œuf s. m. (euf ; au pluriel, l'f ni l's ne se prononcent : des eû ; l's se lie : des eû-z au beurre noir ; d'après Chifflet, Gramm. p. 208, au XVIIe siècle, au singulier l'f ne sonnait pas devant les consonnes, et devant les voyelles il était indifférent de la prononcer ou non ; aujourd'hui encore quelques-uns disent un eu frais, un eu dur)
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1Masse qui se forme dans les ovaires et les oviductes des oiseaux, et qui, sous une enveloppe commune, renferme le germe animal futur (ovule), et certains liquides destinés à le nourrir pendant quelque temps. Des œufs de rossignol. Les oiseaux viennent d'œufs, pondent des œufs, couvent des œufs. On a pris la mère sur les œufs.
Dès qu'un œuf est pondu, il commence à transpirer, et perd chaque jour quelques grains de son poids par l'évaporation des parties les plus volatiles de ses sucs
Buffon, Ois. t. III, p. 112Ces œufs [d'autruche] sont très durs, très pesants et très gros ; mais on se les représente quelquefois encore plus gros qu'ils ne sont, en prenant des œufs de crocodiles pour des œufs d'autruche
Buffon, ib. t. II, p. 252L'œuf de poule est composé de blanc, de jaune, de ligaments qu'on nomme glaire, de la cicatricule, d'une membrane mince intérieure, et d'une coquille solide placée au dehors et servant d'enveloppe à toutes les parties qui en constituent l'ensemble
FOURCROY, Connaiss. chim. t. X, p. 307, dans POUGENS
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2Absolument, œufs se dit pour œufs de poule, qui sont d'un grand usage comme aliment. Un œuf mollet. Un œuf dur. Une omelette de six œufs.
- Elle qui n'était pas grosse en tout comme un œuf La Fontaine, Fabl. I, 3
- Notre laitière ainsi trousséeComptait déjà dans sa penséeTout le prix de son lait, en employait l'argent,Achetait un cent d'œufs, faisait triple couvée La Fontaine, ib. VII, 10
Il [Charlemagne] ordonnait qu'on vendit les œufs des basses-cours de ses domaines et les herbes inutiles de ses jardins
Montesquieu, Esp. XXXI, 18Pour juger qu'un œuf est frais, les ménagères le présentent à la lumière d'une chandelle : s'il est transparent et plein, c'est la preuve qu'il vient d'être pondu
PARMENTIER, Instit. Mém. scienc. 1806, 2e sem. p. 47
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Œuf à la mouillette, œuf à la coque, œuf cuit dans la coquille de manière que le blanc soit seul pris, et que le jaune reste liquide.
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Œufs clairs, œufs qui n'ont pas été fécondés par le coq.
Ces œufs pondus sans coq sont ce qu'on appelle vulgairement des œufs clairs, et l'on ne sait pourquoi ils ont été accusés d'être moins sains et moins savoureux que les autres
PARMENTIER, Instit. Mém. scienc. 1806, 2e sem. p. 37
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Œufs rouges, ou œufs de Pâques, œufs durcis dont la coque est teinte en rouge et qu'on vend vers le temps de Pâques. Autrefois c'était l'usage le lundi de Pâques de donner aux enfants des œufs durcis et teints, avec lesquels ils jouaient à certains jeux ; cet usage tend à se remplacer par l'usage d'œufs en carton dans lesquels on met comme dans une boîte de petits jouets et des bonbons.
Mme R... était vêtue d'un rouge foncé qui lui sied mal ; et notre ami lui disait : Comment ! chère sœur, vous voilà belle comme un œuf de Pâques
Diderot, Mém. t. I, p. 339, dans POUGENS
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Œufs de Pâques, dans le Midi, œufs que les paroissiens donnent à leur curé qui va bénir les maisons.
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Fig. et familièrement. Donner à quelqu'un ses œufs de Pâques, lui faire quelque présent à Pâques.
Ô mes anges, daignez recevoir pour vos œufs de Pâques ce Droit du seigneur [comédie de Voltaire]
Voltaire, Lett. d'Argental. 10 avr. 1762
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Œuf blanc, celui qui ne renferme pas de jaune.
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Œuf de coq ou cocatrix, œuf regardé par la superstition populaire comme résultat de l'accouplement d'un serpent et d'une poule, ou d'un vieux coq et d'une couleuvre ; ce n'est qu'un œuf avorté de poule qui a de la ressemblance avec les œufs véritables de couleuvres, dont la présence est assez fréquente dans les poulaillers.
Le cultivateur du Bocage qui trouve un œuf de coq dans sa basse-cour se signe et l'écrase du pied, de peur qu'il ne soit trouvé par un chat ; condition nécessaire pour qu'un basilic vienne au monde
VIAUD-GRAND-MARAIS, les Serpents de la Vendée, dans Revue de Paris, 20 nov. 1867, p. 286
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Fig. Marcher sur des œufs, aller avec précaution, ménagement.
Le premier [Villeroy] était vendu au duc du Maine ; l'autre [l'évêque de Troyes], marchant sur des œufs, n'osait être que complaisant
Saint-Simon, 422, 93Dubois avait marché sur des œufs à l'égard du parlement
Saint-Simon, 508, 199- Je marche sur des œufs entre ces deux partis Mme DU DEFFAND, Lett. à H. Walpole, t. II, p. 207, dans POUGENS
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Plein comme un œuf, tout à fait plein.
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Être plein comme un œuf, avoir bien mangé.
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Chercher à tondre sur un œuf, agir en avare qui cherche à faire du profit sur les moindres choses.
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Fig. Il pond sur ses œufs, il couve ses œufs, se dit d'un homme riche qui n'a pas besoin de travailler.
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Fig. Mettre tous ses œufs dans un même panier, mettre tout son avoir dans une même entreprise, dans un même placement, de manière que, s'il y a un revers, on perdra tout ; et aussi faire dépendre d'une seule chose son sort, sa fortune, son bonheur.
Je jure de ne plus mettre Tous mes œufs dans un panier
BOURSAULT, Lett. nouv. t. III, p. 394, dans POUGENS
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Se ressembler comme deux œufs, se dit de choses qui se ressemblent tout à fait.
Un œuf n'est pas plus semblable à un œuf que les observations de Bullus le sont aux miennes
JURIEU, dans BOSSUET 6e avert. 80
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Cela est égal comme deux œufs, se dit d'une chose indifférente.
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Fig. Donner un œuf pour avoir un bœuf, faire de petits présents dans l'espérance d'en recevoir de gros en retour.
Comme il n'y a pas de proportion entre ces choses-là, je n'aime point à donner un œuf pour avoir un bœuf
J.-J. Rousseau, Lett. à Panckoucke, 21 déc. 1764
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Je ne lui ai dit ni œuf ni bœuf, je ne lui ai dit ni grosse ni petite injure.
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Il ne saurait pas tourner un œuf, se dit d'un maladroit qui ne sait rien faire.
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Il aimerait mieux deux œufs qu'une prune, se dit d'un homme qui ne fait pas le dégoûté.
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Ris-t-en, Jean, on te frit des œufs, se dit pour se moquer de quelqu'un qui rit.
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Populairement. Elle a cassé ses œufs, se dit d'une femme qui accouche avant terme.
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3Par extension, le nom d'œufs se donne aux produits, analogues aux œufs des oiseaux, qui se forment dans le corps des femelles appartenant à de tout autres classes d'animaux. Œufs de couleuvre. Œufs de brochet. Un œuf de tortue. Des œufs de ver à soie.
Il est des œufs d'insectes qui ont une sorte de couvercle que le petit fait sauter ou qu'il soulève pour venir au jour
Bonnet, Contempl. nat. Œuv. t. VIII, p. 327, dans POUGENS
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Œufs de fourmis, très petits œufs, presque imperceptibles, qui donnent naissance aux larves et nymphes, dites improprement œufs de fourmis (voy. FOURMI).
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4Chez les mammifères, on donne le nom d'œuf au produit de la conception, quand il est parvenu dans la matrice ; jusque-là il porte celui d'ovule.
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5En un sens plus général, dans le langage des physiologistes, œuf désigne à la fois l'ovule ou germe dont l'existence est absolument générale, et l'œuf proprement dit qui résulte de l'addition successive à l'ovule de nouvelles parties durant son évolution et son trajet.
Harvey prétend que l'homme et tous les animaux viennent d'un œuf, que le premier produit de la conception chez les vivipares est une espèce d'œuf, et que la seule différence qu'il y ait entre les vivipares et les ovipares, c'est que les fœtus des premiers prennent leur origine, acquièrent leur accroissement, et arrivent à leur développement entier dans la matrice, au lieu que les fœtus des ovipares prennent à la vérité leur première origine dans le corps de la mère, où ils ne sont encore qu'œufs...
Buffon, Hist. anim. chap. 5Il [Vallisnieri] ajoute qu'il est persuadé que l'œuf est caché dans la cavité du corps glanduleux [l'ovaire], et que c'est là où se fait tout l'ouvrage de la fécondation, quoique, dit-il, ni moi ni aucun des anatomistes en qui j'ai eu pleine confiance, n'ayons jamais vu, ni trouvé cet œuf
Buffon, ib.
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6Terme d'anatomie. Œufs de Graaf, ou vésicules de Graaf, petits sacs membraneux qui se trouvent dans l'ovaire.
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Œufs de Naboth, nom donné à des concrétions globuleuses distendant les follicules qui occupent la membrane interne du col de l'utérus.
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7Œuf de serpent, espèce d'amulette des druides, auquel ils attribuaient de grandes vertus, et qu'ils croyaient formé de la bave des serpents, lorsqu'ils étaient entortillés ensemble.
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8Œuf primitif, ou œuf d'Orphée, symbole mystérieux de certains philosophes anciens pour désigner le principe intérieur de fécondité.
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Œuf philosophique, la matière préparée des alchimistes, pour produire le grand œuvre, ou transmutation des métaux.
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9Œuf de vache, œuf de chamois, espèce de bézoard, qui se trouve dans le ventre de ces animaux.
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10Tout ce qui a la forme d'un œuf. Les femmes se servent d'œufs en bois pour raccommoder les bas.
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11Se disait, chez les Grecs, de petites pièces de poésie, dont les vers, de différentes longueurs et placés les uns sous les autres, représentaient grossièrement la forme d'un œuf ; on en trouve des exemples dans l'Anthologie.
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12Terme de marine. Œuf d'autruche, sorte de bouchon pour boucher les trous de boulet.
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13Œufs fossiles, pierres qui paraissent être des échinites.
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14Œuf du diable, espèce de champignon.
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Petits œufs, espèce d'agarics.
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Œufs à l'encre, à la neige, divers champignons.
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15Œuf marin, oursin.
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Œuf de poule ou œuf papyracé, coquille univalve.
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Œuf de vanneau, autre coquille univalve.
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16Œuf de Nuremberg, nom ancien d'une espèce de montre fabriquée en Allemagne.
Ce sont les ouvriers de Nuremberg qui firent les premières montres portatives que l'on avait à la cour de Charles IX et de Henri III.... les plus ordinaires, de forme ovale ou d'amande, étaient nommées à Paris, dit-on, des œufs de Nuremberg
Journ. offic. 28 août 1876, p. 6649, 3e col.
Étymologie
Berry, œu ; bourg. eu ; wallon, oû ; picard, ué, œuf, u, œufs ; provenç. ov, uov, ueu ; cat. ou ; espagn. huevo ; port. ovo ; ital. uovo ; du lat. ovum ; grec, ὠὸν ; all. Ei ; angl. egg. ; gaél. ubh ; bas-bret. ui ; irl. ugh. Comme on a pour ὠὸν les formes dialectales argien ὤϐεον et lesbien ὤϊον, on peut supposer, pour forme grecque primitive, ὤϝιον, répondant à ovum, et que Benfey, approuvé par Curtius, a conjecturé représenter en sanscrit un avyam, qui serait un adjectif venant d'avi, oiseau, et qui équivaudrait pour le sens à ὀρνίθειον.