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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Poème Héroïque

Le Prince Fugitif

Balthasar Baro· créée en 1697, imprimée en 1649· 5 actes· 1 464 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois le 10 juillet 1697 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • PHILOXANDRE, [de son vrai nom : Apollonie]
  • CLYTON, [sauveteur et confident de Philoxandre]
  • LE ROI DE CYRÈNE
  • ARCHESTRATE, fille du Roi
  • LUCINDE, [confidente d'Archestrate]
  • ALCESTE, Prince rival d'Orphise
  • ORPHISE, Prince Rival d'Alceste
  • ARCYLAS, Capitaine des gardes
  • ACANTE, Ambassadeur
  • SOLDAT
MADAME,

À TRÈS HAUTE, TRÈS PUISSANTE ET SOUVERAINE PRINCESSE CHRISTINE. REINE DE SUÈDE.

Ce Prince que j'ai l'honneur de présenter à Votre Majesté ne croirait pas avoir reçu toute la gloire que ses belles actions ont méritée, s'il ne s'efforçait d'ajouter à l'estime que la France en a faite, l'approbation d'une Reine qui est aujourd'hui la merveille et l'étonnement de tout le monde. C'est pour cela, MADAME, qu'il vole avec joie vers les climats où vous commandez, et qu'il va tâcher en vous apprenant ses aventures, d'apprendre lui-même dans l'exemple de votre vie la science de bien régner. Et certes on ne peut savoir de quels châtiments vous accablez le vice, et de quelles récompenses vous honorez la vertu, sans confesser que c'est une espèce de prodige de voir que Votre Majesté possède en l'âge de vingt-deux ans, ce qu'à peine les plus grands Politiques ont bien su dans l'étendue de plusieurs siècles. Je sais bien que GUSTAVE, cet illustre Conquérant, qui s'étant fait sentir à nos Ennemis comme un foudre, disparut quasi comme un éclair ; je sais bien, dis-je, que ce grand Prince qui avait porté l'affection ou la crainte jusques dans le coeur de tous les Monarques, ne pouvait rien produire qui ne fût miraculeux. Mais, MADAME, ceux qui voient de quels trésors vous enrichissez une naissance si avantageuse, demeurent d'accord que vous vous devez presque tout à vous-même, et que les perfections que vous faites éclater, et les belles connaissances dont vous vous remplissez tous les jours, sont bien plutôt un ouvrage de vos veilles et de vos soins, qu'un présent de la Nature. J'entreprendrais d'exagérer dans cette lettre une partie des vertus dont vous brillez, si je n'étais bien assuré que ce que j'en dirais trouverait fort peu de créance parmi les hommes ; car, MADAME, qui pourrait se persuader que le Soleil n'eût jamais surpris dans le lit une jeune Reine, et que ces longues heures que les autres donnent au sommeil ne fussent employées par elle qu'à l'étude des belles choses ? Qui croirait que malgré la délicatesse de son sexe, Votre majesté eût pu s'accoutumer à l'usage des armes, et qu'au lieu de se plaire aux artifices d'une coiffure, ou à la pompe des habits, elle eût tant d'amour pour le courage et pour les lettres, qu'elle ne pût souffrir auprès d'elle ni les lâches, ni les ignorants ? Qui croirait que pour l'expérience de la guerre on pût avec justice préférer Votre Majesté aux plus grands Héros que l'antiquité nous ait vantés, puisque aussi savante qu'eux en l'Art de faire subsister et combattre les armées vous avez encore le secret d'y attacher inséparablement la victoire ? Qui croirait enfin que dans un âge si peu avancé une Princesse présidât dans son Conseil, beaucoup moins par sa condition que par sa suffisance, et qu'en toutes rencontres faisant de ses Conseillers les sectateurs de ses justes sentiments, elle leur fit avouer qu'il serait impossible de trouver dans tous ses États un plus solide jugement, ni plus capable de la conduite d'un Empire. Ce sont là, MADAME, des choses qui semblent aller au-delà de l'imagination. Et ce sont pourtant des vérités que j'ai apprises, non pas d'un simple bruit commun, mais d'une bouche sacrée, et qui a cet avantage sur la Renommée, de ne savoir ni déguiser ni mentir. Et c'est par cette même bouche, MADAME, que j'ose espérer que Votre Majesté saura quelque jour combien sensiblement m'ont touché des qualités si extraordinaires, et que quand je ne devrais pas toutes choses aux bontés qu'elle a pour ma Nation, je ne laisserais pas d'être par une obligation très légitime, et avec un respect très soumis,

De Votre Majesté, MADAME,

Très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur,

BARO.

ACTE I

SCÈNE I. Philoxandre, Clyton.

SCÈNE II. Le Roi, Arcylas, Alceste, Philoxandre, Clyton.

LE ROI, parlant à Arcilas

Est-il hors de Cyrène ?

SCÈNE III. Le Roi, Orphise, Alceste, Arcylas,

SCÈNE IV. Archestrate, Soldat, Le Roi, Orphise, Alceste, Arcylas, Philoxandre, Clyton.

ARCHESTRATE, à part

Et si funeste.

PHILOXANDRE

Mais, Sire.

SCÈNE V. Philoxandre, Archestrate, Lucinde.

PHILOXANDRE

Vous fuyez !

ARCHESTRATE

Me quitter !

ACTE II

SCÈNE I. Archestrate, Lucinde.

ARCHESTRATE

Pour mon père.

ARCHESTRATE

Pour tous.

SCÈNE II. Lucinde, Archestrate, Clyton.

ARCHESTRATE

Oui, Clyton.

SCÈNE III. Philoxandre, Archestrate, Lucinde, Clyton.

ARCHESTRATE

Quoi ? Poursuis.

ARCHESTRATE

Courons à sa rencontre.

Elle sort.

SCÈNE IV. Le Roi, Archestrate, Alceste, Orphise.

ACTE III

SCÈNE I. Alceste, Orphise.

SCÈNE II. Alceste, Lucinde, Orphise.

LUCINDE

Je le crois.

LUCINDE

Seigneur.

ORPHISE

Quel ?

ORPHISE

Sitôt.

SCÈNE III. Orphise, Alceste.

SCÈNE IV. Le Roi, Philoxandre, Orphise, Alceste.

PHILOXANDRE

Dure Commission, injuste obéissance, Éclate, Apollonie, ah ! C'est trop de silence, Exhale ta douleur, et fais-la retentir Du Palais de Cyrène aux murailles de Tyr. Appelle à ton secours cette illustre Couronne Riche des plus beaux droits que la naissance donne, Appelle à ton secours ces illustres Aïeux Qui confondent leur source à la source des Dieux. Enfin, parle si haut que ta voix entendue Ne laisse plus douter de l'ardeur qui me tue, Et que l'air tout rempli de ses tristes accents Disant ce que je suis, dise ce que je sens. Mais parler qu'ai-je dit ? Étouffons cette envie, Ménageons un peu mieux quelques restes de vie, Et n'abandonnons pas au gré d'un ennemi Un sang que les destins n'ont sauvé qu'à demi. Toutefois consentir qu'on me vole Archestrate Sans que je la dispute, ou sans que je combatte, Et que par la rigueur d'un message fatal Je l'immole moi-même aux désirs d'un rival ! Que je la perde ! Ô Dieux, détournez cet outrage, Exécute plutôt ce qu'inspire la rage, Meurs, Prince misérable, achève tes travaux, Mais trouve dans ta mort la mort de tes rivaux ; Et ta juste vengeance une fois assouvie Nomme quel fut le bras qui leur ôta la vie. Mais quand je parlerai, quels seront mes témoins ? Clyton sera-t-il cru ? Philoxandre ? Bien moins, Et je ne trouverai dans ce dessein funeste Qu'un naufrage assuré de l'espoir qui me reste. À quoi donc se résoudre ou pencher désormais, Si je parle je meurs, je meurs si je me tais, Et dans ce dur combat ; mais voici la Princesse.

SCÈNE V. Archestrate, Philoxandre, Lucinde.

PHILOXANDRE

Moi, Madame ?

PHILOXANDRE

Qu'a-t-il fait ?

ARCHESTRATE

Comment ?

ARCHESTRATE

Non.

ARCHESTRATE

Achève.

ACTE IV

SCÈNE I. Archestrate, Lucinde.

ARCHESTRATE

Injuste ?

LUCINDE

Doublement.

ARCHESTRATE

Pourquoi ?

ARCHESTRATE

Qu'en sais-tu ?

LUCINDE

Je le vois.

SCÈNE II. Archestrate, Philoxandre, Lucinde.

ARCHESTRATE

Absolument.

PHILOXANDRE

Fuite précipitée où je lis mon malheur. Arrêt jadis ma crainte, aujourd'hui ma douleur, Écrit infortuné, choix, tablettes, message, Que vous faites d'une âme un funeste partage. Apprenons notre sort, ouvrons-les, ah ! Mon coeur, Étouffe pour jamais ce désir suborneur, Et chasse loin de toi ce penser infidèle, On n'apprend que trop tôt une triste nouvelle. Mais je suis sans témoins, n'importe mon devoir Quelque part où je sois ne cesse de me voir, Et l'Amour qui se rit des maux qui me travaillent Lui prête pour cela les yeux qui lui défaillent. Obéis, Philoxandre, et ne les ouvre pas, Ouvre-toi seulement le chemin du trépas, Et cédant sans murmure au malheur qui t'accable, Saoule de ton destin la rigueur implacable. Mais si l'on voit mon zèle aux respects que je rends Qu'on voit de lâcheté dans le soin que je prends, Quoi, j'irai d'un Rival proclamer la victoire ? J'irai faire éclater et ma honte et sa gloire ? Et m'imposant moi-même un supplice nouveau, Quand je serai son Dieu je serai mon bourreau. Ah ! Plutôt que tomber dans ce malheur étrange, Cherche qui te punisse ou trouve qui te venge, Et pour courir à l'une ou l'autre extrémité Va-t-en rendre à la mer ce qu'elle t'a prêté, Ou lui redemander avec plus de justice Tout ce que t'a ravi sa dernière malice. Mais pourquoi s'attacher à des projets si vains ? Mais pourquoi se former d'impossibles desseins ? Plutôt foulons aux pieds l'arrêt illégitime Qui de tous nos plaisirs va faire une victime, Donnons un témoignage à l'amant qu'elle a pris, Et de notre colère et de notre mépris, Et pour braver l'orgueil d'un Rival qui nous brave Foulons son nom superbe et traitons-le d'esclave. Toutefois insensé qu'est-ce que j'entreprends ? Ah ! Dieux que mes transports sont injustes et grands : C'est trop nous oublier, vengeons-nous d'autre sorte, Foulons au lieu du nom le Prince qui le porte, Respectons Archestrate, et baisons cet arrêt, Tout injuste, tout rude et funeste qu'il est. Mais le Prince paraît.

SCÈNE III. Le Roi, Philoxandre.

PHILOXANDRE

Je l'ai cru.

PHILOXANDRE, s'en allant

Ou plutôt à la mort.

LE ROI

À part.

Il est pris.

LE ROI

Son nom.

PHILOXANDRE, à part

Si tu la connaissais.

SCÈNE IV. Arcylas, Le Roi.

SCÈNE V. Le Roi, Alceste, Orphise.

ACTE V

SCÈNE I.

SCÈNE II. Archestrate, Lucinde.

LUCINDE

Pourquoi ?

SCÈNE III. Le Roi, Archestrate.

ARCHESTRATE

Seigneur.

SCÈNE IV. Le Roi, Orphise, Alceste, Archestrate, Lucinde.

ALCESTE

Dans la nécessité qui me force à répondre, Je sens des mouvements qui me viennent confondre, Mais, Sire, votre loi couvre la vanité Qui me fait publier ce que j'ai mérité. Je ne rappelle pas de ces noires demeures D'où le Ciel a banni les saisons et les heures, Ces coupables esprits que j'ai précipités Et qui tremblent encor des coups que j'ai portés, Séparés comme ils sont du commerce du monde Jamais pour le reprendre ils ne repassent l'onde ; J'appelle pour témoin de mes rares efforts La bouche des vivants, non pas celle des morts ; Mais, Sire, quand j'aurais sous mon bras indomptable Vu tomber d'ennemis une suite innombrable, Cent autres exposés dans le même danger Peuvent avecque moi cet honneur partager ; Au père d'Archestrate avoir sauvé la vie, Est la seule action dont je me glorifie, D'autant mieux qu'il n'est point de motifs plus puissants Pour la rendre sensible aux peines que je sens. Orphise je l'avoue en la même rencontre A fait de sa valeur une superbe montre, Et son bras échauffé par un noble courroux A chassé l'ennemi qui fondait dessus vous, Mais je l'ai secondé dans ce péril extrême, Et devenu pour vous oublieux de moi-même, Voyant votre cheval sans force et sans soutien, J'ai commis votre vie à l'adresse du mien. Veut-on de mon courage une plus belle marque, J'ai sauvé tout un peuple en sauvant son Monarque, Sire, si cet exploit a pu vous obliger Vous l'avez ressenti, c'est à vous d'en juger.

Montre : Ce qui est exposé aux yeux, et qui paraît à découvert. [F]

SCÈNE V. Philoxandre, Le Roi, Archestrate, Orphise, Alceste, Lucinde, Clyton.

PHILOXANDRE

Sire.

PHILOXANDRE

Oui, Sire, je présente à votre majesté Celui de qui la voix dans le Ciel entendue A de votre ennemi l'audace confondue ; Ce lâche usurpateur de cent crimes souillé Enfin a vu son bras de forces dépouillé, Me céder en mourant cette fatale épée

Il jette aux pieds du Roi l'épée d'Osmond.

Du sang de vos sujets encor toute trempée, Ces Princes n'auraient pas un destin plus heureux Et j'ose protester que l'honneur qu'ils reçoivent De même que la vie est un bien qu'ils me doivent : Ayant du fier Osmond les escadrons ouverts J'ai tiré ces captifs de la honte des fers, Et sans leur reprocher un coup de la fortune Je les ai relevés d'une chute commune. Que mille beaux desseins exécutés depuis Les rendent d'un État les solides appuis, Qu'un Prince conservé leur doive la lumière, Sire, j'en suis l'auteur et la cause première ; Mais de tous ces exploits perdez le souvenir, Armez votre colère afin de me punir, Je viens dans les remords qu'excitent mes offenses, Chercher des châtiments, non pas des récompenses. Secret jusqu'à ce jour dans mon âme caché Vous respects où mon coeur s'est toujours attaché, Mourez je vous suivrez, mais souffrez que j'exprime Dans mon dernier soupir la grandeur de mon crime. Je ne tarderai pas, je ne veux qu'un moment, Et je vais l'expliquer par un mot seulement. J'aime, ah ! Vous le savez ce courroux qui s'enflamme, Montre que vos regards ont pénétré mon âme, Oui, vous savez que j'aime, et ce qu'a mérité Le punissable excès de ma témérité. Qu'à venger cet affront votre main se prépare, Tournez contre mon coeur le fer de ce barbare, Perdez en même jour deux funestes objets, Et couvrez de mon sang celui de vos sujets. De ce juste dessein rien ne vous doit distraire, Faites ce que la mer a refusé de faire, Et punissant ici pour la dernière fois Une âme accoutumée aux disgrâces des Rois, Vengez Séleuque et vous, d'une coupable vie, Et noyez votre haine au sang d'Apollonie, Je suis ce malheureux qui tout grand Roi qu'il est Nourrit pour Archestrate un feu qui vous déplaît.

Il manque ici un vers pour rimer avec heureux.

SCÈNE VI. [Philoxandre, Acante, Le Roi, Archestrate, Lucinde, Apollonie, Orphise, Alceste].

ACANTE, se jetant aux pieds de Philoxandre

Ah ! Mon Prince, ah ! Mon maître.

APOLLONIE

M'accorder une grâce, Laisser à la Princesse exprimer son désir, Et remettre son âme en pouvoir de choisir. Maintenant qu'elle voit ma passion extrême, Qu'elle sait qui je suis, qu'elle sait que je l'aime, S'il faut qu'elle résiste à l'ardeur de mes feux

Il manque ici un vers pour rimer avec feux. Il manque ensuite deux vers avec une rime féminine. Il manque également le changement de locuteur, que j'ai noté ci-dessous.

1 464 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0