Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

trouble dans le Littré

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1trouble s. m. (trou-bl')

  1. 1Confusion, désordre.

    • S'il arrivait qu'il y eût du trouble dans la petite république.... Pascal, Prov. IX
    • Les Pays-Bas sont en trouble sur toutes ces choses Bossuet, Lett. quiét. 80
    • Que le trouble, toujours croissant de scène en scène, à son comble arrivé, se débrouille sans peine Boileau, Art p. III
    • De ligues, de complots pernicieux auteur,Qui dans le trouble seul as mis tes espérances Racine, Ath. v, 5
    • Baléazar partit aussitôt, et arriva aux portes de Tyr dans le temps que toute la ville était en trouble pour savoir qui succéderait à Pygmalion Fénelon, Tél. VIII
  2. 2Brouillerie, mésintelligence. Le trouble se mit dans cette famille.

    • Tout le trouble poétique à Paris s'en va cesser ; Perrault l'antipindarique Et Despréaux l'homérique Consentent de s'embrasser Boileau, Épigr. XXIX
  3. 3Au plur. Soulèvements, émotions populaires.

    • La magnanime et intrépide régente était obligée de montrer le roi enfant aux provinces, pour dissiper les troubles qu'on y excitait de toutes parts Bossuet, le Tellier.
    • À peine commençait-elle [l'Église] à respirer par la paix que lui donna Constantin, et voilà qu'Arius, ce malheureux prêtre, lui suscite de plus grands troubles qu'elle n'en avait jamais soufferts Bossuet, Hist. II, 7
    • Partout où il y a des troubles, il y a des crimes ; l'histoire n'est que le tableau des troubles du monde Voltaire, Ann. Emp. à la duch. de Saxe-Gotha.
    • Votre Majesté aura sans doute appris les troubles qu'il y a eu en différents endroits du royaume au sujet de la cherté du pain ; troubles dont cette cherté n'a été que le prétexte D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 27 mai 1775
  4. 4Agitation de l'âme, de l'esprit.

  5. 5Terme de jurisprudence. Action par laquelle on inquiète quelqu'un dans la jouissance de sa propriété.

    • Trouble de droit, action qui, sans faire obstacle à la propriété ou à la possession de fait, empêche néanmoins qu'elle ne soit utile pour la prescription.

    • Trouble de fait, voie de fait, acte qui se commet de manière à nuire à la possession.

Étymologie

Lat. turbula, petite foule, de turba, tourbe (voy. TOURBE), avec changement de genre.

2trouble adj. (trou-bl')

  1. 1En parlant des liquides, qui n'est pas clair.

    • Fig.

      • Tout ce qui est trouble présentement, s'éclaircira Mme de Sévigné, 17 juill. 1680
      • Je demande.... si le sentiment trouble et mal décidé qui résulte de cet alliage des ris avec les pleurs, est préférable au plaisir seul de pleurer, ou même au plaisir seul de rire ? D'Alembert, Œuv. t. v, p. 344
      • De quel nom te nommer, heure trouble où nous sommes ? Victor Hugo, Crépusc. Prélude.
    • Fig. Pêcher en eau trouble, profiter du désordre des affaires d'un autre ou des affaires publiques pour s'enrichir.

  2. 2Par extension, il se dit des corps dont la transparence est altérée. L'air est trouble. Le temps est trouble. Ce verre est trouble. Mes lunettes sont troubles.

  3. 3Fig. Il se dit de ce qui est louche, de ce qui ne s'explique pas nettement.

    • Le public n'est pas content : on dit que tout cela est trouble Mme de Sévigné, 297
    • Enfin elle est à Paris : rien n'est vrai que cela, le reste est trouble, et chacun dit ce qu'il veut Mme de Sévigné, 396
  4. 4S. m. pl. Matières terreuses qui sont tenues en suspension dans les eaux courantes, et qui en altèrent la transparence.

Étymologie

Adjectif formé de trouble 1 ; provenç. troble, treble.

3trouble s. f. (trou-bl')

  1. Voy. TRUBLE, qui est meilleur.

4troublé, ée part. passé (trou-blé, blée)

  1. 1Mis en agitation désordonnée. La ville troublée par le son du tocsin.

  2. 2Saisi d'une grande agitation morale.

    • Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause Corneille, Cinna, IV, 5
    • D'où vient que cet homme.... qui, accablé de procès et de querelles, était ce matin si troublé, n'y pense plus maintenant ? Pascal, Pens. IV, 2, éd. HAVET.
    • L'Aurore cependant d'un juste effroi troublée Boileau, Lutr. v.
    • Le pilote, troublé par le vin comme une bacchante, était hors d'état de connaître le danger du vaisseau Fénelon, Tél. IV
    • Mme du Châtelet mourut dans le palais de Stanislas après deux jours de maladie ; on était si troublé, que personne ne songea à faire venir ni curé, ni jésuite, ni sacrements Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr.
    • Troublé d'esprit, esprit troublé, homme dont l'esprit est dérangé.

      • On conte mille folies de lui, qui marquent qu'il avait d'ailleurs l'esprit troublé il y a longtemps PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 112
      • C'est moi, monsieur, qui vous ai envoyé parler ces jours passés pour un parent un peu troublé d'esprit, que je veux vous donner chez vous, afin de le guérir Molière, Pourc. I, 9
      • Son grand-père [de Charles-Quint], Maximilien, veut être pape ; Jeanne, sa mère, est folle et enfermée ; et Charles-Quint s'enferme chez des moines, et y meurt ayant l'esprit aussi troublé que sa mère Voltaire, Mœurs, 126
  3. 3Rendu trouble.

  4. 4Inquiété dans une position, une jouissance.

    • On n'obtient de la tyrannie qu'une autorité précaire, qu'une possession troublée Raynal, Hist. phil. III, 2
  5. 5Terme de mathématique. Raison troublée, rapport des grandeurs qui, étant proportionnelles, ne le sont pas dans le même ordre dans lequel elles sont écrites.

  6. 6En astronomie, qui a subi une perturbation.

    • Les variations des éléments elliptiques de la planète troublée POISSON, Instit. Mém. Acad. scienc. t. I, p. 67

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander