Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

trancher dans le Littré

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trancher v. a. (tran-ché)

  1. 1Séparer en coupant. L'acier de Damas tranche le fer.

    • Artaxerce, sous prétexte qu'il [un officier] avait manqué de respect pour son prince, en frappant la bête avant lui, ordonna qu'on lui tranchât la tête Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 362, dans POUGENS
    • Enfin Almagro fut fait prisonnier, et son rival Pizarro lui fit trancher la tête Voltaire, Mœurs, 148
  2. 2Absolument, découper.

    • Le service de l'écuyer consistait, en paix, à trancher à table, à servir lui-même les viandes, comme les guerriers d'Homère Chateaubriand, Génie, IV, V, 4
  3. 3Fig. Couper, ôter, interrompre comme par le fer.

  4. 4Fig. Décider, résoudre. Trancher le nœud de la difficulté. Trancher une question.

    • Mais laissons les vaines disputes, et tranchons, en un mot, la difficulté par le fond Bossuet, Hist. II, 13
    • Les exemples tranchaient tout le doute en cette matière Bossuet, Var. XV, 46
  5. 5Abréger, couper court, mettre brusquement fin.

  6. 6Terme de verrerie. Appuyer le verre fondu contre l'extrémité du mors de la canne.

    • Terme de métallurgie. Forger un métal sur la partie droite de la panne du marteau.

  7. 7V. n. Fig. Décider hardiment.

    • Cela est bientôt dit, marquis ; il n'est rien plus aisé que de trancher ainsi Molière, Critique, 7
    • Voilà une réponse qui tranche Bossuet, 1er avert. 21
    • Des hommes qui, dans des mœurs dissipées, n'ont jamais donné une heure d'attention sérieuse aux vérités de la religion, tranchent, décident, sur des points qu'une vie entière d'étude, accompagnée de lumière et de piété, pourrait à peine éclaircir Massillon, Carême, Vérité de la relig.
  8. 8Abréger, couper court.

    • Car, tranchant avec moi par ces termes exprès.... Molière, Éc. des f. III, 4
    • En peu de mots, sans façon, sans vous amuser à beaucoup de discours, tranchez-moi d'un apophthegme Molière, la Jalousie du Barbouillé, sc. 6
    • Elliptiquement. Tranchons là, ne discutons pas davantage.

      • Trancher court, terminer en peu de mots une conversation, un discours.

        • Si dans cette matière il n'était nécessaire de trancher court Bossuet, Lett. abb. 184
      • Trancher net, s'expliquer avec quelqu'un en peu de mots et sans ménagement.

        • Il n'y a rien de tel que de trancher net, et cela donne un air de savant qui éblouit un lecteur Bossuet, 5e avert. 37
  9. 9Trancher du, se donner des airs de, en ce sens que ces airs seront péremptoires, avantageux, tranchants.

    • Trancher du grand, faire le grand personnage.

      • Le partisan, quoique des plus roturiers de sa compagnie, tranchait du grand Lesage, Gil Blas, III, 3
  10. 10Passer d'une couleur vive à une autre couleur vive, sans aucune nuance ni adoucissement.

    • Comme ce sont des couleurs sombres, elles tranchent peu l'une sur l'autre Buffon, Ois. t. IX, p. 52
    • Fig. Cette pensée, cette phrase tranche dans son discours, elle a un caractère trop différent de ce qui précède et de ce qui suit.

      • La qualité de fripon tranche moins que la vertu avec le caractère des hommes, il leur ressemble par là davantage Marivaux, dans DESFONTAINES
      • Il tombe quelquefois dans l'écueil dangereux de la familiarité du style, qui contraste et qui tranche avec la délicatesse ou la grandeur de la pensée D'Alembert, Élog. Lamotte.
    • Terme de teinturier. Se dit du drap teint en pièce, dont l'intérieur, lorsqu'on le coupe, paraît d'une nuance beaucoup plus faible.

  11. 11Se trancher, v. réfl. Être tranché. Ces branches se tranchent avec un sécateur.

Remarque

On lit dans Corneille : Voltaire a blâmé cette phrase, disant qu'on ne tranche point un sort ; mais cela est trop rigoureux, puisqu'on dit trancher la destinée.

Étymologie

Génev. trancher, tourner, se cailler : le lait a tranché ; provenç. trencar, trenchar, trinquar ; catal. trencar ; anc. esp. trinchar ; esp. mod. et portug. trincar ; ital. trinciare. Origine incertaine. Diez rejette truncare, les formes romanes y répugnant. Il rejette également transcindere et transsecare. Mais, Langensiepen ayant proposé une forme non latine interimicare, dérivée de interimere, Diez est conduit à proposer internecare (internecare culmum, dans Prudence, faire mourir le chaume) : internecare donnant entrencar, qui se trouve en effet dans le provençal, puis trencar, comme si le en tombé avait été la préposition en Cela est très peu sûr. Voyons les faits positifs. Truncare ou trunciare ont donné en français trencher, comme voluntatem a donné volenté et unquam a donné anc ; réciproquement, on a un exemple de en latin transformé en un français, fregunder de frequentare. De plus on trouve trenson à côté de tronçon, troncher à côté de trencher, et tronche à côté de trenche. Tout montre donc que trencher a son origine dans truncare. Passons au provençal : nous y avons trenso à côté de tronso, et anc de unquam ; on peut donc admettre que, là aussi, l'un de truncare s'est changé en en. Mais l'in de l'espagnol et de l'italien fait une grosse difficulté. Le provençal montre une transition ; car il dit à la fois trencar et trinquar (la forme en in n'est pas absolument étrangère au français ; voy. trainchiement à l'historique de TRANCHÉMENT). D'ailleurs le changement de l'un latin en in n'est pas sans exemple dans le domaine roman, puisqu'il y a en français ainc de unquam. L'in provençal, dérivé de en, aura déterminé l'in de l'espagnol et de l'italien. En résumé, le français vient de truncare, et il est probable que les autres formes romanes en viennent aussi.

Supplément

TRANCHER. - ÉTYM. Ajoutez : En confirmation de l'origine de trancher dans le latin truncare, on doit citer la forme troinchier : XIIIe s.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander