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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou la Sauvage

Zélamire

Anonyme· imprimée en 1786· 2 actes· 820 vers· 8 personnages

Personnages

  • DOLNANGE, Officier français, Premier rôle, jeune
  • BELFORT, officier français. second rôle
  • GERMAIN, valet de Dolnange. Grande livrée
  • DUBOIS, valet de Belfort. Second valet
  • ZÉLAMIRE, amante de Dolnange. Jeune première amoureuse
  • NADINE, soeur de Zélamire. Ingénuité
  • OUKÉA, Sauvage. Premier rôle masqué
  • TROUPE DE SAUVAGES

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Dolnange, Germain.

SCÈNE II. Dolnange, Germain, Belfort, Dubois.

DOLNANGE

Une ange tutélaire ; Une divinité ; la vertu sur la Terre... C'est un Dieu... Cher Belfort, dois-je me rappeler Ce jour dont, sans frémir, je ne saurais parler ? Pour aller à la pêche, avec une chaloupe Je m'embarque et je sors, ayant le vent en poupe. Seul avec mon valet, je m'éloigne du port. Un ouragan affreux nous pousse sur ce bord. Contre un roc notre barque, à l'instant fracassée, Nous laisse pour soutien une planche cassée ; Sans moyens, sans secours, luttant contre la mort, Les vents impétueux nous poussaient loin du bord, De l'espoir consolant, l'inépuisable amorce, Voyait avec regret épuiser notre force ; Et nous allions périr au milieu des courants. Zélamire, attentive, entend nos cris perçants. Cette femme sensible, avec un coeur sauvage, S'attendrit à ma voix, s'élance du rivage Jusqu'au sein des mers. Son coeur compatissant, Nous faisant éviter un obstacle puissant, Nous sauve et je m'écrie en ma surprise extrême : C'est une déité : C'est Vénus elle-même ! Elle n'a pas voulu que son brillant berceau, De deux infortunés deviennent le tombeau. J'embrasse ses genoux, j'admire son courage, Et mon coeur attendri lui rend un pur hommage. Lève-toi, me dit-elle, et crois qu'en ces climats, La bienfaisance peut avoir quelques appas. Nous naissons ennemis de toute la Nature, Mais c'est un sentiment que pour jamais j'abjure. Du plaisir d'obliger mon coeur trop satisfait Saisit avidement le bonheur d'un bienfait : Venez et vous verrez combien je suis heureuse De vous prouver qu'il est une âme généreuse. Dans des rochers affreux, elle nous conduisit. Prévenant nos besoins, sa pitié nous nourrit. Tant de soins, tant d'attraits : un rayon d'espérance Fit succéder l'amour à la reconnaissance. En tremblant à ses pieds, j'en fait le tendre aveu. Rassure-toi, dit-elle... Oui, j'approuve ton feu. L'amour dans nos forêts ne sait pas se contraindre. Et l'art d'aimer ici ne fut point l'art de feindre. Depuis ce bel instant, je la vois chaque jour, Et chaque aurore voit augmenter mon amour.

SCÈNE III. Germain, Dubois.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Germain, Nadine.

GERMAIN, à part

Bon.

SCÈNE VI. Nadine, Oukéa.

SCÈNE VII.

OUKÉA

Je jure par l'amour que ce n'est pas en vain Que sa flamme en fureur se change dans mon sein. Je ne suis pas cruel, mais il m'enseigne à l'être. Allons trouver l'ingrate, elle apprendra peut-être Ce que peut dans sa rage un amant rebuté. Je veux jusqu'à l'excès porter la cruauté, Je veux, dans les transports dont la fureur me guide, Sous mes coups redoublés écraser la perfide. Et déchirant son coeur percé du coup mortel : Que dis-tu, malheureux, quel spectacle cruel ? L'amour était-il fait pour me rendre barbare ? Qui, moi, plus inhumain qu'un féroce tartare, Cédant à la rigueur d'un sentiment nouveau, Dans un coeur que j'adore enfoncer le couteau ? Que ma rage plutôt retombe sur moi-même. Quoi, je veux la punir parce qu'un autre l'aime ! Elle me hait... peut-on commander à son coeur ? Et puis-je maîtriser ma malheureuse ardeur ? J'adore une infidèle, elle outrage ma flamme ; Embrassons un projet plus digne de mon âme, Faisons-la repentir d'oser m'abandonner, Je pourrais l'en punir, je veux lui pardonner, l'accabler de bienfaits et lui faire connaître Qu'un coeur tel que le mien la méritait peut-être. Oukéa généreux, lâchement outragé, Put lui donner la mort et s'est bien mieux vengé. La vertu dans son coeur anéantit le crime... Mais envers son amant ma rage est légitime. C'est lui qui l'a séduite ; et Zélamire ici, Sous les lois d'Oukéa, serait encor sans lui. Qu'il meure sous mes coups et que l'ingrate apprenne Jusqu'où vont mes vertus, ma vengeance et ma haine.

Fin du premier acte.

ACTE II

[SCÈNE I]. Germain, Dubois.

DUBOIS

Mes jours me sont trop chers, je veux les conserver.

Ils se retirent dans le fond.

SCÈNE II. Zélamire, Dubois et Germain, à l'écart.

ZÉLAMIRE, l'interrompant

Je frémis... achève promptement !

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Zélamire, Oukéa, Germain, sur la montagne et courant à Zélamire.

GERMAIN, à part

C'est fait de moi.

ZÉLAMIRE

Que veux-tu ?

ZÉLAMIRE

Pourrait-il...

OUKÉA

Parle.

GERMAIN

Tout de suite.

Il s'enfuit.

SCÈNE V. Zélamire, Oukéa.

ZÉLAMIRE

Demeurez.

ZÉLAMIRE

Attends.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Zélamire, Nadine.

SCÈNE VIII. Zélamire, Nadine, Dolnange.

ZÉLAMIRE et NADINE

Dolnange !

SCÈNE DERNIÈRE. Zélamire, Nadine, Dolnange, Germain, Dubois, Oukéa, Troupe de Sauvages.

GERMAIN, à part

Bon !

NADINE, montrant Dolnange

Il me l'a dit ainsi.

BELFORT, à Nadine

Je vous en convaincrai.

820 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica