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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

La Pucelle d'Orléans

Abbé d'Aubignac, Isaac de Benserade, Hippolyte-Jules Pilet de La Mesnardière· imprimée en 1642· 5 actes· 1 688 vers· 14 personnages

Personnages

  • L'ANGE
  • JEANNE D'ARC, dite la Pucelle d'Orléans
  • LE DUC DE SOMMERSET
  • LE COMTE DE VARVIC
  • JEAN DE TALBOT, Baron de Salopie
  • CANCHON
  • MIDE
  • DESTIVET
  • LA COMTESSE DE VARVIC
  • DALINDE, sa confidente
  • [ARONTE, Gentilhomme du Comte de Varwick.]
  • GARDES
  • SOLDATS
  • PEUPLE

ACTE I

SCÈNE I. L'Ange, La Pucelle.

Le Ciel s'ouvre par un grand éclair, et l'Ange paraît.

L'ANGE

Fille heureuse et sans prix, qui malgré tant d'obstacles As fait du Dieu vivant les célèbres miracles, J'apporte de tes maux l'entière guérison Et pour t'ouvrir le Ciel je t'ouvre la prison. En cet endroit fatal tu seras condamnée, Et dans ce même endroit tu feras couronnée, Contre toi l'injustice élèvera son bras, Elle t'outragera, mais tu la confondras Soutiendra ta pensée et conduira ta voix. Et ta sainte innocence avant que l'on l'opprime. Même en son tribunal fera trembler le crime : Tu n'appréhenderas supplice, ni tourment Si tu connais la main qui rompt dans un moment. En dépit des méchants, tes prisons criminelles, Puisqu'elle peut sur eux ce qu'elle a fait sur elles ; Oui, tu leur jetteras la honte sur le front Et tu les jugeras quand ils te jugeront. Songeant à leur fureur ne craint point ta faiblesse, Car si dans le besoin l'éloquence te laisse, Là mon heureux secours éprouvé tant de fois Où si dans mes faveurs tu manques de refuges Et que t'abandonnant au pouvoir de tes juges. Mon secours au dehors te quitte désormais, Souffre l'ordre d'en haut, ne murmure jamais, Puisqu'elle vient du Ciel laisse choir la tempête, Ton âme ira d'un vol et plus noble et plus prompt, Elle en sera plus grande et ses forces croîtront. En ce coup généreux d'esprit et de courage On verra triompher et ton sexe et ton âge, La mort t'apparaîtra sous le masque trompeur Dont elle se déguise afin de faire peur, Tu l'envisageras sans que ton coeur frémisse, C'est la même à la guerre, et la même au supplice, Et celle que tu vis au milieu des combats Dans ce martyre saint ne dégénère pas. Et toute généreuse ira jusqu'à la fin. Nos lâches ennemis que tu combles d'envie Attendent que ta mort fasse honte à ta vie, Mais ta noble vertu souffrira son destin, Et toute généreuse ira jusqu'à la fin. Donc pour te disposer, puisque Dieu le commande À ce dernier combat dont la palme est si grande, Et si fort importante à quiconque est vainqueur, Par tes yeux à ta peine accoutume ton coeur En voilà dans les airs une image tracée, Occupe là-dessus tes yeux et ta pensée,

Ici paraîtra en perspective une femme dans un feu allumé, et une foule de peuple à l'entour d'elle.

Et lisant dans ce vague où ton sort est écrit, Renforce ta vigueur, ranime ton esprit, Vois le brillant tableau du funeste supplice Qu'à ta sainte vertu prépare l'injustice, Il te faudra franchir ces brasiers que voilà Et pour aller au Ciel tu passeras par là ; Vois la foule d'un peuple autour d'une innocente Qui dans l'ardeur des feux demeure si constante, Tache de limiter jusqu'à son moindre trait, Et que l'original soit digne du portrait.

SCÈNE II. Un Garde, La Pucelle.

UN GARDE entrant et demeurant étonné

D'où vient ce grand éclat ?

SCÈNE III.

LE COMTE DE VARVIC

Quoi ? Qu'est-ce ?

SCÈNE IV. Le Comte de Varvic, La Pucelle.

LA PUCELLE

Tu m'aimes je le sais, si ton intention Est de me témoigner qu'elle est ta passion, Ne m'en assure point en des termes frivoles, Je la vois dans ton coeur mieux que dans tes paroles, C'est à dire je vois plutôt ce mouvement En son impureté qu'en son déguisement Tu m'aimes je le fais, ton âme se consume, Mais d'un feu qui fait honte à celle qui l'allume, Puisqu'il souffre un espoir lâchement combattu Et que je vois qu'il dure auprès de ma vertu. Vois, Comte, à quel excès ton procédé m'offense ; Tu n'as pu me juger de publique sentence Sous le nom de sorcière, tu n'as pu hautement Au sentiment commun joindre ton sentiment, Et tu m'as bien traitée avec plus d'infamie, Et tu m'as bien traitée en mortelle ennemie Quand ce coupable coeur que tu me veux cacher M'a jugée en secret capable de pêcher. Il me semble en effet que ta main me poignarde Quand je te considère et que je me regarde. - Charles m'a vu brillante au milieu de sa Cour Où cent jeunes Seigneurs ne songeaient qu'à l'amour, Sans que le plus hardi de la feule pensée En voyant ma vertu lait jamais offensée. J'ai vécu dans le camp parmi cent escadrons, Et là ma pureté n'a point reçu d'affronts ; Cet illustre Dunois, ce généreux Xaintrailles, La Hire et Baudricourt, vrais foudres des batailles, Et tant d'autres encor que tant de gloire fait, Seuls en leurs pavillons dans de la nuit À la guerre où l'on voit la licence effrontée, N'ont point eu de penser qui ne m'ait respectée, Ils m'ont toujours chérie et de l'âme et du coeur, Et mon honnêteté leur a toujours fait peur. Je me glorifierais d'un visage incapable De faire des méchants, si tu n'étais coupable, Mais de ce que j'impute à ma feinte beauté J'en dois remercier leur générosité Qui n'a pu faire outrage à la chaste innocence D'une fille où le ciel avait mis leur défense, C'est à ta lâcheté d'en violer les lois, Et ton crime vraiment est digne d'un Anglais ; Quelque affront si cruel que ton amour me fasse, Je n'en devais jamais attendre plus de grâce, Et je puis voir sans honte et sans étonnement Qu'un de mes ennemis m'aime imparfaitement.

Dunois, Jean de (1403-1468) et Xaintrailles, Jean Ponton de (1390-1461) : compagnons d'armes de Jeanne d'Arc.

La Hire : Etienne de Vignolle dit (1390-1443) et Baudricourt, Robert de (13 ? ?-1454) Compagnon d'armes de Jeanne d'Arc.

SCÈNE V. LE Duc de Sommerset, Destivet, Le Comte de Varvic, La Pucelle, Le Garde.

SCÈNE VI. Le Duc de Sommerset, le Comte de Varvic, Destivet.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Aronte, Le Comte.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Le Baron de Talbot, Canchon, Mide, La Comtesse de Varvic, Dalinde.

LE BARON

Examinons-là bien sur ce qui s'est passé, Que notre jugement soit désintéressé, Voyons cette méchante et cette abominable À qui le droit ordonne un supplice effroyable, Mais ne la voyons point comme ses ennemis. - Quoi n'a-telle pas fait tout ce qu'elle a promis ? Elle a dit que d'en haut elle était envoyée Afin de rassurer une ville effrayée - Et triompher dans Reims du Sacre de son Roi, N'a-t'elle pas mis fin à l'un et l'autre emploi ? Avec combien d'honneur en est elle sortie ? Qui n'a vu sa valeur ? Qui ne l'a ressentie ? Elle nous a forcés, a rompu nos desseins Jusqu'à faire tomber les armes de nos mains, Le courant de sa gloire a brisé tous obstacles, - Et bref sa seule main a fait ces grands miracles Dont la postérité des siècles à venir Sans nous faire un affront ne se peut souvenir. Mais dès qu'elle entreprend par delà sa promesse Sa vaillance décline, et sa fortune cesse, On voit diminuer tout ce qu'elle a de grand, Elle manque Paris, on la blesse, on la prend : Enfin d'une personne où tant de gloire brille Et d'un coeur de héros ce n'est plus qu'une fille Qui ne peut soutenir l'honneur de ses exploits Généreuse pourtant, mais fille toutefois. Est-ce point que le Ciel qui tient sans violence Les intérêts humains en égale balance, Pour maintenir cet ordre au jugement de tous A mis Charles debout aussi bien comme nous, Et qu'il veut à présent dans l'état où nous sommes Laisser faire le reste à la force des hommes ? - Certes quoi qu'il en soit, c'est toujours un grand bien De tenir la Pucelle où paraît leur soutien, Ne faisons pas mourir cette illustre personne, Usons mieux d'un trésor que la guerre nous donne, Et tant que nous pourrons, gardons nous d'engager La colère du Ciel au point de la venger.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Le Comte, Un Garde.

LE COMTE

Ha traîtres !

Elle entre.

SCÈNE V. La Pucelle, Le Comte.

LA PUCELLE

Je cognais ton adresse, âme au vice occupée, Et dans l'impureté tout à fait détrempée, N'ayant pas achevé ce complot odieux Tu veux me rassurer pour me surprendre mieux, Mais les intentions tant de fois reprochées Et des tiens et de toi ne me sont point cachées, De celles des premiers le succès s'en va fait, La tienne seulement n'aura point son effet, Tous fors toi gagneront à ma triste aventure, Car Dueu veut que je meure et que je meure pure, Et quand leur cruauté disposera de moi Il me suscitera des forces contre toi Et ne permettra pas que le cours de ta rage Emporte ma pudeur à son triste naufrage, Ma résolution serait ferme en ce point Oui quand même le Ciel ne la soutiendrait point, L'âme qu'il n'a donnée est une âme héroïque Qui toute généreuse et s'accroît et se pique Par les difficultés dont elle vient à bout Et ma chasteté seule est plus forte que tout. Je voIS les tiens et toi disputer ma personne, Et pour te faire voir combien ma cause est bonne J'appelle à mon Conseil en cette occasion Ta générosité loin de ta passion ; Quand j'aurai pris le soin de conserver ma vie Il faudra dans un temps qu'elle me soit ravie, Car me faisant mourir, à toute extrémité Ils ne font que presser une nécessité Et sauvant mon honneur je conserve une chose Qui triomphe du temps et dont rien ne dispose : Ne vaut-il donc pas mieux être de leur côté S'ils me laissent un bien à toute éternité Que de m'assujettir au dessein de te plaire Pour en posséder un qui ne durera guère Encore traversé de honte et de remords Qui vive me rendraient plus morte que les morts Que diraient les Français si tu m'avais vaincue Eux qui n'ont triomphé que parce qu'ils m'ont vue ? Quelle honte serait ce à cent respectueux Qui tremblaient devant moi si tu faisais plus qu'eux ? Ce qui n'est que fureur serait-il pas justice Et ne serais-je pas digne de mon supplice ? Mais si ton fol amour est si tendre pour moi Qu'il ne puisse pas voir l'état où je me vois, Ôte à mes ennemis l'effet de leur envie, Laisse-moi mon honneur, dérobe leur ma vie, Sans croire que l'effort de ta brutalité Usurpe jamais rien sur mon honnêteté, Et couvre ma vertu d'une honte infinie Me rendant malheureuse et justement punie.

ACTE III

SCÈNE I. Le Duc de Sommerset, Le Comte de Varvic.

SCÈNE II. Le Duc de Sommerset, Le Comte de Varvic, Le Baron de Talbot, Destivet, Mide, Canchon, La Pucelle, deux Gardes.

LA PUCELLE

Prétexte injurieux et digne du tonnerre Contre l'ordre du Ciel et les lois de la terre : Qui dans les faussetés et assez visiblement D'un État bien réglé sape le fondement : C'est à ce sage auteur ce qui respire D'élever et d'abattre un florissant Empire D'en former à son gré la ruine ou l'appui, Et ces grands changements n'appartiennent qu'à lui. Quand Dieu fait les États il inspire lui-même Ce vieil et premier droit sur qui le diadème Établit son pouvoir avecque fermeté Et le règle aux humeurs du peuple surmonté, Si bien qu'elle est plutôt cette loi souveraine Un décret tout divin qu'une pensée humaine Et la vouloir enfreindre est une impiété ; Or de votre forfait telle est la qualité Les Français de tout temps ont eu de fortes âmes Qui n'ont jamais dessous le joug des femmes, L'autorité du Ciel a de son propre doigt Écrit la Loi Salique ou se fonde le droit Que les hommes tous seuls ont sur une couronne ? Qu'à des hommes tous seuls notre courage donne, Loi Sainte en son principe et la Reine des lois, Loi toute vénérable à tous les autres Rois. N'allez pas présumer que nous ayons vos taches, Nous sommes généreux et vous êtes des lâches, Le joug que vous portez est bien digne de vous Il faut en faible empire à des courages mous Et dans cette bassesse ou croupissent vos âmes Femmes, vous faîtes bien d'obéir à des femmes Et de remettre ainsi la domination Dans les mains du caprice et de la passion. Vous en aurez un jour une marque pressante Sous une femme altière et cruelle et puissante De qui l'impie orgueil tant qu'elle régnera Foulera les autels et vous opprimera. Cependant frémissez en écoutant les peines Qui suivront de bien près vos rages inhumaines, Le Ciel jusques ici nous a punis par vous Et votre ambition a servi son courroux, Mais nos maux vont finir, cette mort déplorée Du grand Duc de Bourgogne est enfin réparée, Elle ne parle plus contre son meurtrier Et le sang répandu cesse enfin de crier : La paix règne entre nous, et nos armes sont prêtes À vous faire lâcher vos injustes conquêtes, Le Ciel que votre orgueil regarde avec mépris Veut que dans peu de temps vous sortiez de Paris Et qu'emportant sur vous une entière victoire Nous rendions votre honte égale à votre gloire.

LA PUCELLE

Je n'ai pas sait encore, et je m'adresse à vous Qui m'outragez ensemble et qui m'accablez tous, Qui faites vanité de me voir asservie Et de persécuter une innocente vie : Vous m'allez condamner et votre injuste loi N'a point d'yeux pour le Ciel ni d'oreilles pour moi, Innocente ou coupable, il faut que par maxime Vous suivez l'intérêt du méchant qui m'opprime, Et la servile peur de déplaire à Bethfort Est la seule équité qui préside à ma mort. Bien donc exécutez votre complot funeste, Pour achever le crime achevez ce qui reste, Armez votre fureur et votre ambition Sans écouter la voix de la compassion Qui vous touche possible et qui vous représente Que c'est contre une fille, et qu'elle est innocente, Ne vous dispensez point d'un tyrannique effort, Allez à la fortune et passez par ma mort, Joignez vous tous ensemble, ô troupe généreuse, Afin d'être plus forts contre une malheureuse, C'est beaucoup mériter, c'est faire un coup bien grand Et bien digne après tout d'un peuple conquérant. Mais de ces procédés ou votre orgueil m'affronte J'en aurai tout l'honneur et vous toute la honte, Le feu qu'on me prépare et qu'on m'allume ici Ne me saurait brûler qu'il ne m'éclaire aussi Et la main des bourreaux utile à ma mémoire Jetant ma cendre au vent dispersera à ma gloire. Je vois déjà le marbre et la bronze élevés Où prés de ma vertu vos crimes sont gravés : Mais parce que le marbre et la bronze durable N'évitent point du temps la force inévitable Qui les dissipe enfin malgré leur dureté, Et qu'on va par ailleurs à l'immortalité ; Quand deux siècles passés rendront ma perte antique Un célèbre Héros, un Prince magnifique Un Duc tout généreux, héritier à la fois Des vertus et du nom de ce vaillant Dunois, Relèvera l'éclat d'une gloire si belle Et fera travailler à me rendre immortelle Par un ouvrage grand et seul semblable à soi Bien digne de lui même et bien digne de moi.

SCÈNE III. Le Comte de Varvic, Le Duc de Sommerset, Le Baron de Talbot, Canchon, Destivet, Mide.

LE DUC, descendant du Tribunal

À son autorité quel pouvoir est égal ?

Aucun autre vers ne rime avec le vers 979.

SCÈNE IV. La Comtesse de Varvic, Le Duc.

SCÈNE V. La Comtesse de Varvic, Le Comte de Varvic.

SCÈNE VI.

ACTE IV

On ouvre le Théâtre, les juges se trouvent assis, et la Pucelle devant eux.

SCÈNE PREMIÈRE. La Pucelle, Le Duc, Le Comte, Le Baron, Canchon, Mide, Destivet, Soldats, Peuple.

LE DUC

Parle sans te railler et dis combien de faits Ou même du penser on n'atteignit jamais Parmi les plus puissants et les plus grands courages Ont été toutefois tes vulgaires ouvrages ? Quand je pense où s'est vu Charles et son État Avant que ce prodige au monde fit éclat, Et que je vois la gloire et de l'un et de l'autre Depuis que sa puissance a supplanté la nôtre : Je ne sais qui me tient que de ma propre main Je ne venge sur elle un trouble si soudain Au point où la fortune affligeait ce Monarque Bourges de son Empire était la seule marque, La France allait céder de l'un à l'autre bout, Il ne possédait rien car nous possédions tout, Et nos armes faisaient sur les rives du Loire : Avancer à grands pas notre naissante gloire. Mais dès que cette rage a pour lui combattu, On voit reprendre coeur à sa faible vertu, On le voit rétablir ses forces consommées Et remettre sur pied de nouvelles armées, Et les villes enfin ont cette lâcheté De reprendre le joug qu'elles avaient quitté, Sa force qui de soi n'osait tant se promettre Nous jette à bas du Trône afin de l'y remettre, Enfin il saut tout rendre après avoir tout pris : Et nous en voir au point de défendre Paris. Réponds, fille enragée, et qu'en notre présence Ta bouche soit d'accord avec ta conscience, À moins que le Démon t'aidât à nous braver Le siège d'Orléans se pouvait-il lever ? Le Sacre de ton Roi qui te rendit si vaine N'alla-t'il pas plus loin que la puissance humaine ? As tu pu toute seule, et par ton seul abord Jeter dans notre camp la frayeur et la mort ? Et ce cerf enchanté qui sur la plaine verte Dans les champs de Patay commença notre perte Quand à notre dommage on te vit triompher, Nous pouvait-il venir d'ailleurs que de l'Enfer ?

SCÈNE II. Le Duc de Sommerset, Le Comte de Varvic. Le Baron de Talbot, Soldats, Peuple.

UN DU PEUPLE

Ha méchants !

UN AUTRE SOLDAT

Ils sont d'intelligence.

SCÈNE III. Le Duc, Le Comte, Le Baron, La Comtesse, Dalinde.

LA COMTESSE, en désordre

Attendez, Chevalier.

SCÈNE IV. Le Comte, le Baron.

LE COMTE

Non laissez moi tout seul.

Il s'en va.

SCÈNE V.

DALINDE emportant sa maîtresse

Que l'on tombe aisément dans une frénésie Et par la conscience, et par la jalousie.

Le Théâtre se referme.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. La Pucelle, Canchon, Mide, Le Peuple.

LA PUCELLE

Stances de la Pucelle allant au supplice.

SCÈNE II.

LE COMTE DE VARVIC, seul

Où va ce peuple fou ? Quelle rage l'anime À courir de la sorte au triomphe du crime ? Qui s'imaginerait , qui pourrait concevoir L'innocence punie être si belle à voir ? Cette cour est déserte en sa vaste étendue, Ce qui la remplissait se dérobe à ma vue, Et ce peuple écoulé qui mène un si grand bruit Au spectacle attaché le devance, ou le fuit. Quoi dans le désespoir dont j'ai l'âme oppressée N'en sais-je pas autant de ma triste pensée ? Les autres pour la voir en cette extrémité Suivent un mouvement de curiosité, Ou de compassion, ou de rage, et de haine, Et mon coeur fuit les pas de l'amour qui l'y traîne, Il me quitte, il y court, et demeurant auprès Accompagne à la mort ses innocents attraits, Il souffre aussi bien qu'elle, et je vois ce me semble. Qu'au funeste bûcher on les attache ensemble. Ha la douleur m'étouffe, et je meurs de pitié ! Ici mon désespoir s'accroît de la moitié, Hélas en quel état m'apparaît cette belle ! Un grand cercle de feu pétille à l'entour d'elle, Sa belle âme s'envole et se va perdre en l'air Avec ce même feu qui la fait envoler. Amant désespéré, malheureux à toi-même, Tu l'as abandonnée en son besoin extrême, L'insolence à tes yeux a commis ce forfait Et l'ayant enduré ta lâcheté l'a fait. Mais quoi pour empêcher notre commun supplice N'ai-je pas employé la force et l'artifice ? Pour elle je n'ai pu sécher sa cruauté, Je n'ai pu la sauver qu'avec sa volonté Et sa haute pudeur sort enracinée Contre son propre bien s'est toujours obstinée. Toutefois son salut se pouvait espérer Si je l'eusse entrepris sans me considérer, Et sans mêler un peu lorsque je l'ai servie L'intérêt de ma flamme au dessein de sa vie, Pouvais-je à sa vertu faire mettre armes bas, Et puisque je l'aimais la connaissais-je pas ? Hélas elle vivrait, et quand bien l'espérance Aurait été ravie à ma persévérance, Ne la possédant pas il resterait ce point Que j'aurais le bonheur de ne la perdre point. Doux sentiments du coeur, dont la voix infidèle M'a dit secrètement que j'aimais cette belle Du véritable amour qu'ont les vrais serviteurs, Vous en avez, menti comme des imposteurs : Je trouve en débrouillant votre artifice extrême Que j'avais seulement de l'amour pour moi-même. Et recherchant mon bien qu'elle tenait en soi Je n'ai rien fait pour elle et j'ai tout fait pour moi : Encore si pour moi ma flamme eut été vraie Je me fusse épargné cette cruelle plaie Qui saignera toujours dans le fond de mon coeur, Oui j'aurais eu pitié de ma propre langueur, Et sauvant sa beauté contre la force ouverte Je me serais sauvé du regret de sa perte. C'est donc moi qui la tue et le Ciel a permis Que je sois le plus grand de tous ses ennemis, Pas un de la sauver ne se vit plus capable, Et pas un de sa mort ne se voit plus coupable. Ha ! Reviens, mon amour, non plus comme devant Avecque le flambeau d'un espoir décevant, Mais armé de serpents, de terreurs, et de rages Qui de mon désespoir signalent les ouvrages, Dans mon sein criminel verse un poison maudit, Et deviens mon bourreau comme elle m'a prédit.

SCÈNE III. Le Comte, Le Comtesse, Dalinde.

SCÈNE IV. Le Duc. Le Comte, La Comtesse, Dalinde, Canchon, Destivet entre deux gardes.

LA COMTESSE

. . . . . . . . . . . . . . .

Le vers 1577 est illisible.

SCÈNE V. La Comtesse, Le Baron, Le Duc, Le Comte, Destivet, etc.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII.

1 688 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica