Opéra comique en vers et en prose· Opéra-Comique en un Acte
Le Jardinier et son Seigneur
Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre-Lyrique, le 1er mai 1863.
Personnages
- JEAN MACLOU, fermier Monsieur GABRIEL
- PETIT-PIERRE, son filleul, Mademoiselle A. FAIVRE
- LE BARON, Monsieur LEGRAND
- MARCASSE, M. WARTEL
- MARGOT, femme de Jean Maclou, Madame DUCLUS
- TIENNETTE, sa fille Mademoiselle ESTAGEL
- FILLES ET GARÇONS DE FERME
- PIQUEURS
LE JARDINIER ET SON SEIGNEUR
La ferme de Jean Maclou. - À droite, la maison. - À gauche, un hangar. Devant la maison, une table et des bancs. - Au fond, l'entrée d'un potager entouré d'une haie vive.
SCÈNE PREMIÈRE.
Au lever du rideau, il fait petit jour ; Maclou sort de la maison avec précaution ; il tient une gaule à la main.
MACLOU, seul
Il écoute un instant, se glisse près de la haie et frappe deux grands coups de gaul à droite, puis à gauche.
Vlan ! v'ian !
Il redescend avec découragement.
COUPLETS.
I
V'là huit grand jours qu'un coquin d'lièvre Est venu s'loger Dans mon potager ! J'en suis malad' ! J'en ai la fièvre ! J' donn'rais dix écus Pour mettr' la main d'sus ! Ah ! L' grand voleux ! La méchant' bête ! Foi d' Maclou, J'en perds la tête, Foi d' Maclou J' en d'viendrai fou !Se tournant vers le potager.
Hou !Il
Dès l' point du jour, pour l' prendre au gîte, Comme un chien d'arrêt Je m'tiens là tout prêt !... Mais l' scélérat, dès que j' m'agite, S'en sauve ou s'tient coi, Tour mieux s'gausser d'moi ! Ah ! L' grand voleux ! La méchante bête ! Foi d'Maclou, J'en perds la tête, Foi d'Maclou, J'en d'viendrai fou !Il ramasse une pierre et la lance de toutes ses forces dans le potager.
Hou !On entend un éclat de rire, et Petit-Pierre parait en se tenant le côté.
SCÈNE II. Maclou, Petit-Pierre.
PETIT-PIERRE
Ah ! ah ! ah ! ah !... Dites donc, parrain, je l'ai reçu en plein !... Ah ! ah ! ah ! C'est drôle ça !
MACLOU
C'est toi, imbécile !
PETIT-PIERRE
Eh ! Oui donc qu' c'est moi !
MACLOU
Qu'est-ce que tu me veux ?
PETIT-PIERRE
Figurez-vous, parrain, que j'avais quitté un instant nos boeufs pour venir à la ferme me rafraîchir un brin... Et, chemin faisant, je cueillais deçà delà quelques bluets dans les blés pour offrir a...
MACLOU
À qui ?
PETIT-PIERRE
À mes boeufs.
MACLOU, lui prenant l'oreille
C'est il point plutôt pour ma fille Tiennette ?
PETIT-PIERRE
Et v'là que...
MACLOU
Réponds donc !
PETIT-PIERRE, riant
Ah ! ah ! ah ! Vous me faites mal tout d'même !... Et v'là donc que je reçois votre pierre en plein dans le côté !... Ah ! ah ! ah ! Quand je pense que si je l'aurais reçue sur la tête aussi bien, vous m'auriez tué tout net !... C'est drôle, ça !
MACLOU
C't animal-là... il rit de tout !
PETIT-PIERRE
Eh ! Oui, donc !... V'là mon caractère à moi !... C'est pas comme vous qui n'êtes jamais content de rien ! Mais à propos, pourquoi donc qu' vous jetez comme ça des pierres dans votre potager ?
MACLOU
Est-ce que tu ne sais point qu'y a bouté là-dedans un gredin de lièvre qui ravage et saccage tout ! Qui mange nos choux, nos laitues, tout, quoi !
PETIT-PIERRE
Ce n'est que ça !... Merci Dieu ! Y a bien dans vos champs de quoi nourrir cent lièvres sans qu'il y paraisse beaucoup.
MACLOU
Cent lièvres ! Tu m'y fais penser ! Si le brigand avait de la famille !
PETIT-PIERRE
Ah ! Dame !... Ça s'est vu !... Les lièvres se marient entre eux.
Avec un soupir.
Ils s' marient plus facilement que les garçons de ferme !
MACLOU, le reprenant par l'oreille
Ah ! Je t'y prends à r'luquer la main de Tiennette !
PETIT-PIERRE
Eh ! Oui donc que je r'luque sa main, et son pied aussi... Et tout da !...
MACLOU
Eh ben !... Tu n'auras ni son pied ni sa main, et nous verrons alors si tu riras !
PETIT-PIERRE
Ah ! J' rirai tout d'même, pour me consoler.
MACLOU
Eh ben, je te flanquerai à la porte de la ferme !
PETIT-PIERRE
J'rirai tout de même !
MACLOU
Eh ben, je te chasse tout de suite !
PETIT-PIERRE
Chassez !
Riant.
Ah ! ah ! ah ! Me v'là sans place c'est drôle ça !
MACLOU
Veux-tu pas rire !
PETIT-PIERRE
C'est plus fort que moi !
COUPLETS.
I
Quand quelqu' chos' vous tracasse, Vous entrez en fureur ! Moi, plus j'suis dans l' malheur, Et moins j' fais la grimace ! Vous pleurez jour et nuit, Et moi j'ris à toute heure ; Vous êtes Jean qui pleure, Et moi j' suis Jean qui rit !II
Chacun son caractère : Moi je n' m'afflige de rien, Et je crois que c'est pour not' bien Qu'on nous a mis sur terre ! Vous pleurez jour et nuit, Et moi j' ris à toute heure ; Vous êtes Jean qui pleure, Et moi j' suis Jean qui rit !MACLOU
Ah ! C'est comme ça !... Eh ben, nous allons voir.
Il prend sa gaule.
PETIT-PIERRE, se tenant les côtes
Ah ! ah ! ah ! ah !... Ça va bien !... À coups d'pierres tantôt... À coups d'gaule à c't'heure.
Maclou le poursuit en levant sa gaule pour le frapper. Entrent Tiennette et Margot qui se placent entre Maclou et Petit-Pierre.
SCÈNE III. Les mêmes, Tiennette, Margot.
TIENNETTE
Ah ! Mon père !
MARGOT
Eh ben, not' homme !
QUATUOR.
ENSEMBLE.
PETIT-PIERRE
Si ça l'amuse, il a raison !TIENNETTE
Mon pauvr' Pierr',PETIT-PIERRE
Ma chère Tiennette !PETIT-PIERRE
Si ça l'amuse... il a raison !MARGOT et TIENNETTE
Furieux d'quoi ?TIENNETTE et MARGOT
Comment ! Vous y pensez encore !PETIT-PIERRE, riant
C'est vrai qu' les lièvr' ont de fameus' dents !MACLOU, le menaçant
Ah ! Gredin !...MACLOU
Je me tiens à quatre Pour ne pas le battre, À grand tour de bras ! Quand sur son épaule Pleuvront les coups d'gaule, P't-être qu'il n' rira pas.PETIT-PIERRE
Vous pouvez bien m' battre ! Battez-moi comm' plâtre ; N' vous en privez pas 1 J' sais sur mon épaule R'cevoir les coups de gaule ; Sans fair' d'embarras.TIENNETTE et MARGOT
À quoi bon le battre ! Rions tous les quatre, Ne nous fâchons pas ! Sa mine est si drôle ! Laissez là votr' gaule ! Tendez-lui vos bras.MACLOU
Ah ! L' gredin !MARGOT, retenant Maclou et lui arrachant sa gaule
Voyons, voyons, notre homme ! N' faites donc pas le méchant, que je vous dis !
Elle le fait asseoir sur un banc.
TIENNETTE, apportant un morceau de pain et des pommes
Tiens, mon Pierre, v'là ton déjeuner.
PETIT-PIERRE
Merci bien, mam'zelle !
Il va s'asseoir sur la table et se met à manger.
MACLOU, se retournant
Hein ! Qu'est-ce que c'est ?
TIENNETTE, allant à lui
Je dis, mon père, que nous avons vendu ce matin tous nos fruits et tous nos légumes.
MACLOU
Ah !
MARGOT
Et v'là déjà nos blés tout jaunes.
MACLOU
Oui, oui, la moisson sera bonne.
TIENNETTE
Et la vendange aussi.
MACLOU
Oui... Et au printemps prochain acheter nous pourrons encore un ou deux lopins de terre.
PETIT-PIERRE, la bouche pleine
Plaignez-vous donc, parrain ! Bientôt vous en aurez tant que vous ne saurez où les mettre.
MACLOU
Qu'est-ce qui te parle, à toi ?
PETIT-PIERRE
Je ne dis rien.
MARGOT
Ah ! Dame ! C'est la vérité que tout nous réussit ! Car c'te ferme est ben à nous maintenant.
MACLOU
Oui, oui, je suis mon propre fermier. Toutes ces terres-là sont à moi, et Monsieur_le_baron n'a rien à y voir... J'ai tout payé en bons écus sonnants.
MARGOT
Je gagerais s bien que ce baron-là, tout baron qu'il est, n'est point si heureux que toi.
MACLOU
Oh ! oh !... Un baron, pas si heureux qu'un paysan !
PETIT-PIERRE, mordant dans une pomme
C'est qu'on dit que le Baron a une femme... et que la Baronne a un amoureux.
MACLOU, se levant
Qu'est-ce qui te parle ?
PETIT-PIERRE
Je ne dis rien.
MARGOT, à Maclou
Tandis que toi tu as une femme qui t'aime bien.
MACLOU
C est vrai.
Il embrasse Margot.
MARGOT
T'as une gentille fillette.
MACLOU
C'est vrai !
Il embrasse Tiennette.
PETIT-PIERRE
Oh ! Oui, que c'est vrai !
MACLOU
Eh ben, oui, je suis heureux... très heureux !
Se tournant vers le potager.
Et sans ce gredin de lièvre !
TIENNETTE et MARGOT
Encore !
PETIT-PIERRE, s'avançant résolument vers Maclou
Je promets de le prendre, moi, votre lièvre !
MACLOU
Toi !
PETIT-PIERRE
Oui... si vous consentez seulement à...
MACLOU
À quoi ?
PETIT-PIERRE
À me bailler la main de votre fille.
MACLOU, le repoussant
Va-t'en au diable !
MARGOT
Au fait, notre homme, Petit-Pierre est notre filleux, et v'là Tiennette en âge de se marier.
TIENNETTE
Il me semble bien qu'oui.
PETIT-PIERRE
Et vous aurez deux bons enfants qui vous aimeront bien, père Maclou.
TIENNETTE
Qui vous mettront dans du foin !...
PETIT-PIERRE
Et qui vous feront rire.
MACLOU
Laissez-moi tranquille !
Remontant.
Tant que je ne tiendrai pas ce maudit lièvre !
TIENNETTE
Puisqu'il promet de le prendre !
MACLOU
Eh bien, qu'il me l'apporte... et nous verrons.
PETIT-PIERRE
C'est dit, parrain ; nous verrons c' soir !
MACLOU
Chut !... Entendez-vous là-bas ?
On entend une fanfare lointaine.
PETIT-PIERRE
Oui, c'est Monsieur_le_Baron qui chasse dans le bois avec tous ses chiens et ses piqueux... Je les ai vus sortir du château dès le matin.
MACLOU
Le baron qui chasse par ici ! Quelle idée !
Il réfléchit.
MARGOT, bas à Tiennette
Si j'osais... J'irais lui demander pour Petit-Pierre cette place de garde-chasse qui est vacante... Il me l'accorderait peut-être... Et alors ton père ne pourrait plus refuser de vous marier...
TIENNETTE
Voulez-vous que j'aille le trouver, moi ?... Un baron ne m'fait pas peur.
MARGOT
Chut !... À quoi pensez-vous donc, notre homme ?
MACLOU, à part
Oui, c'est une bonne idée... Il n'y à que ce moyen-là de m'en débarrasser.
TIENNETTE
Qu'est-ce qu'il a donc à se parler bas ?
MARGOT, à Maclou
Vous vous en allez ?
MACLOU
Oui, oui, je vas faire un tour dans nos vignes, pour voir si le raisin s'porte bien ; à tantôt...
MARGOT
Mais...
MACLOU
Occupez-vous de votr' soupe, notre femme...
À part.
Il me semble que la chasse se rapproche.
Nouvelles fanfares plus rapprochées.
Faut que je les rattrape.
Il sort en courant.
MARGOT
L' pauvre homme !... Je crois qu'il devient fou !
À Tiennette.
Allons, Tiennette, viens m'aider à faire le dîner.
À Petit-Pierre.
Et toi, garçon, retourne auprès de tes boeufs.
TIENNETTE
Oui, ma mère.
PETIT-PIERRE
Oui, marraine !...
Margot entre dans la ferme.
SCÈNE IV. Petit-Pierre, Tiennette.
DUO.
PETIT-PIERRE, retenant Tiennette
Restez donc là, près de votr' amant, Un p'tit moment, rien qu'un moment !PETIT-PIERRE
Un p'tit moment ! Rien qu'un moment ! Je veux un à-compte Sur mes droits d'époux ! Sans peur et sans honte, Vite embrassons-nous !TIENNETTE, tendant la joue
Sans peur et sans honte, Soit, embrassons-nous !... Prenez un à-compte, Sur vos droits d'époux !Petit-Pierre embrasse Tiennette.
PETIT-PIERRE
Rien que d'penser que j' s'rai votr' époux, Rien que d'penser qu' vous s'rez ma femme, Ça m' met l'esprit tout sens d'sus d'sous, Ça me r'mu' jusqu'au fin fond de l'âme.Il soupire.
PETIT-PIERRE, d'un air langoureux
Ah ! moi qui ris toujours ! Quand j' pense à mes amours, Je n' suis plus en train d'rire ! Ma félicité M'enlèv' ma gaîté, J' ris quand j' suis attristé ; Quand j' suis heureux j' soupire !TIENNETTE
Eh bien, moi, Par ma foi ! C'est tout le contraire : J'ris de bon coeur d'mon bonheur Quand j' suis sûr' de plaire !PETIT-PIERRE
J' sauv'rai vos choux, J'aurais c' gueux d'lièvre !L'attirant doucement à lui.
Mais en attendant Embrassons-nous, encor'... encore, ma chèr' Tiennette.PETIT-PIERRE
Je veux un à-compte Sur mes droits d'époux ! Sans peur et sans honte, Vite embrassons-nous !TIENNETTE
Sans'peur et sans honte, Soit, embrassons-nous ! Prenez un à-compte Sur vos droits d'époux !Petit-Pierre l'embrasse de nouveau en soupirant.
MARGOT, dans la coulisse
Tiennette ! Tiennette !
TIENNETTE
Ma mère m'appelle !... Adieu ! adieu !
Elle entre dans la ferme.
SCÈNE V.
PETIT-PIERRE, seul
Est-elle gentille !... Est-elle mignonne ! Je suis si heureux... J'suis si content que j'en pleurerais ! Mais faut d'abord que je tienne ma promesse ! J'vas me mettre à_l_affût dans le potager... Et si le lièvre montre ses oreilles... V'lan ! Je mets la main dessus ! et nous le mangerons au repas d'noce !
Il remonte vers le fond.
Mais qu'est-ce que je vois là ?... Mon parrain qui s'en revient en causant avec Monsieur_le_Baron ! Monsieur_le_Baron et son piqueux, le grand Marcasse !... Qu'est-ce qui peuvent donc s'dire ? J'suis pas curieux... mais... j' vas toujours me cacher là pour entendre.
Il se cache sous le hangar.
SCÈNE VI. Maclou, Le Baron, Marcasse.
MACLOU, avec de grandes salutations
Entrez donc, Monsieur_le_Baron, entrez donc chez nous un moment, s'il vous plaît...
LE BARON
Comment te nommes-tu, mon brave homme ?
MACLOU
Maclou, Monseigneur, Jean Maclou, pour vous servir.
LE BARON
Ah ! Oui, je me souviens, tu étais autrefois le jardinier du château, je crois ?
MACLOU
Oui, monseigneur.
LE BARON
Et tu dis que tu as une grâce à me demander ?
MACLOU
Oui, monseigneur.
LE BARON
Alors dépêche-toi.... car j'ai hâte de rejoindre la chasse.
MARCASSE, frappant Maclou de son fouet
Dépêche-toi, drôle !
MACLOU, à part
Aïe !...
Haut.
Oui, monsieur Marcasse !
Au baron.
Voilà de quoi il retourne, Monseigneur... Faut vous dire qu'il y a chez nous depuis longtemps un scélérat de lièvre qui nous fait un dégât... Un dégât du diable, quoi !... Et l' plus vexant, c'est que cette maudite bête-là s' rit des pièges et des traquenards.
LE BARON
Eh bien !... Qu'est-ce que ça me fait ?
MARCASSE
Qu'est-ce que ça nous fait ?
Il donne un coup de fouet dans tes jambes de Maclou.
MACLOU, avec une grimace
Oh là !
Souriant.
Je voulais simplement, prier monseigneur de me débarrasser de l'animal.
LE BARON
Comment, maraud ! Belître, butor ! C'est pour cela que tu m'as arrêté ! Que tu me fais venir dans ton taudis !... Tu veux que je courre le lièvre dans un champ de laitues ! Tu mériterais !...
MARCASSE
Voulez-vous que je l'assomme, Monseigneur ?
MACLOU, effrayé
Ah ! Mais non !...
LE BARON
Vingt coups de fouet suffiront.
MARCASSE
Ce n'est guère.
Il poursuit Maclou à coups de fouet.
MACLOU
Au secours ! Au secours !
Petit-Pierre sort de sa cachette. Tiennette et Margot sortent de la ferme.
SCÈNE VII. Les mêmes, Petit-Pierre, Tiennette, Margot.
MARGOT
Qu'est-ce donc ? Qu'y a-t-il ? - Mon pauvre mari ?
TIENNETTE
Mon père !
PETIT-PIERRE
Mon parrain !...
MACLOU, se frottant les mollets
Aïe ! aïe ! aïe ! Oh là !
LE BARON, au fond
C'est bien ! Suis-moi, Marcasse...
TIENNETTE et MARGOT
Monsieur le baron !
LE BARON, se retournant
Que vois-je là ! Malpeste ! D'où sort ce joli minois ?
Il s'approche de Tiennette.
MARCASSE
D'où vient cette grosse commère ?
Il s'approche de Margot.
MACLOU
C'est ma femme et ma fille, Monseigneur.
TIENNETTE et MARGOT, faisant la révérence
Votre servante, Monsieur_le_Baron.
LE BARON, prenant le menton à Tiennette
Une jolie fille, ma foi !
MARCASSE, prenant la taille à Margot
Une belle femme, corbleu !
MARGOT, se dégageant
Monsieur plaisante.
MARCASSE
Mais non.
TIENNETTE, baissant les yeux
Monseigneur veut rire.
LE BARON
Mais non.
MACLOU, bas à Tiennette et à Margot
Allez ! Allez ! J'ai mon idée.
TIENNETTE
Ah !
MARGOT
Ah !
LE BARON, riant
Qu'est-ce que tu me disais donc, mon cher Maclou ? Ne me priais-tu pas de chasser sur tes terres ? Je ne demande pas mieux, palsembleu ! Je ne demande pas mieux !
Il recommence à lutiner Tiennette.
Lutiner : Tourmenter comme ferait un lutin. Lutiner une femme. [L]
MARCASSE, avec un gros rire
Nous ne demandons pas mieux !
Il se rapproche de Margot.
PETIT-PIERRE, s'avançant
Eh ben, eh ben, excusez ! Vous ne voyez donc rien, parrain ?
LE BARON
Qu'est-ce que c'est ?
MARCASSE
Qu'est-ce qu'il y a ?
Il lui lance un coup de fouet dans les jambe.
MACLOU
Attrape !
PETIT-PIERRE
Ah ! ah ! ah ! ah ! Merci bien ! C'est drôle, ça !
LE BARON
Ainsi c'est convenu, Maclou, mon ami, nous allons courre le lièvre chez toi ! Sois tranquille, va, tu te souviendras de notre visite,
À part.
, et ta fille aussi.
MARCASSE, à part
Et ta femme aussi.
PETIT-PIERRE, à part
Et moi itou ! Rira bien qui rira l' dernier, comme dit c't autre.
LE BARON
Mais je t'avertis que mes piqueurs sont un peu fatigués et qu'ils doivent avoir diablement soif et faim à l'heure qu'il est...
MACLOU
Ah ! Ils ont...
MARCASSE
Soif et faim.
PETIT-PIERRE
Eh ben, nous les f'rons boire et manger ! Pas vrai, parrain ?
LE BARON
Et mon cheval aussi.
MARCASSE
Et mes chiens aussi.
PETIT-PIERRE
Et le diable itou !
À part.
Ça va bien !
MARGOT, bas à Maclou
Ils vont boire notre vin, manger nos provisions.
MACLOU
Oui, mais j'aurai l' lièvre !
LE BARON, à Maclou
Allons, père Maclou !
À Petit-Pierre.
Allons, garçon, vite à la cave, au cellier ! Courez, dépêchez-vous ! Apportez les jambons, les bouteilles !
À Marcasse.
Toi, Marcasse, fais signe à nos hommes devenir...
À Margot.
Vous, la mère, mettez le couvert.
À Tiennette.
Et toi, fillette, reste près de moi !
Il veut saisir Tiennette qui lui échappe.
PETIT-PIERRE, riant
Ça va bien !... Ça va bien !
MACLOU
Pourquoi ris-tu ?
PETIT-PIERRE
Dame ! C'est drôle tout ça !
MACLOU, se grattant l'oreille
Tu trouves, toi !
Il lui tourne le dos et s'éloigne.
PETIT-PIERRE
V'là un lièvre qui coûtera cher ! Je vas chercher les bouteilles.
TIENNETTE
Et moi les jambons.
MARCASSE
Par ici, les amis, par ici.
Entrée des piqueurs.
SCÈNE VIII. Les mêmes, Les piqueurs du Baron.
LE CHOEUR DES PIQUEURS
Tayaut, tayaut ! Vive le bruit ! vive la chasse 1 Vive le grand air et l'espace ! Tayaut, tayaut ! Quels cris, quelle ardeur ! quelle joie ! Le cor sonne ! La meute aboie ! Hau ! hau ! haut ! hau ! Tayaut !LE CHOEUR DES PIQUEURS
Tayaut !LE CHOEUR
Tayaut ! tayaut ! Vive le bruit ! vive la chasse ! Vive le grand air et l'espace ! Tayaut ! tayaut ! Quels cris ! quelle ardeur ! Quelle joie : Le cor sonne ! La meute aboie ! Hau ! hau ! hau, hau, Tayaut !MACLOU, se bouchant les oreilles
Leurs cris m'ont crevé les oreilles.PETIT-PIERRE, accourant avec un panier plein de bouteilles
Parrain, j'apporte les bouteilles.TIENNETTE, apportant le pain et les provisions
Voici des jambons et du pain.LE CHOEUR
Amis, apaisons notre faim, Et buvons pour nous mettre en train.Marcasse distribue les jambons et les bouteilles.
TIENNETTE, s'échappant
Non, Monseigneur, laissez ma main !PETIT-PIERRE
J'ris d'l'embarras d'mon pauvre parrain !MACLOU
J'aurai mon lièvre, j'en suis certain !Les piqueurs mangent et boivent ; - les bouteilles et les jambons circulent de main en main. - Marcasse verse à boire au Baron.
LE BARON, à Tiennette
Et vous une chanson !TIENNETTE
Je n'en sais point ! Non, non, non.LE CHOEUR
Chante, mon garçon !PETIT-PIERRE
I
Quand le père Mathurin Maria sa fille, On vit, dès l'matin, V'nir tout' la famille. Nièces et neveux, Cousins et cousines, Marchaient deux à deux, Autour des cuisines, Et trois violoneux Raclaient devant eux. Ah ! Que tapage ! Qué r' mu' ménage ! Qué gaspillage Dans la maison ! Vite à la broche Tous les dindons ! Et qu'on décroche Lard et jambons ! Et allez donc ! Invitez donc Vos parents à la noce ! Tous ces gens-là Vous ont, oui-da ! Un appétit féroce ! Tire lan lair ! Tire lan la !II
L' seigneur du pays S'était mis en chasse, Et tous ses amis Couraient sur sa trace ; L' beau-pèr' comme un sot, En ch'min les arrête, L' seigneur aussitôt S'invite à la fête, Avec tous les siens, Ses gens et ses chiens ! Ah ! Qué bagarre ! Qué tintamarre ! Et qué fanfare Dans la maison ! Chacun s' fait gloire, Sans plus d'façon, D' manger et de boire Plus que d'raison ! Et allez donc ! Invitez donc ! Les seigneurs à la noce ! Tous ces gens-là Vous ont, oui-da Un appétit féroce ! Tire lan lair ! Tire lan la !MARCASSE, bas à Margot
J' veux vous r'voir tantôt encore une fois !MACLOU, à part
Tatigué ! J'en ai la fièvre !REPRISE DU CHOEUR
Tayaut ! Tayaut ! Vive le bruit, vive la chasse ! Vive le grand air et l'espace ! Tayaut ! tayaut ! Quels cris ! Quelle ardeur ! Quelle joie ! Le cor sonne, la meute aboie ! Hau ! hau ! hau ! haut ! Tayaut !Le Baron sort avec Marcasse et les piqueurs. On les voit courir à droite et à gauche a travers le potager. Le cor retentit de temps en temps, pendant la scène suivante, et le bruit de la chasse s'éloigne peu à peu.
SCÈNE IX. Maclou, Petit-Pierre, Tiennette, Margot.
PETIT-PIERRE, riant à se tenir les côtes
Ah ! ah ! ah ! ah !
MACLOU
Veux-tu te taire, toi !
PETIT-PIERRE
Les v'là lancés dans le potager !
Imitant le son du cor.
Tara ! tara ! tara !... Ta ! ta ! ta ! ta ! ta ! ta ! Courent-ils ! Sautent-ils ! Cabriolent-ils ! S' donnent-ils du mouvement ! C'est comme une trombe, quoi 1 Tarai tara 1 tarai... l'auront-ils, ne l'auront-ils pas'
On entend plusieurs coups do feu.
Pan ! pan ! patapan !... V'là qui tirent sur vos choux !...
Descendant et venant en scène.
C'est la mort aux légumes que c't chasse-là.
MACLOU
Mes pauvres choux !
TIENNETTE
Notre pauvre jardin !
MARGOT
Une jolie idée qu' t'as eue là, notre homme !
PETIT-PIERRE, courant au fond
Bon, v'là le lièvre qui saute par-dessus la haie... Et les chiens qui sautent après... Et Monsieur_le_baron qui enfonce la clôture pour faire passer son cheval... y a plus de clôture ! Ils sont dans 1' verger à c't' heure ! Et allez donc ! En v'là-t-il du bruit et du dégât pour un pauvre lièvre du bon_Dieu !... Avec ça qu'ils ne l'auront point !
MACLOU
Monseigneur, Monseigneur ! Arrêtez !... J'en ai assez ! J' demande sa grâce ! Monseigneur, grâce pour le lièvre !
Il sort en courant et en criant ; le bruit de la chasse s'est éloigné, on entend encore un ou deux coups de fusil.
PETIT-PIERRE
Eh ! Parrain ; attendez-moi, parrain ! Tara ! tara ! tara ! Pif ! paf ! pan !
Il sort en courant et en imitant le son du cor et le bruit des coups de fusil.
SCÈNE X. TIENNETTE, MARGOT.
MARGOT, débarrassant la table
Il est bien temps de courir, maintenant que le mal est fait. C'est encore une jolie idée que ton père a eue là de les amener chez nous.
À part.
Et Monsieur_Marcasse qui m'a priée tout bas de venir l'attendre ici à la brune.
À Tiennette.
Viens m'aider, fillette.
À part.
C'est égal, Monsieur_Maclou a de la chance d'avoir une femme honnête... sans ça... son lièvre lui coûterait plus cher qu'il ne croit, l' pauv' cher homme !...
Elle entre dans la ferme.
TIENNETTE, aidant sa mère
Monsieur_le_baron m'a dit de l'attendre ici. Faut qu'il m'accorde la place de garde-chasse pour Petit-Pierre.
MARGOT rentrant, à part
Mais j' veux qu'il ait peur tout de même et qu'il profite de la leçon... V'là le soir qui vient... j'ai mon idée.
À Tiennette.
Viens, fillette.
Elles entrent dans la ferme, Marcasse passe la tête au dessus de la haie et s'avance avec précaution. Le jour commence à baisser.
Musique à l'orchestre.
SCÈNE XI.
MARCASSE, seul
Ma foi, tant pis ! Je les plante là ! Qu'ils chassent sans moi s'ils veulent... Il y a un autre lièvre par ici, bien plus gras et bien plus appétissant, que je veux tâcher de prendre gîte... Et au ce lièvre-là se nomme Margot, Margoton !...
COUPLETS.
1
Il est un vieux dicton, Ton,ton, Margoton ! Il est un vieux dicton, Bien connu dans l' canton : Mon pèr' le t'nait d'son père, Qui le t'nait d'sa grand'mère, Depuis plus de cent ans ! Et c' vieux dicton qu'j'admire, A raison de nous dire, Qu'il n' faut jamais courir deux lièvres en mêm' temps ! Oui, l' proverbe a raison ! Ton, ton, Margoton ! Oui, l' proverbe a raison, Margoton !II
Les vieux loups, nous dit-on, Ton,ton, Margoton Les vieux loups, nous dit-on, N' guett'nt jamais qu'un mouton ; Moi j'approuve leur méthode, Et j' crois qu' c'est plus commode, Qu' d'en guetter deux ou trois : Quand on suit double trace, On fait mauvaise chasse ! Il n' faut jamais courir deux lièvres à la fois. Oui, l' proverbe à raison, Ton, ton, Margoton ! Oui, l' proverbe a raison, Margoton !La nuit est venue peu à peu.
SCÈNE XII. Marcasse, Le Baron.
LE BARON, s'avançant sur la pointe du pied
Parbleu ! Cette petite me tient au coeur, et je veux profiter de la sottise du père.
MARCASSE, à part
Je crois qu'on marche.
LE BARON
Voici le soir venu, l'ombre nous favorise ; et la belle, je l'espère, ne se fera pas attendre.
MARCASSE
C'est Madame_Maclou qui me cherche !
Le Baron et Marcasse se dirigent l'un vers l'autre sans se reconnaître.
LE BARON
Tiennette !
MARCASSE
Margot !
Ils se heurtent violemment.
ENSEMBLE
Holà !
LE BARON
Marcasse !
MARCASSE
Monsieur_le_Baron !
LE BARON
Comment ! Drôle ! C'est toi ?
MARCASSE
C'est vous, Monseigneur ?
LE BARON
Que viens-tu faire ici ?
Riant.
Est-ce que par hasard ?...
MARCASSE
Oui, Monseigneur.
LE BARON
Tu attends Madame_Maclou ?
MARCASSE, riant
Comme vous, Tiennette.
LE BARON
Chut !... Si la baronne t'entendait !
MARCASSE
Il me semble qu'on remue par-là.
LE BARON
On vient.
ENSEMBLE
C'est elle !
Ils remontent.
SCÈNE XIII. Les mêmes, Tiennette, Margot.
LE BARON
Belle Tiennette !
TIENNETTE, allant au-devant da Baron
Monseigneur !
MARCASSE
Chère Margot !
MARGOT, allant à la rencontre de Marcasse
Monsieur_Marcasse !
LE BARON, à part
Elle est prise !
MARCASSE, à part
Je la tiens !
QUATUOR.
LE BARON, à part
Pendant que notre homme est en chasse, Et que son lièvre au loin s'enfuit, Me voilà maître de la place, Sachons profiter de la nuit.MARGOT, à part
Pendant que notre homme est en chasse, Sachons-nous défendre sans lui ; Apprenons à Monsieur_Marcasse À respecter le bien d'autrui.MARCASSE, à part
Pendant que l'époux est en chasse, Sans pitié moquons-nous de lui ! Ici c'est moi qui le remplace, Emparons-nous du bien d'autrui.TIENNETTE, a part
Pendant que mon père est en chasse, Et que P'tit-Pierre court après lui, Bon_gré_mal_gré, j'aurai la place ; Monseigneur va répondre : oui.LE BARON
Aimable Tiennette. Gentille fillette, Comble mon espoir ! Près de moi dans l'ombre, Dans ce bosquet sombre, Consens à t'asseoir.MARCASSE
Aimable commère, Livre sans colère, Ton coeur aux abois ! Permets qu'on t'embrasse, Et viens prendre place Sur ce banc de bois.Le baron entraîne doucement Tiennette à droite, Margot et Marcasse se sont assis à gauche sur un banc.
REPRISE DE L'ENSEMBLE.
LE BARON, à Tiennette
Allons, Tiennette, un doux baiser !MARGOT, le repoussant
T'nez-vous tranquill', Monsieur_Marcasse.LE BARON, à Tiennette
Que ton coeur se laisse toucher !MARGOT, à Marcasse
À bas les mains ! Ou j' vas me fâcher !TIENNETTE
Eh bien !MARGOT, à part
Nous y v'là !MARCASSE
Mais...LE BARON
Pour toi ?TIENNETTE
Non, pour mon amoureux.TIENNETTE
Monseigneur, soyez généreux.MARCASSE, se rapprochant de Margot dans l'ombre
Ah ! j' vous retrouve enfin !... C'est heureux !MARGOT, cherchant à lui échapper
C't animal-là devient dang'reux !LE BARON, à Tiennette
Pardonne-moi, ma chère ! Cette place, Depuis longtemps est promise à Marcasse...TIENNETTE
Bah ! qu'import' !... r'prenez-la !TIENNETTE
Si c'est tout d'bon, signez-moi ça.LE BARON, tirant des tablettes et écrivant
Tiens !TIENNETTE, prenant les tablettes et esquivant le baiser
Merci, Monseigneur.TIENNETTE et MARGOT, riant
Le tour est fait !MARCASSE
Ah ! Coquine !LE BARON
Ah ! Friponne !Le Baron cherche Tiennette, Marcasse veut rejoindre Margot. Les deux femmes leur échappent en riant. Le Baron et Marcasse finissent par se heurter dans l'ombre.
ENSEMBLE.
LE BARON, à part
De ce tendron Voyez l'audace ! Pour un baron Quelle disgrâce 1 Corbleu ! morbleu ! Ce maudit jeu M'a mis en feu !MARCASSE, à part
De cet affront... Ah ! Quelle audace ! Mes jou's gard'ront Long'temps la trace Corbleu ! morbleu ! Ce maudit jeu M'a mis en feu !TIENNETTE et MARGOT, riant
Pauvre Baron ! Pauvre Marcasse ! Le tour est bon. À nous la place ! Oui, grâce à Dieu, Ce joli jeu Comble mon voeu !Maclou parait au fond avec une lanterne. Le théâtre s'éclaire.
SCÈNE XIV. Les mêmes, Maclou.
MACLOU
Ah ! Bah !... Qu'est-ce que je vois là !
MARGOT
Vous v'là revenu, vous !... Ne vous dérangez donc pas... Monsieur_Maclou !... Monsieur_Marcasse nous tiendra compagnie jusqu'à demain... r' tournez à votre lièvre !
MACLOU
J'en ai assez de mon lièvre, et de messieurs les piqueurs... et des chiens... et de tous les autres...
MARCASSE
Quels autres ?
MACLOU
Je m'entends... V'là mes blés saccagés, mes vignes foulées, mon jardin retourné... Et l'animal n'est pas encore pris, dessus le marché !
MARGOT
Ah ! Bah !
TIENNETTE
Vraiment ?
TOUS, riant
Le lièvre est encore vivant !
Ils rient tous les quatre. Petit-Pierre accourt à toutes jambes, tenant par les oreilles un lièvre dont le cou est orné d'un noeud de rubans roses.
SCÈNE XV. Les mêmes, Petit-Pierre.
PETIT-PIERRE
Le v'là !... Je le tiens !
MACLOU
Ah ! L' gredin ! Je le reconnais !
MARGOT et TIENNETTE
Comment as-tu fait pour le prendre ?
LE BARON
Et ce noeud de rubans... Comment se fait-il ?...
PETIT-PIERRE
Je vas vous dire la chose en deux mots... Je vois ma bêle filer à travers champs... pendant que les chiens et les chasseurs couraient après d'un autre côté... je prends mes jambes à mon cou et me v'là lancé sur sa piste... Le gredin fait un crochet... et je le vois entrer tout droit... Devinez où ?... En plein dans le parc de Monsieur_le_baron... j'entre aussi, moi... il s' glisse dans un bosquet... je m' glisse aussi, moi... Mais v'là le plus drôle !... Le bosquet était habité, nous trouvons Madame_la_Baronne en causerie... avec un bel officier... La baronne pousse un cri, l'officier tire son épée... et moi je saisis par les oreilles mon animal qui s'était tout bêtement embourbé les pattes dans les falbalas de la dame... L'officier s' mit à rire, Madame_la_Baronne aussi !... Et moi itou, voilà.
Falbala : Large bande d'étoffe plissée que les femmes mettent au bas et autour de leurs jupes. [L]
LE BARON
Ah ça ! Mais, que signifie... ?
PETIT-PIERRE
Quant au noeud de rubans, c'est Madame_la_Baronne elle-même qui a voulu orner le cou de la bête... avec une lettre pour vous, Monseigneur, sauf votre respect.
LE BARON
Une lettre ?
PETIT-PIERRE
La v'là.
Il détache la lettre et la donne au baron.
LE BARON, lisant
« Mon cher baron, je vous annonce une bonne nouvelle... Pendant que vous êtes en chasse, j'ai reçu la visite de mon cousin le colonel... qui vient passer avec nous la belle saison... » Ce cher marquis !... Quelle aimable surprise !
MARGOT, riant à part
C' pauvre baron !
PETIT-PIERRE, bas à Maclou, lui montrant le baron
Dites donc, parrain... en v'là un lièvre dans son jardin !... Et plus dangereux que le vôtre ; c'est pas aux choux, qu'il en veut, celui-là !
MACLOU
Tu crois ?
Ils se poussent du coude en riant.
TIENNETTE
Petit-Pierre, remercie monseigneur qui te nomme garde-chasse du château !
PETIT-PIERRE, avec joie
Moi, garde-chasse !
MARCASSE
Comment ! Comment ! Permettez... C'est à moi que la place était promise !
Appels de cor dans le lointain.
LE BARON
En route, Marcasse !... Rejoignons nos gens qui rentrent au château... Je te promets autre chose... Et nous prendrons ici notre revanche !
À Maclou.
Toi, mon brave homme, je te payerai ta récolte, ce sera la dot de Tiennette !
TOUS
Vive monseigneur !
LE BARON
Et je m'invite d'avance à la noce !...
PETIT-PIERRE
C'est bien honnête de votre part, Monsieur_le_Baron, mais...
LE BARON
Quoi donc ?
PETIT-PIERRE
Au bruit des sabots Des verr's et des pots ! Ah ! Qué bombance ! Qué pétulance ! Et comme on danse Sur le gazon On s'cogne, on s'pousse, Et chaqu' garçon Saute et s'trémousse Comme un poisson ! Eh ! Allez donc ! Laissez-nous donc Faire sans vous la noce ! On voit chez nous Certains époux D'un' jalousi' féroce ! Lire lan l'air ! Lire lan la. Profitez bien de c't avis-là !376 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica