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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Poème Dramatique

Saint Eustache Martyr

Balthasar Baro· créée en 1639, imprimée en 1649· 5 actes· 1 582 vers· 15 personnages

Personnages

  • TRAJAN, Empereur
  • PLOTINE, Femme de l'Empereur
  • PLACIDE, Eustache
  • TYRSIS, Amoureux de Trajane
  • TRAJANE, Téopiste, femme de Placide
  • AGAPITE, LA FORTUNE, Fils de Placide et de Trajane
  • TEOPISTE, LA FLEUR, Fils de Placide et de Trajane
  • MATELOT
  • FLORE, Bergère
  • LYSIS
  • MESSAGER
  • ARBILAN
  • AMINTOR
  • PRETEUR
  • SOLDATS
MADAME,

À LA REINE D'ANGLETERRE HENRIETTE-MARIE. FILLE DE FRANCE.

Cet illustre Martyr que je prends la hardiesse d'exposer aux yeux de Votre Majesté se flatte d'une espérance qui ne sera peut-être pas vaine, et croit avec quelque justice que le récit de ses peines apportera quelque consolation à vos déplaisirs. Votre vie et la sienne ont un rapport qui me donne de l'étonnement et de l'admiration tout ensemble, et si l'on peut y trouver quelque différence, elle servira seulement à faire voir que votre vertu ayant été plus éprouvée, elle doit être aussi plus glorieuse. Placide était sorti d'un sang dont Rome considérait la Noblesse, mais l'Histoire ne marque pas qu'il eût comme vous pour Aïeux une longue suite de Rois, et parmi les biens qu'il perdit elle ne compte point de Couronnes. Il fut l'innocent et le misérable spectateur de l'enlèvement de sa femme, dont l'honneur faillit d'être la proie d'un ravisseur insolent ; et Votre Majesté peut dire avoir vu la moitié de soi-même, ou plutôt son tout entre les mains des bourreaux, dont la rage criminelle a triomphé de son honneur et de sa vie. À peine, MADAME, qu'en écrivant ces paroles mon âme n'abandonne mon corps, et ne se mêle aux larmes de sang que je verse. Ma douleur va dans un excès qui ne peut être surpassé que par le vôtre ; et certes si jamais la reconnaissance fut capable d'exciter un juste ressentiment, elle doit produire cet effet en moi, qui reçus autrefois de la générosité de ce Prince des bienfaits qui ne mourront jamais en mon souvenir. Je sais bien, MADAME que m'ayant été procurés par Votre Majesté, votre bonté en doit partager la gloire, mais elle me permettra de dire à l'avantage de ce Monarque infortuné, que quand il était question de faire du bien son esprit ne souffrait point de violence, et qu'il était bien plus difficile d'arrêter sa libéralité que de l'émouvoir. Qui saura l'état où Votre majesté se rencontre maintenant après des pertes si funestes, verra bien que le présent que j'ose lui faire est plutôt pour m'acquitter des grâces que j'en ai reçues que pour en attirer de nouvelles. Dieu m'est témoin que je n'ai rien que je ne sois prêt à sacrifier pour vos intérêts, et que ne pouvant me vanter d'avoir une fortune qui puisse contribuer quelque chose à vous faire rendre ce que la rébellion et l'injustice vous ont en quelque façon ravi, j'ai au moins quelques restes de vie que j'y emploierai avec chaleur, et avec autant de passion que j'en ai d'être cru,

De Votre Majesté, MADAME,

Très humble, très obéissant,

très fidèle, et très obligé serviteur,

BARO.

AVERTISSEMENT

Cher Lecteur, je ne te donne pas ce Poème comme une pièce de Théâtre où toutes les règles seraient observées. Le sujet ne s'y pouvant accommoder, c'est sans doute que je n'y aurais point travaillé si je n'y avais été forcé par une autorité souveraine. La même obéissance qui me le fit composer me le fait mettre en lumière, après m'en être défendu depuis dix ans. Et j'ai cru enfin que je devais cette justice au sieur des Fontaines qui a fait imprimer le sien sans se nommer, de ne souffrir point que son nom et le mien fussent confondus dans un même ouvrage. Il est juste qu'on ne m'attribue point ses grâces, et qu'on ne le charge point de mes défauts. En un mot, je suis bien aise qu'en cette rencontre, comme en toute autre chose, on rende à chacun ce qu'il lui appartient. Au reste, tu trouveras à mon avis peu de fautes en l'impression, je l'ai corrigée assez exactement, et pourtant je n'ai su empêcher qu'il ne s'y soit glissé une transposition qui fait dans le vers une faute de novice, c'est en la page 49. ligne 15. Où l'on a mis Void succéder ici à l'éclat de sa gloire, au lieu de mettre Void ici succéder à l'éclat de sa gloire, etc. Veuille ma bonne fortune que [tu] trouves dans la conversion de Placide un exemple qui te serve. Adieu.

ACTE I

SCÈNE I. Trajan, Placide, Plotine.

TRAJAN

Ils en viennent pourtant. Mais veux-tu m'obliger, ne les vante pas tant, Vois ce qu'ils savent faire ; et va nouveau Céphale Juger si leur vitesse à leur force est égale.

Céphale : Fils de Déjonée, Roi de Phocide, épousa Procris, soeur d'Orithie, Roi d'Athènes. Céphale étoit bisaïeul d'Ulysse. Euripide dit que l'Aurore enleva aux Cieux Céphale après la mort de Procris. [T] Céphale est un chasseur.

LYSIS

J'obéis.

SCÈNE II. Plotine, Trajane, Trajan, Agapite, Téopiste.

AGAPITE

Jupiter.

SCÈNE III. Placide, Trajane, Agapite, Téopiste.

PLACIDE

Je l'adore.

TRAJANE

Au Baptême.

AGAPITE et TÉOPISTE

Au Baptême.

ACTE II

SCÈNE I.

SCÈNE II. Eustache, Téopiste, Agapite, Téopiste [fils].

0SCÈNE III. Matelot, Eustache, Téopiste, [Agapite, Téopiste fils].

EUSTACHE

Oui.

MATELOT

Pourquoi.

TEOPISTE

Si tôt ?

EUSTACHE

Et nous ?

MATELOT

Je suis mon ordre.

Il enlève Téopiste.

TEOPISTE fils

Il pleut.

SCÈNE IV. Eustache, Flore.

EUSTACHE

Contents ?

LE PÈRE

Flore ?

ACTE III

SCÈNE I. Trajan, Arbilan.

SCÈNE II. Lysis, Trajan, [Messager].

SCÈNE III. Plotine, Trajan, Arbilan, Messager.

SCÈNE IV. Tyrsis, Téopiste liée.

SCÈNE V.

EUSTACHE habillé en villageois

Mais qui vois-je venir ? Je connais ces visages.

SCÈNE VI. Arbilan, Messager, Eustache.

ARBILAN

Ne nous rebutons point, courons tous ces villages Ils les traverseront où qu'ils veuillent aller, S'ils n'ont comme un Icare appris l'art de voler.

Icare : Nom propre d'un jeune homme fameux dans la fable. Icarus. Il était fils de Dédale, célèbre par son habileté dans les Mécaniques. [T] Icare fabriquer des ailes pour s'échapper du labyrinthe.

ACTE IV

SCÈNE I. Amintor, Téopiste.

SCÈNE II. Amintor, La Fortune, La Fleur.

TEOPISTE La Fleur

C'est ici, ce me semble. On nous l'a désigné tout proche de ce tremble.

Tremble : Peuplier dont les feuilles tremblent au moindre vent, populus tremula, L. [L]

AGAPITE La Fortune

Heurtez.

TEOPISTE La Fleur

Je le veux bien.

SCÈNE III. Téopiste, Agapite, Téopiste fils.

TEOPISTE mère

Qui heurte ?

TEOPISTE

À loger ?

TEOPISTE La Fleur

Oui.

AGAPITE La Fortune

Un billet que voilà.

TEOPISTE La Fleur

Répondez.

AGAPITE La Fortune

Il est vrai.

TEOPISTE La Fleur

Oui.

TEOPISTE

Comment ?

AGAPITE

Placide.

SCÈNE IV. Téopiste, Eustache, Agapite, Téopiste fils.

TEOPISTE

Deux soldats.

ACTE V

SCÈNE I. Ormond Préteur, Arbilan, Soldats.

SCÈNE II. Ormond, Eustache, Arbilan.

SCÈNE III. Ormond, Téopiste, Arbilan, Agapite, Téopiste fils.

TEOPISTE

Quoi ?

TEOPISTE

Comment ?

SCÈNE IV. Plotine, Téopiste.

SCÈNE V. Ormond, Arbilan, Soldats.

SCÈNE VI. Ormond, Eustache, Téopiste, Agapite, Téopiste fils, Arbilan, Soldats.

TEOPISTE fils

Je suis prêt.

EUSTACHE

Il n'importe.

ORMOND

Achevez.

TEOPISTE

Dieu l'unique refuge et l'espoir des humains Je résigne ma peine et ma mort en tes mains.

Elle se jette.

Resigner : Se démettre d'un Office, d'un Bénéfice en faveur de quelqu'un. [Acad. 1762]

1 582 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica