Comédie en vers· Tragédie en un Acte
Polixène
Personnages
- POLIXÈNE, fille de Priam Roi de Troie
- PYRRHUS, fils d'Achille Roi d'Epire
- AEGINE, Confidente de Polixène
- THESSANDRE, Capitaine des Gardes de Pyrrhus
POLIXÈNE TRAGÉDIE EN UN ACTE.
SCÈNE PREMIÈRE. Polixène, AEgine.
POLIXÈNE
Ciel ! À quels affronts m'avez vous destinée. De climats en climats en triomphe amenée, Je verrai mes tyrans à me nuire obstinés, Montrer la soeur d'Hector aux peuples étonnés ; Et pour comble d'horreurs esclave d'un barbare : Ô mort ! Viens m'affranchir des maux qu'on me prépare.POLIXÈNE
Vous avez vu grands Dieux ! Les efforts que j'ai faits. Pour étouffer un feu dont l'horreur vous offense : D'un sexe malheureux ils passent la puissance.POLIXÈNE
Du coupable Pâris les flammes téméraires Viennent de renverser le trône de mes pères AEgine, c'était peu de toutes ces horreurs, Et j'ai dû d'un tel frère imiter les fureurs.Flamme : sens métaphorique de passion amoureuse ; celle qu'il eut envers Hélène.
AEGINE
Et quel est cet amour dont le joug vous opprime.Joug : pièce de bois posé usuellement sur les cous de boeufs et qui sert à composer un attelage tirant une charrue. Métaphoriquement, émotion insupportable causant peine et souffrance.
POLIXÈNE
Des amours le plus tendre et le moins légitime. Mais pourquoi t'en ferais-je un récit odieux ? AEgine, il me rendrait trop coupable à tes yeux ; Et tu dois redouter ma triste confidence.AEGINE
Se peut-il que l'amour ait soumis votre coeur, Qu'aurait dû mieux défendre une juste douleur ? Hélas ! Lorsqu'à vos pieds je vis Troie abattue, Au comble des horreurs je vous crus parvenue Et je ne pensais pas que le Ciel en courroux Pût vous porter jamais de plus funestes coups, Que pour mieux signaler sa haine et sa vengeance, Il dût vous envier jusqu'à votre innocence.POLIXÈNE
Non, AEgine, jamais dans un coeur on n'a vu Régner tant de tendresse avec tant de vertu. Ce ne sont plus les maux de ma Patrie en cendre Qui m'arrachent les pleurs que tu me vois répandre, Je pleure les horreurs d'un amour malheureux, Qui malgré mes efforts tyrannise mes voeux ; Et vainqueur quelquefois d'une vertu que j'aime Des combats qu'elle rend se venge sur moi-même En vain pour étouffer mes désirs insensés, Je retrace à mes yeux les maux qu'on m'a causés ; En vain à chaque instant une mère éplorée, Au nom d'une amitié toujours si révérée, Me presse de calmer des regrets superflus, Je sens mes maux s'accroître, et souffre d'autant plus, Que des tourments secrets, où mon amour m'expose, Je ne puis lui conter la véritable cause, Et qu'il me faut couvrir des malheurs d'Ilion Les pleurs que fait couler ma folle passion. Dieux cruels ! Est-ce assez persécuter ma vies Peu satisfaits d'avoir embrasé ma Patrie, D'avoir forcé mes yeux tant de fois effrayés À pleurer tous les miens expirants à mes pieds, Jusqu'au fond de mon coeur portant votre colère, Vous me faites aimer l'assassin de mon père ; Et lorsque je m'applique à vaincre mes transports, Vous protégez Pyrrhus contre tous mes remords,SCÈNE II. Pyrrhus, Polixène, Aegine.
POLIXÈNE
Eh comment, juste ciel ! Puis-je voir sans alarmes Un vainqueur dont le bras encor ensanglanté M'a livrée aux horreurs de la captivité, L'orgueilleux destructeur du trône de mes pères ? Le meurtrier enfin de mon Roi, de mes frères ; Et qui, pour couronner d'illustres attentats, À mes voeux les plus doux refuse le trépas !PYRRHUS
Ah ! Madame, cessez d'offrir à ma mémoire Les maux affreux que traîne après soi la victoire. Cessez de retracer à mes yeux pleins d'effroi Des malheurs où le sort eut plus de part que moi. L'horreur régnait dans Troie, et de flammes couverte Cette ville superbe approchait de sa perte ; Lorsque d'un feu vengeur les funèbres clartés, À mes regards surpris offrirent vos beautés : Aussitôt détestant le bonheur de mes armes, Aux soupirs des vaincus j'osai mêler mes larmes, Et d'un tendre remords le coeur trop pénétré J'eus horreur des exploits qui m'avaient illustré. Pourquoi sans séparer d'une vaillance vaine, Ne montrait-on plutôt l'aimable Polixène ? Et soudain on eût vu tomber notre courroux ; Pyrrhus le plus barbare eût paru le plus doux.POLIXÈNE
Ciel ! Qu'entends-je ? Pyrrhus ; ce vainqueur sacrilège ! Pyrrhus ! Qui des autels bravant le privilège, De mon père à mes yeux a pu trancher les jours, Vient m'outrager encor par d'indignes amours ! D'un sang infortuné persécuteur funeste, Il en voudrait en moi déshonorer le reste ! Et moi-même tranquille au récit de ses feux, J'ose encore sur lui lever mes tristes yeux ! D'une longue misère effet le plus terrible ! Se peut-il qu'aux affronts on devienne insensible ? Que je respire encor, tandis que l'on a pu Oser impunément douter de ma vertu ? Hélas ! Jusques à quand trop instruit de mes peines, Prétendez-vous, Seigneur, anéantir mes chaînes ? Eh quoi ? N'ai-je donc pas souffert assez de maux, Sans que vous m'exposiez à des tourments nouveaux ? Car enfin, cet aveu d'une odieuse flamme Met le comble aux douleurs qui déchirent mon âme ; Et si l'amour jamais avait su vous toucher, Cet amour vous eut dit qu'il fallait le cacher.PYRRHUS
Pour combattre l'amour dont l'aveu vous offense, Ah ! Je ne me suis fait que trop de violence s De mille feux cruels vainement consumé, Pyrrhus s'est plus contraint qu'il n'aurait présumé : Mais enfin de mon coeur la fierté naturelle Commence à se lasser d'une gêne éternelle ; Ce coeur est bien plus fait à mépriser la mort, Madame, qu'à combattre un amoureux transport. C'est assez prolonger ma vie, et mon supplice, Ordonnez que j'espère, ou bien, que je périsse.SCÈNE III. Pyrrhus, Polixène, Aegine, Thessandre.
THESSANDRE
Ah ! Seigneur, apprenez les mortelles terreurs, Qu'un oracle fatal répand dans tous les cours : Vos soldats s'acquittant d'un devoir légitime, Aux fiers mânes d'Achille offraient une victime, Quand soudain à leurs yeux, prodige tout nouveau, Ce superbe guerrier fore du sein du tombeau, Tel il parut jadis aux yeux de votre armée, Quand d'un juste courroux sa grande âme enflammée, Et d'un affront sanglant voulant tirer raison, Il osa menacer l'injuste Agamemnon. Il s'avance, et portant dans les cours l'épouvante : « Peuple ingrat ( leur dit-il d'une voix menaçante ) Oses-tu présumer que mes mânes sacrés Par le sang le plus vil puissent être honorés ? Pour payer mes travaux d'une digne hécatombe, Il faut que Polixène expire sur ma tombe. » Il prononce ces mots l'oeil fier, étincelant, Et fixe ses regards sur tout le camp tremblant : Cependant tous les Grecs que ce prodige entraîne D'une commune voix condamnent Polixène Déjà de mille cris ils remplissent les Cieux ; Pour eux l'arrêt d'Achille est un arrêt des Dieux : Seigneur, et si j'en crois l'ardeur qui les anime, Ils vont bientôt ici demander leur victime.POLIXÈNE, à part
Dieux ! Je respire enfin, et votre inimitié À force de rigueur me tient lieu de pitié.PYRRHUS
Eh ! Quel crime a commis, ô Ciel ! cette Princesse, Pour l'immoler aux cris d'une ombre vengeresse ? Si son frère abusant d'une perfide paix, Dans le sang de mon père osa tremper ses traits, À d'inhumaines lois Polixène asservie, Des forfaits de Pâris doit-elle être punie ? Elle dont les vertus... mais c'est trop écouter Un bruit injurieux que je dois rejeter : L'effroi qu'inspire encore la cendre de mon père, Sans doute aura produit cette ombre imaginaire. Qui ne sait que le peuple ami du merveilleux, Se plaît à consacrer mille bruits fabuleux ? Que souvent il croit voir renverser la nature, Lorsqu'on n'offre à ses yeux qu'une vaine imposture, Et qu'en ses visions pleine d'obscurité Rien ne doit étonner que sa crédulité. Toutefois prévenant de plus rudes alarmes, À mes Thessaliens fais prendre ici les armes. Et fais-les souvenir en leur dictant mes lois, Que c'est servir les Dieux que d'obéir aux Rois.Trait : Flèche. Achille est mort d'une flèche envoyé dans son talon.
SCÈNE IV. Pyrrhus, Polixène, Aegine.
PYRRHUS
Hé bien, je pourrai donc par d'illustres services Réparer désormais toutes mes injustices, Effacer d'Ilion le triste souvenir, Et vous ôter enfin le droit de me haïr : Malgré l'arrêt fatal qu'en ces lieux on publie, Je pourrai vous contraindre à me devoir la vie, Briguer, en vous servant, un honneur immortel, Et me montrer vaillant, sans être criminel ?Ilion : autre nom de Troie.
POLIXÈNE
Dites plutôt, Seigneur, qu'une éternelle honte Serait le juste prix du feu qui vous surmonte ; Dites que pour sauver des jours trop malheureux, Vous auriez à combattre et la Grèce, et les Dieux ; Qu'il vous faudrait bientôt de cent peuples perfides Voir tourner contre vous les armes homicides, De vos propres soldats éprouver les fureurs, Et remplir ces climats de nouvelles horreurs.PYRRHUS
Et ce sont ces horreurs, et ces mêmes alarmes ; Qui loin de m'arrêter, ont pour moi tant de charmes ; Pour engager les Dieux à seconder mes coups, Eh ! Ne suffit-il pas qu'on combatte pour vous ? Pour leur faire approuver l'audace qui m'inspire, Osez avec Pyrrhus partager son empire ; Venez aux yeux des Grecs réunis contre moi, Me jurer dans le temple une éternelle foi Et je cours, au mépris de leur fureur jalouse, Contre un père irrité protéger une épouse, Défendre contre lui les droits des immortels, Et forcer les tombeaux de céder aux autels.POLIXÈNE
Que j'épouse Pyrrhus ? L'assassin de mon père ? Que de tous ses forfaits ma main soit le salaire ? Ah ! J'aurais cru du moins en ce jour plein d'effroi, Qu'on m'aurait épargné l'affront que je reçois.PYRRHUS
Gardez-donc cette main, ce coeur inexorable, Aux yeux de tous les Grecs j'en serai plus coupable ! Mais ma flamme pour vous n'éclatera que mieux. Adieu. Je vais combattre en dépit de vos voeux. Je vais, plein du courroux, où vous livrez mon âme Me venger sur les Grecs du mépris de ma flamme : Ce qu'Hector n'a pu faire, il faut que vos appas L'exécutent sans peine aux yeux de nos soldats : Il faut que réparant les effets de ma rage, De dix ans, en un jour, je détruise l'ouvrage. Venez me voir, Madame, en ma juste fureur Faire du camp des Grecs un théâtre d'horreur, De vos lâches tyrans vous immoler la vie, Et de la même main qui vous aura servie, Sur leurs corps tout sanglants me frapper à mon tour, Et satisfaire ainsi ma gloire et mon amour,POLIXÈNE
Ah ! Si tu veux m'offrir cette cruelle image, Barbare, pour la voir, prête-moi ton courage ; Car enfin du trépas, où tu voles pour moi, Je sens que je frémis mille fois plus que toi : Mais que dis-je ? Où m'entraîne une ardeur insensée ; Ô Dieux ! En ce moment m'auriez-vous délaissée ? De honte et de douleur tous mes sens sont saisis : Je rappelle en tremblant mes timides esprits. Je vous quitte, Seigneur, et fuis votre présence »Quelques personnes n'ayant pas approuvé ces deux vers l'auteur les a changé de cette manière. N'obéir qu'à ma flamme, et plein d'un feu si beau, De l'Hymen sur sa tombe allumer le flambeau.
PYRRHUS
Non. Vous romprez plutôt un barbare silence. Ô Ciel ! Tant de regrets, une si vive ardeur Auraient-ils su fléchir enfin votre rigueur ? Ah ! Si d'un tel espoir j'osais goûter les charmes... Vous ne répondez rien ! Je vois couler vos larmes !POLIXÈNE
Oui, je pleure d'avoir, d'un instant trop vécu, Puisqu'il flétrit ma gloire, et souille ma vertu : Mais ne t'applaudis point d'une gloire trop vaine, Tu ne la dois qu'aux Dieux dont j'éprouve la haine ; Aux Dieux, dont le courroux fatal à ma maison, Pour te livrer mon coeur, égara ma raison ; Jusqu'au dernier soupir dans le fond de mon âme, J'espérais renfermer une odieuse flamme ; Mais les Dieux obstinés à poursuivre mon sort, Avaient juré, sans doute, et ma honte et ma mort ; En vain à leurs arrêts je voudrais me soustraire, Sur l'un et l'autre point il faut les satisfaire, Je viens de déclarer mes coupables amours, Il me reste à subir le trépas où je cours. Rappelant sur l'autel tout le soin de ma gloire, Qu'offense un fol amour honteux à ma mémoire : Il me reste à percer ce coeur, ce lâche coeur, Qui vient de me flétrir par une indigne ardeur, Et que j'avais déjà condamné la première, Avant qu'on entendit l'ombre de votre père.PYRRHUS
Non, vous ne mourrez point ; mais, est-ce à moi grands Dieux, Que s'adresse un aveu qui charme tous mes voeux ? Ah ! Pourquoi, si la haine à la pitié fit place, M'apprenez-vous si tard la fin de ma disgrâce ? Pourquoi, si vous daignez approuver mon ardeur, Me cachiez-vous, cruelle, un si rare bonheur ? Mais quel étrange amour ! Qu'il ressemble à la haine ! Vous aimez, et pourtant une mort inhumaine Est le fatal objet que vous me préférez, Et l'unique faveur qu'ici vous implorez. Ô Dieux ! Et qui pourrait dans ma juste furie Me ravir le seul bien qui m'attache à la vie ? Ce n'est plus désormais une ingrate beauté, Qu'un malheureux amant, haï, persécuté, Veut pourtant protéger en dépit d'elle-même, C'est une amante en pleurs, que j'adore, qui m'aime, Qui par mes soins enfin, se laissant désarmer, Des périls de Pyrrhus a paru s'alarmer. C'est mon bien, c'est le prix de l'amour le plus tendre, Qu'aux, dépens de mes jours je brûle de défendre.SCÈNE V. Pyrrhus, Polixène, Aegine, Thessandre.
THESSANDRE
Tous les Grecs enhardis par la Religion, Demandent Polixène avec émotion ! Calchas, des immortels le Ministre suprême, Près du tombeau d'Achille a dressé l'Autel même ; Leur haine à cet objet semble se rallumer, Et dans leurs cris, Seigneur, ils osent vous nommer , Ils osent accuser votre coeur magnanime De vouloir à leurs coups dérober leur victime.SCÈNE VI. Polixène, Aegine.
POLIXÈNE
Pour moi de mon destin je ne suis point en peine, Je sais trop en ces lieux que ma perte est certaine, Que bientôt grâce au Ciel qui condamne mes jours, Je recevrai le prix de mes folles amours : En vain Pyrrhus s'apprête à signaler sa rage, À travers les soldats m'ouvrant un prompt passage, Je saurai, malgré lui, saisir le fer mortel, Et le teindre à ses yeux d'un sang trop criminel. S'il ose s'applaudir d'une indigne victoire, Je ne jouira pas longtemps de cette gloire, Et peut-être en ce jour serait il plus heureux, S'il eût jusques au bout pu douter de mes feux. Cependant attentive aux ordres que je laisse : AEgine, garde-toi de suivre ta Princesse, Et si ma mère ici se présente à tes yeux, Prends soin de lui cacher ce mystère odieux ; Les Dieux me sont témoins, que parmi tant d'alarmes, Je ne redoute ici que son trouble et ses larmes.SCÈNE VII.
SCÈNE VIII. Pyrrhus, Aegine, Thessandre.
PYRRHUS, du fond du théâtre
Je l'avais bien prévu que ma seule présence D'un peuple audacieux confondrait l'insolence ; Mais quoi ? Je ne vois point Polixène en ces lieux.SCÈNE IX. Pyrrhus, Polixène, AEgine, Thessandre, Soldats.
POLIXÈNE, aux Soldats qui l'empêchent de sortir
Barbares est-ce assez ? M'envierez-vous toujours Les douceurs d'une mort trop longtemps attendue ? Mais quoi ; Pyrrhus encor vient s'offrir à ma vue !À part.
Ô Dieux ! Trop inhumains, ou trop lents à punir, Ou rendez-moi ma gloire, ou laissez-moi mourir.PYRRHUS
Madame, dissipez vos mortelles alarmes ; Je triomphe, et tout cède au pouvoir de vos charmes, Unis contre vos jours par un fatal accord Cent peuples furieux demandaient votre mort, J'ai paru : d'un arrêt dicté par l'artifice Aux yeux de tout le Camp j'ai demandé justice, Et les lâches, soudain, tremblants, irrésolus, Ont douté de l'Oracle à l'aspect de Pyrrhus. Et moi qu'anime alors une cause si belle, Brûlant plus que jamais de vous marquer mon zèle, Même aux yeux de Calchas vainement courroucé Je renverse à ses pieds l'Autel qu'il a dressé. Ainsi prompt à confondre un Ministre profane, Le Ciel vous justifie.PYRRHUS
Ciel !POLIXÈNE
Seigneur, mon destin aurait été trop doux ; Si Polixène eût pu ne vivre que pour vous ; Si des Dieux divisés la colère inhumaine, Entre nos deux Maisons n'eût semé trop de haine, Mais tels sont de ces Dieux les arrêts absolus, Que pour sauver ma gloire, il faut perdre Pyrrhus. Toutefois j'ose ici vous faire une prière ; De ma mère, daignez adoucir la misère ; Que Pyrrhus condamnant ses barbares exploits Des vaincus à son tour veuille écouter la voix, Que de tant de Héros la mère infortunée, À marcher sur vos pas ne soit point condamnée. Daignez la délivrer de ses tristes liens, Et défendez ses jours, sans regretter les miens.On l'emporte.
SCÈNE DERNIÈRE. Pyrrhus, Thessandre.
PYRRHUS
Ah ! Ne présumez pas que je tarde à vous suivre, Au sort le plus affreux que je puis le survivre : Perçons ce triste coeur, en proie à ses fureurs, Et par un prompt trépas prévenons mille horreurs.THESSANDRE
Où vous entraîne, ô Ciel ! La douleur qui vous presse, Vivez pour commander à l'Épire, à la Grèce.PYRRHUS
À la Grèce ! Ah ! Plutôt vivons pour la punir, Renversons son Empire avant que de mourir. Tremblez Peuples cruels, Pyrrhus respire encore, Ah ! Je me vengerai d'un peuple que j'abhorre, Vous n'aurez pas en vain défié mon courroux : Polixène n'est plus ; elle vivrait sans vous. Mais vous allez sentir la fureur qui m'inspire, Qui vous a su venger, saura bien vous détruire. Vos forfaits avec vous rompent tous mes liens, Et les amis d'Hector sont devenus les miens : Venez vous joindre à moi, cruelles Euménides, Des Grecs contre les Grecs armez les mains perfides ; Que ces lâches vainqueurs altérés de leur sang, De leurs barbares mains se déchirent le flanc ; Que vos flambeaux brûlants échauffant le carnage, Les fassent tous périr sur cet affreux rivage ; Et puissent les Troyens, détruisant nos travaux Rebâtir Ilion sur les débris d'Argos.Euménides : nom donné aux Furies par antiphrase. [B]
Argos : ville de l'ancienne Grèce (...) était célèbre autrefois pour ses chevaux et par un beau temple de Junon. [B]
372 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica