Pastorale en vers
Pan et Doris Pastorale
Personnages
- PAN
- DORIS
- PALEMON
- JULIE
- LA MARQUISE
- HORTENSE
- CÉLIMÈNE
PAN ET DORIS.
SCÈNE PREMIÈRE.
PAN sous la figure de Valémon
Amour, le Dieu des Bois implore ta toute puissance : Sauve-moi la douleur de revoir en ces lieux, Un Berger trop fatal au bonheur de mes feux Profitant du dépit qui causa son absence, C'est toi qui pour fléchir l'objet de tous mes voeux, M'as fait de Palémon prendre la ressemblance : Amour, le Dieu des Bois implore ta puissance : Sauve-moi la douleur de revoir en ces lieux Un Berger trop fatal au bonheur de mes feux.SCÈNE II. Pan, Doris.
PAN
J'éprouve une peine cruelle, Tout semble m'annoncer que le Ciel en courroux Me prépare un coup terrible : Et je sens que mon coeur ne peut être sensible Qu'au malheur de me voir abandonné de vous.DORIS
Si le bonheur de votre vie Dépend de ma fidèle ardeur, Croyez que Doris en son coeur Vous garde un sort digne d'envie.PAN
Jurez-moi par le Dieu qu'en ces bois on révère Que le Berger qui vous sut plaire Sera toujours l'objet de vos tendres amours.SCÈNE III. Pan, Arcas.
PAN
Quand Palémon lassé d'une constance vaine Jura de ne plus voir ces lieux Doris à son départ ne fut que trop sensible On vit éclater un amour Que sa rigueur invincible Avait caché jusqu'à ce jour.ARCAS
Tout respecte vos lois en ce séjour champêtre. Il ne vous reste plus qu'à vous faire connaître.PAN
L'amant le plus glorieux N'est pas toujours le plus aimable ; S'il était moins redoutable Souvent il n'en plairait que mieux.SCÈNE IV. Palémon, Arcas.
ARCAS
Palémon, est-ce vous qu'en ces lieux je revois ? Vous qui d'une éternelle absence Vous étiez imposé la loi.PALÉMON
L'absence a triomphé du pouvoir de ses charmes : Et l'on ne verra plus mes larmes Nourrir son injuste mépris. Heureux mépris qui me dégage Des soins dont j'étais agité ! Plus j'ai souffert dans l'esclavage ; Plus je chéris ma liberté.ARCAS
Des plaisirs de l'indifférence Goûtez la charmante douceur : Ceux que promet l'amour n'ont qu'un charme trompeur.SCÈNE V. Doris, Palémon, Arcas.
DORIS
Bergers, m'est-il permis d'oser pour un moment D'un entretien secret troubler ici les charmes ?PALÉMON
J'entretenais Arcas des biens pleins de douceur, Qu'un coeur indifférent trouve dans cet asile.PALÉMON
Depuis que j'ai perdu jusques au souvenir Des maux qu'Amour me fit souffrir. Malgré ses rigueurs, une ingrate Voudrait qu'on l'adorât toujours : Mais enfin l'orgueil qui la flatte, Écarte à jamais les amours.PALÉMON
Je dis que sous son Empire Doris n'aura plus le plaisir De me voir vainement soupirer, et gémir. Mais qu'a donc cet aveu qui doive vous surprendre ? Avez-vous dû prétendre Que mon coeur dans vos fers fût toujours arrêté ?DORIS
Non, non. J'ai du prévoir que ta légèreté Serait le prix de ma faiblesse : Et que je perdrais ta tendresse Sitôt que mon amour aurait trop éclaté.PALÉMON
Si les rigueurs des Belles De leur amour sont des preuves fidèles, Jamais amant ne fut plus fortuné que moi.DORIS
Il te sied bien de te plaindre Des rigueurs que j'eus pour toi. Ah ! Plutôt à mes yeux, ingrat, cesse de feindre ; Et nomme-moi l'objet qui m'a ravi ta foi.SCÈNE VI. Pan, Doris, Palémon, Arcas.
PAN, sous la figure de Palémon
Bergère suspendez vos regrets et vos larmes, Celui qui reçut votre coeur, Brûle toujours pour vous de la plus vive ardeur ; Laissez les soins et les alarmes, À ceux qui vous offrent leurs voeux : Ce n'est point avec tant de charmes, Que l'on voit mépriser ses feux.SCÈNE DERNIÈRE. Troupes de Dryades de Satyres et de Bergers.
PAN
Pardonnez au stratagème, Que vient d'employer mon ardeur, C'est le Dieu d'amour lui-même. Qui sut l'inspirer à mon coeur.DORIS
Je pardonne au stratagème, Que vient d'employer votre ardeur ; C'est le Dieu d'Amour lui-même, Qui me fait chérir mon erreur.DORIS, à Palémon
D'une constance trop pénible Berger, vous n'avez pu supporter la rigueur, Un Dieu soumis et plus sensible, Par des soins assidus a su gagner mon coeur, Et je consens qu'il jouisse D'un bien qu'il doit moins à son artifice, Qu'à l'excès de son ardeur.PALÉMON
Bergère, partagez la suprême puissance : D'un amant glorieux ; Mais n'espérez pas que mes yeux, Soient les témoins d'un bonheur qui m'offense. Loin des lieux où l'on vient de ravir votre foi, Je vais pleurer un bien qui n'était dû qu'à moi.Il sort.
PAN
Redoublons l'ardeur extrême, Qui vient d'assurer mon bonheur, C'est le Dieu d'amour lui-même Qui sut tromper votre rigueur.DORIS
Redoublons l'ardeur extrême, Qui vient d'assurer mon bonheur ; C'est le Dieu d'amour lui-même. Qui me fait chérir mon erreur.PAN
Qu'on applaudisse à ma victoire, Venez, Bergers, accourez tous : D'un triomphe si doux, Vous partagez la gloire.On danse.
UNE DRIADE
Fuyez loin de nous, Coeurs insensibles, Nos réduits paisibles, Sont-ils faits pour vous ? Votre indifférence Nous offense ; Nos ardeurs Condamnent vos froideurs. Si l'amour nous fait verser des larmes, Nos alarmes Ont des charmes Pour nos coeurs, D'un long esclavage Tôt ou tard il dédommage On trouve en ses faveurs Mille douceurs.DEUX BERGÈRES
Que les Dieux, que les Rois Viennent dans nos bois, Chercher des Maîtresses sincères. Ce n'est que par nos bergères, Qu'un coeur bien enflammé, Peut se flatter d'être aimé.LE CHOEUR
Viens, Amour, dans cette retraite ; Quitte ton arc et ton carquois : Et ne prend plus qu'une houlette, Pour ranger nos coeurs sous tes lois.On danse.
Les attributs du Dieu Amour sont un arc, des flèches et un carquois pour les y ranger.
Houlette : Fig. Poétiquement, l'état, la condition de berger. [L] La houlette est la bâton de berger.
UN SATYRE
Vous qui d'une beauté cruelle, Éprouvez l'injuste rigueur, Cherchez quelque ruse nouvelle, Pour faire approuver votre ardeur. Qu'importe comment on parvienne À vaincre une fière beauté, Pourvu que notre amour obtienne Le prix de sa fidélité ?UNE DRIADE
Il n'est point de cruelle , Il n'est point de rebelle, Qu'un amant fidèle Ne désarme enfin. Tel quitte aujourd'hui sa bergère, Qui peut être le lendemain, Verrait son coeur moins sévère, Payer la flamme sincère, D'un heureux destin.UNE BERGÈRE
Telle fait l'insensible, Qui gémir en son coeur D'une fierté pénible, L'Amour qui connaît son ardeur, Se rit de sa rigueur : On la voit fuir sans cesse L'objet de sa tendresse ; Mais son trouble et ses soupirs Trahissent ses désirs.CHOEURS de BERGERS ET DE BERGÈRES
Viens Amour dans cette retraite, Quitte ton arc et ton carquois. Et ne prend plus qu'une houlette, Peur ranger nos coeurs sous tes lois.233 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica