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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers et en prose· Petite Pièce en un Acte et en Prose Melée D'Airs

Oh ! Voilà Bien le Diable !

Anonyme· imprimée en 1772· 245 vers· 8 personnages

Personnages

  • MONSIEUR POT-DE-VIN, Bourgeois de Paris
  • MADAME POT-DE-VIN, sa Femme
  • MADAME LA COMTESSE DE LA BICOQUETTE
  • MONSIEUR LE MARQUIS DE CINQ-ARPENS
  • MADEMOISELLE ADÉLAÏDE
  • MONSIEUR DE PODOLIE
  • MONSIEUR L'ABBÉ PATELIN, neveu de la maison
  • BABET, servante
ÉPITRE A MADAME LA COMTESSE DE B***** D*****

VOUS m'avez permis, MADAME, d'offrir, à une des plus aimables personnes, l'hommage aui méritait le moins cette grace. Une Préface est très - souvent consacrée par l'Auteur à s'entretenir de lui-même avec complaisance. Dans ces Vers, qui en tiennent lieu, je n'ai rien annoncé de mon très petit Ouvrage sur ce ton-là, parce qu'il n'y avait rien de bon à en dire. Dans l'Épître dédicatoire, où naturellement votre éloge doit se opposée à celle qui m'a empêché de parler de mes talents.

J'use de la faveur à mes voeux accordée ; Cent bijoux furent rejetés ; Mais vous louer ! Je ne suis pas si sot : Tout le monde dirait, choqué de cette idée, Ce sont les Dieux peints par Calot.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus sincère et le plus respectueux attachement, MADAME,

Votre très humble, et très obéissant serviteur, LE MARQUIS DE F***

AU PUBLIC

Mes moeurs d'un vrai sauvage unissent tous les traits.

Un séjour solitaire, au fond de la Champagne,

Est à mes yeux rempli d'attraits ;

Pour mon Théâtre seul, Théâtre de campagne,

J'ai produit ces faibles essais.

Soigneusement ailleurs je les cachais.

Sans vouloir jamais en démordre,

J'ai suivi, quelque tems, cette prudente loi.

Jusques-là tout était dans l'ordre ;

Mais peut-on répondre de soi ?

Un certain jour n'ai-je pas eu l'idée

De courir chez les Imprimeurs !

Puis la voilà contrariée

Par la plus juste des frayeurs.

De vous plaire, Messieurs, la flatteuse espérance

S'éloignait de mon coeur à la crainte livré ;

Deux minutes plus tard l'Ouvrage était serré.

Lors j'ai pensé que l'ignorance

Facilement se gendarme et s'offense,

Et que d'un esprit éclairé

Le caractère est l'indulgence :

Cette réflexion m'a bientôt rassuré ;

Je n'ai plus craint votre présence,

Et me voilà donc imprimé.

Si cet hommage est agréé,

Je pourrai vous en offrir d'autres.

Plus d'un Écrivain glorieux

Croit, en s'applaudissant, faire tout pour le mieux.

Quant à moi, les faveurs que j'aime sont les vôtres ;

Et de tous les Auteurs dont vous comblez les voeux,

En accordant un accueil gracieux

Aux nouveautés qu'ils font paraître,

Si je trouve grâce à vos yeux,

Je jure qu'il n'en peut pas être

Un plus sensible, un plus heureux.

VOILÀ BIEN LE DIABLE

SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Pot-de-vin, Babet.

MONSIEUR POT-DE-VIN entre seul et appelle

Babet !

Babet répond, en entrant de l'autre côté

Monsieur.

MONSIEUR POT-DE-VIN

Mais... Ayez donc l'air occupé de ce que je vais vous dire. Ce n'est point ici une soirée comme les autres.

Il soupire.

Ah ! Babet ! Il faut convenir que, s'il est flatteur pour nous autres bourgeois, de recevoir des Croix de Saint-Louis, et des Dames de condition, on paie cet honneur bien cher par toutes les attentions qu'il exige : aujourd'hui cependant, loin de les regretter, je n'en saurais avoir autant que la circonstance le mérite.

Air : Babet que t'es gentille !

Écoutez-moi, Babet ; Dans une heure précise Que le souper soit prêt, Et la nappe bien mise. Sur tout le vin frais ; Tous les verres nets ; Chaque serviette blanche ; Une bougie en deux moitiés, Dans mes deux flambeaux argentés. Je ne puis te le dire assez, Rôtis mieux ton éclanche, Que celle de Dimanche...

Croix de Saint-Louis : décoration

BABET

Oh ! S'il plaît à Dieu, Monsieur, vous serez content ; mais vous avez, ma foi, bien envie de l'être ; je ne vous ai jamais vu vous trémousser comme cela.

Même Air que le précédent.

En bonne vérité... Jamais la bouche close ! Vous m'avez répété Cent fois la même chose. Allez, je le sais, Même vous n'aurez Qu'assiettes bien choisies ; Et comme vous en avez peu Le chaudron reste sur le feu, Et j'aurai soin (pour ôter lieu À toutes railleries) Qu'elles soient refroidies.

BABET

Cela est à merveille ; mais si Madame arrivait ; ne serait-elle pas fâchée de voir tout ce tracas chez elle sans en avoir été prévenue ?

Air : Philis, vous voulez un portrait.

Dans le plus beau jour de l'été, Tout-à-coup un orage, Troublant les jeux et la gaieté, Fait un affreux tapage ; Chacun fuit précipitamment, La frayeur est extrême : Madame ici nous surprenant, Il en serait de même.

MONSIEUR POT-DE-VIN

Même couplet.

Que marmottez-vous là, Babet ?

Marmotter : mot bas qui signifie parler entre les dents, remuer les lèvres sans se faire entendre. [F]

BABET

Fin du couplet.

Je dis que ça doit être.

Monsieur n'a plus rien à me dire. Je vais à ma cuisine...

À part en s'en allant.

Rire tout à mon aise de l'air d'assurance qu'il a, tandis qu'il tremble comme un voleur.

SCÈNE II.

MONSIEUR POT-DE-VIN, seul

Il est, parbleu, bien difficile d'être d'accord, quand on est deux à partager l'autorité ; et ne vaut-il pas mieux la céder, que d'entretenir des querelles éternelles ? Heureusement, me voilà seul aujourd'hui chez moi : c'est-là où je brille. C'est alors que je suis le souverain le plus absolu... Mais quelle heure est-il ?... La Galiote ne pourrait-elle pas encore ?...

Air : Chers amis, etc que ce jus nous inonde.

Je suis comme un enfant À qui, le soir, sa bonne Parle de revenant. S'il s'éveille, il frissonne ; Il croit voir un Esprit Vers son lit s'approcher ; Sa frayeur le grandit. D'abord jusqu'au plancher. Le petit malheureux crie, Se tourmente, se croit mort : Arrive la sotte Mie : Elle seule a tout le tort ; Mais la faiblesse est punie Suivant la loi du plus fort.

Second Couplet.

Ah ! Quel mal tu me fais ! Babet, ce noir présage. Des plaisirs de la paix Détruit la douce image... Hélas ! N'entends-je pas Le bruit de mon Lutin, De sa voix, les éclats ?... Eh, non, non, ce n'est rien ; Non, rien... Ma crainte est frivole.

bis.

Cessons de nous y livrer ; Sur le propos d'une folle Dois-je à ce point m'effrayer ?

Oh ! Non. Ma femme m'aurait écrit si elle avait dû revenir. Jouissons en repos du pouvoir sans concurrence... Voici ce que j'en aime le plus.

Il tire et montre une grosse clé.

Air : La bonne aventure, ô gué.

Un sceptre d'or est un bien Fort mêlé de peine ; Plus facilement le mien Au bonheur nous mène. La gaité suit le bon vin : Contre les traits du chagrin, Il est le remède Certain, Il est le remède.

Second Couplet.

Souvent un Maître puissant Dans les pleurs se baigne : Moi toujours paisiblement Avec toi je règne ; Si, sans efforts, sous ma loi, J'ai Malaga, Beaune, Arbois, Je tiens ma puissance De toi, Je tiens ma puissance.

Troisième Couplet.

Tu reproduis l'âge d'or En tous lieux chérie : Sous ta garde est le trésor Des biens de la vie. Mes plaisirs seraient complets, Si du destin j'obtenais De ne te plus perdre Jamais, De ne te plus perdre.

Enfin, chère amie, te voilà dans ma poche au moins jusqu'à demain. C'est toi qui joueras ce soir le personnage intéressant, et ta gloire sera la mienne. Va, charmante clé, tu ne peux appartenir à personne qui sente mieux que moi ce que tu vaux.

SCÈNE III. Monsieur Pot-De-Vin, Babet.

Elle ne paraît que pour annoncer.

BABET

Madame_la_Comtesse de la Bicoquette, Mademoiselle Adélaîde, Monsieur_le_Marquis de Cinq-Arpens et Monsieur de Podolie.

SCÈNE IV. Monsieur Pot-De-Vin, Les Quatre Personnages annoncés.

MADAME LA COMTESSE

En vérité, Monsieur Pot-de-vin, vous êtes trop honnête : on ne s'attend pas à être reçu avec autant de grâce.

MONSIEUR POT-DE-VIN

Oh ! Assurément, Madame plaisante : je ne suis point gracieux ; mais j'ai du goût et de la franchise. Cela suffit pour vous trouver charmante et pour vous le dire. Il ne manque à mon bonheur que d'avoir un Palais à offrir à Madame_la_Comtesse.

LA COMTESSE

Il est certain que vous auriez tort, mais le plus grand tort, Monsieur Pot-de-vin, de vous plaindre de la manière dont vous êtes logé ; c'est une retraite délicieuse.

Air : Nous passons doucement la vie.

Votre Maison est fort jolie ; Mais, d'honneur, jolie à ravir : Je l'aimerais à la folie ; Tout annonce ici le plaisir.

MONSIEUR POT-DE-VIN. Même Air

Madame, il est à votre suite ; Ses pas sont ceux que vous tracez : Mon logis a, pour tout mérite, Les moments que vous y passez.

La bonne santé de Mademoiselle Adélaïde ajoute encore à ma satisfaction ; je craignais de n'avoir pas l'honneur de la voir : elle devrait se dissiper, s'égayer ; oui, en peu de temps, vous seriez tout-à-fait bien.

Air : Dans ma cabane obscure.

Préceptes ridicules, Que ceux des médecins : Laissez-là les pilules, L'Ether, et tous ces riens. D'une aimable figure Prenez vîte un époux ; La recette est plus sûre, L'usage en est plus doux.

MADEMOISELLE ADÉLAÏDE

Vous me faites une querelle d'Allemand, Monsieur Pot-de-vin ; je ne suis point triste, et je n'ai jamais eu moins envie de l'être.

Air : L'autre jour étant assis.

Un tel projet serait vain, En eussé-je eu la pensée ; Chez vous, Monsieur Pot-de-vin, Je l'aurais abandonnée.

MONSIEUR POT-DE-VIN, achevant le Couplet

Un grand remerciement, Madame_la_Comtesse ; Ce joli compliment À vous seule s'adresse.

Ces Messieurs ne voudraient-ils pas boire un doigt de vin, en attendant le souper ? Ils en seront bien les maîtres ; car, pour le coup, j'ai la clé de la cave.

LE MARQUIS

Pour moi, je vous rends mille grâces... Monsieur de Podolie ne vous refusera peut-être point.

MONSIEUR DE PODOLIE

Je vous demande pardon, Monsieur_le_Marquis ; je ne bois jamais entre mes repas.

MONSIEUR POT-DE-VIN

Monsieur de Podolie regarde tout ceci en pitié, lui dont les yeux sont accoutumés au faste des Seigneurs Polonais.

MONSIEUR DE PODOLIE

Je vous jure, Monsieur Pot-de-vin, qu'à mon gré vous êtes plus heureux que le Grand Maréchal de la Couronne. Je pense comme Monsieur_le_Marquis. De riches tapis, des appartements vastes, des esclaves infortunés peuvent-ils contribuer à notre bonheur ? C'est la société qui fait le prix du lieu que l'on habite, et parmi nous autres gourmands, la bonne chère, inconnue en Pologne, est aussi comptée pour quelque chose. On ne mange ni les Héducs, ni les Gardes du Maître de la maison.

Air : Vous qui du Vulgaire stupide.

À quoi me sert tout l'étalage De celui qui donne à dîner, Si chaque mets, jusqu'au potage, Est d'espèce à m'empoisonner ? Les traits de cet orgueil extrême N'ont rien dont je puisse jouir ; À table, un bon ragoût que j'aime, Est le véritable plaisir.

Héducs : ou Authunois, membre d'une tribu gauloise qui était installée non loin de Nevers.

MONSIEUR POT-DE-VIN

Monsieur de Podolie a raison.

La porte s'ouvre avec bruit.

Mais, eh ! mais...Eh ! bon Dieu !

SCÈNE V. Les mêmes Personnages, Madame Pot-de-Vin, Monsieur L'Abbé Patelin.

MONSIEUR POT-DE-VIN

Madame, je vais les chercher dans toutes mes poches.

Air : Ciel ! l'Univers va-t-il donc se dissoudre ?

À part.

Me voilà pris !... Hélas ! Comment donc faire ! Que dira-t-on ? Si je répondais....Mais ! Loin d'arranger mon affaire, J'y gagnerais des soufflets.

MADEMOISELLE ADÉLAIDE, bas à Monsieur de Podolie

Suite du Couplet.

D'une Mégère Elle a les traits. L'effroi Éteint ma voix. Quelle furie ! Je suis saisie : Je vous en prie ! Ah ! Monsieur cachez-moi.

Monsieur de Podolie se place devant Mademoiselle Adélaide.

MADAME POT-DE-VIN, à son mari

Finirons-nous ?

MONSIEUR POT-DE-VIN, tirant différentes clés

Voici la clé de l'office, et puis celle du garde-meuble, et puis celle du fruitier...

MADAME POT-DE-VIN

Et la clé de la cave ? Il fallait commencer par elle.....

MONSIEUR POT-DE-VIN, à part

Oh ! Voilà bien le Diable !

Air : Dieu des âmes.

Je succombe : Quand il tombe, Le tonnerre est moins affreux. Ah ! Te rendre ! Puis-je entendre Un arrêt plus rigoureux ?

Haut.

Permettez, je vous en prie, ma chère femme.

MADAME POT-DE-VIN

Comment, Monsieur ! Vous vous le faites dire deux fois ! J'ai de la patience, cela est vrai : mais il est des circonstances où elle échappe... Tenez, Monsieur Pot-de-vin, n'achevez pas de me pousser à bout.

MONSIEUR POT-DE-VIN

Eh ! Mon_Dieu ! Madame, prenez ; et, sur toutes choses, la paix : écoutez ma justification.

Air : Des fraises.

L'Albâtre paraît noir, Quand la colère enflamme ; Eh ! quoi, pouvais-je prévoir Que vous reveniez ce soir, Madame, Ma Femme, Madame ?

MADAME POT-DE-VIN

Qu'appellez-vous de la colère ? Ah ! Si j'en avais, je ne me posséderais pas comme je fais, et votre perruque, Monsieur Pot-de-vin, ne serait plus sur votre tête.

Air : C'est ce qui vous enrhume.

Ma douceur, partout, a fait tant de bruit... Il n'est point de femme, a-t-on toujours dit, D'une aussi bonne pâte. D'avoir été douce, hélas ! Il m'en cuit ; Car c'est ce qui vous gâte.

Je me corrigerai, je me corrigerai à l'avenir ; si je vous eusse traité avec un peu moins de complaisance, vous ne manqueriez pas à un devoir aussi essentiel... Vous seriez venu trente fois pour une à Séves, savoir si j'y étais.

Séves : il existe une petite commune dans le Cotentin au sud-ouest de Carentan nommée Séves.

LA COMTESSE, au Marquis, à part

La surprise m'a pétrifiée au point de pouvoir à peine ouvrir la bouche.

Air : Des fraises.

Marquis qu'en dites-vous ? La petite personne A le ton modeste et doux : Cette scène devant nous Est bonne ; Mais bonne, Très-bonne.

LE MARQUIS, à la Comtesse

C'est de l'excellent comique. Oh ! En honneur ! Ce ne peut pas être là Madame Pot-de-vin ; ce sont bien ses traits ; mais vous verrez que ce sera quelqu'homme travesti, et caché sous un masque qui rend à merveille toute sa laideur.

Même air que le Couplet précédent.

De ce Sexe charmant Jusques dans ces caprices, Elle n'est pas, sûrement..... Elle a tout l'air d'un Sergent Des Suisses, Des Suisses, Des Suisses.

LA COMTESSE, à part, à sa Société

Je n'y tiens pas, cela est excédent.... Cette bourgeoise nous connaît et se conduit ainsi ! Elle se moque de nous, sortons.

LE MARQUIS

Je suis à vos ordres.

MADEMOISELLE ADÉLAÏDE

Il y a longtemps que je voudrais être dehors.

MONSIEUR DE PODOLIE

Ah ! Mesdames, par grâce demeurez ; ce malheureux homme serait au désespoir...

LA COMTESSE, finissant cet A parte

Voyons donc ce que cela deviendra.

MADAME POT-DE-VIN

Qui pendant ce dialogue doit souffler, s'éventer, menacer son mari.

Demandez à mon neveu ce que j'ai souffert : il me donnait le bras ; j'aurais pris aussi le vôtre, imbécile, et j'eusse été bien moins fatiguée... Je fais mes excuses à ces Dames et à ces Messieurs ; l'agitation dans laquelle vous m'avez mise, m'a empêchée de les saluer plutôt.

LA COMTESSE

Nous ne nous en sommes aperçus, Madame, que par l'intérêt que nous avons pris à l'aventure désagréable qui vous est arrivée.

MONSIEUR POT-DE-VIN

Peste soit du butor ! Mais il faut filer doux.

Haut.

Qu'à cela ne tienne, pourvu que je ne sois plus grondé ; que nous soupions bien, et que la compagnie soit contente.

Air : Quoi ! vous partez, etc.

Et que, surtout, ma femme me promette, Que cette nuit on approche du mien Son lit jumeau ; qu'en un mot on les mette Tous deux unis comme mon coeur au sien.

Butor : Gros oiseau, espèce de héron fainéant et poltron. On dit figurément d'un homme stupide et maladroit que c'est un butor. [F]

LE MARQUIS

Peut-on sans indiscrétion vous demander, Madame, l'histoire des lits jumeaux ; elle doit être intéressante.

MADAME POT-DE-VIN

Cela est tout simple. Nous avons chacun notre lit dans la même chambre, et ils sont jumeaux... Vous savez mieux que personne, Monsieur_le_Marquis, que les femmes et les maris d'une certaine façon ne couchent plus ensemble... Il a fallu s'assujettir à l'usage ; mais on y déroge quelquefois et ce souvenir-là est une petite gaillardise de Monsieur Pot-de-vin, qu'il aurait dû réserver pour un autre temps.

LE MARQUIS

Votre morale est trop sévère, Madame Pot-de-vin, c'est une misère exactement, dont personne ne peut se formaliser.

Air : Ne v'là-t-t-il pas que j'aime ?

Votre sexe l'excusera, En faveur de l'idée : Et chacun de nous y verra Ses voeux et sa pensée.

MADAME POT-DE-VIN

Vous êtes trop aimable, Monsieur_le_Marquis ; Vous ne perdez jamais l'occasion de dire une chose honnête.

Même Air que le précédent.

Ce que Maman m'a souvent dit, Vous le prouvez sans cesse : Combien la naissance et l'esprit Donnent de politesse !

Le Marquis fait la révérence.

MADEMOISELLE ADÉLAÏDE, à part à la Comtesse

La Maman de Madame Pot-de-vin ; c'est un trait de mémoire unique : car il y a quarante ans que la bonne femme doit être morte.

MONSIEUR DE PODOLIE, à part, à Madame_la_Comtesse et à Mademoiselle Adélaïde

J'espère, Mesdames, que vous ne serez point fâchées d'être restées. L'arrangement des lits, les douceurs de Monsieur_le_Marquis ; voilà pour Madame Pot-de-vin de l'utile et de l'agréable ; son front est déjà plus serein.

SCÈNE DERNIÈRE. Les Personnages Précédents, Babet.

BABET

Madame est servie.

MADAME POT-DE-VIN

Monsieur Pot-de-vin, suppliez Madame_la_Comtesse d'accepter votre main, Mademoiselle Adélaïde prendra celle de Monsieur de Podolie.

Monsieur Pot-de-vin donne le bras à la Comtesse ; Monsieur de Podolie à Mademoiselle Adélaïde, et ils sortent.

LE MARQUIS, offrant sa main à Madame Pot-de-vin

Et moi, Madame, je vous demanderai la même grâce.

MADAME POT-DE-VIN, l'acceptant

Monsieur_le_Marquis, c'est bien de l'honneur que vous me faites.

Et à son neveu, en s'en allant.

L'Abbé, fermez la porte...

L'ABBÉ

Oui, ma chère Tante.

Et il la ferme.

Qui a Compagnon, a Maître.

245 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0