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Tragédie en vers· Tragédie en Trois Actes et en vers

Polyxène

Étienne Aignan· créée en 1804· 3 actes· 814 vers· 8 personnages

Représentée pour la première fois sur le Théâtre—Français, le 23 nivôse, an 12.

Personnages

  • AGAMEMNON, M. SAINT-PRIX
  • ULYSSE, M. TALMA
  • HÉCUBE, Mlle. DUCHESNOIS
  • POLYXÈNE, Mlle. VOLNAIS
  • IPHISE, dame troyenne. Mlle. THÉNARD
  • UN SOLDAT GREC, M. DESPRÉS
  • DEUX TROYENNES
  • SOLDATS

ACTE PREMIER

Le théâtre représente les ruines de Troie et les tombeaux des princes troyens : celui d'Hector est le plus apparent. Dans l'enfoncement on voit les tentes et les vaisseaux des Grecs.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Agamemnon, Ulysse.

AGAMEMNON

Oui, Seigneur, en effet, il serait impossible Qu'à ces prospérités mon coeur fût insensible ; Sans doute il en jouit ; mais je vous l'avouerai, Ce coeur, comme autrefois, n'en est plus enivré ; Et, soit que le guerrier qu'irritait une offense, Alors qu'il est vengé, déplore sa vengeance ; Soit que le sort affreux de Priam, de sa cour, Amène sur moi-même un douloureux retour ; De ces scènes de sang, d'horreur et de carnage, Je ne puis effacer la trop funeste image ; Tout le bonheur d'Atride en est empoisonné. Seigneur, je vois toujours un prince infortuné, Que de l'autel en vain couvrait le privilège, Tomber, en l'embrassant, sous le fer sacrilège ; Par l'avide soldat ses temples saccagés, Dans son palais en feu ses enfants égorgés ; J'entends encor leurs cris ; je vois encor la flamme Dévorer les remparts et les tours de Pergame, Et, pour comble d'horreur, ses nombreux habitants Périr ensevelis sous ses débris fumants. De tels excès, seigneur, flétriront notre gloire ; Trop de sang a souillé cette grande victoire. Non, si l'on m'a voit cru, je n'aurais pas permis Que l'on fût sans pitié pour de tels ennemis ; Des chefs et des soldats modérant la furie, Roi, j'aurais d'un vieux roi voulu sauver la vie ; Je n'aurais pas souffert que son sang généreux, Versé sur ses autels, en eût éteint les feux, Et, dans le camp vainqueur, indignement traînées, Ses filles et sa veuve, à servir condamnées, N'attendraient pas du sort les odieuses lois Qui vont donner un maître aux rejetons des rois.

ULYSSE

Faut-il nous étonner, seigneur, si contre nous Éclate enfin du ciel le terrible courroux ? Les Grecs victorieux, trop occupés d'eux-mêmes, Négligent d'apaiser, par des honneurs suprêmes, Les mânes des guerriers à qui la loi du sort, Dans les champs phrygiens a fait trouver la mort. Ne rougissent-ils pas que des peuples barbares, D'offrandes et de voeux se montrent moins avares ? Voyez ce monument, qu'au plus grand des Troyens Bâtit la piété de ses concitoyens ? Chaque jour, si longtemps qu'a subsisté Pergame, Mon oeil, d'un sacrifice y vit briller la flamme, Et même, maintenant que Pergame n'est plus, Hécube y porte encor de funèbres tributs. D'Achille cependant la tombe négligée Par nos ingrates mains d'aucuns dons n'est chargée, Seigneur, et d'Ilion le valeureux vainqueur, Repose aux champs troyens, sans gloire et sans honneur. Qui sait par quelle offrande..... ou par quelle victime Les Grecs de leur oubli devront laver le crime ? D'Achille, chaque nuit, les mânes courroucés Par des traits éclatants se décèlent assez ; Du fond du monument où repose sa cendre, Des cris plaintifs et sourds souvent se font entendre ; On a vu du tombeau des flammes s'élancer, Et la foudre en éclats vient de nous menacer. Mais déjà, pour régler le destin des captives, Tous nos chefs empressés s'assemblent sur ces rives ; Venez, Agamemnon, ensemble il faut agir, Et d'un indigne oubli les faire enfin rougir. Hâtons-nous ; des Troyens je vois venir la reine Que soutient à pas lents sa fille Polyxène ; Il faut les éviter.

SCÈNE III. Agamemnon, Hécube, Polyxène, Troyennes.

SCÈNE IV. Hécube, Polyxène.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Hécube, Iphise.

IPHISE

Hélas !

ACTE SECOND

SCÈNE PREMIÈRE. Hécube, Polyxène.

HÉCUBE

Non.

HÉCUBE

Hélas !

SCÈNE II. Hécube, Polyxène, Ulysse, Soldats.

HÉCUBE

Vous l'entendez, grands Dieux, cet aveu qu'il me fait ! Ma crédule bonté sauva les jours d'Ulysse, Et l'ingrat, de ma fille il presse le supplice ! Il a soif de mon sang ! Mais pourquoi l'immoler, Dites ; quel est le dieu que vous faites parler ? Achille courroucé demande une victime ! Eh ! Qu'a fait Polyxène et quel est donc son crime ? Elle n'a point trempé dans les lâches complots Qui tranchèrent les jours de ce jeune héros. Ah ! S'il faut à son ombre une victime humaine, Le choix n'est pas douteux, sacrifiez Hélène ; Vous vengerez ensemble et vos maux et les miens : Son sang satisfera les Grecs et les Troyens. L'épouse de Pâris est seule criminelle. Ah ! Ne repoussez pas ma douleur maternelle, Seigneur ; c'est à mon tour d'embrasser vos genoux : Ayez pitié d'Hécube, elle eut pitié de vous. C'est assez du trépas de toute ma famille, De mes débiles mains n'arrachez point ma fille. « Mon coeur, par elle encore, au repos est rendu ; Polyxène est pour moi tout ce que j'ai perdu. Compagne de mes maux, appui de ma vieillesse, Tout mon bonheur passé renaît dans sa tendresse. » Ah ! De votre pouvoir gardez-vous d'abuser ; Le sont se lassera de vous favoriser. Quel vainqueur peut compter sur un succès durable ? Voyez, j'étais heureuse, et je suis misérable. Je m'enorgueillissais de ma vaine grandeur ; Un jour a renversé tout ce frêle bonheur. Hécube est votre amie et votre suppliante ; De ces titres, sur vous que la voix soit puissante. Retournez vers les Grecs, que votre humanité Les fasse enfin rougir de tant de cruauté. Dites qu'il est affreux que leur fureur tardive Sur les autels sacrés égorge une captive De qui, dans le désordre et l'horreur des combats, Le sang n'a point coulé sous le fer des soldats. Priez, intéressez ; votre sage éloquence Eut toujours sur les Grecs une entière puissance.

HÉCUBE

Les dieux sont irrités ! Ô temples de Phrygie, Détruits et saccagés par un vainqueur impie, Autels qu'ont profanés des soldats furieux, Dites-lui quels forfaits ont irrité les dieux ! Et vous, tombeaux, et vous, dont les saints privilèges Ont été violés par des mains sacrilèges, Ne soyez plus muets ; à la Grèce apprenez Pourquoi les morts ici gémissent indignés. Sous le fer des bourreaux lorsque ta soeur succombe, Hector, pour la sauver sors aussi de la tombe, Et qu'Ulysse, frappé de crainte et de respect, Une seconde fois recule à ton aspect. « Si le fils de Téthis veut poursuivre sa proie, Vous combattrez encor devant les murs de Troie, Et peut-être les dieux, las de se partager, S'uniront-ils pour nous dans ce nouveau danger. » Mais Hector et les dieux, et le fils de Laërte, Tout est sourd à mes cris, tout, conspire ma perte ; En discours impuissants s'exhale ma douleur. Grecs, s'il vous faut d'Achille apaiser la fureur,

J'ai été obligé d'abréger beaucoup à la représentation cette scène si touchante dans Euripide, de qui elle est presque littéralement traduite. Je crois devoir rétablir ici le morceau que j'ai retranché ; quelques personnes peut-être seront bien aises de lire la scène telle qu'elle a été conçue par le poète grec. [NdA]

Mes discours impuissants se perdent dans les airs. Ma fille, par pitié, si mes jours te sont chers, Pour détourner de toi cet affreux sacrifice, Tombe en pleurs aux genoux de l'insensible Ulysse. Il est père, et déjà je le vois s'attendrir ; Tes larmes, tes accents vont enfin le fléchir. Que dans ce flanc plutôt elle soit assouvie ; Dans ce flanc malheureux Paris puisa la vie, Frappez, et du guerrier qu'il perça de ses traits, Apaisez, par ma mort, les mânes satisfaits.

SCÈNE III. Les précédents, Agamemnon.

SCÈNE IV. Agamemnon, Ulysse.

ULYSSE

Seigneur, j'ai réprimé, pour l'honneur de l'armée, Le courroux dont mon âme a droit d'être enflammée ; Au mépris de mes droits, je souffre même encor, Qu'on dispose à mes yeux de la mère d'Hector ; J'aurais trop à rougir si, devant leurs captives, Les Grecs de leurs débats troublaient encor ces rives, Et vengeaient les malheurs des femmes d'Ilion Par les emportements de la sédition ; Mais je puis maintenant faire éclater sans crime De l'indignation le transport légitime, Et, sans porter atteinte au rang d'Agamemnon, D'un refus étonnant lui demander raison. Je ne reconnais point, seigneur, à sa conduite, Le roi qui de la Grèce a commandé l'élite, Ou plutôt, si je puis m'expliquer librement, Je reconnais Atride à son ressentiment : Il voudrait, contre Achille armant encor sa haine, Ainsi que Briséis, lui ravir Polyxène. S'il avait un peu moins pour lui d'inimitié, Agamemnon pour elle aurait moins de pitié. Mais il faut qu'un grand coeur à son pays immole Des torts qu'il éprouva le souvenir frivole. Songez quel fut Achille ; au de là du trépas Que votre vain courroux ne le poursuive pas. Celui qui, remplissant ses hautes destinées, A préféré la gloire à de longues années ; Celui qui, se rendant sous les murs d'Ilion, En courant, a vaincu Téléphe, Eëtion, A conquis Ténédos et Lesbos et la Thrace, De la superbe Thèbes a su punir l'audace, Et qui, pour rappeler d'un seul mot tous ses droits, Dans les murs de Pergame a fait entrer nos rois, Vous l'avouerez, seigneur, un tel guerrier, je pense, Peut des Grecs espérer quelque reconnaissance, Et ce n'est pas en vain que son ombre en courroux Nous aura révélé ce qu'elle attend de nous.

ACTE TROISIÈME

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Polyxène, Hécube, Iphise.

SCÈNE III. Hécube, Polyxène, Iphise, Un soldat grec.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Hécube, Agamemnon.

AGAMEMNON

J'ignore....

SCÈNE VI. Les precédents, Iphise.

SCÈNE VII ET DERNIÈRE. Hécube, Iphise.

814 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica