Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

violence dans le Littré

1 article· 36 citations· rimes· synonymes

violence s. f. (vi-o-lan-s')

  1. 1Qualité de ce qui agit avec force.

    • Comme un enfant que sa mère arrache d'entre les bras des voleurs, doit aimer, dans la peine qu'il souffre, la violence amoureuse et légitime de celle qui procure sa liberté Pascal, Pens. XXIV, 61 ter, éd. HAVET.
    • Sa constance [de la reine d'Angleterre] par laquelle, n'ayant pu vaincre la violence de la destinée, elle en a si noblement soutenu l'effort Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Ô mort, éloigne-toi de notre pensée, et laisse-nous tromper pour un peu de temps la violence de notre douleur par le souvenir de notre joie Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Hé bien ! de leur amour tu vois la violence Racine, Brit. II, 8
    • Ce mal dont vous craignez, dit-il, la violence, A souvent sans péril attaqué son enfance Racine, ib. v, 5
    • Un style clair, noble, simple, éloigné de l'affectation, de la violence qui caractérise aujourd'hui l'esprit du siècle Voltaire, Lett. Brenellerie, 7 mars 1777
    • La violence du feu dépend presque en entier de la rapidité du courant de l'air qui l'anime Buffon, Hist. min. introd. Œuv. VI, p. 88
    • La violence des désirs du roi [Philippe V] faisait la force de la reine Duclos, Œuv. t. VI, p. 113
    • La ville du Cap.... est composée d'environ mille maisons, toutes bâties de briques, et, à cause de la violence des vents, couvertes de chaume Raynal, Hist. phil. II, 18
  2. 2Emportement, irascibilité.

  3. 3Force dont on use contre quelqu'un, contre les lois, contre la liberté publique, etc.

    • La violence est juste où la douceur est vaine Corneille, Héracl. I, 1
    • Je vous l'ai dit ailleurs, et je vous le redis encore, la violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre Pascal, Prov. XVIII
    • Qui ne sait les violences que la reine de Navarre [Jeanne d'Albret] exerça sur les prêtres et les religieux ? Bossuet, Var. x, 52
    • Quelque haut qu'on puisse remonter pour rechercher dans les histoires les exemples des grandes mutations, on trouve que jusqu'ici elles sont causées ou par la mollesse ou par la violence des princes Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Je vous dis de ne point repousser la violence par la violence ; mais, si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui encore la gauche, c'est-à-dire souffrez sans bruit, sans animosité, sans fiel Bourdaloue, Exhort. sur le soufflet don. à J. C. t. I, p. 493
    • Des violences dans le pouvoir, qui enfantent d'autres violences dans le peuple Voltaire, Lett. Bastide, 1758
    • Je puis, je le sais trop, user de violence Voltaire, Orphel. III, 4
    • Fig.

      • Et la nature souffre extrême violence, Lorsqu'il [le ciel] en fait [des femmes] d'humeur à garder le silence Corneille, le Ment. I, 4
      • Les violences dont l'art y opprime [à Versailles] la pauvre nature Mme de Sévigné, 15 juin 1676
      • Ainsi la vérité gémissait captive sous une telle contrainte, et souffrait violence en eux [les philosophes païens] Bossuet, Panég. de sainte Cather. 2
      • Dans toutes les occasions où la nature souffre violence BOISGUILLEBERT, Factum de la France, XI
    • Faire violence à une femme, la prendre de force.

      • Un livre classique de la Chine regarde comme un prodige de vertu de se trouver seul dans un appartement reculé avec une femme sans lui faire violence Montesquieu, Esp. XVI, 8
    • Fig. Faire violence à la loi, à un texte, y donner un sens contraire à son véritable esprit.

      • Il [Basnage] soutient que toutes les guerres des prétendus réformés sont justes ; et en même temps il fait violence à toutes les histoires, pour nous faire accroire que la religion n'y a point de part Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 15
      • Il me semble que par là il fait violence à bien des passages des anciens Condillac, Conn. hum. II, 1
  4. 4Terme de jurisprudence. Contrainte exercée sur une personne pour la forcer à s'obliger. Violence morale. Violence indirecte.

  5. 5Au plur. Actes, paroles de violence.

  6. 6Terme de spiritualité. Ardeur incessante de la dévotion.

    • Les maximes crucifiantes, la violence, l'humilité, le renoncement à soi-même Massillon, Carême, Mot. de conv.
    • Sa grâce [du Seigneur], comme son royaume, est le prix de la seule violence Massillon, Carême, Prière 2
  7. 7Effort qu'on fait sur soi ; combat intérieur.

    • Se faire violence, faire des efforts pour se vaincre.

      • La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime, ne vaut guère mieux qu'une infidélité LA ROCHEFOUC., Réfl. mor. n° 381
      • Je l'ai juré, ma fille, je vais finir [ma lettre] ; je me fais une violence pour vous quitter Mme de Sévigné, 1er juill. 1671
      • C'est que la vraie sévérité, la sévérité chrétienne, doit consister à se faire violence, et à contredire la nature et l'amour-propre Bourdaloue, Sévérité évang. 2e avent, p. 447
      • Combien s'est-il [Ulysse] fait de violence pour ne se point découvrir [à son fils] ! Fénelon, Tél. XXIV
    • Familièrement. Une douce violence, action d'insister pour que quelqu'un accepte, fasse quelque chose qu'il refuse d'accepter, de faire, et qui pourtant lui est agréable.

    • Faites-vous une douce violence, se dit pour faire accepter à quelqu'un une chose qu'il refuse par façon.

Étymologie

Lat. violentia, de violentus, violent.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander