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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dialogue en prose· Conversation

De l'Entrevue Amoureuse

René Bary· imprimée en 1662· 2 personnages

Personnages

  • LE PRINCE
  • LA PRINCESSE

DE L'ENTREVUE AMOUREUSE

L'entrevue d'un grand Prince et d'une grande Princesse, qui se fit à.... lorsqu'une des plus grandes Reines du Monde revint de son Voyage de.......

LE PRINCE

Si l'on doit juger de la douleur de l'éloignement par le plaisir de la présence ; vous pouvez bien croire, Madame, que votre absence a fait les plus tristes jours de ma vie, puisque je ne vois rien de beau qui puisse conserver auprès de vous cette charmante qualité, et qu'on est extrêmement sensible à la privation des choses qu'on aime extrêmement.

LA PRINCESSE

J'aurais mauvaise grâce, Monsieur, de douter de votre amitié ; vous avez fait toutes les avances d'un amant, et il serait indécent à un Prince comme vous, de paraître plein de franchise, et d'être plein de dissimulation : aussi ne feindrai-je point de vous dire, qu'en qualité de crédule et de sensible, j'ai pris part à la part que vous avez prise aux petits accidents qui me sont arrivés, et que l'impatience que l'avais de vous faire civilité sur votre tristesse, a été une des plus rudes souffrances de mon voyage.

LE PRINCE

Quoi que je sois ravi, Madame, que votre bonté s'intéresse en ce qui me regarde, je suis pourtant fâché qu'elle vous ait fait passer de mauvaises heures.

LA PRINCESSE

Comme votre tendresse faisait vos déplaisirs, il était juste que la mienne fit mes ressentiments.

LE PRINCE

Que ne doit-on point espérer d'une Princesse si considérante et si humaine ?

LA PRINCESSE

Que ne doit-on point attendre d'un Prince si sensible et si bon ?

LE PRINCE

Je ne vous dirai point, Madame, que l'honneur que vous me faites excède mon mérite ; j'offenserais en votre personne un jugement dont je fais tous les jours les éloges : je vous dirai seulement que la passion de vous plaire occupe toutes mes pensées, et que si l'on peut parvenir à la possession de vos bonnes grâces par l'extrémité de la passion, je puis espérer d'être un jour la moitié de vous-même.

LA PRINCESSE

Le désir de me plaire ne doit point vous inquiéter ; Pour peu qu'on vous connaisse, l'on peut se vanter de connaître une personne fort aimable.

LE PRINCE

Après l'avantage d'être si bien auprès de vous, que mon ambition peut-elle désirer ?

LA PRINCESSE

Je ne m'étonne pas de ce que vous faites tant d'état de l'affection de votre cousine ; les Dames font vaines , et le Prince est galant.

LE PRINCE

On dit que les effets vérifient les rôles : si cela est, comme il n'en faut pas douter, ou toutes les puissances du Monde conspireront contre mon dessein ; ou les événements vous apprendront, Madame, que je regarde vos vertus comme quelque chose de merveilleux, et que je constitue même le souverain bonheur de mes jours en l'honneur de votre amitié.

LA PRINCESSE

Quoi qui arrive, le Prince fera toujours le plaisir de mes yeux, et les émotions de mon coeur les charmes de mon imagination, et le sujet de mes belles heures.

LE PRINCE

Je vis dans cette confiance.

LA PRINCESSE

Vous mourrez dans ce sentiment.

LE PRINCE

Agréable confirmation ! Il n'y a point de paroles plus favorables, il n'y a point de réponse plus satisfaisante.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica