Comédie en vers· Opéra-Comique
Cendrillon
Représentée pour la première fois à la Foire Saint-Germain, le 20 Février 1759.
Personnages
- CENDRILLON, Mlle Villemont
- LA MARAINE, Mlle Constantin
- LA SOEUR AINÉE, Mlle Vincent
- LA SOEUR CADETTE, Mlle Deschamps
- AZOR, M. La Ruette
- PIERROT, M. Paran
- UN OFFICIER, M. Delisle
- UN SUISSE, M. Moreau
- CHOEUR DES FEMMMES
SCÈNE PREMIÈRE.
CENDRILLON
Air : La sagesse est de bien aimer N°1
Des rigueurs d'un cruel destin, Aurai-je toujours à me plaindre ? Un faible espoir me luit en vain, Je n'en ai pas moins tout à craindre. Des rigueurs d'un cruel destin, Aurai-je toujours à me plaindre ?Récitatif De M. de la Ruette. N°2
J'ai joui cette nuit du spectacle enchanteur, Qu'étale aux yeux la Cour la plus brillante ; Un Prince à mes genoux exprimait son ardeur... Il ne me reste hélas ! de toute ma grandeur, Qu'un souvenir qui me tourmente.Air : De tous les Capucins du Monde.
J'aperçois venir ma Maraine, Sa présence augmente ma peine ; À ses lois j'ai désobéi ; Quel reproche elle va me faire ! Seule sensible à mon ennui, Elle me tenoit lieu de mère.SCÈNE II. La Maraine, Cendrillon.
LA MARAINE
Air : Le moyen de faire autrement. Du Peintre amoureux, N° 3.
Ah ! Dans quel état je vous vois ! Ne cherchez point d'excuse ; Je devine aisément pourquoi Vous n'avez point suivi ma loi.LA MARAINE
Ah ! vraiment, je le crois : Mais pourquoi ce manque de foi, Ce manque de foi ? Fillette toujours raisonne, Et n'écoute personne, Quand on s'oppose à son penchant.LA MARAINE
Oui ! Oui !LA MARAINE
Air : Si Diogène était réputé sage.
Par un effet de mon pouvoir magique, Pour relever l'éclat de vos appas, Je vous ai mis un habit magnifique, Nombreux cortège accompagnait vos pas, Je n'exigeais de votre obéissance Que de sortir du bal avant minuit ; Faute d'avoir observé ma défense, De mes bontés vous perdez tout le fruit.CENDRILLON
Air : de Monsieur La Ruette. N° 4.
Je le sais bien, J'ai tout perdu ; En moins de rien, Tout a disparu : Que le sort me traite, S'il veut, sans pitié ; Non, je ne regrette Que votre amitié,LA MARAINE
Air : De tout temps le jardinage.
Vous me serez toujours chère ; Ne craignez plus ma colère.CENDRILLON
Ah ! Que mon coeur est content !LA MARAINE
Non, vous dis-je, ne craignez rien ; Il faut bien M'apprendre ce que j'ignore ; Croyez-moi, c'est pour votre bien.LA MARAINE
Hé bien ! Ce bal ?CENDRILLON
Dut m'être si fatal !LA MARAINE
Que vous me causez d'alarmes ! Mais, comment donc ? Quelle raison,Bis.
Vous fait verser des larmes ?CENDRILLON
J'en ai bien sujet.CENDRILLON
Air : D'm'avoir instruit de mon bien.
J'arrivai dans le Palais D'aise transportée ; De tout ce que je voyais, J'étais enchantée, Un Prince...LA MARAINE
Ah ! Nous y voilà.CENDRILLON
Un Prince s'est trouvé là.LA MARAINE
Oui, vraiment.CENDRILLON
N'est-il pas vrai qu'il est charmant ?LA MARAINE
Si vous voulez même adorable ; Laissez-là son mérite à part ; Voyons en quoi ce Prince aimable Aurait pu vous manquer d'égard.CENDRILLON
Air : Les yeux baissés par modestie. N° 5.
Les yeux vers moi tournés sans cesse, Tendrement il me regardait, De ses regards la douceur et l'ivresse. M'inspiraient ce qu'il ressentait.Bis.
À mes côtés est une place, Il s'en saisit ; Il s'enhardit, Je m'attendris ; Je veux le fuir, et je ne puis, Je veux fuir et ne puis,Bis.
Je veux le fuir, et je ne puis. Déjà mon trouble augmentait son audace, Quand minuit sonna, Et tout finit là.Air : Plus inconstant.
Comme un éclair, soudain je prends la fuite ; En entendant l'heure qui me chassait ; On se met à ma poursuite, Mais en vain on me cherchait...Air : Folies d'Espagne.
Je n'étais plus ce qu'ils me croyaient être, Ils me voyaient sans suite et sans éclat ; Comment, hélas ! M'auraient-ils pu connaître ! Je m'ignorais moi-même en cet état.LA MARAINE
Air : Le Pont d'Avignon.
Ce changement n'a rien qui doive vous surprendre ; Je crains plutôt pour vous un sentiment trop tendre.CENDRILLON
Air : Dondaine.
Je ne saurais vous le cacher, Je ne saurais vous le cacher, Ce Prince a trop su me toucher ; Je l'aime, je l'aime : Le croyez-vous épris pour moi de même ?CENDRILLON
Oh ! non.CENDRILLON
Je sais trop ce que je me dois ; Pour me laisser surprendre ; Il n'a rien obtenu de moi, Que ce qu'il m'a su prendre.LA MARAINE
Répondez-moi, je vous l'ordonne ?CENDRILLON
Quel embarras !CENDRILLON
Il m'a pris une de mes mules ; Qu'en fuyant j'ai laissé tomber.Air : Entre l'Amour et la Raison.
Je n'en ai plus qu'une à présent ;LA MARAINE
Consolez-vous, ma chère enfant, On peut réparer ce dommage Au fond je n'y vois pas grand mal. Que de Beautés sortant du Bal Ont souvent perdu davantage !Air : Quand je tiens de ce jus d'Octobre.
Vos soeurs en reviennent sans doute, Ce bruit annonce leur retour ; Rentrez, et quoi qu'il vous en coûte ; Tâchez de vaincre votre amour.Elles sortent.
SCÈNE III. Les Deux Soeurs.
L'AÎNÉE
Air : Non, je n'aimerai jamais que vous.
Rien, en vérité n'est si plaisant ; Nos appas ont fait fortune assurément : Rien, en vérité, n'est si plaisant, À chaque moment, C'était nouveau Galant. Ce gros caissier qui croyait me connaître, M'a-t-il tenu des propos assez doux ?LA CADETTE
Ce Sénateur, en léger Petit-Maître, M'a-t-il assez étalé ses bijoux ? Rien, en vérité, n'est si plaisant ; Nos appas ont fait fortune assurément : Rien, en vérité, n'est si plaisant, À chaque moment, C'était nouveau Galant.Air : Tout roule aujourd'hui dans le monde.
Mais cela ne me touche guère ; Je dédaigne de tels objets.L'AÎNÉE
Sans crainte de passer pour fière, Je porte plus haut mes projets. Le destin qui pour moi s'apprête Flatte mon coeur ambitieux.L'AÎNÉE
Air : Tout consiste dans la manière.
Si j'obtiens ce que je désire , Vous en sentirez les effets.L'AÎNÉE
Oui, disputons cet avantage Entre nous deux ; Le bonheur qu'ainsi l'on partage Se goûte mieux.LA CADETTE
Devinez.L'AÎNÉE
Non, dites-le moi.LA CADETTE
Ma chère, c'est le fils du Roi.LA CADETTE
Et oui vraiment, le fils du Roi.LA CADETTE
Ne suis-je pas bien heureuse ? Il veut me donner sa foi. C'est votre tour à me dire, Quel amant suit votre empire.LA CADETTE
Je n'en crois rien.L'AÎNÉE
Moi, je le crois bien ; Votre avis ne détruit pas le mien. Vous êtes fort aimable, J'en conviendrai ; mais, Malgré tous vos attraits, Croyez qu'on est capable, Quand on le voudra, D'effacer ces traits là.LA CADETTE
Ce n'est pas vous.L'AÎNÉE
Ce sera moi.LA CADETTE
Mais il faut être de bonne foi : Jusqu'à présent votre beauté, En vérité, N'a point trop éclaté.L'AÎNÉE
Petite impertinente !LA CADETTE
Eh ! Bien, j'avouerai, Partout je publierai, Que vous êtes charmante ; Sûre qu'en ce point, On ne me croira point.L'AÎNÉE
Air : Jupin dès le matin.
Vous me poussez à bout, Vous cherchez, en tout, À combattre mon goût ; Votre humeur Montre tant d'aigreur, Qu'à nous séparer, Il faut vous préparer : Un excès de fierté, De vanité, Sans rime ni raison, Vous donne un ton ; Il semble qu'en ces lieux, Jeunes et vieux Viennent se brûler aux feux De vos yeux : Vous voyez cependant, Le plus souvent, Qu'on vous laisse à l'écart ; C'est un hasard, Quand quelque freluquet Daigne sourire à votre air coquet.LA CADETTE
Air : Plus les amants vivront.
Criez tout à loisir : Un jour à venir, Je saurai répondre ; Je vais, pour vous confondre, Monter au rang Qui m'attend.LA CADETTE
Vous me faites rire !SCÈNE IV. Les Deux Soeurs, Cendrillon.
LA CADETTE
Laissez-moi parler.LA CADETTE
Oui, conviens que c'est elle.ENSEMBLE
Ne finirez-vous pas Tout ce tracas ? Il me fatigue fort ; Vous ayez tort, Mais, mais, très grand tort, D'oser encor Prendre un tel essor.CENDRILLON
Que voulez-vous ?LA CADETTE
Ce Prince est le fils du Roi.CENDRILLON
Le fils du Roi !LA CADETTE
Il est épris de moi.CENDRILLON, à part
Sûrement, C'est mon amant ; Ne suis-je pas bien chanceuse ? Ceci pour moi tourne mal.LA CADETTE
Cette nuit nous étions au bal.LA CADETTE
Parle-nous donc, si tu veux.CENDRILLON
Je n'oserais... Vous avez toutes deux Mêmes attraits ; Qui voudrait faire un choix, Aurait besoin, je crois, D'y regarder plus d'une fois : Mais qui sait si quelqu'objet, Bien moins parfait, De ce beau Prince-là, N'a pas déjà Su captiver le coeur ?LA CADETTE
Certain objet, à tout le monde inconnu, Au Bai s'est pourtant vu. D'abord le Prince attaché sans cesse à ses pas...CENDRILLON
Hé bien ?LA CADETTE
Semblait en faire cas.CENDRILLON
Avait-elle des appas ?LA CADETTE
Beaucoup.L'AÎNÉE
Très peu.L'AÎNÉE
Le méchant esprit !CENDRILLON
À vos débats, Moi, dame, je ne prends aucune part ; Ne doit on pas L'une pour l'autre avoir quelque égard ?L'AÎNÉE
Oui, oui, l'on verra : Adieu donc, ma soeur ; Dans votre grandeur, Soyez de meilleure humeur.Elles sortent.
SCÈNE V.
CENDRILLON, seule
Air : Quel amour fut aussi tendre ! De Nina.
À me nuire, Tout conspire ; Ô sort, quelle est ta rigueur !Bis.
D'Amour un trait me déchire ;Bis.
Et c'est encore un malheur !Bis.
Deux rivales se déclarent. Que deviendra mon ardeur ? Des maux qui sur moi se préparent, Le plus sensible à mon coeur Serait d'aimer un trompeur, À me nuire, Tout conspire ; Ô sort, quelle est ta rigueur !Bis.
D'Amour un trait me déchire !Bis.
Et c'est encore un malheur !Bis.
SCÈNE VI. Cendrillon, La Maraine.
CENDRILLON
Ne suis-je donc condamnée ; Qu'à vivre toujours dans les pleurs ? Vous avez assez vu, Madame, Quel objet a touché mon âme.LA MARAINE
Hé ! Bien.CENDRILLON
Ce funeste vainqueur, Que j'adore au fond de mon coeur, Peut-être n'est qu'un imposteur ; Mes soeurs se disputent l'amant Qui cause aujourd'hui mon tourment.LA MARAINE
Air : Grand Saint-Martin, ou la Sarabande d'Issé.
Vos soeurs ne sont que des ambitieuses : D'un seul regard Par hasard Échappé, Leur esprit s'est frappé. Sur tous les cours ces Orgueilleuses Croient avoir Un pouvoir. Quand leur Beauté surpasserait la vôtre, II est un art qui manque à l'une et l'autre, Qui seul peut allumer une constante ardeur ; Cet art, c'est la douceur.Air : Du Précepteur d'Amour...
C'est la première des vertus Dont se doit parer une Belle ; C'est la ceinture dont Vénus Retient les Amours auprès d'elle.CENDRILLON
Air : Reçois dans ton galetas.
À juger par leurs discours, Mes soeurs ont raison de croire Qu'on les aime.LA MARAINE
Vains détours De sottes qui s'en font accroire. D'un Prince qui veut s'amuser, Un mot a pu les abuser.CENDRILLON
Bon ! Si d'un autre il est l'époux, Qu'il s'en repente ou non, voyez-vous, Je n'en serais, ne vous déplaise, Guère plus à mon aise.LA MARAINE
Air : Avec moi vous faites comparaison.
Mais comment donc l'Amour en peu de temps ; A fait chez vous des progrès surprenants !On entend derrière le Théâtre un bruit de tambour.
SCÈNE VII.
CENDRILLON, seule
Air : de M. La Ruette. N° 6.
Amour, dont je ressens la flamme, Épargne un faible coeur qui se livre à tes coups ; Les traits dont tu blesses mon âme Font-ils l'effet de ton courroux ? Fais briller à mes yeux un rayon d'espérance, Ou rend-moi mon indifférence ; Mon sort me paraîtra plus doux.SCÈNE VIII. Cendrillon, Les deux soeurs, Un Officier du roi, accompagné d'un tambour.
L'OFFICIER
Oui. Le Prince Azor Fait à la fin un effort ; Lui qui d'Amour a toujours fui la chaîne, Il veut avoir, Une épouse dès ce soir, Parmi les Belles du canton.LES SOEURS
Bon.LA CADETTE
Si.L'AÎNÉE
À cet Hymen glorieux, Vous pouvez bien toutes les deux Prétendre ; Certaine épreuve on fera, Qui sur ce point décidera.LES SOEURS
Ah !LA CADETTE
Quelle est cette épreuve-là ?L'OFFICIER
Vous ne pouvez en ce moment l'apprendre ; Adieu. Ce soir on saura Pour qui fera Ce prix-là.LES DEUX SOEURS
Ah !L'AÎNÉE
Air : Faut-il qu'une fi faible plante.
À l'insu de ma soeur cadette, Monsieur, dites-moi franchement Si, dans l'hymen qui se projette, On parle de moi.L'OFFICIER
Non, vraiment.L'AÎNÉE
Vous badinez ?LA CADETTE
Même air.
Sans en rien dire à mon aînée, Avouez moi, mon cher Monsieur, Que le Prince ; en cette journée, Va s'expliquer en ma faveur ?L'OFFICIER
Nenni.LA CADETTE
Vous n'êtes pas sincère.L'OFFICIER
Oh ! parbleu, les deux-font la paire.Air : Ces Filles sont si sottes.
Eh ! Quel est ce joli minois, Qui nous écoute en tapinois ?Tapinois : qui ne se dit que dans le burlesque. Il est venu en tapinois ; c'est à dire secrètement, sourdement et sans faire de bruit. [F] Voir Molière, Les Pécieuses ridicules et Somaize même titre.
L'AÎNÉE
C'est une pauvre fille.LA CADETTE
Qui nous visite quelquefois.CENDRILLON, à part
Air : On n'aime point dans nos forêts.
Eh quoi ! Mes soeurs, en ce moment, Rougissent de me reconnaître !L'OFFICIER
Approchez donc, la belle enfant ; On ne risque rien de paraître, Quand on posséde tant d'appas.L'AÎNÉE, à Cendrillon
Voulez-vous bien aller là-bas ?Air : Du manchon.
À l'officier.
Pour peu que le coeur vous en dise, Soyez avec nous moins discret : Comme à nos soins elle est commise, Votre hymen serait bientôt fait.SCÈNE IX. L'aînée, La Cadette, Cendrillon.
L'AÎNÉE
Air : Mariez, mariez-moi.
Enfin voici le moment, Où mon triomphe s'apprête ; La main d'un Prince charmant Va devenir ma conquête ; Préparons, préparons, préparons tout, Pour briller à cette fête ; Préparons, préparons, préparons tout, Pour l'affermir dans son goût.LA CADETTE
Air : Pour t'avoir, le grivois te guette.
Par le secours de la toilette, Rendons ma beauté si parfaite, Qu'Azor puisse en mes yeux Retrouver encor de nouveaux feux. Dieux ! S'il répond à ma tendresse, Quelle fera mon allégresse ! Cendrillon, dépêchons ; tôt, tôt, Apportez ce qu'il faut, Je veux partir bientôt.L'AÎNÉE
Air : T'as pied dans le margouillis.
Oh ! Faites comme il vous plaira ; Sa seule affaire Est de me plaire ; Oh ! Faites comme il vous plaira ; Je retiens Cendrillon pour cela.Air : Comme un Coucou.
Qu'on apporte ici ma toilette.LA CADETTE
Qu'on apporte la mienne aussi.L'AÎNÉE
Je céderais à ma cadette !LA CADETTE
Oh ! L'âge ne fait rien ici.LA CADETTE
C'est par moi.L'AÎNÉE
Air : On prend femme, c'est l'usage. Noté dans L'Heureux déguisement.
Allons vite qu'on m'arrange.Bis.
L'AÎNÉE
Vous parlez bien à votre aise : Attendez, ne vous déplaise, Qu'elle ait posé mes rubans : Cendrillon n'a pas le temps.Bis.
L'AÎNÉE
Faut-il, quand on dit un mot, Que vous soyez de l'écot ?Être de tous écots : se mêler de toutes choses. [L]
L'AÎNÉE
Encore ?L'AÎNÉE
Si je le sais ? Vraiment oui ; Eh ! vraiment oui. Mais quel démon vous transporte, De la presser de la sorte ? Pour finir plus promptement, Elle m'assomme la tête, La maladroite, la bête ! Elle m'assomme la tête :À Cendrillon.
Allez donc plus doucement,Bis.
Plus doucement.L'AÎNÉE, la repoussant
Ôte-toi de là.LA CADETTE, la repoussant aussi
Ôte-toi de là. Va-t-en, va-t-en, va-t-en ma chère, De tes soins on se passera ; Ôte-toi de là, ma chère ; Et pour ma soeur garde ce soin, Je n'en ai plus aucun besoin.Bis.
La Maraine entre ; les deux soeurs sortent en lui faisant une grande révérence et en chantant.
Suivons l'Amour, c'est lui qui nous mène.SCÈNE X. Cendrillon, La Maraine.
CENDRILLON
Ce n'est point un mystère ; Vous savez l'événement, À mon amour contraire. Azor les mande au Palais. Quelle triste nouvelle ! Pourra-t-il, en voyant tant d'attraits, Ne pas m'être infidèle ?LA MARAINE
Air : Je suis un bon soldat.
L'espoir qui les conduit, Les séduit ; Soyez moins alarmée ; Vous verrez leurs projets Sans effets SanS aller en fumée.Air : Pour voir un peu comment ça f'ra.
Ce sont autant de pas perdus ; Elles sont bien loin de leur compte ; J'en sais plus qu'elles là-dessus, Elles n'en auront que la honte. . L'épreuve qu'on doit exiger, Va les confondre et vous venger.LA MARAINE
Je ne puis vous le dire . Suffit qu'en cette occasions Rien ne saurait vous nuire ; Vous en aurez tout l'agrément, C'est moi qui vous l'assure. Allez au Palais seulement, Et tentez l'aventure,Air : Préparons-nous pour la fête nouvelle.
II faut aller disputer la victoire : Ce jour est celui de la gloire ; La Fortune et l'Amour veulent vous couronner.CENDRILLON
Très volontiers. Mais...LA MARAINE
Quoi ?CENDRILLON
Ma bonne.LA MARAINE
Eh bien ?LA MARAINE
Non, non, il ne faut rien.CENDRILLON
Air : Non ; je ne ferai pas.
Eh ! Quoi ! Vous prétendez que parmi tant de Belles, Dont l'art relève encor les grâces naturelles, Dans l'état où je suis j'irai me présenter ! Azor m'oserait-il seulement regarder ?LA MARAINE
Air : Les petits riens.
Votre beauté, Cet heureux don de la Nature, Votre beauté, Vous dédommage avec usure. N'altérez point par l'imposture Cette aimable simplicité ; La plus élégante parure, C'est la beauté.CENDRILLON
Air : Ne v'là-t-il pas que j'aime ?
Je souscris à vos volontés : Guidez mon ignorance ; Je dois répondre à vos bontés Par mon obéissance.Elles sortent.
Le théâtre change, et représente l'appartement du Prince.
SCÈNE XI.
SCÈNE XII. Azor, Pierrot.
PIERROT
Air : Vous me l'avez dit, souvenez-vous en.
Vous qui faisiez l'esprit fort ; Vous sentez donc votre tort ; Vous parliez différemment ; Je vous l'ai prédit, souvenez-vous en, Je vous ai prédit qu'Amour Vous jouerait un mauvais tour.PIERROT
Seigneur, vous ferez obéi ; On vient de me l'apprendre. Quel sabbat nous aurons ici ! Toutes nos Dames à l'envi Ont promis de s'y rendre.AZOR, vivement
Air : Je ne verrai plus ce que j'aime.
Je rêverai donc ma Déesse : Un Dieu propice à ma tendresse, À mes désirs pressants va la rendre aujourd'hui...PIERROT
Air : Ici sont venus en personne.
Par ma foi, vous aurez beau faire ; Cet objet qui vous a su plaire Ne vous sera jamais rendu.AZOR
Pourquoi donc ?PIERROT
C'est quelque chimère, Une ombre, un être imaginaire ; Hier, quand elle a disparu, On a cherché tant qu'on a pu, Elle s'est trouvée... introuvable ; Pour moi je crois que c'est le Diable Qui sous ce minois simple et doux, S'est voulu divertir de vous.Air : De l'horoscope accompli.
Laissez-donc là cette chaussure ; À quoi peut être vous servir ? Croyez vous y voir la figure Du tendron qui vous fait souffrir ?AZOR, tenant le mule
Vois, Pierrot, quelle gentillesse !PIERROT
Oui, mais tient-il ce qu'il promet ?Air : Boire à son tour.
Par cet échantillon, Vous jugez d'une Belle ; Vous perdez la raison ; Pardonnez à mon zèle ; Mais, en honneur, C'est une erreur ; Souvent le pied le plus mignon Sert à porter, une laid'ron, Une laid'ron.AZOR
Air : Que ne suis-je la jonquille ! ou l'Amant frivole.
Je me fuis fait à moi-même Les reproches les plus forts ; Du destin la loi suprême, Triomphe de mes efforts. Loin de blâmer ma tendresse, Sers plutôt, sers, mon ardeur ; Et respecte une faiblesse, Où j'attache mon bonheur.PIERROT
Air : Lassi, lasson, la son bredondaine.
J'y ferai diligence, Comptez, comptez sur ma vigilance : J'y ferai diligence.On entend un bruit confus de plusieurs femmes derrière le Théâtre.
SCÈNE XIII. Plusieurs Femmes derrière le Théâtre, Un Suisse défendant la porte, Azor, Pierrot.
LE SUISSE, repoussant les femmes
Doucement, doucement, doucement.PIERROT
Ah ! Quel charivari, Nous allons voir ici ! Un régiment de Belles, En beaux atours, en modes nouvelles, Malgré les Sentinelles, Entrent dans le moment.LE SUISSE
Doucement, doucement, doucement.LE CHOEUR DES FEMMES
Air : Ah ! Madame Anroux.
C'est l'ordre du Roi ; Monsieur, laissez-moi, Passer, je vous prie. C'est l'ordre du Roi ; Je vous en supplie, Monsieur, laissez-moi.LE SUISSE
Personne n'y passe.LE CHOEUR
C'est l'ordre du Roi.SCÈNE XIV. La Choeur des femmes, Azor, Pierrot.
PIERROT
Air : Lassi, Lasson, la sonbredondaine.
Voici nos aspirantes ; Voyez, voyez ; qu'elles sont charmantes ! Voici nos Aspirantes ; Défendez bien, Seigneur, Votre coeur, Votre coeur.Air : Sexe charmant dont le partage.
Aimez-vous la blonde ou la brune ? Ici l'on a de quoi choisir... Ne les faites donc pas languir.À part.
Pourquoi faut-il n'en prendre qu'une ? J'en vois beaucoup qui dès ce soir, Accepteraient bien le mouchoir.LA CADETTE
Avec grande impatience....L'AÎNÉE
Jouir d'un honneur....LA CADETTE
J'ai couru, Seigneur...L'AÎNÉE
Pour moi bien flatteur.LA CADETTE
Sitôt votre ordre venu...L'AÎNÉE
L'aurais-je jamais cru ?LA CADETTE
J'ai fait diligence.L'AÎNÉE
Ce jour précieux...LA CADETTE
Moment trop heureux !L'AÎNÉE
Comble tous mes voeux.LA CADETTE
Quel doux espoir...L'AÎNÉE
Pour moi quelle gloire...LA CADETTE
J'ose concevoir !L'AÎNÉE
D'être en votre mémoire !LA CADETTE
Tant de Belles à la Cour...L'AÎNÉE
Aussi ma reconnaissance...LA CADETTE
Peuvent briguer votre amour...L'AÎNÉE
Vous assure du retour.LA CADETTE
Que je n'osais me flatter...L'AÎNÉE
Excusez mon imprudence.LA CADETTE
D'avoir su le mériter.L'AÎNÉE
Le zèle a su m'emporter.PIERROT
Ni moi non plus, je vous répond ; Ce sont deux soeurs qui, cette nuit, Au bal ont fait du bruit ; Qui, d'abord qu'on les regardait, Croyait que l'on leur en contait ; Qui toujours minaudant ; Toujours vous minaudant ; Semblaient vous dire ; allons, Seigneur, Humanisez donc votre coeur.Bis.
AZOR, aux soeurs
Air : Paris est en grand deuil.
Un tel empressement Me flatte infiniment...À Pierrot.
Tâche de m'en défaire.PIERROT, aux Soeurs
Le Prince, en vérité... Se trouve... très flatté...À part.
Je ne sais comment faire.Air : La Carmagnole.
Au Prince.
Nous ne sommes pas Hors d'embarras ; Toutes vont venir, Et vous tenir Même langage ; Nous ne sommes pas, Hors d'embarras ; Toutes vont bientôt vous tomber sur les bras.Air : Du Précepteur d'amour.
Il faut pour vous débarrasser De cette foule ridicule, Il faut, vous dis-je, commencer À faire l'essai de la mule.SCÈNE XV. Les Acteurs Précédents, Cendrillon, Sa Maraine.
LA MARAINE
Qui peut vous causer un tel effroi ?CENDRILLON
C'est que l'on va se moquer de moi.LA MARAINE
Ah ! Que de façon !CENDRILLON
Ma Bonne, venez donc.LE CHOEUR DES FEMMES
Air : Oh, oh, tourelouribo !
Quelle Nymphe se présente ! Oh, oh, tourelouribo ! Voyez donc qu'elle est charmante ! Oh, oh, tourelouribo ! En honneur, elle m'enchante. Oh, oh ,oh, tourelouribo !L'AÎNÉE, à Cendrillon
Air : Tarare ponpon.
Que venez-vous chercher, petite téméraire ? Osez-vous vous montrer avec ces haillons-là ?LA CADETTE, à Cendrillon
Sors, ou crains ma colère.LA MARAINE
Non, elle restera.AZOR, à Pierrot
Pierrot, fais-les donc taire.PIERROT
Paix-là !AZOR, à Cendrillon
Air : Des Proverbes.
Venez, venez.À part.
Que d'appas ! Qu'elle est belle !À Cendrillon.
Venez, venez ; bannissez la frayeur.À part.
Quel feu nouveau vient m'enflammer pour elle ! Quel nouveau trait perce mon coeur !LA MARAINE, à Azor
Air : Dans un Couvent bienheureux.
À notre témérité Daignerez-vous faire grâce ? Et n'est-ce point trop d'audace ?AZOR
Ah ! J'en suis trop enchanté. Si quelqu'objet peut s'attendre, À m'enchaîner sous ses lois ; Vous seule y pouvez prétendre, Vous seule fixez mon choix.PIERROT, à Azor
Air : Belle Brune.
Et la mule ? Et la mule ? Seigneur, Un peu moins d'ardeur, Qui trop avance, recule ; Et la mule ?Bis.
À Cendrillon et aux autres.
Air : Le Corbillon.
Ce n'est pas assez pour lui plaire, D'avoir beaux yeux, belle bouche, beaux bras ; Jambe fine et taille légère, Sont des beautés qui ne le flattent pas. Il faut pour gagner son amitié, Un joli petit,Montrant la mule.
Un petit joli, Un joli gentil petit pied.AZOR
Air : Non, je ne crois pas.
Non, je ne saurais Risquer à perdre tant d'attraits ; Non, non, non, je ne saurais Remettre au sort de si chers intérêts. Je ne veux devoir qu'à l'Amour, Le prix que j'attends en ce jour. Ce Dieu lui-même, Dans l'objet que j'aime, M'assure un bien suprême. Non, je ne saurais Risquer à perdre tant d'attraits ; Non, non, non, je ne saurais Remettre au sort de si chers intérêts.À Cendrillon.
Air : D'Églé. Que je vous aime !
Oui, je vous aime ; Mais quel fera le prix de cette ardeur extrême ? Vous pouvez d'un seul mot dissiper mes ennuis.CENDRILLON
Seigneur...CENDRILLON
CENDRILLON
Eh ! Bien, oui, je vous aime.PIERROT
Air : Tout est dit.
Voilà, ma foi, ce qui s'appelle, Mener l'Amour tambour battant ; Sans en faire à deux fois, la Belle, D'un plein faut, court au dénouement ; Mais laissons-les s'assurer de leurs flammes, En pareil cas, un témoin toujours nuit ; Adieu, Mesdames, Tout est dit.LA CADETTE
Cette petite Cendrillon !LA MARAINE
De deux soeurs est-ce là le ton ? Apprenez l'une et l'autre À respecter son rang et son nom ; Ils valent bien le vôtre.Air : Bouchez, Naïades.
Mais vous l'avez trop outragée ; Il est temps qu'elle soit vengée, Demeurez encor un instant, Je vais vous la faire connaître. Pour le sort le plus éclatant, Sachez que les Dieux l'ont fait naître.Air : J'ai, sans y penser.
Si le Prince Azor, Voyait encor Son inconnue ?... Dans ce jeune objet, S'il la retrouvait trait pour trait ?... Un charme secret La dérobait à votre vue ; Mais à votre amour, Je la rends en ce jour.AZOR
Air : C'est chez vous.
Quoi ! C'est vous Qui m'inspiriez les transports les plus doux ? Quoi ! C'est vous ?...PIERROT
Vraiment, ma Commère, oui : Tenez, voilà la pareille. Quelle est donc cette merveille ! Je me perds dans tout ceci.CHOEUR de M. La Ruette.
AZOR, CENDRILLON, LA MARAINE
Aux plus tendres ardeurs, Livrons, livrons nos cours Livrons, livrons nos cours Livrez, livrez vos cours L'amour nous engage, L'amour vous engage, L'Hymen va nous unir, L'Hymen va vous unir, Quel plaisir ! Quel plaisir J Toujours plus amoureux, Serrons, serrons, les noeuds, Serrez, serrez, les noeuds, Qui vont nous rendre heureux ! Qui vont vous rendre heureux !LES DEUX SOEURS
Aux plus noires fureurs ; Livrons, livrons nos cours ; La honte, la rage, Est notre partage ; Ah ! C'est trop en souffrir ! Fuyons, fuyons ces lieux, Et délivrons nos yeux, D'un spectacle odieux.CENDRILLON
RÉCITATIF, par MONSIEUR LA RUETTE. N°1
Des rigueurs d'un cruel destin Aurai-je toujours à ma plaindre ? Des rigueurs d'un cruel destin, Aurai-je toujours à me plaindre ? Un faible espoir me luit ne vain, Je n'en ai pas moins tout à craindre.N°2
J'ai joui cette nuit du spectacle enchanteur, Qu'étale aux yeux la Cour la plus brillante. Un prince à mes genoux exprimait son ardeur. Il ne me reste hélas ! De toute ma grandeur Qu'un souvenir qui me tourmente.LA MARAINE
N°3.
Ah ! Dans quel état je vous vois ! Ne cherchez point d'excuse. Je devine aisément pourquoi Vous n'avez point suivi ma loi. Il est vrai ; j'en suis confuse. Oh ! Vraiment je le crois, je le crois, Mais pourquoi, mais pourquoi Ce manque de foi, ce manque de foi ? Fillette toujours raisonne, Et n'écoute personne, Quand on s'oppose à son penchant.CENDRILLON
Non, non ; c'est que, ma Bonne, C'est que, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement, Je n'ai pas pu faire autrement.CENDRILLON
Pardon, ma Bonne, Pardon, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement. Oui, oui. Pardon, ma bonne, Je n'ai pas pu faire autrement, Pardon, ma Bonne, Pardon, ma Bonne Je n'ai pas pu faire autrement.Air : par Mr de la Ruette. n°4
Je le sais bien, J'ai tout perdu. En moins de rien tout a disparu : Que le sort me traite, S'il veut, sans pitié, Non, non, je ne regrette Que votre amitié, Non, non, je ne regrette Que votre amitié.Air : par Mr de la Ruette. n°5
Les yeux vers moi tournés sans cesse, Tendrement il me regardait, Il me regardait ; De ses regards la douceur et l'ivresse, Et l'ivresse, M'inspiraient ce qu'il ressentait, M'inspiraient ce qu'il ressentait, À mes côtés est une place, Il s'en saisit ; Il s'enhardit, Je m'attendrit, Je m'attendris, Je veux le fuit, et je ne puis, Je ne veux finir, et ne puis, Je veux fuir et ne puis, Je veux le fuit, et je ne puis. Déjà mon trouble augmentait son audace, Quand minuit sonna, Et tout finit là : Déjà mon trouble augmentait son audace, Quand minuit sonna, Et tout finit là, tout finit là, tout finit là.Air : par Mr de la Ruette. n°6
Amour, dont je ressens la flamme, Épargne un faible coeur qui se livre à tes coups, Épargne un faible coeur qui se livre à tes coups, Les traits dont tu blesses mon âme Sont-ils l'effet de ton courroux, Sont-ils l'effet de ton courroux ? Fais briller à mes yeux un rayon d'espérance, Ou rends moi mon indifférence, Mon sort me paraître plus doux.968 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica