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un seul est le mot juste.

Drame liturgique en vers· Mystère

Adam

Anonyme· imprimée en 1170· 1 308 vers· 19 personnages

Personnages

  • DIEU
  • ADAM
  • ÈVE
  • SATAN
  • ANGE
  • ABEL
  • CAÏN
  • ABRAHAM
  • MOÏSE
  • AARON
  • DAVID
  • SALOMON
  • BALAAM
  • DANIEL
  • HABACUC
  • ISAÏE
  • JÉRÉMIE
  • LE JUIF
  • NABUCHODONOSOR

DIEU, ADAM, ÈVE.

DIEU

Adam.

DIEU

Adam.

ADAM

Je me conformerai entièrement à ton commandement : Ni moi ni Ève ne nous en départirons en rien. Puisque pour un seul fruit on perd un tel séjour. Il est juste que je sois jeté dehors sans égard aucun, Pour une pomme si je renonce à ton amour ; Que jamais je ne le fasse, dans mon bon sens ou égaré. Il doit être jugé suivant la loi des traîtres Celui qui se parjure et trahit son Seigneur.

Alors Dieu se dirigera vers l'église, tandis qu'Adam et Ève se promèneront tranquillement avec délices dans le paradis. De leur côté, les démons se répandront hors de la scène, faisant des gestes de circonstance. Tour à tour ils s'approcheront du paradis et montreront à Ève le fruit défendu qu'ils sembleront vouloir l'amener à manger. Enfin Satan abordera Adam et lui dira :

SATAN, ADAM.

SATAN

Que fais-tu là, Adam ?

La traduction du vers 112 a été revu et raccourci pour entrer dans un mètre standard. [PF]

SATAN

Lequel est-ce ?

Alors Adam lèvera la main et montrera le fruit défendu, en disant :

ADAM

Non.

SATAN

Tu es un sot ; Tu te souviendras de ce que je te dis.

Alors le diable se retirera et ira trouver les autres démons ; puis après s'être promené quelque temps hors de la scène, il reviendra tout joyeux vers Adam,qu'il essayera de tenter encore.

Adam, que fais-tu ? as-tu changé d'avis ? Es-tu encore dans tes folles idées ? Je croyais te l'avoir dit l'autre jour, Dieu t'a donné la jouissance de tout ce qui est ici, Ici il t'a mis pour manger de ce fruit. As-tu donc d'autre distraction ?

ADAM

Tu me veux livrer au supplice, Tu me veux brouiller avec mon Seigneur, Me ravir ma joie, me plonger dans la douleur. Je ne te croirai pas, fuis loin d'ici ! Ne sois jamais si hardi Que de te présenter devant moi : Tu es un traître, un homme sans foi.

Alors, triste et la tête baissée, le diable s'éloignera d'Adam et se dirigera vers les portes de l'Enfer, où il s'entretiendra avec les autres démons. Puis, après avoir circulé au milieu de la foule, il se dirigera vers la partie du paradis occupée par Ève, à laquelle il s'adressera d'un air joyeux :

SATAN, EVE.

SATAN

Oui, en vérité.

Alors Eve regardera avec empressement le fruit défendu, et dira :

SATAN

Mange donc, n'aie pas de crainte, Tarder encore serait de l'enfantillage

Alors le Diable s'éloignera d'Eve et ira en Enfer. Adam, au contraire, que le colloque du Diable et d'Eve a fortement impatienté, s'approchera et pariera ainsi :

ADAM, EVE.

ADAM

Il ne le fera pas, car je ne le croirai Absolument en rien jusqu'à nouvel ordre. Ne te laisse jamais approcher par lui Car il est tout à fait de mauvaise foi. Il veut trahir son Seigneur Et s'élever au-dessus de lui ; Un gredin qui a agi de la sorte Je ne veux pas que prés de vous il ait accès.

Alors un serpent construit avec art s'enroulera autour du tronc de l'arbre défendu. Eve s'en approchera et fera semblant de prêter l'oreille à ses discours ; après quoi elle cueillera une pomme et la présentera à Adam. Ce dernier refusera de la prendre, et Eve lui dira :

EVE

Mange, n'aie plus d'hésitation.

Alors Adam mangera une moitié de la pomme ; après quoi il reconnaîtra aussitôt sa faute et baissera la tête. Ne pouvant plus supporter les regards du peuple, il dépouillera ses riches vêtements et se ouvrira de misérables habits formés de feuilles cousues ensemble. Il simulera une grande douleur et commencera sa lamentation :

ADAM

Hélas ! Pécheur, qu'ai-je fait ? Je suis mort maintenant sans retour. Sans espoir de délivrance je suis mort, Tant est grande la faute que j'ai commise. Combien mon son est tristement changé ; Jadis il fut très heureux, maintenant il est très dur. J'ai abandonné mon Créateur Par le conseil de ma coupable épouse. Hélas ! pêcheur, que vais-je faire ? Comment pourrai-je attendre mon Créateur ? Comment me présenterai-je devant lui, Après l'avoir follement abandonné ? Jamais je ne fis une transaction si défavorable, Je sais maintenant ce que c'est que le péché. Hélas ! mort, pourquoi me laisser vivre, Que ne délivres-tu le monde de ma personne ? Pourquoi continuerais-je à souiller la terre ? Il me faudra bien tâter du fond de l'enfer. En enfer sera ma demeure, Jusqu'à ce qu'un sauveur ne me vienne. En enfer j'écoulerai mes jours ; Mais, là, d'où pourra me venir aide ? D'où pourra me venir en ce lieu secours ? Qui m'arrachera à un pareil supplice ? Après avoir mat agi envers mon Seigneur il ne me doit rester aucun ami. Personne ne sera assez puissant pour me tirer de là. Je suis perdu sans retour. J'ai si mal agi envers mon Seigneur, Que je ne puis lui présenter ma défense ; Car, moi j'ai tort et lui raison. Dieu ! Quelle mauvaise cause est la mienne ! Qui aura jamais souvenir de moi Après mon crime envers le roi de gloire ; Envers le roi du ciel j'ai si mat agi Que je ne puis m'excuser par aucun bon motif, Que je n'ai ni ami, ni voisin Qui puisse me tirer d'un si mauvais pas. Quel secours maintenant invoquerais-je, Après que ma femme elle-même m'a trahi ? Elle que Dieu fit mon semblable, Elle m'a donné un mauvais conseil ; Ah ! Ève.

Alors il regardera Eve, sa femme, et dira :

Aïe ! Femme dévoyée ; Combien funestement vous êtes née de moi ! Que n'a-t-eHe été brûlée cette côte Qui m'a valu un si fâcheux destin ! Que n'a-t-elle été consumée par le feu, la côte Qui m'a préparé un si malheureux débat ! Quand cette côte de moi Dieu prit, Pourquoi ne t'a-t-il pas brûlée et ne m'a-t-il pas tué ; La côte a trahi tout le corps, Elle l'a affolé et mal gouverné. Je ne sais plus que dire, ni que faire ; Si le ciel ne vient à mon secours, Je ne puis sortir d'embarras : Tel est le souci qui me tourmente. Hélas ! Ève, quel malheur tu as causé ! De quel grand châtiment n'ai-je pas été frappé, Lorsque tu m'as été donnée pour épouse : Maintenant je suis perdu par ta faute. Ton mauvais conseil m'a plongé dans l'infortune, Il m'a fait descendre des hauteurs où j'étais placé. Aucun homme vivant ne me tirera de là Si le Dieu du ciel ne s'interpose. Que dis-je ? Ai-je droit de l'invoquer ? Peut-il seulement me secourir ? je l'ai courroucé. Je ne puis plus désormais attendre aucune aide, Si ce n'est du fils qui sortira de Marie. Nous n'avons certainement pas agi dans notre intérêt, Lorsque nous avons été infidèles envers Dieu. Maintenant, puisse cette détermination plaire a Dieu, Le seul parti à prendre est de mourir.

Alors le choeur entonnera ; Dum ambutaret... Après quoi, Dieu s'avancera, vêtu d'une longue robe, et jettera, en entrant dans le paradis, un regard investigateur de tous côtés, comme pour chercher où est Adam. Pendant ce temps, Adam et Eve, qui semblent avoir le sentiment de leur faute, se tiendront blottis dans un lieu retiré, et Dieu dira :

DIEU, ADAM, EVE.

DIEU

Adam, où es-tu ?

Alors tous les deux se présenteront devant Dieu, non plus la taille droite et haute, mais quelque peu courbés sous le poids de leur péché et profondément tristes. Adam répondra :

DIEU

Et toi, serpent, sois maudit ! Sur toi je reprendrai bien mes droits. Sur ton ventre tu te traîneras, Tous les jours que tu vivras. Tu te nourriras uniquement de poussière, Dans les bois, les plaines, ou le désert. La femme te portera haine, Et sera pour toi d'un dangereux voisinage. Tu chercheras à la piquer au talon, Mais elle t'arrachera le dard ; Elle te frappera la tête d'un marteau tellement lourd, Qu'il te fera un mal épouvantable. Enfin elle mettra tous ses soins À se venger de toi comme elle pourra. Parce que tu t'es réjoui de sa confusion, Elle te fera courber la tête ; Et un rejeton naîtra d'elle Qui confondra tous tes artifices.

Alors Dieu les chassera du paradis, en disant ;

Maintenant, sortez du paradis, Que vous avez échangé à tort contre un autre séjour. Sur la terre vous établirez votre famille, Vous n'avez plus aucun motif de demeurer en paradis. Vous n'y pouvez plus rien revendiquer, Vous allez en sortir et pour toujours. Par jugement vous n'y possédez plus rien ; Cherchez donc ailleurs un lieu d'habitation. Vous en sortez à bon droit ; Ne vous manque jamais faim, ni fatigue, Ne vous manque jamais douleur ni peine, Tous les jours de la semaine. Sur la terre vous serez malheureux, Puis vous mourrez, en fin de compte ; Aussitôt que vous serez mort, Sans retard vous irez en enfer. Après l'exil de vos corps sur la terre, Vos âmes subiront leur châtiment en enfer. Satan vous aura sous sa direction. Il n'y a personne qui puisse vous aider ; Par qui seriez vous jamais secouru, Si moi je ne prends pitié de vous.

Le Choeur chantera : In suâore vultus tui.

DIEU, ANGE.

Alors viendra un ange, tout de blanc habillé, une épée flamboyante à la main, que Dieu placera à la porte du paradis, en lui disant :

DIEU

Gardez-moi le paradis de telle sorte Que jamais cette engeance n'y puisse entrer ; Qu'elle soit mise dans l'impossibilité complète De jamais toucher le fruit de vie. Avec cette épée qui flamboie Barrez-lui le chemin sans pitié.

Après leur expulsion du paradis, Adam et Eve, tristes et confus, se tiendront accroupis sur leurs talons ; Dieu les désignera d'un geste à la foule, la figure tournée vers le paradis, et le choeur entonnera : Ecee Adam quasi unus.... Aussitôt après Dieu rentrera dans l'église.

Alors Adam prendra un hoyau et Eve un râteau, et tous deux commenceront à cultiver la terre et à semer du blé. Après quoi ils iront s'asseoir un peu à l'écart, en simulant la fatigue, et lèveront par intervalles des yeux larmoyants vers le paradis en se frappant la poitrine. Pendant ce temps le diable viendra mêler à leur culture des épines et des chardons, puis s'en ira. Adam et Eve saisis au retour d'une violente douleur, à la vue des épines et des chardons poussés de tous côtés, se prosterneront à terre et se frapperont la poitrine et les cuisses avec tous les gestes du désespoir ; puis Adam commencera sa lamentation.

Hoyau : Houe à lame forte, aplatie, taillée en biseau, employée au défoncement des terrains et aux façons de la petite culture qui demandent le plus de force. [L]

EVE

Adam, beau sire, vous m'avez beaucoup blâmée, Ma vilainie rappelé et reproché. Si j'ai mal fait, j'en supporte le châtiment : Je suis coupable, je serai jugée par Dieu. J'ai mal agi envers Dieu et envers toi, Mon méfait pendant très longtemps sera rappelé, Ma faute est grande, mon péché me désole, Je suis misérable, je suis privée de tout bien ; Je n'ai pas de bonnes raisons à faire valoir devant Dieu. Tout contribue à me faire paraître plus coupable. Pardonnez-moi, car l'expiation m'est impossible ; Si je pouvais, je ferais dans ce but des offrandes. Pécheresse, infortunée, malheureuse que je suis, Par mon forfait comme je suis coupable envers Dieu Mort, que ne me prends-tu ? Ne souffre pas que je vive. Je suis en péril, je ne puis aborder au rivage. Le serpent félon, la guivre perverse, M'a fait manger la pomme redoutable. Je t'en donnai, je croyais par là bien agir, Et je t'entraînai dans une faute dont tu ne peux te tirer. Pourquoi n'ai-je été soumise au Créateur ? Pourquoi ai-je négligé, Seigneur, tes enseignements ? Tu as mal fait ; mais c'est moi qui suis la cause De notre malheur, dont nous souffrirons longtemps. Mon méfait, ma grande mésaventure, Payera bien cher notre progéniture. Le péché a été doux, la peine sera dure, Mais, pourtant, en Dieu est mon espérance, Il finira bien par me pardonner ma faute. Dieu nous rendra sa grâce et sa présence, Il nous tirera d'Enfer par son pouvoir.

Alors viendra Satan, suivi de trois ou quatre autres démons, portant des chaînes et des anneaux de fer qu'ils attacheront au cou d'Adam et d'Eve. Les uns les pousseront, d'autres les tireront vers l'enfer. D'autres, enfin, iront à leur rencontre jusqu'à la porte en s'entretenant bruyamment de la chute des deux pécheurs ; quelques-uns, les voyant venir, les montreront du doigt, puis les recevront et les introduiront dans l'Enfer. Alors une épaisse fumée s'élèvera et on entendra des cris de joie mêlés au bruit des chaudières et des casseroles. Peu après, les diables sortiront et se promèneront sur la place, à l'exception de quelques-uns qui resteront à l'intérieur.

Guivre : (ou givre) Serpent en terme de blason. [L]

CAÏN et ABEL.

Ensuite viendront Caïn et Abel. Caln sera vêtu d'habits rouges, tandis qu'Abel sera costumé de blanc. L'un et l'autre se mettront à labourer la terre préparée d'avance, puis ils prendront un moment de repos, après quoi Abel s'adressera à Cain de sa voix la plus douce et la plus caressante :

ABEL

Soit.

Alors ils iront vers deux grosses pierres préparées à cet effet et assez éloignées l'une de l'autre pour que Dieu, lorsqu'il se présentera, ait la pierre d'Abel à sa droite et celle de Cain à sa gauche. Abel offrira un agneau et de l'encens, dont il fera monter la fumée vers le ciel, et Caïn Une gerbe de blé. Alors Dieu se montrera, il bénira les présents d'Abel et rejettera ceux de Caïn. Aussitôt après, Caïn lancera un regard menaçant sur Abel, et, la cérémonie faite, chacun d'eux s'en ira de son côté. Caïn se rapprochera ensuite d'Abel, qu'il cherchera à entraîner dehors par ses paroles trompeuses, afin de le tuer. Il dira :

CAÏN

Marche devant, moi j'irai après, À petits pas, sans me presser.

Alors ils iront tous les deux vers un lieu retiré et presque caché, où Caïn, comme un furieux, se précipitera sur Abel avec l'intention de le tuer ; il lui dira :

Abel, tu es mort.

ABEL

Dieu le saura.

Alors Caïn élèvera sa main menaçante contre lui, en disant :

ABEL

Je prie Dieu qu'il ait pitié de moi.

Alors Abel fléchit le genou vers l'Orient ; sous ces vêtements il aura une outre cachée que frappera Caïn, comme s'il voulait tuer Abel. Abel se laissera ensuite choir tout de son long, comme mort. Le choeur chantera : Ubi est Abel, frater tuus ? Après, Dieu sortant de l'Église s'approchera de Caïn, et le choeur ayant fini ses chants, il lui dira plein de colère :

DIEU, CAÏN.

DIEU

Qu'en as-tu fait ? Où l'as-tu mis ? Je sais bien que tu l'as tué : Le cri de son sang s'est élevé jusqu'à moi, Et son âme est venue me trouver dans le ciel. Tu as commis là un acte de grande félonie Qui te fera maudire tant que tu vivras ; La malédiction te poursuivra toujours, La récompense sera proportionnée à ton crime. Aussi je ne veux pas que jamais homme te tue, Mais que tu passes toute ta vie dans la douleur ; Quiconque tuera jamais Caïn Sera puni quatorze fois plus sévèrement que lui. Tu as tué ton frère parce qu'il m'était agréable Ta punition sera épouvantable.

Alors Dieu ira vers l'église. Des diables viendront après et entraîneront, en le bousculant, Caïn en enfer ; tandis qu'ils conduiront Abel avec beaucoup de ménagements. Alors les prophètes seront tenus tout prêts dans un lieu secret, suivant l'ordre dans lequel ils doivent paraître. Le choeur récitera : Vos inqum, etc. ; puis chaque prophète, préalablement appelé par son nom, s'avancera avec majesté et débitera ses prophéties d'une voix claire et nette. Abraham paraîtra le premier, sous la figure d'un vieillard à barbe longue, vêtu d'amples habits. Il s'assiéra quelques instants sur un banc, puis commencera à haute voix sa prophétie :

Postidebit semai tuum portas inimleorum tuorum, et benedicentur in semine tuo omnes gentes terra

(Gen. XXII, 17 et 18).

ABRAHAM.

MOÏSE ET LES PROPHÈTES.

AARON

Cette verge sans être plantée Peut donner des fleurs et porter des fruits. Telle verge sortira de ma lignée Qui à Satan fera dommage, Qui sans charnel enfantement, Revêtira la nature humaine. Celle-là sera le fruit de salut Qui tirera Adam de prison.

Après Aaron s'avancera David, revêtu des insignes royaux et la tête ornée du diadème. Il parlera ainsi :

Veritas de terra orta est ; et justitia de coelo prospexit. Et enim Dominus dabit benignitatem : et terra nostra dabit fructum (Psal. LXXXIV, 12 et 13).

DAVID

De terre sortira la vérité Et la justice du ciel. Dieu donnera sa bénédiction, Et notre terre son blé ; De son froment sera formé le pain Qui sauvera les fils d'Eve. Celui-là sera le maître de toute la terre, Celui-là fera la paix et anéantira la guerre.

Ensuite s'avancera Salomon, revêtu des mêmes ornements que David, mais d'apparence plus jeune ; après s'être assis, il dira :

Quoniam cum essetis ministri regni iilius, non recte judicastis, nec custodistis legem justitiaa, neque secundum votuntatem Dei ambutastis, horrende et cito apparebit vobis : quoniam judicium durissimum his, qui praesunt, fiet. Exiguo enim conceditur misericordia (Sap. VI, 5,6, 7).

BALAAM

De Jacob sortira une étoile Que rougiront les feux du ciel ; Et vous, chefs du peuple d'Israël, Vous vous élèverez contre Moab Et abaisserez son orgueil. Car d'Israël sortira le Christ, Qui sera une étoile brillante. Tout sera par lui éclairé, Il guidera bien ceux qui lui sont fidèles, Mais il confondra tous ses ennemis.

Ensuite viendra Daniel, jeune d'âge, mais vêtu comme un vieillard ; après qu'il se sera assis, il dira sa prophétie, en étendant la main vers ceux à qui il s'adresse :

Cum veneritSanctus sanctorum, cessabit unctio vestra.

HABACUC

Je viens d'entendre la parole de Dieu, Ma tète en est toute troublée. J'ai prêté tant d'attention à ce qu'il disait, Que de peur le coeur me fend. Entre deux bêtes il sera connu, Par tout le monde il sera craint. Celui dont j'ai entendu dire tant de merveilles, Sera indiqué par une étoile ; Les bergers le trouveront dans une crèche Qui sera formée de pierres sèches, Où les bêtes mangeront du foin. Mais une clarté divine l'indiquera avec certitude. L'étoile y conduira les rois : Qui apporteront tous trois des offrandes.

Alors viendra Jérêmie portant un rouleau de papier à la main, il dira :

Audite verbum Domini, omnis Juda, qui ingredimini per portai has, ut adoretis Dominum (Jérém., VII, 2). Et de la main il montrera les portes de l'église : Max dicit Dominus exercituum, Deus Israël : Bonas facile vias vestra : et studia vestra : et habitabo vobiscum in loco isto (Jérém., VII, 3)

LE JUIF

Fais-nous donc part maintenant de ta devinaille.

Devinaille : Art ou profession de devin. [L]

ISAÏE

Écoutez donc la grande merveille, Qui surpasse tout ce qui a jamais frappé nos oreilles ; Jamais on n'a qui rien de pareil, Depuis que le monde existe.

Ecce virgo concipiet, et pariet filium, et vocahitur nomen ejus EMMANUEL (Isaïe, VII, 14).

Le temps est proche, il est tout près, Il ne tardera pais à venir le voilà qui arrive. Qu'une vierge concevra Et vierge un fils enfantera. Il aura nom Emmanuel, Sa venue sera annoncée par Saint-Gabriel. La pucelle sera la Vierge Marie ; Elle portera en elle le fruit de vie, Jésus, notre Sauveur, Qui tirera Adam du séjour de douleur. Et le réintégrera en Paradis : Ce que je vous dis, je l'ai appris de Dieu, Et tout cela sera accompli en vérité, Vous pouvez le croire en toute confiance.

Alors viendra Nabuchodonosor vêtu comme un roi.

Nonne fret viras misimus in médium ignis compeditos ? Qui respondentès régi, dixerunt : Vero rex. Respondit et ait : Ecce ego video quatuor viros sotutos, et ambulantes in medio ignis, et nihil corruptionis in eis est, et species quarti similis filio Dei (Daniel, III, 91 et 91).

NABUCHODONOSOR

Si je ne craignais de vous ennuyer Ou de vous arracher à quelque utile occupation, Des quinze signes qui annonceront le jugement dernier, Avant de vous dire un adieu définitif, je tracerais lentement le tableau devant vous. Seigneurs, vous serait-il agréable D'entendre Le récit de la fin du monde ? Car toutes choses finiront. Il n'y a pas sous le ciel homme si félon Pourvu qu'il élève un peu sa pensée vers Dieu, Et qu'il écoute ce que je vais dire Qui ne se mette aujourd'hui promptement à pleurer ; Car quand ce siècle sera prêt de finir Notre-Seigneur l'indiquera par des signes, Ainsi que nous le racontent Jérémie, Zorobabel, Isaïe, Aaron et Moïse, Et tous les autres prophètes à leur suite : Daniel l'a prédit à Babylone, Et Ézéchiel de son côté l'affirme, Un peu avant le dernier jugement Tous les gens infidèles à la loi de Dieu seront punis ; Dieu manifestera sa puissance Sur la terre, du haut du ciel. Qui veut maintenant ouïr la merveille Que doivent redouter ceux qui ne seront pas préparés. Lève la tête et me regarde : Je lui dirai de quel côté Viendra la grande mésaventure Qui dépassera toute mesure. Or écoutez le récit de la journée Qui doit être tant redoutée. Du ciel tombera une pluie sanglante, Ne croyez pas que je vous mente ; Toute la terre en sera colorée, Sa surface disparaîtra comme sous une épaisse rosée Les enfants qui ne seront pas nés De dedans le ventre de leurs mères crieront À voix claire, très hautement : « Pitié, Seigneur Dieu tout-puissant ! Désormais nous ne cherchons plus à naître, Mieux aimerions-nous ne jamais être, Que de naître en un tel jour Qui plonge dans la douleur tout l'univers. » Les enfants à leur tour crieront aussi, Et diront tous : « Pitié, Jésus. »

1 308 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica