Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

un dans le Littré

1 article· 122 citations· rimes· synonymes

un, une (un, u-n' ; un conserve le son nasal lorsqu'il est suivi d'un autre mot commençant par une consonne ou par une h aspirée : un pour cent, un hameau ; il conserve le même son, bien que suivi d'une voyelle, s'il ne joue pas le rôle d'article indéfini : un et un font deux ; donnez-moi l'un ou l'autre ; un à un ; il se prononce u-n, si devant une voyelle ou une h muette il joue le rôle d'article indéfini : u-n ami, u-n homme ; quelques-uns veulent qu'on prononce eu-n, cette prononciation est vicieuse ; d'autres demandent qu'on prononce un-n homme (en gardant le son nasal)

  1. 1Adj. numéral. Le premier de tous les nombres. Un, deux, trois. Une, deux, trois. Un et un font deux. Un entre mille. Une entre mille. Il n'en est resté qu'un.

    • De un à..., depuis le nombre un jusqu'à.... Des enfants de un à douze ans.

  2. Substantivement, au masculin. Le chiffre qui marque un. Trois un de suite (111) font cent onze. Ajoutez un un.

    • 2Simple, qui n'admet point de pluralité. La religion est une. La foi est une.

      • Chaque particulier n'est pas assez de n'être qu'un, s'il n'essaye de se multiplier en quelque sorte par le secours de plusieurs Guez de Balzac, De la cour, 1er disc.
      • Notre Dieu est un, infini, parfait, seul digne de venger les crimes et de couronner la vertu Bossuet, Hist. II, 1
      • La devise un pour tous, tous pour un Journ. offic. 23 avr. 1872, p. 2699, 1re col.
      • La vérité est toujours une, elle n'est jamais contraire à elle-même.

      • Terme de philosophie. L'un ou un, l'unité absolue, infinie.

        • Au sommet dernier de l'échelle de l'être où, sans matière, sans forme.... réside l'innommable unité ; l'un n'est pas beau ; l'un est au-dessus du beau, parce qu'il n'a ni forme ni matière CH. LÉVÊQUE, Science du beau, t. II, p. 446
        • Ce moi de Schelling c'est l'identique absolu, qui est infini en tous sens, le un et le tout CH. LÉVÊQUE, ib. t. II, p. 531
    • 3Où règne l'unité. La France est une.

      • Au théâtre, l'action la plus une a plusieurs parties qui se passent dans des lieux différents LAMOTTE, Réponse à M. de Voltaire.
      • La nature est une, et se présente toujours la même à ceux qui la savent observer Buffon, Hist. min. introd. Œuv. t. VII, p. 307
      • Tout sujet est un, et, quelque vaste qu'il soit, il peut être renfermé dans un seul discours Buffon, Disc. de réception.
      • Renfermer dans un système qui soit un, les branches infiniment variées de la science humaine D'Alembert, Œuv. t. I, p. 185
      • Une idée, rendue par plusieurs mots, en est mieux développée ; mais elle ne cesse pas d'être une Condillac, Gram. I, 12
      • Une bataille est une, quoique cent mille hommes d'un côté et cent mille hommes de l'autre en balancent l'événement et se disputent la victoire : voilà l'image de l'action Marmontel, Œuv. t. x, p. 374
      • Substantivement. En un, dans l'unité.

        • Vous [Dieu] êtes de la même sorte dans tout l'univers [que l'âme dans le corps].... faisant concourir en un toutes ses parties Bossuet, Élévat. sur myst. IV, 9
    • 4N'être qu'un, ne faire qu'un, se dit de plusieurs personnes ou choses qui ne sont plus considérées que comme uniques.

      • Il n'y a plus maintenant ni de Juif, ni de gentil, ni d'esclave, ni de libre, ni d'homme, ni de femme ; mais vous n'êtes tous qu'un en Jésus-Christ Saci, Bible, St Paul, Épît. aux Galat. III, 28
      • Père saint, dit-il à son Père, gardez ceux que vous m'avez donnés.... gardez-les, dit-il, afin qu'ils soient un Bossuet, Sermons, Myst. de la Trinité, 1
      • Vous ne faites qu'un cœur et qu'une âme avec nous Racine, Bérén. III, 1
      • On prenait plaisir à voir les deux camps confondus par une amitié si inespérée, et les deux armées qui n'en faisaient plus qu'une Fénelon, Tél. XX
      • Notre orgueil et nous ce n'est qu'un, au lieu que nous et notre vertu c'est deux Marivaux, Marianne, 2e part.
      • Vos parcs sont séparés, et vos cœurs ne sont qu'un Delille, Jard. I
      • En termes de pratique, on disait : Les époux seront uns et communs en bien, pour exprimer qu'il y aurait communauté entre eux.

    • 5C'est un, ce n'est qu'un, il n'y a point de différence, d'intervalle entre.... et entre....

      • Loin de mon front soient ces palmes communes, Où tout le monde peut aspirer ; Loin les vulgaires fortunes, Où ce n'est qu'un, jouir et désirer ! Malherbe, V, 27
      • La fortune a, dit-on, des temples à Surate ; Allons là ; ce fut un de dire et s'embarquer La Fontaine, Fabl. VII, 12
    • 6Un de, une de..., l'un de, l'une de..., quelqu'un, quelqu'une parmi.

      • Voilà l'un des péchés où mon âme est encline Régnier, Sat. XI
      • J'ai vu les lettres que vous débitez contre celles que j'ai écrites à un de mes amis sur le sujet de votre morale, où l'un des principaux points de votre défense est que.... Pascal, Prov. X
      • Une des choses qu'on imprimait le plus fortement dans l'esprit des Égyptiens était l'estime et l'amour de leur patrie Bossuet, Hist. III, 3
      • Une des plus belles parties de la milice romaine était qu'on n'y louait point la fausse valeur Bossuet, ib. III, 6
      • Comme ce dessein [de Mithridate, marcher sur Rome] m'a fourni une des scènes qui ont le plus réussi dans ma tragédie Racine, Mithr. Préface
      • L'un d'eux, en blasphémant, vient de nous faire entendreQu'Abner est dans les fers.... Racine, Athal. IV, 5
      • Les prospérités humaines ont toujours été un des piéges les plus dangereux, dont le démon s'est servi pour perdre les hommes Massillon, Petit carême, Vices et vertus
      • Je sens seulement qu'il [d'Alembert] est un des plus grands géomètres, un des plus beaux esprits et une des plus belles âmes de l'Europe Voltaire, Mél. litt. honnêt. litt. 12
      • Geber, un des pères de la chimie Diderot, Opin. des anc. philos. (Sarrasins).
      • L'un de ces jours, un jour très prochain.

        • Je m'offre à vous mener l'un de ces jours à la comédie, si vous voulez Molière, Préc. 10
    • 7Un, une, quelqu'un, quelqu'une.

    • 8De deux l'un, de trois l'un, etc. un sur deux, un sur trois.

      • Soyons bien buvants, bien mangeants, Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans La Fontaine, Fabl. VI, 19
      • Comme il était défendu par la loi d'élire le même homme capitaine général plusieurs années de suite, au moins on l'élisait de deux années l'une Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 509, dans POUGENS
      • De deux jours l'un, se dit d'une chose que l'on ne fait qu'une fois en deux jours.

        • N'allant plus au café que de deux jours l'un, et au spectacle que deux fois la semaine J.-J. Rousseau, Conf. VII
      • De deux choses l'une, il n'y a pas de milieu.

    • 9Un, une s'emploie pour représenter une personne, une chose dont il vient d'être parlé. On manquait de porteurs ; il s'en présenta un.

      • Vingt pour un, se dit pour exprimer quelque chose qui arrive fréquemment.

        • Sans la sage police qui règne dans Londres, tu te serais déjà fait vingt affaires pour une BOISSY, Français à Lond. 1
      • Familièrement et elliptiquement. Et d'un, et d'une, première personne, première circonstance, premier fait. Et d'une ! cela commence bien.

        • Et d'un dans nos filets BRET, Double extravag. II, 5
        • Il faut vivre avant de mourir, premièrement et d'un CARMONTELLE, Prov. la Diète, sc. 2
        • Retournez vers elle, répliqua le maître au valet, et ne lui répliquez de ma part que ce mot : et d'une ! COMTE DE CAYLUS, Acad. de ces dames et de ces mess. t. XII, p. 297
      • Ne faire ni une ni deux, voy. DEUX, n° 1.

      • Il peut bien la compter pour une, la prochaine fois je ne lui pardonnerai pas. Fig. et familièrement. Il m'en a donné d'une, il m'a attrapé, il m'a dit un mensonge, il m'a fait une fourberie.

        • .... ce bon apôtre Qui veut m'en donner d'une et m'en jouer d'une autre Molière, l'Ét. IV, 7
    • 10Familièrement et abusivement. Sur les une heure, à une heure environ (on prononce sur l'ê une heure).

    • 11Un, une s'emploient très souvent, non pas pour désigner spécialement le nombre, mais pour signifier un objet dont il n'a pas encore été question, et dont on ne nous fait rien connaître, sinon qu'on n'en suppose pas plusieurs ; la plupart des grammairiens le nomment en cet emploi article indéfini.

      • Un paon muait, un geai prit son plumage La Fontaine, Fabl. IV, 9
      • Un songe, un rien, tout lui fait peur,Quand il s'agit de ce qu'il aime La Fontaine, ib. VIII, 11
      • Sa maison va être le Louvre des états ; c'est un jeu, une chère, une liberté jour et nuit, qui attirent tout le monde Mme de Sévigné, 73
      • Le devoir du nouvelliste est de dire : il y a un tel livre qui court, et qui est imprimé chez Cramoisy La Bruyère, I
      • La grammaire générale de Port-Royal dit que un est article indéfini ; ce mot ne me paraît pas plus article indéfini que tout, article universel, ou ce, cette, ces, articles définis DUMARS., Œuv. t. IV, p. 187
      • Un marquis de Toscane, Adelbert, célèbre par sa femme Théodora, est despotique dans Rome Voltaire, Ann. Emp. Arnould, 901
      • Quand un, une a plus d'un adjectif entre lui et le substantif, on ne le répète pas. Un bon et illustre personnage.

        • C'est un pitoyable et insupportable raisonnement Bossuet, Ét. d'orais. IX, 2
        • Pourrez-vous soutenir un si triste et si honteux ministère ? Massillon, Conférences, zèle contre les scandales
      • Cependant on trouve quelques exemples où un est répété.

        • J'aime toujours le P. Rapin ; c'est un bon et un honnête homme Mme de Sévigné, 28 oct. 1685
      • Un, une se met quelquefois sous une forme exclamative pour exprimer grandeur, excès.

        • Il fait un chaud là dedans ! Mme de Genlis, Théât. d'éd. Bal d'enfants, II, 1
    • 12Un, une.... suivi d'un superlatif relatif.

      • Voilà une belle merveille de faire bonne chère avec bien de l'argent ! c'est une chose la plus aisée du monde Molière, l'Av. III, 5
      • Je suis un pauvre pâtre ; et ce m'est trop de gloire Que deux nymphes d'un rang le plus haut du pays Disputent à se faire un époux de mon fils Molière, Mélic. I, 4
      • Une si illustre princesse ne paraîtra dans ce discours que comme un exemple le plus grand qu'on se puisse proposer Bossuet, Duch. d'Orl.
    • 13Un, une se met quelquefois devant un nom propre, pour ôter à ce nom propre son sens particulier et en faire une sorte de nom général.

      • Un Pamphile est plein de lui-même, ne se perd pas de vue, ne sort point de l'idée de la grandeur de ses alliances, de sa charge, de sa dignité La Bruyère, IX.
      • Je sors de Zaïre ; des comédiens de province m'ont fait fondre en larmes ; nous avions un Lusignan qui est fort au-dessus de Brizard [acteur des Français], et un Orosmane qui a égalé Lekain en quelques endroits Voltaire, Lett. d'Argental, 8 juill. 1772
      • Il faut être l'ami d'un Tacite : c'est par un Tacite qu'il faut être loué Diderot, Claude et Nér. I, 50
      • Il se met aussi devant un nom propre pour exprimer une assimilation avec le personnage qu'on nomme. C'est une Lucrèce, elle est aussi chaste que Lucrèce. C'est un Cicéron, il est aussi éloquent que Cicéron.

      • S'emploie aussi dans un sens simplement emphatique, pour relever le nom du personnage.

        • Ces saints docteurs, un saint Justin, un saint Irénée, un saint Clément.... qui passaient les jours et les nuits à méditer l'Écriture sainte Bossuet, 1er avert. 16
        • Si quelqu'un eût pu donner de tels mémoires [sur Pierre le Grand], c'eût été un prince Menzicoff, un général Sheremetoff, qui l'ont vu si longtemps dans son intérieur Voltaire, Russie, préface.
      • Il se dit enfin avec une nuance de mépris.

        • Il faut un état, une famille, un nom, un rang, de la consistance enfin, pour faire sensation dans le monde en calomniant ; mais un Basile ! il médirait qu'on ne le croirait pas Beaumarchais, Barb. de Sév. II, 9
    • 14Un se met quelquefois pour tout et pour quiconque. Un chrétien doit faire cela, tout chrétien, quiconque est chrétien doit faire cela. Un homme peut-il s'exprimer de la sorte ? Quiconque est homme peut-il ?....

    • 15L'un et l'autre, l'un ou l'autre, expression pronominale indiquant la pluralité, la division.

      • Être l'un et l'autre, être les deux personnages, les deux choses dont on vient de parler.

        • Est-ce à votre cocher, monsieur, ou bien à votre cuisinier que vous voulez parler ? car je suis l'un et l'autre Molière, l'Av. III, 5
      • Il y a une faute dans cette phrase de Voltaire : On va juger l'affaire [du jésuite Janssens, qui niait un dépôt] ; il faut ou le pendre ou le canoniser ; et peut-être sera-t-il l'un et l'autre ; adieu, mon ami, ne soyons ni l'un ni l'autre, Lett. d'Argens, 15 juill. 1739. L'un et l'autre ne peut se rapporter à deux infinitifs. La phrase deviendrait correcte, si l'on mettait : Il devra être pendu ou canonisé.

      • Dire d'un, puis d'un autre, varier dans son langage.

    • 16Familièrement. Les uns et les autres, tout le monde sans distinction. Il dit aux uns et aux autres toutes ses affaires.

    • 17Ni l'un, ni l'autre.

      • Ni l'un ni l'autre ne viendra, ni l'un ni l'autre ne viendront Dict. de l'Acad.
      • La postérité jugera qui vaut le mieux des deux [Corneille et Racine] ; car je suis persuadé que les écrits de l'un et de l'autre passeront aux siècles suivants ; mais jusque-là ni l'un ni l'autre ne doit être mis en parallèle avec Euripide et avec Sophocle, puisque leurs ouvrages n'ont point encore le sceau qu'ont les ouvrages d'Euripide et de Sophocle, je veux dire l'approbation de plusieurs siècles Boileau, Réfl. crit. sur Longin, réfl. VII
    • 18L'un l'autre, l'une l'autre, les uns les autres, les unes les autres, expressions pronominales qui indiquent réciprocité.

      • L'un portant l'autre, l'une portant l'autre, en compensant ce qui est moindre dans l'un avec ce qui est plus considérable dans l'autre. Ces volumes m'ont coûté deux francs, l'un portant l'autre.

      • L'un dans l'autre, l'une dans l'autre, même sens. La livre était vendue l'une dans l'autre six livres dix sous.

    • 19Pas un.... pas une..., soit avec ne avant ou après, soit avec sans, aucun, aucune. Pas un se dit avec la même signification sans ne.

    • 20Plus d'un, terme collectif partitif, qui signifie proprement : une plus grande quantité que un (plus d'un est pour plus qu'un, voy. DE, n° 24).

      • Comme on voit, plus d'un régit le verbe qui le suit au singulier. Il faut excepter le cas où le verbe serait réciproque.

        • À Paris on voit plus d'un fripon qui se dupent l'un l'autre Marmontel, Incas, XLV
      • On exceptera aussi le cas où plus d'un est répété. Plus d'un fils désolé, plus d'une jeune fille en deuil viendront....

      • On trouve dans Voltaire un exemple de plus d'un avec le pluriel ; mais cela est contraire à l'usage et aussi à la règle, car plus ne représente pas un pluriel. V. M. sait que plus d'un homme considérable pensent qu'il faut une balance, et que la politique contraire est une politique détestable, Lett. au roi de P. 13 nov. 1757.

      • En savoir plus d'un, savoir plus d'un tour, être adroit, rusé.

      • En avoir vu plus d'une, avoir de l'expérience.

        • Je ne suis pas de ces gens à qui on en fait accroire ; nous en avons vu plus d'une à Moulins PICARD, Voy. interr. III, 2
    • 21Un peu, voy. PEU, n° 2.

    • 22Un à un, l'un après l'autre, et un seul à la fois.

      • Vous, enfants d'Israël, vous serez rassemblés un à un Saci, Bible, Isaïe, XXVII, 12
      • Impostures dont la liste vous effraierait, si je les comptais une à une Voltaire, Phil. Ép. aux Rom. III
      • Elle [Mme Necker] vient de former dans le faubourg Saint-Germain un hospice où les malades couchés un à un, soignés comme ils le seraient chez une mère tendre.... Raynal, Hist. phil. XII, 11

Remarque

1. Votre ami est un des hommes qui manquèrent périr. Votre ami est un des hommes qui doit le moins compter sur moi. Dans la première phrase on veut dire votre ami est parmi ceux qui manquèrent périr ; dans la seconde, on veut le mettre à part. En d'autres termes, quand on peut tourner par : est parmi les hommes un qui..., on met le verbe au singulier ; quand on ne le peut pas, on met le verbe au pluriel. C'est une des plus belles actions qu'il ait faites, et non faite. Cette phrase-ci de Ménage est correcte : Je qui ai imité suis un parmi les premiers. De même pour Mme de Sévigné : Celle-ci de Montesquieu l'est aussi : : est, parmi les hommes du royaume, un qui représente le mieux. Mais ces phrases de Voiture, de Retz, de Sévigné et de Boileau sont incorrectes ; il y faut le pluriel : À la vérité, dans les exemples de Voiture et de Sévigné, on peut, à la rigueur, défendre le singulier, en disant : parmi les causes une, parmi les raisons une ; mais, comme, de cette façon, causes et raisons ne se trouveraient pas déterminées, le pluriel doit être préféré ; au lieu que, dans la remarque 2, on conçoit qu'on peut dire parmi les hommes, parmi les sciences, au sens absolu. 2. Quant à l'exemple cité ci-dessus : Votre ami est un des hommes qui doit le moins compter sur moi, on remarquera qu'on pourrait aussi mettre le pluriel, ayant dans l'idée : Votre ami est un parmi les hommes qui doivent le moins compter sur moi L'astronomie est une des sciences qui fait le plus ou qui font le plus d'honneur à l'esprit humain, Dict. de l'Acad. qui ajoute : Le dernier est le plus usité. On dira de même suivant l'idée : C'est une des pièces de Molière qui a eu ou qui ont eu le plus de succès. La nuance de l'idée entre le pluriel et le singulier est par exemple dans la phrase de Mme de Sévigné : Vous êtes un des hommes qui me convient le plus : avec le singulier cela signifie que, parmi les hommes, il y en a un qui me convient le plus, et c'est vous ; avec le pluriel cela signifie que vous êtes parmi les hommes qui me conviennent le plus. Le superlatif est, si l'on peut ainsi parler, plus superlatif avec le singulier. 3. On remarquera que, si, au lieu d'être construit avec l'article, le substantif l'était avec le pronom démonstratif, la liberté du choix entre le singulier et le pluriel serait ôtée ; le pluriel seul serait admis par la syntaxe ; et l'on dira, par exemple, en parlant de l'intendant Courtin : C'est un de ces hommes qui ne dorment que quand leur conscience est satisfaite. 4. C'est un de mes enfants qui a eu le prix, c'est un de nos généraux qui a remporté la victoire ; il faut le singulier. Ici on ne peut pas tourner par : un de ceux. 5° à propos de l'expression un de, des grammairiens conseillent de la remplacer par l'un de : 1° au commencement d'une proposition incidente : Ce prince, l'un des plus sages, a pensé ainsi ; 2° quand le substantif destiné à le suivre est sous-entendu : Il charge ses chameaux et monte sur l'un des plus légers ; 3° lorsque le mot qui suit un de est un pronom : L'un de vous me suivra ; 4° si l'on exprimait le sujet et le verbe, un de vaudrait mieux : Cet homme qui était un des héros du parti. Cependant il faut bien dire que ces nuances sont loin d'être toujours observées : Henri IV fut l'un ou un des plus grands rois de France. À ce propos, on remarquera que, l'un appelant facilement l'autre, on dira plutôt l'un que un, quand il n'y a que deux : l'un des consuls. 6. Pour la construction de l'un et l'autre avec le verbe qui y appartient, les grammairiens ont donné la règle suivante : l'un et l'autre est venu signifie qu'ils ont tous les deux fait l'acte de venir ; l'un et l'autre sont venus, qu'ils sont venus en même temps ; l'un et l'autre a fait son devoir, chacun a accompli un devoir particulier ; l'un et l'autre ont fait leur devoir, ils ont accompli le même devoir. Dans le premier cas il y a deux propositions ; dans le second il n'y en a qu'une. Cette distinction est subtile : si l'on prend les exemples, on voit que l'un et l'autre est tantôt considéré comme un sujet simple, tantôt comme deux, suivant l'idée qui prévaut dans l'esprit et suivant l'euphonie. 7. Comme l'un et l'autre, ni l'un ni l'autre veut indifféremment le verbe au singulier ou au pluriel. On dirait également : Ni l'un ni l'autre n'étaient courtisans. 8. Des grammairiens disent qu'avec l'un et l'autre suivi d'un substantif, il faut répéter la préposition, et qu'on doit dire non pas : Cet acteur plaît dans l'une et l'autre pièce ; mais dans l'une et dans l'autre pièce. Cependant de bons auteurs n'ont pas répété la préposition. 9. L'un.... l'autre peuvent se dire de noms de différents genres. 10° Il ne faut pas confondre l'un l'autre avec l'un et l'autre. L'un l'autre indique réciprocité, l'un et l'autre indique seulement une circonstance, c'est-à-dire qu'on est deux. Nous parlons l'un et l'autre ; c'est-à-dire nous parlons tous les deux. Nous nous parlons l'un l'autre, c'est-à-dire il me parle et je lui parle. Ils se secoururent l'un l'autre, et non ils se secoururent l'un et l'autre. 11. On a dit que, quand il est question de plus de deux personnes ou de deux choses, l'un l'autre doit se mettre au pluriel. Racine ne s'est pas conformé à cette règle qui, au plus, est valable en prose. Ainsi il a dit : Tous ses projets semblaient l'un l'autre se détruire, Ath. III, 3. Puisse le ciel verser sur toutes vos années Mille prospérités l'une à l'autre enchaînées ! Bérén. v. 7. 12. Quand l'un et l'autre est construit avec un substantif, ce substantif se met toujours au singulier : l'une et l'autre armée, l'un et l'autre rival. 13. Un après un nombre (vingt et un, trente et un, etc.) veut le pluriel : vingt et un chevaux. Autre était la décision de l'Académie au XVIIe siècle : On dit ce mois a trente et un jour, et non pas trente et un jours ; si on y joint un adjectif, il faut dire au pluriel : il y a trente et un jour passés qu'on a reçu de ses lettres, Observ. sur Vaugelas, p. 166, dans POUGENS. 14. On lit dans Mme de Sévigné : C'est avec les deux mille écus de dame de la reine.... vingt-une mille livres de rente qu'elle aura tous les ans, 25 déc. 1676, éd. RÉGNIER. D'autres éditions portent : vingt-un mille. Dans ces cas et cas semblables, c'est un qu'il faut. Un porte non pas sur le nom féminin, mais sur mille. 15. On dit un au pluriel : les uns. Cela paraît contradictoire avec le sens du mot. L'ancien français, qui avait du latin l'emploi de unus au pluriel, a étendu cet emploi, et fait de uns, unes, un article indéfini pluriel ; voy. ci-dessous dans Joinville : Unes très grans roches. Cet article indéfini pluriel est devenu sans peine les uns.

Étymologie

Génev. quel jour sommes-nous ? nous sommes le un ; Berry, ieun, ieune ; picard, ein ; bourg. ein, eun, et, devant une voyelle, ène ; wallon, on, et onk quand aucun mot ne suit ; provenç. uns, us, un, u, una ; espagn. un, uno ; port. um ; ital. uno ; du lat. unus ; anc. lat. oinus ; ombrien, enom ; allem. ein ; goth. ains ; angl. one ; sanscr, enas.

Supplément

UN. - REM. Ajoutez : 16° Lamartine a dit l'une après l'une au lieu de l'une après l'autre : Deux vagues que blanchit le rayon de la lune, D'un mouvement moins doux viennent l'une après l'une, Nouv. Médit. XXIV. Barthélemy, dans sa Lettre à Lamartine (Némésis, 1831), n'a pas passé ce néologisme au poëte, quand il a dit : Suivant de l'œil, baigné par les flux de la lune, Les vagues à ses pieds mourant l'une après l'une, Et les aigles dans les cieux gris (note de M. Ch. Berthoud).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander