éviter v. a. (é-vi-té)
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1Se détourner de personnes ou d'objets, dont la rencontre est désagréable ou nuisible.
- Seigneur, depuis six mois je l'évite et je l'aime Racine, Phèdre, IV, 2
- Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe ?)Entretient dans mon cœur un ennui qui le ronge ;Je l'évite partout, partout il me poursuit Racine, Ath. II, 5
- Évite un malheureux, abandonne un coupable Racine, Andr. III, 3
- De combien de soupirs interrompant le cours,Ai-je évité vos yeux que je cherchais toujours ? Racine, Brit. III, 8
Ce qui me désespère, c'est que je n'y vois point de remède ; car la comtesse m'évite
Marivaux, l'Heur. stratag. I, 3
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Dans le style élevé, il se dit aussi des choses.
- Ses yeux qui vainement voulaient vous éviter Racine, Phèd. II, 1
- Ne cherche point la mort qui voulait t'éviter Voltaire, Alz. II, 4
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2Échapper à. Éviter la prison. On ne peut éviter sa destinée. Éviter un danger.
- La vertu la plus ferme évite les hasards ;Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perte Corneille, Poly. Il, 4
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Ne pas donner lieu. Eviter une querelle.
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Avec de et l'infinitif.
- Un vers était trop faible, et vous le rendez dur ;J'évite d'être long et je deviens obscur Boileau, Art p. I
Il évite uniquement de donner dans le sens des autres et d'être de l'avis de quelqu'un
La Bruyère, VDuclos, ami sûr, homme vrai, mais circonspect, et qui faisait cas de ce livre, évita de m'en parler par écrit
J.-J. Rousseau, Confess. X
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Avec que et le subjonctif. J'évitais qu'il ne m'en parlât.
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On pourrait aussi supprimer ne : J'évitais qu'il m'en parlât.
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3Terme de musique. Éviter une cadence, passer brusquement, dans une note de cadence, à un accord différent de celui qu'elle annonçait ; ajouter à cet accord final une dissonance pour faire transition.
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4V. n. Terme de marine. Un vaisseau a évité, lorsqu'il a changé bout pour bout, à la longueur de son câble, sans qu'il ait levé ses ancres.
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Éviter à la marée, présenter l'avant au courant de la mer, à la longueur des amarres.
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Éviter au vent, présenter l'avant au lieu d'où le vent vient.
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5S'éviter, v. réfl. Se détourner l'un de l'autre.
- Pour Valère et Cléon, quoique je sois bien sûreQu'ils se connaissent fort, ils s'évitent tous deux Gresset, Méchant, IV, 1
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S'éviter, faire effort pour perdre souvenir de soi-même.
- Possédé d'un ennui qu'il ne saurait dompter,Il craint d'être à soi-même et cherche à s'éviter Boileau, Épît. v.
M'étant imposé la loi de courir le monde et de m'éviter moi-même
Voltaire, Princesse de Bab. 8
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Être évité. C'est un inconvénient, une dépense, qui peut s'éviter.
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6S'éviter, se dit quelquefois pour éviter, neutre, en termes de marine.
Pour s'orienter dans l'axe de la grande écluse, il faut que ces steamers s'évitent à l'aide d'une garde montante frappée sur le quai, en face de la tente des transatlantiques allemands
Journ. offic. 21 déc. 1873, p. 7991, 2e col.Le Colorado, qui était entré le premier, était resté mouillé sur son ancre, sur laquelle il s'évitait pour entrer au bassin, lorsque l'Assomption arriva à son tour
ib. 19 déc. 1873, p. 7926, 3e col.
Remarque
Peut-on dire éviter quelque chose à quelqu'un ? On le trouve dans de bons auteurs : Néanmoins il ne paraît pas qu'éviter puisse avoir un régime indirect ; nous évitons quelque chose, mais nous ne l'évitons pas à quelqu'un ; nous ne pouvons que le lui faire éviter. C'est épargner qu'il faut employer en ce cas. Ce qui rend l'emploi d'éviter impossible, c'est qu'il n'a pas de régime indirect, et que, si on lui en donne un (comme on fait avec quelques verbes, par exemple : achetez-moi un livre, cherchez-moi un logement), ce régime indirect équivaut à pour ; ce qui n'a pas de sens dans éviter à quelqu'un quelque chose. Cette locution vicieuse paraît être née au commencement du XVIIIe siècle.
Étymologie
Provenç. et espagn. evitar ; ital. evitare ; du latin evitare, d'une racine vit, qui se trouve dans in-vitare et dans le simple vitare. Éviter a été d'abord neutre, et il était resté neutre dans cette ancienne phrase de palais : éviter aux frais.