans de la Gaule ont prononcé traditor. La contraction de traïstre en traître était effectuée au XVIe siècle, bien qu'on orthographiât encore quelquefois trahistre.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander