tricher v. a. (tri-ché)
-
1Tromper au jeu. Il m'a triché.
J'eus toutes les peines du monde à lui faire apercevoir que je le trichais
J.-J. Rousseau, Ém. III
-
Fig.
À tout jeu le sort nous triche
Béranger, On s'en fiche.
-
2V. n. Tromper au jeu.
Jeunes oisons et bégueules titrées, Lorgnant des sots et trichant au piquet
Voltaire, Épît. 35Tricher au jeu sans gagner est d'un sot
Voltaire, Satires, Hypocr.À une époque où les femmes de la cour avaient l'habitude et la fureur de tricher
CARMONTELLE, Prov. t. IV, p. XLI, dans POUGENS
-
Fig.
Représentez-vous, s'il vous plaît (et que votre modestie ne triche point), les grâces dont je vous suis redevable
BOURSAULT, Lett. nouv. t. II, p. 119, dans POUGENSLa fortune et les dieux trichent comme de grands coquins
GALIANI, Corresp. t. I, p. 78
-
3Fig. Tromper, soit en de petites choses, soit par des voies basses et misérables.
- Le nôtre est devenu trop riche ;On ne peut tant gagner, à moins que l'on ne triche BOURSAULT, Fabl. d'Ésope, II, 5
-
Par antiphrase.
J'ai reçu avec la vôtre du 9, la petite caisse et le café sur lequel vous m'avez bien triché, puisque la quantité en est bien plus forte que celle en échange de laquelle j'envoyais les pommes
J.-J. Rousseau, Ém. II
-
4Terme d'arts et métiers. Dissimuler un défaut de symétrie, de régularité.
Étymologie
Provenç. trichar, tricher, tric, tromperie ; ital. treccare. Diez rejette le lat. tricari, chercher des détours, parce que l'i long latin n'aurait pas donné un e (trecher, treccare) ; suivant lui, le mot est germanique : néerlandais, trek, action de tirer et tour qu'on joue. Mais alors, inversement, d'où viendrait l'i en français et en provençal ? Le français, qui a trecher et tricher, fait la transition, et il faut adopter tricari.