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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Anaximandre, Comédie.

François Andrieux· créée en 1782, imprimée en 1805· 704 vers· 6 personnages

Représentée, pour la première fois, à Paris, par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 20 Décembre 1782.

Personnages

  • ANAXIMANDRE, M. DAMAS
  • PHROSINE, Melle BOURGOIN
  • ASPASIE, soeur de Phrosine. Melle VOLNAIS
  • MÉLIDORE, M. MICHELOT
  • UNE PRÊTRESSE DES GRÂCES, Melle. GROS
  • DEUX AUTRES PRÊTRESSES
1782

À MA SOEUR.

Ô ma soeur, ma plus tendre amie ! Toi, qui joins, malgré la douleur Répandue, hélas ! sur ta vie, Un esprit fin au meilleur coeur, Et la raison à la douceur, Et la décence à la saillie, De ma part tu dois craindre peu Le ton flatteur des Dédicaces ; Mais si mes Vers ont ton aveu, Je compte sur celui des Grâces.
ANAXIMANDRE, ROMANCE. (*)

Une Romance très agréable de M. François de Neufchâteau, m'a fourni l'idée première de ma petite Comédie. Je fais imprimer ici cette Romance pour le plaisir des Lecteurs, et pour rendre à son Auteur l'hommage que je lui dois.

L'esprit et les talents sont bien ; Mais sans les Grâces, ce n'est rien. Sous le beau nom d'Anaximandre, Chez les Grecs un sage vivait ; Chacun accourait pour l'entendre ; Athènes en foule le suivait. La profondeur et la justesse Se rencontraient dans ses discours ; Mais pour plaire aux yeux des Amours, Il faut de la délicatesse. L'esprit et les talents font bien ; Mais sans les Grâces, ce n'est rien. Le Philosophe Anaximandre Aux Belles offrit son encens ; Car les savants ont le coeur tendre, Et tout Philosophe a des sens. Mais les Athéniennes volages, Rejetèrent ses tendres voeux ; Et de frivoles amoureux Virent préférer leurs hommages. L'esprit et les talents font bien ; Mais, sans les Grâces, ce n'est rien. Piqué de les trouver rebelles, Le sage s'en fut chez Platon ; Platon était l'ami des Belles Et même des Rois, nous dit-on. Il humanisait son génie ; A souper, il brillait le soir ; Et malgré son profond savoir, Il était bonne compagnie. L'esprit et les talents sont bien ; Mais, sans les Grâces, ce n'est rien. Apprenez-moi, mon cher confrère ; Dit le Sage disgracié, Comment chez vous, à l'art de plaire, Le génie est associé. Je veux me former sur vos traces, Votre conseil sera ma loi. Eh bien, dit Platon, croyez-moi, Mon cher, sacrifiez aux Grâces. L'esprit et les talents sont bien ; Mais sans les Grâces, ce n'est rien. Dans une Chapelle voisine Anaximandre s'en alla ; Aglaë, Thalie, Euphrosine, Sourirent en le voyant là. Il fut initié par elles Dans leurs mystères enchanteurs ; Il revint couronné de fleurs ; Il ne trouva plus de cruelles. L'esprit et les talents font bien ; Mais, sans les Grâces, ce n'est rien. La métamorphose soudaine Du pédant fit l'homme du jour ; Les bonnes fortunes d'Athenes Vinrent l'accueillir tour-à-tour. Et quand il trouvait sur ses traces Quelque pédant de mauvais ton, Il lui disait : croyez Platon, Mon cher, sacrifiez aux Grâces. L'esprit et les talents sont bien ; Mais, sans les Grâces, ce n'est rien.

ANAXIMANDRE

SCÈNE PREMIÈRE.

Le théâtre représente un bosquet sacré qui environne Le Temple des Grâces ; les arbres et les fleurs du bosquet doivent être distribués avec goût, et orner la scène ; l'architecture du Temple, dont on voit le portique, doit être simple, mais élégante.

SCÈNE II. Anaximandre, Aspasie.

ANAXIMANDRE, brusquement

Que voulez-vous ?

ASPASIE

J'obéis.

ASPASIE

À moi ?

ANAXIMANDRE

Achevez.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Aspasie, Phrosine entre en riant.

PHROSINE

Si fait.

ASPASIE

Non.

ASPASIE

Qui donc ?

PHROSINE

Anaximandre.

SCÈNE V. Anaximandre, Phrosine, Aspasie, cachée.

ANAXIMANDRE

Taisez-vous.

ANAXIMANDRE

Lequel ?

En disant ces deux vers elle conduit Anaximandre jusqu'à la coulisse ou est cachée Aspasie ; pendant que le philosophe salue et demeure courbé, elle tire de force Aspasie de sa cachette, la place devant lui, et dit :

SCÈNE VI. Anaximandre, Phrosine, un peu éloignée, Mélidore.

PHROSINE

Sans doute, osez ; ce sera fort bien fait.

Anaximandre et Mélidore s'avancent vers le Temple ; Mélidore frappe à la porte ; le Temple s'ouvre ; trois Prêtresses des Grâces viennent au-devant du Philosophe.

SCÈNE VII. Anaximandre, Phrosine, Mélidore, Trois Prêtresse des Grâces.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Aspasie, Phrosine.

SCÈNE X. Les Précédents, Mélidore, Anaximandre.

Le Temple des Grâces s'ouvre, Mélidore en sort avec Anaximandre qu'il tient par la main ; celui-ci est galamment paré.

ASPASIE

Demeure.

PHROSINE

Eh, non.

ASPASIE

J'ai peur...

PHROSINE

De quoi ? Tu fais l'enfant ! Allons, aguerris-toi.

Phrosine sort et emmène Mélidore.

SCÈNE XI. Anaximandre, Aspasie, Aspasie.

SCÈNE DERNIÈRE. Phrosine, Mélidore, Anaximandre, Aspasie.

704 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica