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un seul est le mot juste.

Dialogue en vers et en prose· Recueil de Tirades et Dialogues à l'Usage des Amusements du Carnaval

Nouveau Catéchisme Poissard

Anonyme· imprimée en 1840· 448 vers· 10 personnages

Personnages

  • LE MALIN
  • LE COCHER
  • LA POISSARDE
  • LE FORT
  • L'HOMME DE LOI
  • LA BERGÈRE
  • POLICHINELLE
  • LA CUISINIÈRE
  • LA FRUITIÈRE
  • UN LOCUTEUR

NOUVEAU DES AMUSEMENTS DU CARNAVAL

RENCONTRE DE DEUX VOITURES DE MASQUES.

UN MALIN

Où vas-tu donc comme ça, cocher de hasard, avec un équipage de pacotille.

LE COCHER

Qui qui lui parle à ce faux malin ; t'en as l'uniforme et, v'là tout ; les hommes font les babils, mais l'habit ne fait pas l'homme ; tu n'es ni gros ni lourd, et si tu ne tais pas ta gueule, tu vas voir avec queu brosse je m'étrille.

LE MALIN

Toi, cocher de malheur ! Vois-tu ces bras-là, c'est de la bonne acier, et si tu fais l'insolent, tu vas voir comment je mouche.

LE COCHER

Va donc, malin de carnaval, je vois ben pourquoi tu m'attaques i c'est pour dégueuler ton catéchisme ; eh ben commence et tu verras si j'sommes dans l'cas de t'répondre.

LE MALIN

M'entreprendre avec toi, cocher de fabrique, va apprendre à manier ton étrille, ruineux de loueux de voitures ; ce serait trop d'honneur à te faire, et comme j'ne ve veux pas perdre mon temps davantage avec un garnement de ton espèce, continue à brouter la faignante compagnie, chacun dans sa circonférence.

UNE POISSARDE

Ah ça, dis-donc, auras-tu bientôt fini ? D'où vient ton humeur taquine ? Su[r] quelle herbe que t'as marché ce matin ? enfin à qui que t'en as et qu'est-ce qui l'a seriné un peu ?

LE MALIN

À coup sûr, ce n'est pas toi, créature du petit peuple : j'n'irai pas à si mauvaise école.

LA POISSARDE

Tiens c'marpeau ! N'dirait-ou pas à l'entendre qu' c'est le fils d'un duc et pair. Apprends, museau d'chien, que ne vient pas à mon école qui veut, et qu' pour être admis dans not' société ; il faut savoir â qui qu' l'on tient.

LE MALIN

Pardine, v'là-t-il une belle société ! Ah ben : je l'conseille dé la vanter ! Grâce aux p'lures qui vous couvrent, vous trompez queuq's uns ; mais j'vais vous faire connaître à l'estimable public qui m'entoure :

Toi, infernal' gueule à soupape, Poissarde qui a tant de jappe Tu t'promène en carrosse, catin, Tu f'rais mieux d'l'assurer du pain. Voyez c'te puante carogne Que dévot' la teigne et la rogne.

UN FORT ET UNE POISSARDE.

LA POISSARDE

Dis-donc, maquereau est-ce que j'ai des comptes à t'rendre ; faut y pas dire à c' beau morceau qu'est-c' qui l'a fait ; qu'est-c' qui l'a pondu ? C'pendant comm' j'suis bonn' fille, j'veux ben m'abaisser jusqu'à z'entrer en colloque avec un particulier d'ton espèce. Tu sauras donc sac à vin, que si j'ons queuqu'chose ; c'est que j'l'on gagné loyalement ; de tout c'que tu portes, pourrais-tu en dire autant, mangeux d'blanc ; d'puis qu'tu n'es plus sur l'sable, comme tu es insolent et détestable. T'as déjà eu ben des hauts et des bas, et tu n'es pas quittes de l'embarras. Tu crois qu'tout l'monde est comme toi, parc'que de t'voir ben bichonné, tu t' trouv' tout glorifié ; savoir comment ça t'est z'arrivé, j'men vais te l'fiché par le nez. Vous saurez donc, respectable société, que 1' moigneau qui m'a s'apostrophée, est le plus grand grugeur de toutes les poupées, le plus lâche de tous les poissons, et qu'il suffit de lui parler d' front pour lui faire baisser l'ton, il d'vient doux comme u[n] mouton, mais s'il a affaire à un queuq'gonse, faut voir comme il s'annonce et comme y fait contribuer les pauv' petits miches que séduit sa poupée. Laut'jour un gros anglais dans son r'paire entraîné, fut entièrement dévalisé, et v'là pourquoi ce maquereau est aujourd'hui si faraud.

LA POISSARDE

As-tu dégoisé assez d' menteries, vilain habitant d' Barbarie ; Dieu ! C'que c'est qu'la jalousie ! Voyez, n'est-il pas comme une harpie. Tu mériterais ben queuq' taloche, si tu valais la peine que j' le les décoche. Sauv'-toi, grand déhanché, vieux manche de gigot, bouquet sans queue, restant de bagne, visage de crocodile. Adieu, tête de veau ; à là première rencont', mon bichon nous boirons un canon.

UN MALIN ET UN HOMME DE LOI.

UN FORT ET UNE BERGÈRE.

LE FORT

Hé ! Dis-donc, gentille bergère, ousque tu dirige donc tes pas ? Si tu vas à Cythère et que lu sois seule pour faire le voyage, j'me propose pour l'accompagner.

LA BERGÈRE

Quand je ferai ce voyage , je ne prendrai pas pour compagnon un bambocheur, un coureur comme toi, un trompeur de femmes, entends-tu, vilain monstre ?

LE FORT

Quien ! Dous que tu m'connais, toi, dis donc, Estele moderne, reine de mon coeur.

LA BERGÈRE

Ah ben, j'aurais un beau royaume ! Je n'risquerai rien avant d'en prendre possession que d'mettre en réquisition tous les médecins et les pharmaciens pour le purifier.

LE FORT

Ah çà, dis donc, la petite, t'es ben libre de m'accepter ou d'me refuser ; mais la parole ne te donne pas l'droit d'insolence, et si tu m'dis des compliments en manière d'injures, j'm'en va t'en dégoiser pus que tes oreilles n'en voudront entendre ; rions, badinons, mais.... N'insultons personne, ou morgué, tu verras qu't'as pas affaire à un efféminé, et si je m'livre à mon incohérence d'humeur ; t'auras pas beau jeu.

LA BERGÈRE

Oh ! Je n'crains rien, et les menaces sont pour mon chat, entends-tu, amoureux des onze mille vierges, adonisse de la halle.

LA BERGÈRE

Ah ! Tu crois ça, Monsieur d'la force, Elle ne vaut rien ton amorce ! Tu voudrais ben que je me tusse ; De joie t'en saut'ràis comme un'pucc. Sans t'interrompre' j'ai écouté, Ainsi ne viens pas m'embêter ; En queuque mots, vilain paillasson J'men vais te faire changer d'ton ; Quoiqu' d'engueuler j'n'ons pas coutume Et qu'j'ai pour l'heure un très grand rhume, Il faut c'pendant qu'à tous les yeux J'montr' que tu n'es qu'un mauvais gueux, Un escroc, un chien, un pendard, Un vrai filou, un franc gueusard. Et que c'est Ion humeur jalouse Qui fit périr ta pauvre épouse Parce qu'elle avait, j'avoue son tort, Cédé, z'aux passions d'un beau fort. Fallait-il, susceplibl' sans bornes, Pour t'avoir fait porter des cornes, Châtier d'un' manier' si cruelle C'te pauvre épouse encor d'moiselle ; C'est c'qui d'vrait arriver toujours Aux maris qui n'ont pas d'amour, Sans pour cela que leurs moitiés Par ces gueux pussent être assommées, Alors y aurait d'Ia justice Et d'ia sorte pas tant d'c'vices. Ah ! si jamais les femm's r'font le code, Il n'y aura rien dedans qui gode, Et on n'verrait pas si souvent Not' sexe battu impunément : Car n'est ce pas un'chose affreuse D'voir' encore c'te figure hideuse, Qui du bourreau devrait avoir D'puis long-temps reçu son pourboire. Mais avec Thémis on n'perd rien, Et tôt ou tard on r'çoit son gain. Seul'ement, je crains pour mon pays, Que le trépas de ce maudit Empoisonne la terre, et l'onde Et amène la fin du monde, Car le corps.de c'te pourriture Empestera toute la nature.

Goder : En parlant d'une étoffe, faire un pli un peu en rond là où l'étoffe doit être à droit fil. [L]

POLICHINELLE ET UNE POISSARDE.

POLICHINELLE

Que nous veut c'te vieille stockfiche. Qu'a le poil frisé comme une caniche.

Stockfiche : Toute sorte de poisson salé et séché, et, plus particulièrement, une espèce de morue séchée à l'air. [L]

LA CUISINIÈRE ET LA FRUITIÈRE.

LA FRUITIÈRE

À trent' quat' sous.

LA CUISINIÈRE

Ni moi non plus.

LA FRUITIÈRE

C'est autre chose.

LA FRUITIÈRE

Sur vous on glose.

À UN PIERROT.

LE LOCUTEUR

Hé, Pierrot les grosboutons, pitre de tireur de cartes, amasseur de badauds, faiseur de dupes à la journée ; qui donc que ton maître a dévalisé pour te fournir de quoi rouler en sapin. Je gage qu'c'est encore un tour de ton métier ; c'est pour attraper le public et pour faciliter les moyens d'travailler à tes escrocs associés ; car si comme eux tu ne changes pas d'déguisements, c'est que t'as aux poignets les marques de certains bracelets qui t'force' à porter des manches aussi longues. Avec ta mine pâle et blême, t'as l'air d'un oiseau de carême : tu t'mets du blanc d'Espagne sur la figure pour te rendre méconnaissable à ceux qui t'ont vu sur le théâtre de la Cité. Mais l'as beau faire, tu n'échapperas pas au sort qui t'attend, mauvais chenapan, et tu finiras ta chienne de vie autre part que dans ton ch'nil.

À UN ARLEQUIN.

À UNE MÈRE ANGOT.

LE LOCUTEUR

Tenez ; r'gardez donc c'te mère Angot, c'est comme une vache avec ses veaux, en tourée de maquereaux et de poupées, d'ordure c'est un vrai trophée, de tous les enfants qu'elle a pondus, eh ben ! Pas un n'a atteint son but, et après avoir fait les cent coups, elle vole maintenant les hommes saouls. Jadis elle fut assez gentille, aujourd'hui ce n'est qu'une guenille, et malgré les habits antiques qui couvrent c'te vieille bique, je gagerions qu'un chiffonnier ne voudrait pas d'elle dans son panier.

À UN SAVOYARD.

LE LOCUTEUR

Parle donc, hai ! Savoyard, ces jours-ci sont-ils faits pour se promener ? Queu métier qu'tu fais donc maint'nant, on n'te voit plus sous les piliers ; tu quittes l'éventaire pour prendre le râcloir, et de marchande sans honneur tu l'as fait ramoneur. Sous ce déguisement, t'as pt'êt' plus de chalands. Comme les cordonniers de campagne tu chausses les hommes et les femmes ; des boxons d'la Cité tu ramones toutes les cheminées, et d'la suie qui en provient tu l'avales tous les matins. C'est-y cette, ample recette qui le rend joliette, ou ben tout' c'te peinture que tu as sur la figure. Aussi pour fair' tomber c'biau teint, il ne faut pas et ben malin, car c'te beauté n'a pas de bail, et, au moyen d'une gousse d'ail on verra ta vilaine face, et chacun f'ra la grimace ; alors tout l'monde reconnaîtra c'te donneuse de nouvell' à la main, qui a tué plus d'hommes pendant l'hiver, que tout' les g'lées n'ont détruit de ver. Va t'cacher, commode à tout usage, amusement d'enfants de tout âge, pilier de Paul Niquet, vas-t'en pie sans caquet.

448 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica