Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dialogue en prose· Conversation

De la Raillerie

René Bary· imprimée en 1662· 2 personnages

Personnages

  • CARIE
  • TYFON

DE LA RAILLERIE

Carie qui fait profession de raillerie, raille d'abord un jeune homme qui se défend assez bien.

TYFON

Il vous sied bien, Mademoiselle, d'exercer votre esprit aux dépens de ceux qui n'en ont guère !

CARIE

On dit qu'il ne faut pas que les personnes qui raillent, soient sujettes à la raillerie.

TYFON

Vous avez raison ; aussi est-ce parce que vous n'y êtes pas sujette, que vous raillez.

CARIE

Que sont donc devenus mes défauts ?

TYFON

Si vous en avez eu, vous avez fait divorce avec eux.

CARIE

Quoi, vous êtes complaisant, et je serai railleuse ! Ha il n'y a pas d'apparence !

TYFON

Je ne sais ce que c'est que de conter fleurettes.

CARIE

Vous avez donc des sentiments bien avantageux de ma personne ?

TYFON

Vous riez, et je m'en aperçois bien : mais quelque sensible que je sois à l'humeur qui vous domine, je ne me plains jamais que des railleries grossières.

CARIE

Un Homme qui reçoit de bonne grâce la raillerie, ne doit pas être raillé ; et si je vous avais entrepris, je cesserais de vous entreprendre.

TYFON

Votre retenue me serait désavantageuse ; vous reprenez avec adresse, et vous désabusez avec douceur.

CARIE

Il me semble avoir lu qu'on pouvait presque tirer autant de profit des railleurs que des ennemis : mais si vous ne tirez des lumières que de mes railleries, vous êtes en passe de vivre longtemps dans les ténèbres.

TYFON

Que vous ai-je fait, Mademoiselle, qui vous dispense de mettre comme devant mes yeux, les imperfections que ma négligence a peut-être mises derrière le dos ?

CARIE

L'on ne peut parler contre vous, qu'on ne se pique de la dernière sévérité.

TYFON

Est-il possible ? Vraiment je ne pensais pas que mes défauts fussent si excusables.

CARIE

Il faut qu'ils le soient bien, puisqu'encore qu'il y ait peu de gens qui soient exempts de ma critique, vous êtes un des privilégiés.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica