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un seul est le mot juste.

Comédie-parade en vers· Comédie-Parade en un Acte et en vers

Le Tableau Parlant

Louis Anseaume, André-Ernest-Modeste Grétry· créée en 1769, imprimée en 1787· 1 008 vers· 5 personnages

Représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi, le Mercredi 20 septembre 1769.

Personnages

  • CASSANDRE
  • ISABELLE
  • COLOMBINE, Suivante d'Isabelle
  • LÉANDRE, Neveu de Cassandre, amoureux d'Isabelle
  • PIERROT, Valet de Léandre

LE TABLEAU PARLANT

Le Tableau qui représente le portrait de Monsieur Cassandre est posé sur un chevalet dans le fond du Théâtre.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Isabelle, Colombine.

COLOMBINE, entre en chantant

Fragment d'une Ariette de la Veuve indécise.

Il nous faut au village Un mari jeune et dodu. À cela près, femme sage

COLOMBINE

Restez fille.

SCÈNE III. Isabelle, Colombine, Cassandre.

COLOMBINE, à Isabelle

Fort bien. Répondez donc.

ISABELLE, à part

Comme elle ment ?

COLOMBINE, à Cassandre

Eh bien ! Avais-je tort ?

À Isabelle.

Appuyez encore davantage.

COLOMBINE

Comment !

COLOMBINE

Oui, oui.

COLOMBINE, bas à Isabelle

Bien, bien.

ISABELLE, bas à Colombine

Tais-toi donc, laisse-le partir.

COLOMBINE

Non, non.

ISABELLE

Oui, partez.

CASSANDRE

Si pourtant..

COLOMBINE, à part

Pars donc, maudit barbon.

COLOMBINE

Aux filous.

COLOMBINE

Adieu Monsieur.

CASSANDRE

Adieu.

Colombine et Isabelle rentrent dans leurs chambres.

SCÈNE IV.

CASSANDRE

J'en reviens toujours là. Tout ceci n'est qu'un jeu. Un changement si promet cache quelque mystère. Après tant de rigueur, de rebuts, de mépris, Si cette douleur est sincère, Oh ! Pour le coup je serais bien surpris. Mais à quoi bon cette maudite ruse ? Eh ! N'est-ce pas assez que cela les amuse ? Elles font jeunes toutes deux, Et d'un sexe... moi je suis vieux... Cela suffit. Il faut que je sois leur victime, Et m'épargner serait un crime.

ARIETTE.

Pour tromper un pauvre vieillard, Il n'est détour que l'on n'invente ; Il n'est effort que l'on ne tente. Enfants, neveux, valet, servante, Chacun brûle d'y prendre part On le dorlote, on le mitonne... Tout cela n'est que trahison. Tantôt c'est une main friponne Qu'on lui passe sous le menton... Le bon homme enchanté s'écrie, « Ah ! Quel bonheur ! ma chère amie... Encor... Encor... » Tu ne vois, pas pauvre butor, Que cette main qui te caresse, Qui de plaisir sait t'enivrer. Cachant le fer dont elle blesse ? Te flatte pour te déchirer. Pour tromper un pauvre vieillard ? Il n'est détours que l'on n'invente, Il n'est effort que l'on ne tente. Enfants, neveux, valet, servante, Chacun brûle d'y prendre part. Pour mol qui, grâce au Ciel, ai vécu plus d'un jour ; Je connais les ruses d'amour, Et malgré mon air imbécile. Peut-être qu'à tromper je serai difficile. Déjà par un voyage à plaisir inventé Je leur laisse à dessein liberté toute entière. Et dans ce cabinet secrètement posté, Je verrai de quelle manière... Qu'entends-je... des ris, des éclats ! Ah ! Tant mieux, le chagrin ne les maigriras pas. Mais pourquoi ce nouveau délire ?...

Il appelle.

Colombine...

SCÈNE V. Cassandre, Colombine.

CASSANDRE

Et toi ?

COLOMBINE

Je la console.

CASSANDRE

En riant ?

COLOMBINE

Non.

CASSANDRE

Pourquoi ?

COLOMBINE

À merveille

CASSANDRE

Tout_à_fait.

COLOMBINE

Bon voyage.

Cassandre sort.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Colombine, Pierrot.

COLOMBINE, étonnée

Qui diantre fait ce carillon.

Carillon : Sonnerie de cloches accordées à différents tons. Fig. et familièrement, tapage, crierie. [L]

PIERROT, courant dans la chambre

Pas un laquais ici, pas une chambrière... ! Eh bien personne ne répond !

Chambrière : Femme attachée au service de la personne et des chambres. On dit maintenant femme de chambre. [L]

PIERROT

Hein !

COLOMBINE

Oui.

COLOMBINE

C'est toi ?

PIERROT

C'est moi.

COLOMBINE

C'est moi.

PIERROT

Non !

COLOMBINE

Sans doute.

PIERROT

Bon !

COLOMBINE

Pourquoi ?

COLOMBINE

Je ne sais pas.

PIERROT

Comment.

PIERROT

Ah ! Mon enfant, la fortune inhumaine Avait guidé mes pas au bout de l'univers. J'ai parcouru les terres et les mers : En un mot je viens de Cayenne.

Cayenne : ville de Guyane en Amérique du Sud. La colonisation de la Guyane remonte au XVIIème siècle.

PIERROT, prenant la main de Colombine

C'est bien dit, mes amours

COLOMBINE, retirant sa main

Tais-toi donc.

PIERROT, batifolant

Oui, mon coeur.

COLOMBINE, le repoussant

Veux-tu bien être sage !

PIERROT

Et moi... je te dévore,

Il lui baise la main.

PIERROT

Oui.

SCÈNE VIII. Pierrot, Léandre.

PIERROT, à part

Ah ! Quel plaisir !

PIERROT

La voilà.

SCÈNE IX. Léandre, Pierrot, Isabelle, Colombine.

ISABELLE, courant au devant de Léandre

Est-ce vous que je vois cher amant ?

LÉANDRE

Oui.

COLOMBINE

Doux pour toi.

COLOMBINE, à Pierrot

Que fais-tu donc-là ?

COLOMBINE, à Pierrot

Colombine et Pierrot posent le tableau vis-à-vis la seconde coulisse du côté de la Reine.

Posons le près de cette table.

LÉANDRE, considérant le tableau

Oui voilà bien sa mine véritable.

SCÈNE X. Colombine, Pierrot.

PIERROT

C'est bien dit : hâtons-nous. Car la faim me talonne. Pourrons cette table à nous deux.

Ils apportent au milieu du Théâtre une table couverte d'une nappe, et de quatre couverts.

Des lumières dessus.

On pose deux bougies sur la Table et Colomb ine apporte un pâté.

Un pâté ! Bon, tant mieux. Nous lui dirons deux mots. Ah ! Charmante friponne !

SCÈNE XI.

CASSANDRE, seule

Il sort tout doucement du Cabinet où il était caché.

Sortir par une porte, rentrer par un autre, En même temps être absent et présent, C'est un tour.... C'est un tour....

Voyant la table mise etc.

Celui-ci vaut le nôtre. Avec tant de fracas est-ce moi qu'on attend ? Non ; le couvert est mis pour quatre, Et l'on me croit bien loin. Quand je serais ici, Nous ne sommes que trois, il en faudrait rabattre. Mais non ; je suis tout_à_fait dans l'oubli : Pour d'autre que pour moi la fête est préparée......

Il compte sur ses doigts.

Colombine, Isabelle..... Ah ! C'est partie_carrée : Elles n'auront pas lieu de se reprocher rien, Chacune, chacune a le sien.

ARIETTE.

C'est donc ainsi que l'on m'abuse. Coeurs faux, coeurs doubles, coeurs ingrats !... Mais, non, je vous demande excuse : Non, non ; vous ne me trompiez pas. Quand j'ai feint de quitter ces lieux, Vous avez fait bien des grimaces, Des pleurs ont coulé de vos yeux... J'en vois ici des belles traces Les apprêts d'un festin joyeux ! C'est donc ainsi que l'on m'abuse, Coeurs faux, coeurs doubles, coeurs ingrats !.... Mais, non, je vous demande excuse : Non, non ; vous ne me trompiez pas. Je m'en doutais, j'étais certain.... La trahison était trop claire Mais qui... mais qu'est-ce ... mais enfin ... Quel est celui qu'on me préfère ?. Je le verrai... fin contre fin.... Je percerai tout ce mystère. Mais le diable est-il plus malin ?... C'est donc ainsi que l'on m'abuse, etc. Mais pourquoi mon portrait est-il changé de place ! Qui l'a mis là pour quel sujet ?... Ils voudraient me narguer et m'insulter en face... Et ma figure au moins remplira leur objet. Pour les contrecarrer, usons de stratagèmes : Et tournons, s'il se peut, la ruse contre eux-mêmes. Mais comment m'y prendre ! Voyons. Me montrer tout-à-coup... Ils auront des raisons. Pour démentir ses apparences. J'aurai tort... Ils reviennent... Non... Non... Pour avoir plus d'assurances, Cachons-nous à quelque part... Sous cette table... Non.

Il se met derrière le Tableau. J

Ici je serai mieux.... Ah ! Le tour serait bon... Oui, c'est une excellente idée.... J'adopte vos projets... Bien plus, Je renchérirai par dessus. C'est une affaire décidée. Vous aimez à me voir, et bien vous me verrez ; Non tel que vous me croyez, mais d'une autre manière : Ce fera moi : oui, moi, sans voile, sans mystère.... Et de tout ce que vous ferez Je serai témoin oculaire. Point de quartier.... Que vais-je faire ?... Découper ce tableau !... Pourquoi le ménager !... Il est à moi ! Je puis bien sans danger...

Il découpe et enlève la tête du portrait.

Oui, puisqu'enfin la perfidie S'apprête à me porter le coup le plus fatal, Aux dépens de la copie Je sauverai l'original. L'obscurité me favorise Et la prétention qui les aveuglera Peut bien encor aider à la méprise. En tout cas j'agirai comme l'on agira.

Il se place derrière le tableau et passe sa tête par l'ouverture qu'il a faite.

SCÈNE DERNIÈRE. Léandre, Pierrot, Isabelle, Colombine.

Cassandre dans le Tableau.

CASSANDRE, à part

Je connais ces visages-là.

ISABELLE

Assurément.

ISABELLE

M'y voilà.

PIERROT

M'y voilà.

LÉANDRE, assis à table

Comptez, ma chère amie...

CASSANDRE, à part

On me tient.

CASSANDRE, à part

Le méchant garnement !

ISABELLE, à Léandre

Buvez donc.

LÉANDRE, tenant son verre

Ma chère Isabelle, Permettez-vous.

Il choque avec elle.

CASSANDRE, à part

Ah ! Ciel, mon vin !

ISABELLE, à Léandre

De tout mon coeur.

CASSANDRE, à part

Où m'allais-je fourrer ?

COLOMBINE

Le plaisant de l'affaire, C'est que ce vieux penard...

Penard : Terme de dénigrement. Vieux penard, ou, simplement, penard, vieillard usé. [L]

CASSANDRE, à part

J'étouffe de colère.

COLOMBINE

Est difficile à contenter. Avec sa face de carême, Il prétend, de plus il ose se flatter, Comme un beau Céladon, d'être aimé pour lui-même.

Céladon : Familièrement et ordinairement avec ironie, amant délicat et langoureux. [L]

CASSANDRE, à part

La coquine.

COLOMBINE, à Pierrot en lui donnant un soufflet

Faquin !

PIERROT, surpris

Est-ce pour plaisanter 1

PIERROT, tenant sa joue

Je ne lui dirais rien.

LÉANDRE, à Isabelle

Si nous faisions chorus ?

ISABELLE

Avec plaisir.

CASSANDRE, à part

J'enrage.

CASSANDRE, à part

J'étais le pis_aller !

ISABELLE

Je crains...

LÉANDRE

Fort bien.

COLOMBINE ET PIERROT

Si, si.

CASSANDRE, forçant sa voix

Oui.

Le texte est présenté ensuite sous forme d'un tableau à quatre colonne.

LÉANDRE

Monsieur...

CASSANDRE

Eh bien !

COLOMBINE, faisant la révérence

Grand-merci.

VAUDEVILLE.

PIERROT

Et tiendra tout.

On reprend le Rondeau en Choeur.

1 008 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica