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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en un Acte, en vers

Les Etrennes de l'Amitié, de l'Amour et de la Nature

Louis-François Archambault· créée en 1780, imprimée en 1783· 728 vers· 10 personnages

Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Comédie Française, le premier Janvier 1780. Et à la Cour, devant LEURS MAJESTÉS, le 4 du même mois.

Personnages

  • MONSIEUR DE SAINT-FRANC, M. Préville
  • MADAME DE SAINT-FRANC, Mme Préville
  • D'INVILLE, Fils aîné de Saint-Franc. M. Fleury
  • SOPHIE, jeune Fille, élevée chez Saint-Franc. Melle Contat
  • MADAME DORMONT, vieille soeur de Madame de Saint-Franc. Mme. Drouin
  • MONSIEUR D'HERBAIN, Père de Sophie, inconnu d'elle. M. Vanhove
  • UN PRÉCEPTEUR, M. Auger
  • UN JEUNE FILS DE SAINT-FRANC, Melle Vanhove
  • UN NOTAIRE, M. Bouret
  • UN VALET, M. Dugazon
Dédicace

ÉPITRE A LA REINE.

SOUVERAINE adorée ! ô vous, qui sur la terre De l'âge d'or ramenez l'heureux temps ! O vous, qui de mes premiers Chants Reçûtes le tribut, gage d'un coeur sincère ! Je vous devais ceux-ci. Quand je chante en mes Vers, Ce qui fait le bonheur, l'âme de l'univers ; En célébrant l'Amour, l'Amitié, la Nature, Je fais de vos vertus la naïve peinture : Votre coeur est l'asile et l'ornement des trois, Et de tous trois sur nous, notre Reine a les droits. Quand le sort envieux vous eut bien loin du Trône Fait naître sous le sceptre et l'éclat des grandeurs, Vous eussiez de l'Amour toujours eu la couronne, Et de même qu'ici régné sur tous les coeurs. Mais le Destin pour nous secondant la Nature, Vous a donné tout à la fois, Et le bandeau sacré des Rois, Et de Vénus la charmante ceinture.... On a dit que les Rois connaissaient peu d'amis, Notre Reine dément cette erreur trop commune ; Sensible à l'amitié, propice à l'infortune, A ces deux titres saints près d'elle on est admis : Souvent des malheureux dissipant les alarmes, On l'a vu déposer le rang, la majesté, Pour s'approcher des coeurs et mieux goûter les charmes, Et de la bienfaisance, et de l'égalité. Pour la Nature auguste Fille De la plus noble Mère, et l'épouse d'un Roi, Dont l'amour et l'hymen vous assurent la foi ! Soeur adorée ! Ah ! dans votre famille Comptez encor les plus tendres enfants ; Tous vos Sujets, ô Reine ! en ont les sentiments. Pour que ce titre cher, que ce doux nom de mère, De ces liens sacrés resserre encor les noeuds, Que le Ciel, favorable à l'ardeur de nos voeux, Vous donne un Fils de plus, et nous accorde un Frère (*) !

(*) L'époque de cette Épître précéda, comme on le voit par la date de la représentation, l'événement heureux qui a comblé les voeux de l'Auteur et de la Nation, par la naissance de Monseigneur le Dauphin.

SCÈNE PREMIÈRE.

Le théâtre représente un salon. Une porte au milieu et d'autres sur les côtés. L'action se passe le matin.

SCÈNE II. Madame de Saint-Franc, d'Inville, Sophie.

MADAME DE SAINT-FRANC

Embrasse-moi, viens, ma Sophie.

D'INVILLE

Excusez.

SCÈNE III. Monsieur et Madame de Saint-Franc.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC

Non. Je ne les hais point. Jamais la basse envie, Ni l'inquiète jalousie, N'ont de leur fiel amer empoisonné mon coeur ; Mais trop instruit par le malheur, Je connais les humains, les crains, et m'en défie. Victime, ainsi que moi, de leur malignité, Oubliez-vous leurs torts et leur perversité ? Lorsque l'hymen nous unit l'un à l'autre, Quand je quittai mon pays pour le vôtre, Je vous sacrifiai mes goûts ; Tous mes penchants furent réglés par vous ; Je fréquentai, je suivis pour vous plaire Cette société qui vous était si chère ; J'eus le malheur, enfin, de croire à vos amis. Quel fut le fruit de cette complaisance ? Bientôt par tous nous nous vîmes trahis. Sur l'espoir séducteur d'une fausse apparence, On m'embarque en un vain projet, Dont ma ruine était l'objet ; Je pars pour l'Amérique, et pendant mon voyage De ma fortune on se fait le partage. On s'accorde à me perdre ; et des uns rançonné, Par les autres surpris, de tous abandonné, Excepté de d'Herbain le père de Sophie, A qui je dois peut-être et l'honneur et la vie. De mes fonds dispersés ne me voyant plus rien, Redoutant les effets d'une injuste poursuite, Je me vis obligé de leur laisser mon bien, Et de chercher mon salut dans la fuite. J'aimais alors cette société, Et dupe comme vous, j'en étais enchanté. Cette cruelle expérience A dessillé mes yeux, a détrompé mon coeur ; Et j'ai perdu, grâce à mon imprudence, Et ma fortune et mon erreur.

SCÈNE IV. Monsieur et Madame de Saint-Franc, leur jeune fils et son précepteur.

LE PETIT, courant à son père, et d'un ton naïf

Ah ! Mon papa, de tout mon coeur.

MADAME DE SAINT-FRANC

Sans doute, mon ami.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC

Ah ! Mon cher Monsieur, de grâce.

PRUD'HOMME

A vos ordres je suis, Madame ; disposez de mon humble personne.

À Monsieur de Saint-Franc.

Monsieur, je suis de même à vos commandements.

Il s'en va avec Madame de Saint-Franc.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Monsieur de Saint-Franc, D'Inville.

SCÈNE VII. M. de Saint-Franc, D'Inville, Le Notaire apportant le contrat.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC, à son fils, en lui montrant le contrat qu'il a pris des mains du Notaire

Voyez, mon fils ; voici pour vous le gage, Le tendre lien du plaisir, Ou la chaîne de l'esclavage. Dois-je signer, ou prévenir Des regrets superflus ?

Il fait mine de déchirer le contrat.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC

C'en est assez. Mon fils, vous rendre heureux, Sophie et vous, c'est l'objet de mes voeux. Donnez, Monsieur.

Il prend la plume des mains du notaire pour signer. Entre un Valet.

SCÈNE VIII. Les précédents, Un Valet, avec une Lettre.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC, au Valet

Qu'est-ce ?

MONSIEUR DE SAINT-FRANC, prenant la Lettre

Quel caractère !

Il lit bas, et dit après :

Oh Ciel ! Quel coup du sort !

Au Notaire.

Remportez ce contrat.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC

Renoncez-y, mon fils.

D'INVILLE, au Notaire qui s'en va

Arrêtez, je vous prie.

À son père.

Renoncer à Sophie ! Hélas ! plutôt la mort.

LE VALET

À votre aise, Monsieur.

Monsieur de Saint-Franc sort avec le Notaire.

SCÈNE IX. D'Inville, Le Valet.

LE VALET, à part

Ce poulet cause ici Bien du grabuge.

Grabuge : Vieux mot qui signifie, débat et différent domestique. [F]

LE VALET, à part

Bon ! Je le vois venir.

D'INVILLE

Dis-moi....

D'INVILLE

Parleras-tu ?

LE VALET

Oh ! non.

D'INVILLE, menaçant

Quoi ! Non ?

LE VALET, qui a peur du geste

Eh bien ! Oui, Monsieur.

D'INVILLE

D'un rival ?

LE VALET

Non.

D'Inville lui fait peur.

Oui, Monsieur.

D'INVILLE

Ah ! traître, Tu mourras.

Il tire son épée.

D'INVILLE, avec émotion

Une fille, dis-tu ?

SCÈNE X. Les Précédents, Monsieur de Saint-Franc.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC, au valet

Tenez, portez à votre maître Ce mot d'écrit.

SCÈNE XI. Monsieur de Saint-Franc, D'Inville, Madame de Saint-Franc, Sophie parée pour sortir.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC, à d'Inville

Mon fils, Vous ne pensez donc plus à nos visites ?

MADAME DE SAINT-FRANC

Expliquez-vous.

SOPHIE, à part

Je tremble.

MADAME DE SAINT-FRANC, à son mari

Serait-il vrai, Monsieur ?

SOPHIE

Hélas !

MADAME DE SAINT-FRANC

Mais...

MONSIEUR DE SAINT-FRANC

Bénissez ce jour, Sophie, C'est le plus beau de votre vie. Lisez.

Il lui donne la lettre.

SOPHIE, lit, et change de ton à mesure : avec curiosité d'abord, ensuite avec intérêt

« J'apprends en ce moment, mon cher Van-Regth, que tu demeures à Paris, sous le nom de Saint-Franc. C'est ce changement de pays et de nom qui t'a empêché de recevoir mes Lettres, et mes voyages continuels m'ont privé des tiennes. Mais, enfin, nous allons nous revoir. J'ai gagné des biens considérables, et je t'apprendrai des choses bien intéressantes. Puisses-tu de même porter la consolation dans le coeur d'un père !

Ici commence le grand intérêt de Sophie.

« On m'a dit que toi seul pourrais me donner des nouvelles d'une fille que je regrette depuis quinze ans.... Ah ! Mon ami, si le Ciel me l'a conservée, je viens lui proposer un époux digne d'elle,

Ici sa voix s'affaiblit, en regardant d'Inville qui fait un mouvement de douleur.

« Et j'aurai le plaisir de leur partager ma fortune. Mais, hélas ! Je ne dois plus peut-être espérer ce bonheur ; et le destin cruel qui m'a ravi mon épouse, m'aura, sans doute, encore enlevé ma fille. »

Ici les sanglots de Sophie lui doivent couper la voix.

SCÈNE XII. Les Précédents, Madame Dormont, bien cassée et se soutenant sur une béquille.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC, se reculant d'elle

Maugrebleu de la folle !

Il s'en va.

SCÈNE XIII. Madame Dormont, Madame de Saint-Franc, Sophie, D'Invillle.

MADAME DORMONT, à d'Inville

Hein ! qu'a-t-il donc, ton père ? Dis-moi, d'Inville ? Allons, viens, mon ami.

Elle va aussi pour l'embrasser.

D'INVILLE, sans la voir, ni l'entendre

À Sophie.

Je vais le suivre.

À Madame de Saint-Franc.

Et vous, ma mère, À nos désirs, rendez-le moins sévère.

Il s'en va.

SCÈNE XIV. Madame Dormont, Madame de Saint-Franc, Sophie.

SCÈNE XV. Sophie, Madame Dormont.

MADAME DORMONT

Mais, dis-moi donc, toi, mon enfant....

Elle va aussi, les bras ouverts, pour embrasser Sophie, qui la laisse de même pour suivre Madame de Saint-Franc.

SCÈNE XVI.

SCÈNE XVII. Madame Dormont, Monsieur d'Herbain.

MONSIEUR D'HERBAIN

Madame, pardonnez....

MADAME DORMONT, allant pour l'embrasser

Monsieur, de tout mon coeur.

MONSIEUR D'HERBAIN, se retirant par derrière

Madame....

MADAME DORMONT

Eh bien ! parlez.

MONSIEUR D'HERBAIN

Ne sauriez-vous me dire....

MONSIEUR D'HERBAIN, alarmé

Est-il possible ? Ô Ciel !

SCÈNE XVIII.

SCÈNE XIX. Monsieur d'Herbain, en fond du Théâtre ; d'Inville et Sophie entrant par le côté, avec le contrat.

MONSIEUR D'HERBAIN, derrière, avec attendrissement, et s'avançant près d'eux

Ô Ciel ! D'un père !

MONSIEUR D'HERBAIN, la serrant dans ses bras

Il comble aussi les miens. Embrassez-moi, ma fille !

SCÈNE XX. Les Précédents, Monsieur de Saint-Franc, Madame de Saint-Franc, entrant avec chaleur.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC, à Monsieur d'Herbain

Oui, la voilà ; toujours dans ma famille Je te l'ai conservée.

MADAME DE SAINT-FRANC

Se peut-il ?

MONSIEUR DE SAINT-FRANC

Eh bien !

SOPHIE, embrassant son père

Ah ! mon père !

D'INVILLE, se jetant aux pieds de d'Herbain

Ah ! Monsieur !

MONSIEUR DE SAINT-FRANC, l'embrassant

Mon cher ami !

SCÈNE XXI et DERNIÈRE. Les précédents, Madame Dormont.

MONSIEUR DE SAINT-FRANC

Que voulez-vous, ma soeur ?

MONSIEUR D'HERBAIN

Pour vous servir, Madame.

MADAME DE SAINT-FRANC

C'est fait, ma soeur.

MADAME DE SAINT-FRANC

Tout est fini, ma soeur.

MADAME DORMONT, à Monsieur d'Herbain

Oh ! Pour le coup, Monsieur, embrassons-nous. Vous me gagnez le coeur.

Elle l'embrasse.

MADAME DORMONT, voulant embrasser Monsieur de Saint-Franc

Et vous, mon frère, encor me refuserez-vous ?

MONSIEUR DE SAINT-FRANC

Votre transport est légitime, Et mon coeur le partage.

Il l'embrasse.

728 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0