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un seul est le mot juste.

Dialogue en prose· Conversation

De l'Entrevue Politique

René Bary· imprimée en 1662· 2 personnages

Personnages

  • LE MINISTRE DE FRANCE
  • LE MINISTRE D'ESPAGNE

DE L'ENTREVUE POLITIQUE

L'Entrevue d'un Ministre de France, et d'un Ministre d'Espagne.

LE MINISTRE DE FRANCE

Je ne suis seulement pas réjoui de voir ici la gloire de l'Espagne, je suis réjoui encore de voir en la même personne le négociateur de la Paix.

LE MINISTRE D'ESPAGNE

Quoique le choix que les Princes sont soit considérable, je rougis en quelque façon de la commission dont mon Roi m'a honoré ; et si je l'ai embrassée avec ardeur, ce n'a pas été moins pour former entre nous les liens de l'affection, que pour former entre nos Princes les liens de la concorde.

LE MINISTRE DE FRANCE

Comme la plupart des premiers Ministres ressemblent aux Médecins infidèles qui font durer les maux pour tirer avantage du retardement des cures, j'ai conçu une haute opinion de votre vertu, lorsque j'ai su que les dispositions à l'accommodement ont rempli votre âme de joie, et que bien éloigné d'entretenir l'aigreur de votre maître, vous avez fait tout votre possible pour porter les chofes à la douceur.

LE MINISTRE D'ESPAGNE

Je fuis toujours prêt de jeter les fondements d'une réconciliation inaltérable ; et pour vous montrer, Monsieur, que mon intention correspond à mes paroles, il ne tiendra qu'à vous, qu'à la seconde entrevue, la fin de notre conférence ne soit la fin de nos différents.

LE MINISTRE DE FRANCE

Considérons-nous donc par avance comme deux agents modérés, comme deux entremetteurs pacifiques, puisque nous sommes les porte-paroles de deux volontés condescendantes, et que la sincérité avec laquelle nous agirons, donnera le dernier coup de main à l'ouvrage que nous avons entrepris.

LE MINISTRE D'ESPAGNE

Il est temps que la Chrétienté qui est ordinairement en guerre lorsque nous ne sommes pas en paix, soit délivrée de ses oppressions ; que les Royaumes qui composent ce vaste corps, commencent à recouvrer leurs premières forces ; et que les infidèles qui se prévalent de nos dissensions, commencent à redouter nos armes.

LE MINISTRE DE FRANCE

La France et l'Espagne, comme vous avez judicieuſement remarqué, donnent le branle à tous les États de l'Europe, et selon que ces deux couronnes font unies ou divisées, l'Europe reçoit divers mouvements. Que si ce que je dis ne reçoit point de doute, il est important pour le bien commun des mêmes États, que l'union de la France avec l'Espagne, soit affermie par un illustre mariage ; que votre Princesse, que la Renommée représente si belle et si sage, passe de l_Escurial au Louvre, et pour parler plus ouvertement, qu'elle devienne le double lien et de l'oncle et du neveu .

LE MINISTRE D'ESPAGNE

Quelques considérations qui pussent s'opposer à l'union de votre Roi avec notre Infante, je me persuade que les raisons de la Politique céderaient aux tendresses du sang, et qu'enfin les conditions du mariage seraient confondues avec les articles de la Paix.

LE MINISTRE DE FRANCE

Quoi que le Roy de France soit jeune, sa conduite est grave, et il a commencé de si bonne heure à donner des marques avantageuses de sa personne, qu'on peut dire sans mentir que ses vertus ont des années.

LE MINISTRE D'ESPAGNE

Le Roy d'Efpagne qui l'aime tendrement, prend plaisir à entendre parler et de ses actions privées, et de ses actions publiques ; et quand Sa_Majesté_Catholique découvre les sentiments qu'elle a de ce grand Héros, elle ne feint point d'avouer qu'à l'âge d'un Prince naissant, il a les vertus d'un Prince conformé ; et que si ses actions futures répondent à ses actions présentes, sa gloire ternira bien des gloires.

LE MINISTRE DE FRANCE

Comme il n'appartient qu'aux grands Hommes de connaître leurs semblables, je ne suis point surpris de ce que votre maître, qui est en toutes choses un des plus grands Princes du Monde, ait des sentiments si justes de la personne de notre jeune Monarque.

LE MINISTRE D'ESPAGNE

Ce n'est pas sans sujet qu'il le traite de pieux, d'Homme d'État, et de grand Capitaine, la dévotion règne en ses moeurs, la prudence civile paraît en ses ordonnances, et la prudence militaire éclate en ses combats : aussi oserai-je vous dire, Monsieur, que les grands exemples sont de puissants aiguillons, et qu'il eut fallu que votre Prince eut eu des inclinations bien étranges, si ayant eu pour mère une mère incomparable, et pour premier ministre un ministre sans pareil, il se fut rendu indigne de la Couronne de Charlemagne, du sang de Saint_Louis, et de la succession de ses pères.

LE MINISTRE DE FRANCE

Je ne répondrai point, Monsieur, aux éloges que votre civilité me donne, elle n'est pas trop ménagère de ses louanges j je me contenterai de vous dire que le Prince que vous avez .vanté de fort bonne grâce, est extrêmement humain, que ses pertes lui ont toujours été moins sensibles que ses progrès, qu'il a toujours accompagné de ses larmes les feux de joie de ses prospérités.

LE MINISTRE D'ESPAGNE

Si de mêmes causes naissent ordinairement de mêmes effets, vous ne devez pas douter, Monsieur, que Sa Majesté Catholique qui est très compatissante, n'ait souffert les mêmes douleurs des mêmes événements, que le succès de ses armes n'ait fait le deuil de son Palais, que les réjouissances de son peuple n'aient fait la tristesse de sa maison.

LE MINISTRE DE FRANCE

Lors que les Princes ont des tendresses réciproques, leurs plénipotentiaires ont bientôt réglé leurs prétentions.

LE MINISTRE D'ESPAGNE

Les longueurs qui sont naturelles à la plupart des Espagnols, sont disconvenables à mon tempérament ; et quoi que le sujet de notre rendez-vous soit de la dernière importance, je réglerai toujours ma promptitude sur votre expédition.

LE MINISTRE DE FRANCE

Après cela il ne me reste plus rien à vous dire, si ce n'est que je fuis confus de votre franchise, et que dans les hauts sentiments que j'ai de votre personne, vous ne ferez jamais rien de grand qui me surprenne.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica