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Comédie-parade en vers et en prose· Comédie Parade en un Acte et en Prose Mêlée de Vaudevilles

Colombine Mannequin

Jean-Baptiste Radet, Pierre-Yves Barré, Desfontaines-Lavallée· créée en 1793, imprimée en 1788· 301 vers· 4 personnages

Représentée pour la première fois, sur le Théâtre de vaudeville, le 15 février 1793.

Personnages

  • CASSANDRE, Chapelle
  • ARLEQUIN, Citoyen Delaporte
  • GILLES, Citoyen Léger
  • COLOMBINE, Citoyenne Molière

COLOMBINE MANNEQUIN

Le Théâtre représente une double scène : l'une est la chambre d'Arlequin, avec une porte vitrée au fond, et l'autre une espèce d'antichambre, avec porte communiquant de l'une à l'autre pièces une autre, vis-à-vis, qui va dehors ; et enfin, une en face du public, qui conduit cher Cassandre.

SCÈNE PREMIÈRE.

ARLEQUIN, seul, sortant de chez lui par la porte du fend, une poche de maître à danser à la main

Il est tard... Il faut que j'aille donner mes leçons, et que je passe à la poste où je trouverai sûrement une lettre de Colombine... C'est bien dommage d'être obligé de sortir... En vérité, j'ai autant de peine à quitter le mannequin qui me représente ma chère Colombine, que si c'était Colombine elle-même... C'est drôle, ça.... Mais c'est qu'aussi c'est sa figure, sa taille, son maintien ; et les habits.... Je les ai fait faire absolument semblables à ceux que portait Colombine, au moment de son départ. On n'a jamais eu pareille idée, parce qu'on n'a jamais aimé comme j'aime ; et sans cette douce illusion, il m'aurait été impossible de supporter l'absence de future.

Sur la ritournelle de l'air suivant, il va à la perte du fond, et semble admirer sen mannequin ; jeu qu'il répète plusieurs fois pendant l'air.

AIR.

Ce cher mannequin ! Je ne le possède que depuis hier soir ; je l'ai amené en fiacre, quand tout le monde a été couché... C'est pourtant avec regret que je me cache de Cassandre.... Il est bon homme ; mais, à son âge on ne sait plus ce que c'est que l'amour. Quant à Gilles, il est si méchant, si bavard, qu'on ne peut rien lui confier.

Il reprend la fin de l'air en s'en allant.

Je la vois, oui je la vois là ; Oui, le jour qu'elle s'en alla, Colombine avait tout cela, Avait tout cela, avait tout cela ; Même chapeau paraît sa tête, Ah, pour mon coeur c'est une fête, Une fête, oui tout cela Oui tout cela, oui tout cela, oui tout cela ; C'est une fête, De contempler tout cela, Oui tout cela, oui tout cela, oui tout cela ; Si quelqu'un... soyons discret, Si mon secret se découvrait, Comme on rirait, comme on rirait Du mannequin d'Arlequin. Ah ! dirait-on, Il a perdu, Tout bas, tout bas, Ne disons mot, N'en parlons pas, n'en parlons pas, n'en parlons pas.

SCÈNE II. Arlequin, Cassandre.

CASSANDRE, sortant de chez lui, en pet-en-l'air, tête nue et chaude, un linge à barbe du cou, tenant sa perruque d'une main, et un très gros bouquet de l'attire

Ah ! C'est vous Arlequin ?

ARLEQUIN, traversant

Bonjour, beau-père..

ARLEQUIN

Moi aussi.

ARLEQUIN, à la porte pour sortir

Impossible, beau-père ; l'heure me presse, et les cachets doivent passer ayant tout.

Il s'en va.

SCÈNE III.

CASSANDRE, seul, et secouant la tête

Hum.... hum !... Tout cela se découvrira ; mais songeons à ma toilette.

AIR : Du vaudeville de la Soirée Orageuse

Combien je suis frais et dispos, Pour fleurir ma commère Barbe ! Sa fête vient bien à propos, C'est aujourd'hui mon jour de barbe :

Il pose son bouquet, et passe la main sur sa perruque pour lui donner la tournure.

Malgré que l'on soit, en effet L'enfant gâté de la nature, L'homme le plus beau, le mieux fait A besoin d'un peu de parure.

Il va , pour mettre sa perruque, au miroir, et s'arrête.

Quel bon repas nous allons avoir ! c'est pour deux heures, et midi vient de sonner.

Même air.

Ce n'est chez un mince traiteur Où l'on fait toujours maigre chère ; C'est chez un gros restaurateur Que nous régale ma commère. De cette maison, en crédit, La réputation est faite ; Et l'on a tout dit, quand on dit : Je vais dîner Au_veau_qui_tête.

Il met sa perruque, s'essuie avec le linge qu'il a devant lui et arrange sa cravate.

C'est bien dommage que ma fille Colombine soit encore à la campagne de sa chère tante... Elle est aimable, ma fille... Elle a de la voix.... Elle aurait chanté... Paisibles bois... Ça m'aurait fait honneur... Et ce Gilles qui n'est pas encore venu faire mon ménage, et me rendre compte de ses informations sur Arlequin, mon gendre futur.... Il s'amuse à bavarder, à caqueter chez quelques voisines.... Il est si causeur, si trigaud !...

Se regardant au miroir.

Je suis bien, très bien... Mais Gilles, Gilles...

Il le voit.

Trigaud : Qui use de détours, de mauvaises finesses. [L]

SCÈNE IV. Cassandre, Gilles.

CASSANDRE

Eh ! Allons donc, allons donc : mon habit ?

GILLES, prenant l'habit sur le dos d'une chaise

Je le tiens.

CASSANDRE, passant son habit

À quelle heure tu arrives !

GILLES, l'air satisfait

Ah ! Ah !

CASSANDRE

Comment ? Ah ! Ah !

CASSANDRE

Tu as donc découvert ?...

GILLES

Si j'ai découvert oui ; j'ai de la peine dans mon état, mais j'ai du plaisir.

AIR : Des trembleurs.

Ah ! si je me mets en nage En faisant chaque ménage ? Quel plaisir je me ménage De l'entresol au grenier ! Je fais, d'étage en étage, Circuler le caquetage, Et jamais au tripotage Je n'arrive le dernier.

Caquetage : Action de caqueter et caquets. Fig. Babil haut et bruyant, et aussi babil de jactance. [L]

CASSANDRE

Mais, maudit bavard...

GILLES

Même air.

J'ai su de la boulangère Que l'amant de la lingère La quitte pour la bouchère Qui n'a plus le tapissier , ; Puis on dit, chez la portière, Que ce matin la fruitière A battu la chaircuitière Pour avoir le pâtissier.

Chaircuitière : charcutière ; L'orthographe et la prononciation ont longtemps varié entre charcutier et chaircutier. [L]

CASSANDRE

Qu'est-ce que c'est que la lingère, la chaircuitière, le pâtissier ? Ce n'est pas là ce que je t'ai chargé de découvrir.

GILLES

Quand je vous dis que je sais tout ce qui se passe dans le quartier.

CASSANDRE

Tout, hors ce qu'il faut savoir ; car, enfin, tu ne sais rien sur Arlequin.

GILLES

Je ne sais rien sur Arlequin ?... Ah ! C'est un joli garçon que votre Monsieur_Arlequin !

CASSANDRE

Comment ?

GILLES

Il n'a pas dû s'ennuyer dans sa chambre, cette nuit.

CASSANDRE

Pourquoi ?

GILLES

Il n'y était pas seul !

CASSANDRE

Il n'y était pas seul ?

GILLES

Non, Monsieur, il n'y était pas seul. Hier soir, je sortais de souper Aux_Bons_Amis... Il y avait eu du bruit, des bouteilles cassées, des assiettes jetées à la tête... Je m'en revenais bien content...

CASSANDRE

Au fait.

GILLES

J'ai entendu qu'on se disputait au café de l'Union vis-à-vis chez-vous : j'y entrais pour m'amuser un instant , lorsqu'une voiture s'est arrêtée à votre porte ; et comme il ne faut rien perdre, j'ai voulu voir si ce n'était pas la voisine du second qui rentrait avec son autre amoureux.

CASSANDRE

Finiras-tu ?

GILLES

Point du tout ; c'était Arlequin.

CASSANDRE

Après ?

GILLES

Je me suis tapis derrière l'échoppe du savetier, et de là, j'ai vu le susdit Arlequin, payer le cocher, ouvrir la portière, prendre une dame dans ses bras, et se glisser, avec elle, dans l'allée ; dont il a, tout doucement, tout doucement, refermé la porte.

CASSANDRE

Ah ! Traître d'Arlequin !

GILLES

Vous devinez bien que je suis resté à mon poste... J'ai attendu longtemps, très longtemps, et très inutilement.

CASSANDRE

Elle y est restée ?

GILLES

J'avais froid, j'étais gelé, je m'ennuyais, je m'impatientais... Par bonheur pour moi, j'ai eu la satisfaction de voir Monsieur_Ledru sortir, à une heure du matin, de chez votre nièce Doucet, donc le mari est a la campagne ; et comme je m'en allais, sur les deux_heures, j'ai été assez heureux pour faire battre deux gros chiens gui n'y pensaient pas.

CASSANDRE

Une femme, la nuit, chez Arlequin ! Lui que je croyais si sage, lui dont ma fille ne cessait de me vanter l'amour et la fidélité.

GILLES

Ah ! Monsieur, il est maître de danse, et ces gens-là....

CASSANDRE

Tu as raison, c'est un état trop critique pour les moeurs.

GILLES

À qui le dites-vous ?

GILLES

C'est comme la fille de Madame_Dorothée ; l'autre jour, la mère n'était pas là...

CASSANDRE

Eh ! Que m'importe la de Madame_Dorothée, je chez moi à la mienne... Mais Arlequin, que j'ai logé, à qui j'ai donné, pour soixante-dix-huit_livres, cette chambre et ce cabinet, que j'ai toujours loués quatre-vingt_francs... C'est un serpent que j'ai réchauffé dans mon sein.

GILLES

Ah ! Sûrement que est un. Eh ! Qui l'a deviné ? Moi. Qui s'est aperçu de son air distrait et embarrassé ? Moi. Qui vous a dit qu'il y avait de la cachotterie sur jeu ? Encore moi. Qui vous a fait remarqué que depuis plus de quinze_jours il n'était pas venu une seule fois le soir comme de coutume, faire votre petit domino ? Encore moi.

CASSANDRE

C'est vrai.

GILLES

Je vous dis qu'en fait d'espionnage et de rapport, je ne vous conseille pas de chercher mon pareil, vous ne le trouveriez, car vous ne le trouveriez pas. Aussi, je peux me flatter que dans tout le quartier, il n'y a qu'une voix sur mon compte.

CASSANDRE, voyant Arlequin

Paix... C'est Arlequin, dissimulons.

SCÈNE V. Les mêmes, Arlequin.

CASSANDRE

Qu'est-ce que c'est, Monsieur_Arlequin, que voulez-vous dire ?

ARLEQUIN

Je veux dire, beau-père, que je viens de la poste, qu'il n'y a de lettre ni pour vous, ni pour moi, et que je suis très en colère contre la poste, parce que c'est la faute de la poste, et non pas celle de Colombine, qui m'écrit à chaque poste.

CASSANDRE

Ah ! Vous songez toujours à ma fille ?

ARLEQUIN

Si j'y songe !

GILLES, à Cassandre

Je gage qu'il va mentir.

CASSANDRE

C'est que dans votre état, vos leçons.... vos charmantes écolières...

ARLEQUIN

Mes charmantes écolières me rappellent celle que j'aime.

GILLES

Je n'aurais pas deviné celui là.

GILLES, à part

C'est trop fort.

CASSANDRE

Ah ! Vous voyez tout ça !

CASSANDRE, bas à Gilles

Il a pourtant l'air de bonne foi.

GILLES, las à Cassandre

Vous donnez là-dedans, vous ? Moi, je n'y tiens pas.

À Arlequin.

Votre clef, que j'aille faire votre chambre.

ARLEQUIN

Non, je te remercie ; je la ferai moi-même.

GILLES

Vous-même ?

ARLEQUIN

Oui, j'ai des raisons pour cela.

GILLES, bas à Cassandre

Elle est encore chez lui.

CASSANDRE, à part, avec exclamation

Ah ! Sainte_Vierge !

ARLEQUIN

Sans adieu, beau-père : vous allez dîner en ville, bon appétit.

CASSANDRE

Un moment, Monsieur_Arlequin, j'ai à vous dire...

ARLEQUIN

Dites.

CASSANDRE

Entrons chez vous.

ARLEQUIN

Non.

CASSANDRE

Non !

ARLEQUIN

J'ai affaire, et vous me gêneriez.

GILLES, bas à Cassandre

C'est clair.... Elle y est.

CASSANDRE

Ainsi, vous ne voulez pas que j'entre chez vous ?

GILLES

Pas plus que moi.

ARLEQUIN

J'ai besoin de me distraire de l'absence de Colombine ; et je ne me distrais pas comme un autre.

CASSANDRE

Mais, Monsieur_Arlequin.....

ARLEQUIN

AIR : On doit soixante mille francs.

Loin de l'objet de mon amour, Papa, vous voyez chaque jour Comment je me désole.

bis.

CASSANDRE

Vous vous désolez !

ARLEQUIN

Vous n'en pouvez douter ; mais Vous, ne devineriez jamais Comment je me console.

bis.

Il entre chez lui, ferme soigneusement sa porte et passé dans le cabinet du fond.

SCÈNE VI. Cassandre, Gilles.

GILLES, à Cassandre qui regarde Arlequin d'un air interdit

Eh ! Bien, vous êtes content de lui !.... Il ne vous cache rien.

CASSANDRE

Si je n'avais pas besoin de tout mon enjouement pour faire honneur au dîner de Madame_Barbe, j'entrerais dans une colère...

Gilles lui donne sa canne.

que je remets à ce soir, parce que la colère tue la gaîté et l'appétit.

GILLES

Prenez-y garde.

CASSANDRE

Sois tranquille : je sens que je dînerai, et je sais trop bien vivre pour me lever de table le premier ; mais dès qu'il n'y aura plus personne, j'arrive ici, je m'explique avec Arlequin, je romps le mariage, et j'écris à ma fille de n'y plus songer.

GILLES

C'est bien, et je ne vous croyais pas tant d'esprit, avec votre air simple...

CASSANDRE

C'est un parti pris, j'écrirai.

GILLES

Et de la bonne encre.

CASSANDRE

Oui, avec ménagement ; ma fille est sensible, tendre, vive...

GILLES

Vive ? Emportée, jalouse, passionnée, colère, vindicative ; enfin c'est tout le portrait de madame votre épouse.

CASSANDRE

C'est vrai.

GILLES

C'était une fière femme celle-là ! Et comme elle était aimable ! Comme elle vous menait !... Vous souvenez-vous de ce ruban que vous aviez envoyé à la petite couturière !

CASSANDRE

Allons, allons...

GILLES

Quel soufflet Madame vous donna ! Ah ! Mon dieu, mon dieu ! Quel soufflet ! La perruque en l'air, la tête contre le mur... C'était superbe.

CASSANDRE

Finis tes plaisanteries Mais voyons, ne perdons point la tète.

Il regarde à sa montre.

GILLES

Cette femme-là avait bien des qualités !

CASSANDRE

Deux_heures_moins_cinq_minutes !

GILLES

Allez, allez, pendant votre absence, je tâcherai de découvrir encore quelque chose sur Arlequin.

CASSANDRE

Le fourbe ! Je le croyais si sincère !

GILLES

Moi, j'ai toujours pensé que c'était un hypocrite.

SCÈNE VII.

GILLES, seul

Me voilà seul, faisons notre ouvrage.

Il s'arrête.

Cependant je voudrais bien voir la demoiselle ou la dame qui est là-dedans... Si je la connaissais, quelle bonne affaire ! J'irais chercher le père, ou le mari ; ça ferait un scène charmante, et qui divertirait tout le quartier... Regardons par la serrure...

Il regarde.

Je ne vois rien...

Il écoute.

Je n'entends rien... Faut que je les dérange.

Il appelle.

Monsieur Arlequin.

SCÈNE VIII. Gilles, Arlequin.

ARLEQUIN, sortant de la chambre du fond

Quoi !

GILLES, parlant à travers la porte qui sépare les deux chambres

Vous ne voulez donc pas que je fasse votre chambre ?

ARLEQUIN

Non.

GILLES

Ce serait l'affaire d'un instant.

ARLEQUIN

Laisse-moi tranquille.

GILLES, d'un ton suppliant

Monsieur Arlequin... Mon bon ami.

ARLEQUIN, s'impatientant

Hé bien, qu'est-ce que tu veux ?

GILLES

Ouvrez-moi, je vous en prie.

ARLEQUIN

Au diable.

GILLES, quittant la porte

C'est elle qui ne veut pas que se la voie, et sûrement que je la connais.... Je ne quitterai pas.

ARLEQUIN

N'oublions pas la lettre que j'ai écrite à mon ami le sculpteur, pour le remercier de m'avoir prêté son mannequin.

Il cherche dans le tiroir de la table.

GILLES, allant pour battre l'habit d'Arlequin, trouve un papier dans sa poche

Un papier écrit ? Et je ne sais pas lire ! C'est égal, je saurai ce que c'est.

Il le met dans sa poche.

ARLEQUIN

La voici.... J'y ai mis des compliments à sa petite femme. Elle le rend heureux sa petite femme. Ah ! Colombine fera aussi mon bonheur.

AIR : De la tourière.

Que aurons d'agrément Dans notre petit ménage ! Que nous aurons d'agrément Tous les jours en nous aimant !

GILLES, battant l'habit

Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan.

GILLES, de même

Pan, pan, pan, etc.

GILLES, à la porte Arlequin

Monsieur Arlequin, votre habit est prêt.

ARLEQUIN

Tout_à_l_heure.

GILLES

Oh ! Je la verrai.

ARLEQUIN

Je vais porter ma lettre à la petite poste, et commander mon souper.

Il ouvre sa porte, et comme Gilles va pour entrer, il le repousse d'une main, prend son habit de l'autre et le jette sur une chaise.

C'est bon.

Il sort, et ferme sa porte.

GILLES

En vérité, Monsieur Arlequin, c'est bien mal de votre part.

ARLEQUIN

Comment ?

GILLES

Moi qui ai toute la confiance de Monsieur_Cassandre, il est bien étonnant que je n'aie pas la vôtre.

ARLEQUIN

C'est là ce qui te chagrine ? Tu as tort.

AIR : Tout roule aujourd'hui dans le monde.

Aussi bien que Monsieur_Cassandre Je sais qu'on peut compter sur toi. ,

D'un air mystérieux.

Personne ne peut nous entendre...,, Mon ami, Gilles, écoute moi De jaser tu n'as point envie, Je, te connais discret, prudent.

Après avoir regardé autour de lui.

Comme aujourd'hui, toute la vie Je te prendrai pour confident.

Il sort.

SCÈNE IX.

GILLES, seul

Ah ! Tu te moques de moi... Je te revaudrai peut ami.

Il regarde le papier pris dans la poche d'Arlequin.

Il fallait que mon père et ma mère fussent bien bornés, pour ne m'avoir pas appris à lire... Ah ! Les gens de cette espèce-là.... Et si je savais écrire donc... Ça serait bien mieux. On contrefait son écriture. On imite celle des autres... et les lettres anonymes !..., Ah ! Il n'y a rien au-dessus d'une lettre anonyme ! On vient.

Il va à la porte.

Me trompai je ?... Tiens ! C'est Colombine ! Quel bonheur !

SCÈNE X. Gilles, Colombine.

GILLES

Quoi ! C'est vous.

COLOMBINE

J'arrive.

GILLES

Par la poste ?

GILLES

C'est bien, car il est sorti.. Mais vous ne deviez pas revenir sitôt ?... Ah ! Je vois ce que c'est. Vous avez eu quelques soupçons sur Arlequin ; vous avez voulu le surprendre.

GILLES

Vous en raffolez donc toujours ?

COLOMBINE

Plus que jamais.

GILLES

C'est bien, car il ne vous aime plus.

COLOMBINE

Il ne m'aime plus ?

GILLES

Non, mais il en aime une autre.

COLOMBINE

Une autre ?

GILLES

Et ce qu'il y a de bon, c'est que tous les jours il dit à votre père qu'il ne songe qu'à vous, et qu'il vivra que pour vous. C'est le plus grand menteur que je connaisse.

GILLES

Rien de plus juste.

COLOMBINE

Mais non, tu es mal instruit.

GILLES

Mal instruit !

COLOMBINE

La preuve ?

GILLES

La preuve !

Il appelle.

Mademoiselle.... Madame....

COLOMBINE

Que fais-tu ?

GILLES

J'appelle la preuve.

COLOMBINE

Quoi !

GILLES

Elle est ici.

COLOMBINE

Qui ?

GILLES

La preuve...

COLOMBINE

La preuve !

GILLES

Dame, je ne connais pas son autre nom. Tout ce que je sais, c'est que votre rivale est chez votre amant, qu'elle y a passé la nuit, et que votre amant ne se di[s]pose pas du tout à la renvoyer.

COLOMBINE

Elle est chez lui !... Grands dieux V

GILLES

Ça vous fait bien de la peine, n'est-ce pas ?... Chaque mot que je vous dis, vous déchire l'âme... J'en étais sûr.

COLOMBINE

Elle y a passé la nuit !... Mon père le sait-il ?

GILLES

Sûrement... Il est allé dîner en ville.

COLOMBINE

Quel parti prendre ?

GILLES

Ah ! Vous avez un caractère, vous ; mais pour monsieur Cassandre, c'est un pauvre homme, et plus je le connais plus je crois qu'il n'est pas plus votre père que moi.

COLOMBINE

N'importe, tel qu'il est, va le chercher.

GILLES

Ah ! Ça, vous allez faire une scène, j'y compte. Vous voilà outragée comme on ne l'a jamais été ; il faut vous montrer.

COLOMBINE

Va chercher mon père.

GILLES

Point, d'explication, injures, soufflets, coups de poings.

COLOMBINE, frappant du pied

Va chercher mon père, te dis-je,

GILLES, gaîment ; tandis que Colombine témoigne la plus vive impatience

Bon ! J'y vais.

AIR : Fanfare de Saint-Cloud.

À l'excès de votre rage Sa présence ajoutera : Quel effroyable tapage ! Rien ne vous arrêtera. Que la scène sera belle ! Ah ! D'avance je la vois De grâce, Mademoiselle, Me commencez pas sans moi.

Il sort.

SCÈNE XI.

SCÈNE XII. Colombine, Cassandre.

CASSANDRE, chantant avant de paraître

Quand je bois du vin_clairet Tout tourne.

bis.

Clairet : D'un rouge clair, en parlant du vin. [L]

COLOMBINE, allant au devant de son père

Mon père !

CASSANDRE

Ma fille.

Ils s'embrassent.

Ma joie égale ma surprise, et la force du sentiment.... L'explosion de la tendresse... La nature d'un coeur paternel...

COLOMBINE

Oui, mon père ; mais ce n'est pas cela dont il s'agit.

CASSANDRE

Non, et j'ai à vous préparer sur un petit accident....

COLOMBINE

Je sais tout : Gilles m'a tout dit.

CASSANDRE

Tu vois, ma fille, j'en ai l'âme navrée, et sans le dîner de Madame_Barbe, j'aurais déjà pris un parti.

COLOMBINE

Le mien est pris.

Elle frappe rudement à la ports d'Arlequin.

CASSANDRE

AIR : De la découpure.

Ah ! Ma fille, que faites-vous ?

SCÈNE XIII. Les mêmes, GILLES, avec un rat de cave allumé.

CASSANDRE

Qu'est-ce que c'est ?

COLOMBINE

Parle.

GILLES

Le traiteur vient de me dire qu'Arlequin a commandé un souper pour deux : on doit le lui apporter à neuf_heures_et_demie, et cela, parce qu'il sait qu'alors il libre sera, puisque tous les jours vous êtes couchée à neuf heures.

CASSANDRE

Il est clair que c'est avec elle qu'il va souper.

COLOMBINE

Avec elle ! Tête-à-tête !

GILLES

Sûrement, et c'est joli ; mais il y a mieux, que cela c'est un petit papier que j'ai trouvé dans sa poche, et que je me suis fait lire. Il vous divertira.

CASSANDRE, prenant le papier

Donne.

COLOMBINE, l'arrachant des mains de son père

Voyons.

Elle lit.

« Mémoire des ouvrages faits et fournis a monsieur_Arlequin par Madame_Treillard, auteur des robes de fantaisie, maison_de_l_Égalité, galerie, côté de la rue_de_Richelieu, Au_pavillon_d_Or, n°_41. »

GILLES

Au_pavillon_d_Or ! Il va au bon endroit.

COLOMBINE, lisant

« Caraco à la modeste, dégageant la taille, et d'une tournure aussi commode qu'agréable.... Soixante-dix-huit_livres. »

CASSANDRE

Soixante-dix-huit livres !

COLOMBINE

Dégageant la taille...

Se tournant du coté de la porte de la chambre d'Arlequin.

Ah ! Je te dégagerai.

GILLES

Vous n'y êtes pas.

COLOMBINE

« Plus, chapeau à la Minerve, d'une forme délicieuse et pleine de goût : l'art s'y trouve caché par l'art, ci... 42_livres. Monsieur Arlequin ayant fourni le ruban, »

GILLES

Le ruban ?... Je gage que c'est celui que vous lui avez donné.

CASSANDRE

Ah ! Ah !

COLOMBINE, contenant sa colère

Poursuivons. « Ceinture à la chaste Suzanne, s'attachant avec deux simples agrafes, et très facile à défaire... »

GILLES

Il songe à tout.

COLOMBINE

« Elle est d'un charmant effet..... 25_livres. »

CASSANDRE

Quelle fastueuse profusion !

COLOMBINE

« Châle à la voyageuse, couvrant la poitrine à volonté, il est admirable à l'oeil.... 36_livres. Total, comptant, dont 181_livres... reçu comptant, dont quittance, etc. »

GILLES

Ce Monsieur_Rigaudon, comme il fait danser le cachet.

CASSANDRE

Ma pauvre fille ! Où en étions nous sans cet honnête garçon !

GILLES, avec emphase

J'ai fait mon devoir, et ma récompense est là.

Il se frappe la poitrine.

CASSANDRE, embrassant Gilles, avec effusion de coeur

Mon tendre ami !

GILLES

De la tête aux pieds, je vous en prie ; mais il faut que vous les surpreniez ensemble.

CASSANDRE et COLOMBINE

Oui.

GILLES

Il est neuf heures ; Arlequin va rentrer ; retirez-vous tous les deux, et sitôt qu'ils seront à table, j'irai vous avertir.

COLOMBINE

Ils vont connaître de quoi je suis capable.

CASSANDRE

Calmez-vous, cher enfant : une demoiselle bien née se respecte jusques dans sa vengeance, et la fille de Cassandre ne doit jamais oublier le sang dont elle sort.

COLOMBINE

Je serai digne de vous, ô mon père !

GILLES

La belle dignité !

COLOMBINE

Paix ! On vient.

TOUS TROIS

Paix.

Colombine écoute à la porte d'Arlequin, et Gilles à celle de la rue.

CASSANDRE

AIR : N'entend-on rien. (d'Azémia.)

N'entends-tu rien ?

GILLES et COLOMBINE

Non, rien.

CASSANDRE, à Colombine, montrant Gilles

Laissons-le faire, Tout ira bien.

CASSANDRE, à Colombine

Retirons-nous.

À Gilles.

Observe bien.

Cassandre et Colombine se retirent.

SCÈNE XIV.

GILLES, seul et d'un air très satisfait

Comme cette affaire-là marche, et quelles suites elle peut avoir !... On ouvre, c'est lui.

Il souffle la lumière et se retire derrière la porte du fond.

SCENE XV. Gilles, caché, Arlequin, une lanterne de papier à la main, et suivi d'un Garçon Traiteur, portant un panier de restaurateur.

ARLEQUIN, entrouvrant la porte et regardant partout

On est couché... Oh ! Oui.

Se retournant et parlant dans la coulisse.

Venez-vous, mon petit bon ami ? Ne vous blessez pas... Ne renversez rien... Vous tenez la rampe ?... Prenez garde, il y a une marche cassée.

Le Garçon paraît.

Ah ! Par ici.

Il le conduit dans sa chambre.

Posez-là... Bon ; un moment.

Il allume la chandelle et donne sa lanterne au Garçon.

Tenez, vous viendrez chercher vos plats demain matin, vous me rapporterez ma lanterne, et je vous donnerai pour boire.

Il la conduit à la porte.

Votre souper sent bien bon... Allez, mon petit ami, ne vous cassez pas le cou, et n'oubliez pas de fermer la porte de l'allée.

Il ferme la porte en dedans, et rentre chez lui où il se renferme.

GILLES, arrivant à pas de loup

Ferme, ferme ta porte, nous te la ferons bien ouvrir.

ARLEQUIN, arrangeait la table

Mon cher mannequin ! La bonne idée que j'ai eue là ! Je me sens presqu'aussi content que si j'allais souper avec la véritable Colombine.

Il met le couvert.

GILLES

Laissons-les s'établir, et quand ils seront bien train en train, j'irai chercher madame rabat-joie.

ARLEQUIN, élevant la voix

Ne t'impatientes pas, mon coeur, je mets la table.

GILLES

Oui, et nous, nous fournirons le dessert.

ARLEQUIN

Souper tête_à_tête avec un mannequin ! Pourquoi pas ? Puisque je vois dans ce mannequin ma Colombine et tous ses charmes.... C'est comme cela dans le monde...

GILLES, regardant à travers la serrure

On n'est pas encore à table.

GILLES, s'impatientant

Pas encore à table ! Apparemment qu'ils ont quelque chose à se dire avant de souper... Ils font bien de profiter de ce moment-là : on ne sait pas ce qui peut arriver.

ARLEQUIN, apporte son mannequin et le place vis-à-vis la table, sur le devant de la scène

Reste là, ma bonne amie, je vais approcher la table.

GILLES, regardant à travers la serrure

Elle est là.

ARLEQUIN, mettant la table devant le mannequin

Es-tu bien ?... Oui, tu es bien.

GILLES

Je ne peux pas voir sa figure ; c'est bien terrible ça.

ARLEQUIN

Dépêchons-nous, car le souper refroidit.

GILLES

Il refroidit !... Je vais le réchauffer.

Il sort.

SCÈNE XVI.

ARLEQUIN, seul, à table avec son mannequin

Je sens que nous avions besoin de souper.... Le poulet est bien tendre.

Il sert.

À toi l'aile, à moi la cuisse.... D'abord je mange pour Colombine....

Il prend sur l'assiette du mannequin.

Et puis je mange pour Arlequin.

Il mange sur son assiette.

Il faut que j'aie de l'appétit pour deux ; mais cela ne m'inquiète pas... Je mange si souvent comme quatre... Pour le vin, ma bonne amie, je te demande la permission de le ménager, parce qu'il est bon, et que j'en veux conserver quelques bouteilles que nous vuiderons ensemble, quand tu seras de retour de ton voyage.... Nous allons boire à nos santés.

Il débouche la bouteille se verse du vin dans les deux verres, pendant la ritournelle du morceau suivant.

AIR : Tu me donneras la mienne.

Pour moi, je bois à la tienne.

Il boit dans le verre du mannequin.

Pour toi, je bois à la mienne.

Il boit dans son verre.

Tu triches, tu ne bois pas, Je bois et ne triche pas. Ah ! ma chère, ah ! Le charmant repas ! Je veux, ma belle maîtresse En te regardant sans cesse, M'enivrer de tes appas. Pour moi, je bois, etc.

SCÈNE XVII. Arlequin, chez lui, Cassandre, Colombine, et Gilles, dans l'autre chambre.

GILLES, à Colombine,

Encore une fois, laissez dire votre père, et vengez-vous, il serait trop tard demain.

COLOMBINE

Rien ne m'arrêtera.

CASSANDRE, se mettant entre la porte et Colombine

Doucement, Colombine, Monsieur_Arlequin est chez lui ; il ne nous convient ni de forcer sa porte, ni de le déranger.

COLOMBINE

Ni de le déranger !...

CASSANDRE

Non, ma fille : d'ailleurs, il faut d'abord bien s'assurer du fait, et puis, comme je vous le disais tout_à_l_heure, la réflexion, la précaution, modération, et, surtout, la modération.

COLOMBINE

La modération !

CASSANDRE

Oui, ma fille. « La modération est le trésor du sage. »

GILLES, à Colombine

Vous l'écoutez ?

ARLEQUIN

Que tu me rends heureux, ma charmante maîtresse !

COLOMBINE, à Cassandre

Sa charmante maîtresse vous l'entendez.

Elle s'avance près de la porte.

CASSANDRE, la retenant

Un moment.

COLOMBINE, frappant du pied

Quelle patience !

GILLES, à Colombine

Mais allez donc.

Colombine fait un nouveau mouvement, Cassandre la repousse encore.

ARLEQUIN

Eh ! La liqueur que j'ai oubliée... Mais il n'est guère que dix_heures_et_demie, le café ne sera pas encore couché... J'y vais.

Il se lève de table.

COLOMBINE, à Gilles qui l'excite à ne plus rien ménager

Tu as raison.

À Cassandre qui regarde à travers la serrure.

Ôtez-vous de la, mon père.

CASSANDRE

Il va sortir.

Il emmène Colombine et Gilles au fond du théâtre.

ARLEQUIN, prenant le flambeau

Je te laisse sans lumière.... Tu n'auras pas peur !

Il sort de sa chambre, dont il laisse la porte ouverte, et dit, en traversant la chambre où sont Cassandre, Colombine et Gilles.

Je ne serai qu'un instant, mon petit ange.

Colombine veut se jeter sur Arlequin, son père la retient.

SCÈNE XVIII. Cassandre, Colombine, Gilles.

GILLES, sautant de joie

Ça va commencer.

COLOMBINE, voulant entrer

Enfin...

CASSANDRE, retenant sa fille, et passant devant ell[e.]

Arrêtez, fille trop sentimentale.

GILLES, à Colombine

Allez, allez.

Ils entrent tous chez Arlequin.

COLOMBINE, au mannequin

C'est donc vous, impudente, qui osez venir effrontément ?...

CASSANDRE

Ma fille, taisez-vous, je vous l'ordonne, il est nécessaire, avant tout, de savoir à qui l'on parle.

GILLES

C'est bien difficile à voir.

CASSANDRE, après avoir toisé le mannequin du haut en bas avec sa lanterne

Elle n'est point mal.

COLOMBINE, en enrageant

Point mal ?

CASSANDRE, appuyant

Point du tout mal ; et je lui trouve même.... l'air...

GILLES

De ce qu'elle est.

CASSANDRE

Oui, l'air distingué.

GILLES

Pardi ! Ces demoiselles-là ont toujours quelque chose qui les distingue.

CASSANDRE, au mannequin

Madame, puis-je savoir comment et pourquoi vous vous trouvez, à l'heure qu'il est, chez un jeune homme ?

GILLES

Pourquoi ?

COLOMBINE, à Cassandre

Faites-là donc parler.

COLOMBINE

Répondrez-vous, péronnelle ?

Péronnelle : Terme de dénigrement. Jeune femme sotte et babillarde. [L]

CASSANDRE

Doucement donc, ma fille ; vous lui coupez la parole... Qui êtes-vous ?... Hein !... Plaît-il !... Pas le mot.

COLOMBINE

Ah ! Voilà bien des façons.... C'est à moi de l'interroger.

Elle lui donne un soufflet.

GILLES, sautant de joie

C'est ça.

COLOMBINE

Ah ! Grands dieux ! Que vois je ? Arlequin est innocent.

GILLES

Ça n'est pas vrai.

COLOMBINE, examinant le mannequin

Oui, c'est un mannequin, c'est moi, c'est mon portrait... mêmes habits.... même chapeau.... Le ruban que je lui ai donné !

CASSANDRE, touchant le mannequin

Ma fille a raison.

COLOMBINE

Je suis au comble de la joie !... Quel excès de tendresse !... Quel amant !... J'étais loin de m'attendre au bonheur qu'il me procure, et je lui dois la même surprise.

CASSANDRE

Que veux-tu faire ?

COLOMBINE

Retirez ce mannequin.

GILLES, à part en le retirant

Vous verrez qu'ils vont se raccommoder.

COLOMBINE

Il vient, éloignez-vous.

Gilles et Cassandre se retirent au fond, avec le mannequin dont Colombine prend la place.

SCÈNE XIX et DERNIÈRE. Les mêmes, Arlequin.

ARLEQUIN

Je n'ai pas été longtemps, ma petite Colombine, et j'apporte du bon.... C'est du partit amour... On dirait qu'elle me sourit... Ma petite bonne amie....

Il lui prend la main.

Ah !... J'ai cru toucher le vrai bras de Colombine... Ce que c'est que de bien aimer !

Il verse deux verres de liqueur, l'un devant Colombine et l'autre devant lui ; il commence par boire celui de Colombine, qui pendant ce temps-là, prend celui qui est devant Arlequin : il demeure interdit, recule et avance alternativement.

AIR : Ah ! grand dieu, que je l'échappe belle.

Ciel que vois-je ! Est-ce que je sommeille ! Non, certainement, En ce moment, Parbleu je veille ; Cependant, quelle étrange merveille !

Il se recule, Colombine le suit des yeux.

Partout en ces lieux Ce mannequin me suit des yeux.

Colombine se lève.

Ah ! Grand Dieu ! D'effroi, mon coeur se glace ; Oui ce mannequin Est un lutin... Il me pourchasse... Mannequin, ah ! Par quelle disgrâce, Le diable en ce jour Se mêle-t-il de mon amour !

Colombine lui tend les bras.

Il va m'étrangler.

Il s'enfuit et se jette dans le mannequin.

Ah !

Fragment dit Maréchal-Ferrant.

Ils sont une compagnie....

COLOMBINE, allant à lui

C'est moi.

CASSANDRE

C'est ma fille.

COLOMBINE

C'est moi.

CASSANDRE et GILLES, amenant Arlequin qui tremble toujours

C'est elle, c'est Colombine.

ARLEQUIN, après l'avoir bien regardée

Eh ! Oui, c'est toi.

Il saute au cou de Cassandre et de Gilles, tout-à-tout, et fait toutes les folies que peut inspirer la joie la plus vive.

COLOMBINE

Moi-même.

ARLEQUIN

Oh ! Oui, je vois bien que ce n'est plus un mannequin.

COLOMBINE

Non, mon ami, c'est la vraie, la fidèle Colombine qui ne croira jamais aimer assez le plus tendre, le plus rare des amants.

CASSANDRE

Je suis de ton avis, ma file, et ta main doit être sa récompense.

ARLEQUIN

Je vous dirais bien ; beau-père, que je ne me consolais pas comme un autre ; mais j'épouse Colombine en personne et je dis adieu au mannequin.

GILLES

Ah ! Vous ne risquez rien de le jeter au feu ; on n'en manquera pas pour ça.

ARLEQUIN

Toujours gentil comme à votre ordinaire.

VAUDEVILLE.

301 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica