Dialogue en prose· Conversation
De la Raillerie
Personnages
- CARIE
- TYFON
DE LA RAILLERIE
Carie qui fait profession de raillerie, raille d'abord un jeune homme qui se défend assez bien.
TYFON
Il vous sied bien, Mademoiselle, d'exercer votre esprit aux dépens de ceux qui n'en ont guère !
CARIE
On dit qu'il ne faut pas que les personnes qui raillent, soient sujettes à la raillerie.
TYFON
Vous avez raison ; aussi est-ce parce que vous n'y êtes pas sujette, que vous raillez.
CARIE
Que sont donc devenus mes défauts ?
TYFON
Si vous en avez eu, vous avez fait divorce avec eux.
CARIE
Quoi, vous êtes complaisant, et je serai railleuse ! Ha il n'y a pas d'apparence !
TYFON
Je ne sais ce que c'est que de conter fleurettes.
CARIE
Vous avez donc des sentiments bien avantageux de ma personne ?
TYFON
Vous riez, et je m'en aperçois bien : mais quelque sensible que je sois à l'humeur qui vous domine, je ne me plains jamais que des railleries grossières.
CARIE
Un Homme qui reçoit de bonne grâce la raillerie, ne doit pas être raillé ; et si je vous avais entrepris, je cesserais de vous entreprendre.
TYFON
Votre retenue me serait désavantageuse ; vous reprenez avec adresse, et vous désabusez avec douceur.
CARIE
Il me semble avoir lu qu'on pouvait presque tirer autant de profit des railleurs que des ennemis : mais si vous ne tirez des lumières que de mes railleries, vous êtes en passe de vivre longtemps dans les ténèbres.
TYFON
Que vous ai-je fait, Mademoiselle, qui vous dispense de mettre comme devant mes yeux, les imperfections que ma négligence a peut-être mises derrière le dos ?
CARIE
L'on ne peut parler contre vous, qu'on ne se pique de la dernière sévérité.
TYFON
Est-il possible ? Vraiment je ne pensais pas que mes défauts fussent si excusables.
CARIE
Il faut qu'ils le soient bien, puisqu'encore qu'il y ait peu de gens qui soient exempts de ma critique, vous êtes un des privilégiés.
texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica