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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou le Manteau

Le Rêve du Mari

François Andrieux· créée en 1826· 826 vers· 5 personnages

Représentée pour la première fois, au Théâtre Français, par les comédiens ordinaires de du Roi, le 20 mai 1826.

Personnages

  • DARLIÈRE, M. MICHELOT
  • MATHILDE, sa femme. Mlle ROSE DUPUIS
  • ÉMILIE, sa cousine. Mlle MARS
  • LA BARONNE, soeur de Mathilde. Mlle DEMERSON
  • GILLOT, concierge. M. ARMAND-DAILLY
À MADEMOISELLE MARS De mes vers vous offrir l'hommage, C'est vous faire un mince présent ; Voyez d'un oeil complaisant, Comme on regarde son ouvrage. Ce léger essai vous doit tout. Heureux l'auteur docile et sage, Qui reçoit, pour son avantage, Vos avis dictés par le goût, Et sait en faire un bon usage ! C'est votre talent enchanteur, Votre grâce aimable et parfaite, Qui subjugue le spectateur Et fait le destin du poète ! Ah ! Si j'ose me rembarquer Sur cette mer si dangereuse, Je ne pars point sans invoquer Votre assistance généreuse ; Ô Thalie ! ô vous que ma voix Implorait avant le voyage, Vous avez encore une fois Sauvé ma voile du naufrage ; Guidé par vous, je suis au port, Et je m'acquitte, avec transport, Des voeux formés pendant l'orage.

LE RÊVE DU MARI

Le théâtre représente un salon de campagne bien meublé, mais simplement ; il y a un secrétaire, une table, une causeuse, un métier à broder, quelques livres épars.

SCÈNE PREMIÈRE.

MATHILDE, seule, assise devant un secrétaire ouvert, sur lequel il y a plusieurs lettres

Tandis que ma cousine, après le déjeuner, Est allée un instant au parc se promener, À mon mari je puis prendre le temps d'écrire. Ses lettres, que souvent je me plais à relire, M'aident de son absence à supporter l'ennui. Je crois m'entretenir un moment avec lui. Oh ! Quand donc finiront ces courses, ces voyages Qui me font endurer de si fréquents veuvages ?... Je crains tout ; un malheur est sitôt arrivé !... Et si jusqu'à présent le ciel l'en a sauvé, Qui peut me garantir que dans ce moment même ?... On ne devrait jamais se quitter quand on s'aime. Mon coeur impatient aspire à son retour !...

Elle prend une lettre.

Il n'en peut pas, dit-il, encor fixer le jour.

Elle lit.

« De Poitiers, le vingt-trois. Si j'en crois les notaires, Nous pourrons voir bientôt la fin de nos affaires ; Nos partages signés, je repars à l'instant. » - Voila plus d'un grand mois que Darlière est absent.

Elle continue de lire.

« L'hiver approche ; et moi, qui veux toujours te plaire, J'ai formé le projet de vivre solitaire, De voir très peu de monde ; en cela, comme en tout, Mon seul désir, ma chère, est de suivre ton goût. » - L'hypocrite !... Vraiment, si je le laissais dire, Je croirais que c'est moi qui veux ce qu'il désire ; Mais que j'ose un moment combattre son avis, Il parle en maître alors... comme tous les maris. Comment faire ?... Il faut bien obéir, se soumettre. « Nous vivrons très heureux, j'ose te le promettre ; Nous saurons nous suffire... Et ne penses-tu pas À nous débarrasser de ma cousine ? » - Hélas ! Moi je l'aime beaucoup, cette chère Émilie !... « Est-elle donc chez nous pour toujours établie ? À partir tu devrais doucement l'engager ; Elle a la tête vive et l'esprit très léger ; Feu son mari n'eut pas fort à se louer d'elle ; Elle le gouvernait, il la croyait fidèle ! Mais... » - Ah ! Dieu !... La voici. Cachons vite...

Elle remet précipitamment les lettres et ferme le secrétaire : Émilie, lui entre, s'aperçoit de ce mouvement.

SCÈNE II. Mathilde, Émilie.

MATHILDE

C'est vrai.

SCÈNE III. les mêmes, Gillot.

MATHILDE, en souriant à Émilie

Peut-être son neveu !

À Gillot.

Vous n'avez pu connaître ?...

MATHILDE, décachetant et jetant les yeux sur la lettre

Ah ! Ah ! C'est de Blanval ! Ce qu'il m'apprend me cause un plaisir sans égal.

SCÈNE IV. Les mêmes, La Baronne, enveloppée d'un grand et large manteau.

LA BARONNE

J'arrive à la sourdine.

À Mathilde.

Bonjour, ma chère enfant.

À Émilie.

Bonjour, belle cousine.

Elle les embrasse toutes les deux.

GILLOT, à part

Sa chère enfant !...

MATHILDE

Il avait tort, vraiment.

La Baronne jette son manteau sur un meuble.

MATHILDE

Laissez-nous.

GILLOT

Oui, Monsieur.

Se reprenant.

Oui, Madame.

Il sort.

SCÈNE V. Mathilde, La Baronne, Émilie.

MATHILDE

Voici ce que pour toi je viens de recevoir.

Elle prend dans son secrétaire la lettre de Blanval, et la lui donne.

LA BARONNE

Darlière ?...

MATHILDE

Mon mari ?

ÉMILIE

Lui-même.

LA BARONNE

Fuyons, je crois l'entendre.

Mathilde et la Baronne entrent précipitamment dans la pièce voisine ; la Baronne oublie le manteau qu'elle a jeté sur un meuble eu entrant.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Émilie, Darlière, Gillot.

ÉMILIE, à part

Bien répondu.

SCÈNE VIII. Darlière, Émilie.

ÉMILIE, à Darlière

Mon cher cousin !

ÉMILIE, à part

Que lui dire ?

ÉMILIE, embarrassée

Eh bien ! Vous le voulez ?

DARLIÈRE, insistant

Allons...

ÉMILIE, de même

Il est... il est à vous.

DARLIÈRE

À moi ?

ÉMILIE

Sans doute.

SCÈNE IX. Les mêmes, Mathilde.

DARLIÈRE, allant au-devant de sa femme, et l'embrassant

Bonjour, bonjour, ma chère.

ÉMILIE, à part

Comment faire ?...

MATHILDE

Trahie !...

MATHILDE, à part

Que dire ?...

MATHILDE, à Darlière

Mon ami, de grâce, calme-toi.

DARLIÈRE

Je n'y mets point d'humeur.

À Émilie.

Serviteur, ma cousine.

Darlière et sa femme rentrent ensemble.

SCÈNE X.

SCÈNE XI. Émilie, La Baronne.

LA BARONNE, entr'ouvrant la porte du cabinet où elle s'est renfermée, et sortant avec précaution

Il n'est plus là ?

LA BARONNE

Quoi donc ?

LA BARONNE

Comment ?

LA BARONNE

Pourquoi ?

SCÈNE XII. Émilie, Mathilde, La Baronne.

ÉMILIE, à Mathilde

Eh bien ?

LA BARONNE

Il l'a cru ?

ÉMILIE

Sûrement.

SCÈNE XIII. Émilie, Mathilde.

MATHILDE, s'asseyant sur la causeuse

Le coeur me bat !

ÉMILIE

Courage ! Il me faudrait un livre.

Elle regarde sur le secrétaire, où il y a plusieurs livres.

Ah ! Quel est celui-ci ? Nouvelles de Cervante[s]... Excellent !... Me voici

Elle s'assied sur la causeuse à côté de Mathilde.

Assise auprès de toi, te faisant la lecture...

MATHILDE, bas à Émilie

Il entre !...

SCÈNE XIV. Émilie, Mathilde, Darlière.

ÉMILIE, à part, à Mathilde

L'y voilà. C'est où je l'attendais.

À Darlière.

Je le crois.

DARLIÈRE, faisant un mouvement pour l'arrêter

Un moment.

SCÈNE XV. Darlière, Émilie.

ÉMILIE, ironiquement

Vous en avez eu tant !

DARLIÈRE

C'est vrai.

DARLIÈRE

Eh bien !

DARLIÈRE

Jamais.

DARLIÈRE

Demeurez.

SCÈNE XVI.

SCÈNE XVII. Darlière, Gillot.

DARLIÈRE

Souvent !...

SCÈNE XVIII.

SCÈNE XIX. Mathilde, Darlière.

MATHILDE

S'il vous reste des doutes, Les lettres de Blanval, tenez, lisez-les toutes.

Elle va au secrétaire, en tire un paquet de lettres attachées ensemble, et les donne à son mari.

Les voici. Prenez-les.

DARLIÈRE

Je ne les lirai point.

Il le prend, et le met dans sa poche.

MATHILDE, souriante

Oh ! Non, je le vois bien.

DARLIÈRE, s'animant et se fâchant par degrés

Répondez nettement, je vous prie ; Il est venu quelqu'un !...

MATHILDE, jouant l'embarras

Quelqu'un ?... Non... Je ne sais....

SCÈNE XX.

SCÈNE XXI. Émilie, Mathilde.

SCÈNE XXII. Émilie, Mathilde, La Baronne, le chapeau enfoncé sur les yeux, et s'enveloppant du manteau.

MATHILDE

Partez ; on peut vous voir ; fuyez vite en secret.

Darlière parait au fond de la scène.

ÉMILIE, bas aux deux autres femmes

Voici notre jaloux.

SCÈNE XXIII ET DERNIÈRE. Les mêmes, Darlière, accourant furieux.

MATHILDE

Ciel !

ÉMILIE

Hélas !

DARLIÈRE

Je vois... Je vous surprends...

Se tournant vers la Baronne.

Et ce manteau maudit !..

ÉMILIE, avec un chagrin affecté

Ah ! Dieu ! Quel contre-temps !

MATHILDE

Mon ami !

ÉMILIE, à la Baronne

Fuyez donc, imprudent !

DARLIÈRE, saisissant la Baronne

Tu me feras raison ; viens... tu vas expier....

LA BARONNE

J'accepte, et je me bats comme un preux chevalier.

Elle rejette son chapeau et son manteau.

DARLIÈRE, la reconnaissant

La Baronne !.. Ah !... morbleu !..

Les trois femmes éclatent de rire.

MATHILDE, avec joie

Ah ! mon ami !

826 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica