Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

vague dans le Littré

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1vague s. f. (va-gh')

  1. 1Masse d'eau de la mer, d'une rivière ou d'un lac, qui est agitée et soulevée par les vents, ou par une autre impulsion.

    • Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux Malherbe, II, 2
    • Comme par une vague une vague s'irrite MAIRET, Sophon. IV, 1
    • Ses troupes feront un bruit comme les vagues de la mer Saci, Bible, Jérémie, VI, 23
    • Il était alors soleil couchant, le vent se calma, en sorte que le courant et les vagues nous jetaient sur la côte [Palerme] DUQUESNE, à Seignelay, 17 août 1680, dans JAL
    • La reine, toujours aussi intrépide que les vagues étaient émues [dans une tempête] Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Nous le vîmes comme un sage pilote, sans s'étonner ni des vagues ni des orages, aller droit, comme au terme d'une si périlleuse navigation, à la conservation du corps de l'État Bossuet, le Tellier.
    • Je voyais les vagues qui venaient battre le pied de la tour où j'étais prisonnier Fénelon, Tél. II
    • La vague s'aplanit, et l'humide séjour,Comme un vaste miroir, renvoie au loin le jour Delille, Parad. perdu, X
    • Par extension.

      • Les ailes des oiseaux et les nageoires des poissons sont comme des rames qui fendent la vague de l'air et de l'eau Fénelon, Exist. 19
    • Fig.

      • Une pensée, une affaire, une occupation pousse ce qui est devant elle ; ce sont des vagues, la comparaison du fleuve est juste Mme de Sévigné, 13 juin 1685
  2. 2Fig. Ce qui est comparé à une vague.

  3. 3Terme d'architecture. Se dit d'un ornement qui semble imiter les flots de la mer.

Étymologie

Anc. haut-allem. vâg ; angl. wave ; allem. Woge ; goth. vega, de vigan, agiter.

2vague adj. (va-gh')

  1. 1Qui est vide, et particulièrement qui est vide de culture.

    • En revenant de l'Ilissus, M. Fauvel me fit passer sur des terrains vagues, où l'on doit chercher l'emplacement du Lycée Chateaubriand, Itin. part. I
    • La plupart des concessions faites aux monastères dans les premiers siècles de l'Église étaient des terres vagues, que les moines cultivaient de leurs propres mains Chateaubriand, Génie, IV, VI, 7
    • On dit souvent en ce sens : terres vaines et vagues.

      • Les terres vagues et vaines ou en communes ne peuvent produire que des pâturages, quelques garennes, bois ou broussailles VAUBAN, Dîme, p. 192
  2. 2Par extension, indéfini, sans bornes déterminées. Espaces vagues. La vague immensité des déserts.

  3. 3Fig. Qui est vide, sans précision.

    • De vagues chimères Corneille, Pulchér. IV, 3
    • Des oppositions vagues et en l'air Bossuet, Lett. 211
    • Voilà des vérités qui font trembler, et ce ne sont pas ici des vérités vagues qui se disent à tous les hommes et que nul ne prend pour soi Massillon, Carême, Élus.
    • Lorsque dans une loi l'on a bien fixé les idées des choses, il ne faut point revenir à des expressions vagues Montesquieu, Esp. XXIX, 16
    • De vos vagues soupçons j'ai dédaigné l'injure Voltaire, Catil. I, 5
    • Présenter des notions vagues pour des démonstrations exactes, c'est substituer de fausses lueurs à la lumière D'Alembert, Élog. Bernoulli.
    • Quand les principes sont vagues, comment les expressions auront-elles quelque précision ? Condillac, Trait. des syst. ch. 3
    • Elle me tint de ces sortes de discours vagues qui ne signifient rien, et qui mettent pourtant en droit de vous dire : je vous l'avais dit Mme DE TENCIN, Œuv. t. IV, p. 116
    • Ce qui est tracé sur leur carte dans l'ouest de ce cap, et les noms qui s'y trouvent, ne sont placés que sur des rapports vagues des naturels BUACHE, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. V, p. 7
    • Rien de plus dangereux, de plus haïssable en politique que les mots vagues D. STERN, Esquisses morales, p. 149
    • Quelques détails indiqués plus précisément ne nuiraient pas ; à force d'être large, on devient vague TH. GAUTIER, Feuilleton du Journ. offic. du 26 juin 1869
  4. 4Fig. Qui a quelque chose d'indéfini. Pensées vagues. Désirs vagues.

    • Qui plaît par cet indéfini même. Une vague et douce mélancolie. De vagues rêveries.

      • Ils se livraient en silence aux pensées vagues que font naître la nature et l'amour Mme de Staël, Corinne, XV, 9
  5. 5Terme de peinture. Qui manque de précision, qui n'est pas nettement arrêté, et aussi qui plaît par son indécision, par son caractère aérien, vaporeux. Une couleur, une lumière vague.

  6. 6S. m. Grand espace vide.

    • Fig. Se jeter, se perdre dans le vague, faire de longs raisonnements sans conclusion, sans solidité.

      • J'étais réduit à me jeter à l'aventure dans le vague des suppositions, à faire successivement divers essais de calcul qui le plus souvent ne menaient à rien BEUDANT, Instit. Mém. scienc. t. VIII, p. 233
  7. 7Fig. Ce qui manque de précision.

    • On peut dire qu'il y a du vague dans les caractères que nous donnons au beau, mais il y a aussi du vague dans l'opinion qu'on y attache Marmontel, Œuv. t. V, p. 360
  8. 8Fig. Ce qui a le caractère de l'indéfini. Le vague de la couleur ajoute à l'effet d'un tableau.

    • Il faut bien se garder de déterminer certaines expressions dont le vague fait toute la force Marmontel, Œuv. t. VIII, p. 165
    • Ce qui est du vague dans la poésie, devient du vide dans la prose Mme de Staël, Corinne, VII, 1
    • Le vague mystérieux qui fait aimer le midi de l'Italie Mme de Staël, ib. XV, 7
  9. 9Fig. Malaise indéfinissable de l'âme.

  10. 10Année vague, année de 365 jours, sans l'intercalation périodique d'un jour bissextile ; ainsi dite parce qu'à la longue les saisons naturelles ne correspondaient plus aux divisions mensuelles, et que le commencement de chaque mois parcourait le cercle entier de l'année.

    • Mémoire [de M. de Rougé] sur quelques phénomènes célestes, rapportés sur les monuments égyptiens avec leur date du jour dans l'année vague FERD. DELAUNAY, Journ. offic. 7 janvier 1873, p. 89, 3e col.
  11. 11Subst. m. Un vague, un terrain non occupé, non planté.

    • De nombreux vides et des vagues considérables s'y rencontrent presque partout [dans les forêts du comté de Nice] L. GUIOT, Mémoires de la Société centrale d'agriculture, 1874, p 142

Étymologie

Les sens tant anciens que modernes se rapportent beaucoup plus au latin vacuus, vide, qu'à vagus, errant. Les terres vagues sont dites terræ vacuæ, et aussi terres vuides.

3vague adj. (va-gh')

  1. 1Qui est errant. Des douleurs vagues.

  2. 2Terme de botanique. Qui est disposé sans ordre. Le fruit du grenadier offre un exemple de cloisons vagues.

  3. 3Terme d'anatomie. Nerf vague, nom donné, à cause de ses nombreuses divisions, au nerf de la dixième paire.

  4. 4Terme de chronologie. Année vague, année de 365 jours sans l'intercalation périodique du jour bissextil.

Étymologie

Ital. vago, vague, libertin, gracieux ; du latin, vagus, errant. Christine de Pisan a employé vague au sens de gracieux : Abis jolis, vagues et curieux, Charles V, I, 14 ; et les Cent nouvelles, au sens de libertin : Homme vague, deshonneste et peu vertueux, Nouv. c.

4vague s. f. (va-gh')

  1. Instrument avec lequel on vague la bière.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander