Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

vain dans le Littré

1 article· 38 citations· rimes· synonymes

vain, aine adj. (vin, vè-n')

  1. 1Proprement, vide, ce qui est le sens étymologique conservé seulement dans les locutions suivantes : vaine pâture, terres où il n'y a ni semences, ni fruits, et, par suite, où tous les habitants d'une commune peuvent conduire leurs bestiaux ; terres vaines et vagues, terres incultes qui ne rapportent rien.

    • Temps vain, temps bas et couvert, accompagné d'une chaleur étouffante (locution vieillie).

    • Terme de vénerie. Fumées vaines, ou, substantivement, les vaines, fumées des bêtes fauves, qui sont légères et mal pressées.

  2. 2Fig. Qui est comme vide, qui n'a qu'une apparence.

    • Non, ce n'est pas une vaine ombre ! je le tiens, je l'embrasse, mon cher Mentor Fénelon, Tél. IV
    • L'éloquence d'Iphicrate est pompeuse et vaine, celle de Timothée plus simple et plus persuasive Barthélemy, Anach. ch. 7
    • Chez les Grecs, lorsque l'éloquence devint oiseuse, elle fut vague et vaine Marmontel, Œuvres, t. IV, p. 372, dans POUGENS
  3. 3Qui est sans valeur.

    • Il se dit quelquefois, en ce sens, des personnes.

      • Il [l'homme] est si vain, qu'étant plein de mille causes essentielles d'ennui, la moindre chose, comme un billard et une balle qu'il pousse, suffisent pour le divertir Pascal, Pens. IV, 1
      • Qui ne voit pas la vanité du monde, est bien vain lui-même Pascal, ib. VI, 59 bis.
      • Et vains, ils [les hommes illustres du paganisme] ont reçu une récompense aussi vaine que leurs désirs Bossuet, la Vallière.
    • Terme de manége. Cheval vain, celui qui est faible par trop de chaleur ou d'ardeur, ou pour avoir pris quelques remèdes.

  4. 4Qui est sans effet. De vains efforts.

  5. 5Sans talent, sans succès.

    • Imite mon exemple, et lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale.... Boileau, Ép. VII
  6. 6Qui n'a aucun fondement raisonnable, sérieux.

  7. 7Qui se prise au delà de son mérite.

    • Te mesurer à moi, qui t'a rendu si vain, Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main ? Corneille, Cid, II, 2
    • Cette femme ambitieuse et vaine croit valoir beaucoup quand elle s'est chargée d'or, de pierreries.... Bossuet, la Vallière.
    • Un homme vain trouve son compte à dire du bien ou du mal de soi La Bruyère, XI
    • Celui qui s'empresse pour se faire honorer, ne sait pas encore l'art d'être vain Massillon, Orais. fun. Villars.
    • Les nations libres sont superbes ; les autres peuvent plus aisément être vaines Montesquieu, Esp. XIX, 27
    • Vous voyez que je vous ai deviné ; et voilà ce qui me rend si vain Voltaire, Lett. Chauvelin, 17 oct. 1762
    • Nous en savons assez pour être sage et point assez pour être vains Bonnet, Paling. XIII, 8
    • Son bon naturel l'empêchait d'être vaine, c'est-à-dire sotte COMTE DE CAYLUS, Cadichon, Œuv. t. IX, p. 402
    • Il est deux choses que les hommes vains ne trouvent jamais trop fortes, la flatterie pour eux-mêmes, la médisance contre les autres Marmontel, Œuv. t. VI, p. 149
  8. 8En vain, loc. adv. Inutilement.

    • Les princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements ; elle leur échappait.... Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Avant lui [Louis XIV], la France, presque sans vaisseaux, tenait en vain aux deux mers Bossuet, Mar.-Thér.
    • Les empereurs grecs avaient oublié que ce n'était pas en vain qu'ils portaient l'épée Montesquieu, Esp. VI, 21
    • Dieu ne fait rien en vain ; il a donné aux bêtes les mêmes organes de sentiments qu'à moi ; donc, si les bêtes n'ont point de sentiment, Dieu a fait ces organes en vain Voltaire, Mél. litt. au P. Tournemine.
    • Prendre le nom de Dieu en vain, l'employer dans un serment sans nécessité.

  9. 9Terme de forestier. Semence vaine, semence qui ne germe pas.

    • Il est prudent de rejeter les premières semences tombées : elles sont généralement piquées ou vaines G. BAGNERIS, Manuel de sylvicult. p. 232, Nancy, 1873

Étymologie

Provenç. van, va ; catal. va ; espagn. et ital. vano ; portug. vão ; du lat. vanus ; comparez le goth. vans ; anc. scand. vanr, défectueux.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander