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vapeur dans le Littré

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vapeur s. f. (va-peur)

  1. 1Espèce de fumée qui s'élève des corps humides par l'effet de la chaleur.

  2. 2Ce qui s'exhale des corps solides par voie de décomposition, de combustion.

    • Pour recueillir l'arsenic et en éviter en même temps les vapeurs funestes, on construit des cheminées inclinées et longues de vingt à trente toises au-dessus du fourneau où l'on travaille la mine de cobalt Buffon, Min. t. VI, p. 69
    • Terme d'alchimie. Vapeur potentielle, l'essence, la splendeur, l'âme du métal.

  3. 3Il s'est dit en parlant de l'atmosphère.

    • Cette mer de vapeurs dans laquelle nous nageons, qui nous menace sans cesse, et sans laquelle nous ne pourrions vivre, comprime de tous côtés notre globe et ses habitants Voltaire, Dict. phil. Air.
  4. 4Exhalaison qui voile, qui obscurcit.

    • Fig.

      • Les événements passés demandent, pour être agrandis aux yeux de l'imagination, non-seulement une grande distance, mais une certaine vapeur répandue dans l'intervalle Marmontel, Œuv. t. II, p. 327
  5. 5En physique, nom donné à des fluides aériformes, très coercibles, provenant de la vaporisation, par la chaleur, de corps habituellement liquides ou solides à la température ordinaire, et repassant à l'état liquide ou solide quand la température baisse sensiblement, ou que la pression devient plus forte. La vapeur d'éther, d'alcool, de camphre.

    • L'expérience m'a appris que la vapeur de l'eau peut entretenir et augmenter le feu, comme le fait l'air ordinaire Buffon, Hist. Min. introd. Œuv. t. VI, p. 140
    • Les vapeurs qui s'élèvent au-dessus de la mer et que les vents transportent sur la terre, suffisent pour former toutes les rivières et entretenir toutes les eaux qui sont à la surface de la terre Buffon, Hist. nat. th. terr. t. II, p. 73
    • Si l'air qui reçoit la vapeur est déjà chargé d'eau, et que sa température ne soit que de sept à huit degrés ou au-dessous, alors la vapeur y devient apparente, et y forme un nuage très sensible d'un gris blanc ; aussi voit-on fumer en hiver l'eau qu'on tire d'un puits un peu profond, ce qui n'arrive pas en été BRISSON, Traité de phys. t. II, p. 145
    • Il faut considérer que les vapeurs agissent tantôt comme causes productives de l'électricité aérienne, tantôt comme conductrices de cette électricité SAUSSURE, Voy. Alpes, t. III, p. 372
    • L'eau en vapeur existe dans l'air atmosphérique, même bien au-dessous de zéro THENARD, Traité de chim. t. I, p. 513, dans POUGENS
    • Chaleur latente des vapeurs, calorique qu'elles abandonnent quand elles se condensent, et auquel elles doivent leur force élastique.

    • Tension des vapeurs, voy. TENSION.

    • Vapeur vésiculaire, nom donné longtemps aux parcelles d'eau visibles dont l'ensemble forme les brouillards et les nuages, parce qu'on les croyait formées d'une bulle d'eau pleine d'air. On sait aujourd'hui que ce terme est impropre, ces vapeurs visibles étant formées par des gouttelettes très fines.

    • Vapeur de charbon de bois, de charbon de terre, de coke, ou vapeur de bois chauffé, nom donné au gaz et à la vapeur d'eau qui se dégagent et se mêlent à l'air libre ou confiné lorsque les corps susdits brûlent dans de telles conditions que l'oxygène leur arrive en quantité insuffisante pour qu'il y ait, par combustion, complète transformation en eau et en acide carbonique. La vapeur de charbon asphyxie.

  6. 6Machine à vapeur, voy. MACHINE, n° 4.

  7. 7Bain de vapeur, bain que l'on prend en restant exposé dans un endroit clos à des vapeurs chaudes.

    • Terme de chimie. Bain de vapeur, distillation dans laquelle le vaisseau contenant les matières à distiller est échauffé par la vapeur de l'eau bouillante.

  8. 8Terme de peinture. Représentation des vapeurs par le pinceau.

    • Vernet balance Claude le Lorrain dans l'art d'élever des vapeurs sur la toile Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 147, dans POUGENS
    • Au sing. Fig. Manière douce et affaiblie qui montre les objets comme à travers un voile transparent. Il y a de la vapeur dans ce tableau.

  9. 9Les vapeurs du vin, l'étourdissement que le vin pris en trop grande quantité produit dans le cerveau.

  10. 10Fig. Trouble comparé aux vapeurs du vin, et survenant dans l'esprit.

  11. 11Fig. Nom employé dans le XVIIe siècle pour désigner des accidents subits qui portaient au cerveau.

    • Vapeur de fille, ancien nom de l'hystérie.

      • La Marbeuf pleure une jeune nièce de dix-sept ans, belle, riche, de bonne maison.... elle est expirée en trois jours d'une vapeur de fille Mme de Sévigné, 1er oct. 1684
  12. 12Au plur. Humeur subtile qui s'élève des parties basses et qui occupe et blesse le cerveau, d'après Furetière, et, pour la médecine d'à présent, nom représentant toutes sortes d'affections nerveuses, hypocondrie, hystérie, névropathie, etc.. ainsi dites parce que les anciens les attribuaient à des vapeurs qu'ils supposaient partir de la matrice, de la rate, des hypocondres, et s'élever jusqu'au cerveau.

    • Sganarelle : Ce sont quelques vapeurs qui me viennent de monter à la tête. - Dorimène : C'est un mal aujourd'hui qui attaque beaucoup de gens Molière, Mar. forcé, 4
    • L'archevêque de Lyon, Alphonse, frère du cardinal de Richelieu, est le premier en France qui ait fait usage du chocolat (1661) ; il en prenait pour modérer les vapeurs de sa rate Dict. des origines, au mot chocolat
    • On l'accuse [le chocolat] de tous les maux qu'on a ; il est la source des vapeurs et des palpitations Mme de Sévigné, 42
    • Vous ne voulez donc pas qu'on dise vapeurs ; mais que ferons-nous, si vous nous ôtez ce mot ? car on le met à tout : en attendant que vous autres cartésiens en ayez trouvé un autre, je vous demande permission de m'en servir Mme de Sévigné, 543
    • Vous me paraissez raccommodée avec le mot de vapeurs, que vous ne vouliez plus prononcer qu'on ne vous l'eût expliqué Mme de Sévigné, 6 juill. 1689
    • Pour moi, je n'ai plus de vapeurs ; je crois qu'elles ne venaient que parce que j'en faisais cas : comme elles savent que je les méprise, elles sont allées effrayer quelques sottes Mme de Sévigné, 5 nov. 1684
    • Avez-vous des vapeurs ? vous savez que je ne les souffre point aux personnes raisonnables Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Dangeau, 10 nov. 1715
    • Il était taciturne à donner des vapeurs Hamilton, Gram. 7
    • [L'abbé Testu] C'est un des premiers hommes qui ait fait connaître ce qu'on appelle des vapeurs Saint-Simon, 160, 106
    • C'était un de ces médecins à la mode que les femmes envoient chercher quand elles ont des vapeurs, ou quand elles n'ont rien du tout Voltaire, Cosi Sancta.
    • Les vapeurs sont les maladies des gens heureux ; c'était la mienne J.-J. Rousseau, Conf. VI
    • Les excellentes leçons que Votre Majesté veut bien me donner sur l'hypocondrie plus élégamment appelée vapeurs, me font craindre pour l'honneur de ma raison, que Votre Majesté ne me croie attaqué de cette maladie D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 29 juin 1781
    • Est-ce que les femmes de mon état ont des vapeurs, donc ? c'est un mal de condition qu'on ne prend que dans les boudoirs Beaumarchais, Mar. de Figaro, III, 9
    • Fig. Donner des vapeurs, inquiéter, tourmenter.

      • Le roi d'Angleterre, qui avait été homme de mer étant duc d'York, ne fut pas content de la marine, et le manda au roi ; cela donna des vapeurs à M. de Seignelay LA FAY., Mém. Cour de France, Œuv. t. III, p. 17, dans POUGENS.
    • Vapeurs de rate, ancien nom du spleen.

      • Veut-on qu'on rabatte Par des moyens doux Les vapeurs de rate Qui nous minent tous, Qu'on laisse Hippocrate, Et qu'on vienne à nous Molière, Am. méd. III, 8
  13. 13S. m. Un vapeur, un bateau à vapeur. Il est arrivé par le vapeur. On vient d'expédier un vapeur. Le vapeur arrivera bientôt.

    • L'usage fait ce mot masculin en ce sens spécial, avec raison, de la même façon qu'on dit un remise pour une voiture de remise.

Synonymes

VAPEUR, GAZ. On peut faire entre la vapeur et le gaz cette différence, qu'un gaz est permanent à la température et sous la pression atmosphérique ordinaires, tandis que, dans les mêmes circonstances, la vapeur se résout en eau, ou en un autre liquide.

Étymologie

Provenç. et espagn. vapor ; ital. vapore ; du latin vaporem. Vapor, d'après les éthymologistes, est pour kvapor, et tient au sanscr. kapi, grec ϰαπνὸ fumée ; l'intermédiaire est le lithuanien kvapa, haleine, parfum, évaporation.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander