Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

vertu dans le Littré

1 article· 67 citations· rimes· synonymes

vertu s. f. (vèr-tu)

  1. 1Force morale, courage (sens propre du latin virtus).

  2. 2Ferme disposition de l'âme à fuir le mal et à faire le bien.

    • Saint Augustin dit au quatrième livre de la Cité de Dieu que la plupart des anciens ne définissaient point autrement la vertu que l'art de bien vivre.... le même propose ailleurs une autre définition de la vertu, qui est plus étendue, et dont saint Thomas s'est voulu servir, la nommant une bonne qualité qui fait bien vivre celui qui la possède, de laquelle personne ne peut mal user, et que nous tenons de la main de Dieu.... d'autres, comme Cicéron, l'ont nommée une constante disposition à bien faire et à suivre la raison LA MOTHE LE VAYER, Vertu des païens, I, avant-propos.
    • La vertu rend parfois les malheurs vénérables Tristan L'Hermite, M. de Chrispe, IV, 4
    • La vertu n'irait pas si loin, si la vanité ne lui tenait compagnie LA ROCHEFOUC., Maxim. au mot vertu.
    • Il faut parmi le monde une vertu traitable Molière, Mis. I, 1
    • Nous ne nous soutenons pas dans la vertu par notre propre force, mais par le contre-poids de deux vices opposés, comme nous demeurons debout entre deux vents contraires Pascal, Pens. XXV, 12, édit. HAVET.
    • La vraie vertu et la vraie religion sont choses dont la connaissance est inséparable Pascal, ib. XI, 2
    • Ce que peut la vertu d'un homme ne se doit pas mesurer par ses efforts, mais par son ordinaire Pascal, ib. VI, 27
    • Il [Montaigne] rejette bien loin cette vertu stoïque qu'on peint avec une mine sévère, un regard farouche, des cheveux hérissés, le front ridé.... Pascal, Entret. avec M. de Saci.
    • Elle croyait voir partout dans ses actions un amour-propre déguisé en vertu Bossuet, Anne de Gonz.
    • Ainsi que la vertu le crime a ses degrés Racine, Phèdre, IV, 2
    • Qui le dirait ! la vertu même a besoin de limites Montesquieu, Espr. XI, 4
    • On dit de Marcus Brutus qu'avant de se tuer il prononça ces paroles : ô vertu, j'ai cru que tu étais quelque chose, mais tu n'es qu'un vain fantôme Voltaire, Dict. phil. Vertu, 1
    • Qu'est-ce que vertu ? bienfaisance envers le prochain ; puis-je appeler vertu autre chose que ce qui me fait du bien ? Voltaire, ib. 2
    • Nous avons si peu de vertu, que nous nous trouvons ridicules d'aimer la gloire VAUVENARGUES, Réfl. et Max. 59
    • La vertu, supérieure à la probité, exige qu'on fasse le bien, et y détermine Duclos, Consid. mœurs, 4
    • Il n'est pas si facile qu'on pense de renoncer à la vertu : elle tourmente longtemps ceux qui l'abandonnent J.-J. Rousseau, Hél. III, 18
    • Chère amie, ne savez-vous pas que la vertu est un état de guerre, et que, pour y vivre, on a toujours quelque combat à rendre contre soi ? J.-J. Rousseau, ib. VI, 7
    • C'est là qu'il [Sénèque] dit de la gloire, qu'elle est à la vertu ce que l'ombre est au corps Diderot, Cl. et Nér. II, 28
    • La véritable vertu, c'est de donner aux êtres qui souffrent, et dont on n'attend ni plaisir ni reconnaissance Mme de Genlis, Mères riv. t. III, p. 137, dans POUGENS
    • Familièrement. Vous avez bien de la vertu, se dit à quelqu'un qui vient de faire un chose pour laquelle on se sent de la répugnance.

    • Faire de nécessité vertu, faire de bonne grâce une chose obligée, mais désagréable.

      • La Rancune.... faisant de nécessité vertu, commença à jouer des bras Scarron, Rom. com. II, 5
  3. 3Il se dit aussi de telle ou telle qualité particulière.

    • On ne méprise pas tous ceux qui ont des vices ; mais on méprise tous ceux qui n'ont aucune vertu LA ROCHEFOUC., Max. 186
    • Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés LA ROCHEFOUC., ib. au mot vertu.
    • Les vertus devraient être sœurs,Ainsi que les vices sont frères La Fontaine, Fabl. VIII, 25
    • Je n'admire point l'excès d'une vertu, comme de la valeur, si je ne vois en même temps l'excès de la vertu opposée, comme en Épaminondas, qui avait l'extrême valeur et l'extrême bénignité Pascal, Pens. VI, 21
    • La vraie et unique vertu est de se haïr ; car on est haïssable par sa concupiscence Pascal, ib. XXIV, 39 bis.
    • Quand on veut poursuivre les vertus jusqu'aux extrêmes de part et d'autre, il se présente des vices qui s'y insinuent insensiblement Pascal, ib. XXV, 62
    • Les passions dominées sont vertus Pascal, ib. XXV, 104
    • Nous savons que toutes les vertus, le martyre, les austérités et toutes les bonnes œuvres sont inutiles hors de l'Église et de la communion du chef de l'Église qui est le pape Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 1
    • La princesse palatine avait les vertus que le monde admire, et qui font qu'une âme séduite s'admire elle-même Bossuet, Anne de Gonz.
    • Il y a, disent les théologiens, deux sortes de vertus : les unes, selon le langage de l'école, vertus affectives, et les autres vertus effectives Bourdaloue, Exhort. sur la prière de J. C. t. I, p. 404
    • On lui dit mille fois que la franchise n'était pas une vertu de la cour Fléchier, Duc de Mont.
    • Il apprit à cultiver en lui les vertus secrètes qui sont encore plus estimables que les éclatantes Fénelon, Tél. XX
    • Ces vertus fondées sur la coutume et sur les préjugés d'un peuple sont toujours des vertus estropiées, faute de remonter jusqu'aux premiers principes.... Fénelon, Dial. des morts, 7
    • Il est vrai qu'il y a deux vertus que les hommes admirent, la bravoure et la libéralité, parce qu'il y a deux choses qu'ils estiment beaucoup et que ces deux vertus font négliger, la vie et l'argent La Bruyère, XI
    • Souvent les vertus des grands hommesN'ont été que des passions LAMOTTE, Odes, t. I, p. 62, dans POUGENS
    • Il y a encore bien des mœurs, des vertus, de l'héroïsme dans votre Paris ; il y en a plus qu'ailleurs, croyez-moi GALIANI, Corresp. 25 janv. 1772
    • Vertus civiles, vertus politiques, amour de la gloire, amour de la patrie, discipline austère et savante, ils [les Romains] avaient tout ce qui est nécessaire pour rendre un peuple puissant Condillac, Étud. hist. I, 8
    • Petites vertus, qualités morales appliquées dans les petites choses.

      • Je suis triste, ma mignonne ; le pauvre petit compère [Ch. de Sévigné] vient de partir ; il a tellement les petites vertus qui font l'agrément de la société, que, quand je ne le regretterais que comme mon voisin, j'en serais fâchée Mme de Sévigné, 15 avr. 1676
    • Vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité.

    • Vertus cardinales, la prudence, la justice, la tempérance et la force.

  4. 4Personne vertueuse.

  5. 5Chasteté (pudicité, ne se dit guère qu'en parlant des femmes). Au milieu des tentations, cette femme a su conserver sa vertu.

    • Familièrement.

      • Ta femme est une vertu : Ce soir tu seras battu Béranger, Ivrog.
    • Moyenne vertu, sagesse peu farouche.

      • Cette crainte ne m'empêcha pas de prendre plaisir à me voir agacer par de jolies dames de moyenne vertu Lesage, Guzm. d'Alf. II, 6
    • Ironiquement. Les vertus des salons, les dames qui craignent de s'effaroucher facilement.

      • Ce dernier mot dût-il scandaliser les vertus de salon Béranger, Préface de 1833
  6. 6Qualité qui rend propre à produire certains effets.

  7. 7Au plur. Terme de théologie. Un des ordres de la hiérarchie céleste. Les Dominations, les Vertus. On met un grand V.

  8. 8En vertu de, loc. prép. En conséquence de, en raison de.

    • Les merveilles qu'il fit en vertu de cet art damnable Bossuet, Hist. II, 12
    • Qu'on me dise en vertu de quoi cet homme-là s'est mis dans la tête que je ne l'aime point Marivaux, le Legs, sc. 20
    • En vertu de la force centrifuge qui résulte du mouvement de rotation sur son axe, la terre a nécessairement pris la forme d'un sphéroïde Buffon, Hist. nat. Preuv. th. terr. Œuv. t. I, p. 334
  9. 9Vertu de ma vie ! sorte d'exclamation.

    • Vertu de ma vie, comme vous débitez ! Molière, Festin, I, 2

Étymologie

Bourguign. vatu ; Berry, vartu, propriété ; provenç. vertut, virtut ; espagn. virtud ; ital. virtù ; du lat. virtutem, de vir, homme ; comparez le sanscr. vīra, héros.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander