Dialogue en prose· Conversation
Du Compérage
Personnages
- LYSIAS
- EGINE
DU COMPÉRAGE
Lysias tient un un enfant avec une fort belle fille.
LYSIAS
J'ai sujet, Mademoiselle, de vanter mon bonheur ; la Fortune aujourd'hui m'en veut.
EGINE
Quel avantage y a-t-il, Monsieur, d'entrer en communauté de soins avecque une Damoiselle qui n'a rien de considérable que ce que votre complaisance lui départ.
LYSIAS
L'avantage que j'y trouve est si doux, qu'il n'y a point de bien au monde pour lequel je voulusse l'abandonner.
EGINE
Si les enfants tiennent des parrains, celui que nous allons tenir, ne fera pas peu galant.
LYSIAS
S'il vous ressemble, il sera fort modeste.
EGINE
J'aurais mauvaise grâce de faire la vaine, j'estimerais beaucoup peu de chose.
LYSIAS
J'ai de la peine à souffrir que votre bouche démente vos yeux, qu'elle prenne plaisir à mépriser ce que la Nature a pris plaisir à faire ; et je crois que je vous querellerais, si Monsieur le Curé qui avance à grands pas, ne m'obligeait de changer de discours, et de vous dire, Mademoiselle. que le temps de donner votre nom s'approche.
EGINE
Les Hommes comme vous savez, Monsieur, portent le nom des hommes.
LYSIAS
Pour peu qu'on use de retranchement du nom d'une fille, l'on en peut faire le nom d'un garçon.
EGINE
» Vous userez, s'il vous plaît, l'expédient que vous apportez.
LYSIAS
Je ne vous le propose qu'afin que vous vous en serviez.
EGINE
La chose est à votre bienséance.
LYSIAS
Tout l'honneur vous est dû.
EGINE
Quoi, tout de bon, vous voulez que je parle ?
LYSIAS
La résolution en cet prise.
EGINE
J'obéirai, mais je donnerai à l'enfant le nom du parrain.
texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica